‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 8 sur 134 · BU FOND IT DB LA FOEMB · texte numérisé non relu

BU FOND IT DB LA FOEMB

et à gauche au travers des préjugés qui ne voulaient ni l'écouter, ni la laisser parler; quand elle aura entamé des idoles, brisé des faux-dieux, déchiré des voiles trompeurs, alors il arrivera que Ton prendra garde à elle, et que Ton en fera quelque compte; car elle sera allée là où va l'attention, et elle aura prouvé que, toute pacifique que soit sa nature, elle peut attaquer et se défendre, — ce qui est un grand point dans un monde où Ton méprise tout ce qui paraît débonnaire, où Ton dédaigne et bafoue sans pitié ce qui d^ mande*et mérite accueil, soutien, protection, encouragement.

Si, agissant comme je viens de dire, vous êtes parvenu à exciter l* attention sur une conception dont la réalisation doit calmer les souffrances des peuples, délivrer les malheureux des angoisses de la faim et de la misère, délivrer les keureuit de leur égoïsme et marier enfin sur la terre le travail et le plaisir, la richesse et les bons sentiments, la vertu et le bonheur; si vous avez hâté de dix années, de cinq années, d'une année seulement le jour où l'humanité entrera dans les voies de sa prospérité, de sa dignité et de sa gloire ; où ces myriades d'hommes, de femmes et d'enfants qui souffrent, pourront être rappelés à l'espérance et sécher leurs larmes; qu'importe, je vous le demande, que vous ayez un moment malmené les erreurs en crédit et les distributeurs de l'aveuglement? Qu'importe que l'on vous ait accusé un moment de nourrir dans votre cœur la violence, l'acrimonie, la colère? Il vous sera facile de prouver le contraire en désarmant au fur et à mesure qu'on écoutera l'Idée nouvelle et libératrice, au fur et à mesure qu'on lui ménagera le dédain, les coups, les attaques injustes. Et d'ailleurs, vous aurez travaillé à une noble et sainte tâche, vous aurez bien mérité de l'Humanité... Telle a du moins été la manière de voir de mon Maître, telle a été la mienne. Et, en vérité, on se tromperait si l'on attribuait à de mauvais sentiments la colère (intellectuelle, l'âpreté de style, et les bondissements que a l'on reprochés à ses écrits et aux miens.

D'ailleurs je reconnais volontiers, pour mon propre compte, que je suis allé trop loin, que j'ai plusieurs fois été emporté au delà des bornes, que j'aurais pu souvent demeurer aussi fort en restant moins violent et plus digne ; je reconnais surtout avec grande joie que la doctrine à laquelle j'ai voué ma vie a conquis maintenant dans le domaine de l'opinion pu-

biique une place assez bonne, qu'elle est assez forte danâ la position qu'elle occupe, pour que ses promoteurs la revêtent dorénavant de formes moins dures et moins anguleuses. M'exécutant moinmème franchement et de bonne grâce, j'espère que les lecteurs qui ont été plus ou moins choqués da ton do certains passages du volume qui précède celuhd seront disposés à pardonner les fautes du même genre qu'ils pourront rencontrer dans ce qui leur reste à lire. Ce second volume que je présente aujourd'hui au public, et la première moitié du troisième, quoique ayant suivi à un intervalle de plusieurs années la publication du premier volume, ont été composés en même temps. Des occupations difficiles, des démardies nombreuses, toutes relatives à la propagation de la Théorie sociétaire, la publication de la Phalange, la composition de plusieurs écrits auxquels les circonstances m'ont entraîné, un état de santé chancelant et pénible qui a paralysé une partie de mes forces pendant plusieurs années, m'ont empêché longtemps de mettre la dernière main à cet ouvrage, pour l'achèvement duquel il m'eût fallu un mois de bonne disposition et de calme. On ne sera donc pas étonné de retrouver, dans une composition qui date en grande partie de l'époque où le premier volume a été publié, quelques écarts de ton analogues à ceux qui m'ont valu des reprodies dont je reconnais la justesse, et une turbulence de style qui doit désormais se calmer dans nos écrits.

En somme , le lecteur se mettra à notre point de vue. Il reconnaîtra que, chez des hommes profondément pénétrés d'une foi dont l'objet est capital, la vivacité de la parole n'est qu'une manifestation de la foi. Il pardonnera à ces honmies leurs réactions contre l'esprit d'un siècle qui a laissé passer un Génie tel que Fouribr, sans avoir eu pour ce Génie bienfaisant, quarante ans consacré, dans un temps d'égoïsme général, au service de l'humanité, d'autres récompenses qu'un délaissement cruel, d'insultants sarcasmes, ou de viles calomnies. Il comprendra d'ailleurs que l'on doit indulgence à des travaux pereévérants qui n'ont d'autre objet que le bien de tous, d'autre mobile que l'amour des hommes. Il comprendra enfin qu'avant d'avoir acquis du calme et de l'expérience, avant d'avoir appris à régler ses forces et à mesurer ses réactions, il y a un temps de jeunesse et de fougue dont il est raisonnable de tenir compte dans les premières productions d'un homme et d'une Ecole.

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