‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 80 sur 134 · HARMONIE. Lit. III. CH. I · texte numérisé non relu

HARMONIE. Lit. III. CH. I

rendent tout cela! parce qu'ils soufirent de^ poisons que voiis les contraignez à prendre! parce qu'ils ne s'acclimatent pas sous les latitudes universitaires ! parce que, encore, ils se révoltent contre vos tyrannies odieuses et insupportables!!— Ils ne vous écoutent pas, ils vous narguent, ils vous méprisent, ils vous baissent. Bon ! Ne leur faites-vous pas réciter chaque jour que la haine de la tyrannie est la première vertu? ne trouvez pas mauvais qu'ils mettent vos leçons en pratique. En ceci, il est vrai, ce n est pas â vous qu'ils obéissent , c'est à la nature ; c'est elle qui leur révèle la haine et le mépris pour vous, pour se venger de ce que vous ia méprisez vous-mêmes^

s. IV.

On nous • tant Mt^jéli mitx n'avoni plut d« fraocbat alhirM : Boatr» TJfUMir ^t fibcrU «t MUisiu. Itmm^mm malm «m»

firnnt. Uomtâmam.

Cem qui ont k plua à MNiArir Mat cmk q« ••! T«ça d'tn hrat kf graodM mmmxmb

Sr.-MAKfia.

Les caractères pauvres, vulgaires, les inteiii^ geuces médiocres, les volontés faibles, dépourvues de réaction, se soumettent moins difficilement que les autres, aux réglemens et

aux dispositions stupides de l'éducation civilisée. Aussi les bans sujets de collège y les écoliers vertueux y ceux qui sont forts en thèmes, ceux pour lesquels on n'a pas assez d'éloges, qu'on propose pour modèles à tous les autres, et qui ont les prix de bonne conduite, sont-ils assez généralement des sots fieffés, des francs imbéciles. C'étaient précisément les natures infé<rieures, ou bien des natures tendres qui ont faibli , et que l'éducation civilisée a eu pouvoir de promptement dénaiurer..., '

Mars malheur aux caractères ardens, passionnés, puissans! malheur à ces enfans faits pour être un jour des hommes prompts pour le conseil et pour l'exécution ! malheur aux natures riches., énergiques, abondamment douées, qui ne sup^ portent pas la castration ! Tout ce qui n'est pas cire molle et pâte impressionnable , est nécessairement scissionnaire , et fait partie des bandes de révolte. Ce sont les enfans rétifs à Téducation pédagogique, les mutins, les mauvais sujets, les paresseux^ les indisciplinables, la chair à pensums, la matière taillable et corvéable à merci. Pour ceux-là, il n'y a pas assez de paroles insultantes dans le répertoire des régens , pas assez de punitions et de cachots dans les collèges. < — Pois, qu^nd cette lutte acharnée des nuUres

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contre la nature des élèfes a aigri et fausse les caractères; quand elle a bien développé les liaines et les yengeances ; qaand une âme d'enfuit s'est si bien tendue et raidie contre les ▼ioiences de chaque jour, qu'il a lassé la rigueur des bourreaux ; quand , daxis cette hitte saoa çeliche et çorps-à-corps d'un enjEant contre toutenne armée de pédagogues , l'enfant a déployé un courage , une persévérance, une force, une ténacité de volonté à faire honte k tous les bcNoames d'aujourd'hui, et qu'il est bien reconnn qu'on né peut pas ployer et déformer cette nature de fer.... alors toutes les puissances coHégiaqaes ameutées iu>ntre lui décident que cet enfiant est un qnfant maudit, ipdigne de aoms et de pitié : et l'on renvoie ignominieusement l'héroïque enfant à sa famille, qui se désespère,— -«chose honteuse! -—d'avoir donné le jour à un pareil monstre...! — QueK est , )e le demande , l'enfant un peu vigoureux de cœur et d'âme, qui n'ait été traké de monstre par des parens trompés et des régens stupides?...

Ya , noble enfant ! te temps de ta délivrance approche.. •• tu n'as plus long-temps à sentir dans ta bouche le mors d'acier qui brise les dents et déchire les lèvres ; tu n'as plus longtemps à être traité, par les brutes préposés à toa

éducation 9 comme uae bète brute à dompter. Et vous, teadres mères , qui pleurez sur vos fils 5 calmes vos craintes et vos douleurs , et par avance réjouissez-¥Ous , car vous n'avez pas enfante des monstres ! Si votre enfant se révolte contre une édncation monstrueuse , c'est un boa signe.... réjouissez-vous! Vous verrez vos enfans devenir sous vos yeux des hommes utiles, hono-* râbles 9 loyaux; grandir en science, en habileté, en force et en talens : vous n'aurez plus à gronder, à punir, à faijre pleurei? et à pleurer vous-mêmes ; vous n'aurez à enregistrer pour eux que des joies et des succès, à. distribuer que des baisers et des caresses.. Ah ! si les mères savaient le sort qui attend leurs enfans aimés dans les Phalanges, elles courraient poser aujourd'hui les premières pierres, 4es premiers Phalanstères.

Notre $iècle sot et vantard a fait grand bruit de ce qu'il a supprimé la férule dans l'éducalioa çt les collèges. Voilà, en vérité, une belle avance ^ Educateurs, avez^vous supprimé dans vos éducations la contrainte, la violence, la douleur? La férule n'était qu'une des formes de votre procédé d'éducation, qui est toujours le même, toujours la contrainte , la violence , la douleur. Est-ce que toutes vos punitions ne sont pas des férules? Est-*ce que vous n'excitez pas toujours les souffrances et

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les réactions, depuis la suppression de la férule? Chose indigne ^ on inflige encore aux enfans^ ani jeunes gens , des punitions infamantes : on les met à genoux; on veut avilir et dégrader lésâmes, non content d'étioler les intelligences. Misërables! qui osez toucher des âmes d enfant avec la honte 9 comme des épaules de forçats avec un fer rouge!... (0

Heureusement ici vous êtes impuissans et vaincus; car vos punitions ne constituent pas aux

(i) Quelle bonté ponr aous qoe oe mode odieiuL dfédocttîon, qatnd on toDge qu'a cet ëgard nous en sommet à emkt degrés andesaous dea anciena , dont on méprise ai fort anjoard^boi Lea inatitotions au nom du progrès^ quand on aonge encore que Montaigne, il j a bîeptôt troia siècles , ëcri?ait déjà lea lignes aaf?antes, et que notre système d'éducation est toujours le même qu^aa temps de Montaigne.

tt Au lieu de convier lea enfana aux lettrea, on ne leur présente, D à la vérité, qu'horreur et cruauté. Ostos-moj la yiolence et la 7) force; il n^eat rien, à mon ad via, qui abaatardiasc et eatourdisse 7) si fort ifOuB nature bien née. Si vous avec envie qu^M craigne la jï honte et le chasiiment, ne Vy endurcisses paa. £odorcissex-le 7) i la sueur et au froid , au vent, au soleil, et aux hasards qu^Utnj 9) faut mespriser. Ostez-lny toute mollesse et délicatesse au vestir et n coucher, au manger et au boire : acooustumez-)e à tout : que ce jf ne soit pas un beau garçon et daqiei^et, mais un garçon verd et n vigoureux. Enfant , homme , vieil , i*ay tousiours cren et iugc de 1) mesmc. Mais entre autrea choses, ceste police de la plus part de 9) nos collégea , m^a touaioura despieu. On eust faillir à TadvenUire 1) moins dommageablement , aMnçlinant vers l'indulgenoe. C^est Y) une vraye geaule de ieunesse captive. On la rend desbaucbée ,

épUCATION SUBVERSIVE — PUBLIQUE. 377

yeux de la population à laquelle vous avez k faîi-e , un titre de honte, mais de gloire. Quoi que vous fassiez 9 voyez-^vous, ces enfans sont vos supérieurs; leurs jugemens redressent les vôtres. Ceux que vous accablez de punitions et d'insultes, eux, ils les portent en triomphe. Ceux que vous désignez à leurs parens comme sujets indisciplinables, caractères monstrueux, enfans qui finiront mal^ ceux-là sont aimés et priment

t\ Pen punissant lyant quelle le soit. AmVet-j sor le poinct de t) leur office, Toosn^oyes que cris, et d^enûins suppliciée, et de t) meistres enyrres'de leur oholére* Quelle manière, pour esyeiller 7) Tappijtit enrers leur leçon , à ces tendres âmes et craintives , 7) de les y guider d^nno troigne e£Broyable, les mains armëes de n fouets r inique et pernicieuse forme! loint ce que Quintilien en D a tresbien remarqua, que ceste impérieuse authorit^, tire des t) suiites périlleuses : et nommément à nostre façon de chastiment. n Gimbien leurs classes seroient plus décemment ionchëes de fleurs 7) et de feûillëes , que de tronçons d* osiers sanglants f i'y feroj •n pour traire la ioye , Tallegresse, et Flora, et les Grâces : comme n fit en son escbole le philosophe Speusippus. Où est leur profit, 9) que U fost aussi leur csbat. On doit ensucrer les viandes salubres 7) à Teufant, et enfieller celles qui sont nuisibles. C^est merveille 7) combien Platon se monstre soigneux en ses lois de la gayeté et 7) passe-temps de la iennesse de sa cité : et combien il s^arreste à 7) leurs courses , icux , chansons , saulis et danses : desquelles il 7) dit, que Pantiquitê a donne la conduite et )e patronnage aux Dieux 7) mesmes, Apollon, aux Muses et Minerve. Il s'estend i mille 7) préceptes pour ses gymnases. Pour les sciences lettrées , il s'y 7) amuse fort peu : et semble ne recommander particulièrement la 7) poàie que pour la musique* t)

EiêoU de Montaigne^ liv. i***., ch* xxv*

pami leurs camarades. Mères ^^ui voasdésolei sur les mutineries de jvos, enfaos , sur leur indoeilité t leur obstioatioa à ne rieflt bire et à narguer leurs geôliers^, aUea demander Topiaicm des camarades : ils TOUS a{^^»droftt que tos fils sont iatelUg.eas, adroits» couragf&ui» forts contre la douleur^ et bons camarades; (ptlls se battent contre les £orts pour dëleodre les fdblea, ^'ik se iont redresseurs de torts et dinjostiees» <{u'ils sont rois aui; jeux comme aux mutineries et aux révoltes; qu'ils sont fidèles, entreprenans, aimés. Qr, sachez que la nature n'a pas donné aux caractères inférieurs puissance d'exercer ainsi charme et ascendant sur les autres, et quli ny ^ de déplorable que cette fatale édmpatioû civilisée qui heurte sans inteUigence, nséconnaît et fausse brutalement les vives et nobles facultés, méchante éducation aveugle, qui enfouitdans son^ fum jer les belles perles et Iça beaux diamans.

iDucAnM wBymsnFi— MBUQDB. 3,79

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Jiàa Paol.

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Minrti

is, ce qoi est triste, profinidëment tristepour qaioonqae porte en son cœar le hsot et religieux sentiment de la sainteté de la nature humaine, ce sont les Tictoirea de Tëdn cation civilisée, plus encore que ses battes cruelles; c'est lorsque , sons ie fardeau croissant des punitions et des mdralisations accumulées , la' nature de Tenfant faiblit et jplie , que le caractère cède, que Time demeure paralysée et perdue , qu'il y a prostration de toutes forces natives. . . . Qnand ils ont atteint ce résultat, quand ils ont usé toutes les arêtes , détendu tous les ressorts , et façonné à leur discipline une nature ainsi débilitée et avachie, un enfant châtré. ••• quand ils ont éteint le feu qui ^s'échappait des yeux, et pKé

58o HARMonn. tiv. lu. es. i.

sur un Rudiment de Lhomond une tète hébétée ^i naguère se dressait fière et fougueuse; quand ils ont fait au physique et au moral de vrais énervés de Jumiège, alors ils^ s'applaudissent^ ils triomphent, ils écrivent aux parensqulfs sont enfin parvenus à vaincre le mauvais naturel de leurs fils, que c'est fini, qu'il est dompté.... C'est un jour de fête dans la famille. Quelle bonne nouvelle, en effet? c'est fini, notre fils est dompté ! — Oui, c'est fini, oui, ils ont bien dit, il est dompté votre fils; oui, l'homme est tué chex votre enfant, c'est fini. Réjouissez-vous; il menaçait d'être un homme, on vous en a fait ud^ épicier : ce sera un garde national lélé, bon père , bon époux , bon citoyen , faisant bien son commerce , sot comme père et mère, et qui, un jour, bien enveloppé et serré dans son étroit égoisme, bien dorloté dans son ménage, bien mijoté par sa femme qui le mènera, bien stapide, se réjouira aussi quand on lui ramènera du collège , bien domptés ^ les enfans de sa femme, qu'il appellera ses chers enfans, car il aura toul^es. les grâces de l'état

O nature humaine , belle et brillante nature humaine ! Noble face humaine, rayonnante, faite à l'image de Dieu , que Dieu avait créée haute et droite , et tournée vers le soleil : belle nature hu-

EDUCATION SUByBftSIVB — PUBUQUE. 38 1

xnaine^ qu'a-t-on fait de toi , qu'a-t-oa fait de toi ! — Gomme on t'a courbée sur la terre ! comme on ta faite semblable aux animaux qui broutent , et comment voir dans ces troupeaux de Ci?ilisés, le type humain des premiers jours!... Oui, certes, il faut qu'il y ait dans la race de l'homme une bien puissante et divine virtualité y pour que ce type ne soit pas oblitéré dans la race , pour que la race ne soit pas descendue aux vies inférieures^ qu'elle ne se soit pas abîmée dans les dégénérescences, pour que les enfans qui naissent aujourd'hui des hommes soient encore des enfans de race intelligente, ordonnatrice et royale.... O société perverse ! ô perverse éducation, chaînée de déformer l'homme pour le façonner à cette société ! !

Nos méthodes d'éducation sont en arrière sur notre Civilisation elle-même ; car on conçoit que, si l'éducation ne peut pas être , dans les circonstances actuelles, une éducation de développement intégral, au moins pourrait -on rendre l'étude moins répugnante , comme l'école mutuelle l'a prouvé d'une façon éclatante: on pourrait aussi changer la nature des études, et substi«< tuer au moins quelque chose d'utile à cette infime routine universitaire, à cette science de mots, à ce faitras de iaussetés et de sottises, à ces

^Sà uAAMOiiiK. Lnr. m. m* h

^tuMéi sanB nom : mais laCivilisation» bonne mère de loiM les fiées ,|et prot^anl spécialemeot la rovtifte , étonfieFait longtemps encore nos eofans arec éoa latin^ son greo» ses Dieut et ses Déesses, et tontes les belles choses de Sparte et de Aome, ftussesjans centredit en majorité de neof sur dix, ee qui importe peu, du reste. ^^ Il fiindndt mille ans pour sobstitner à ces sottises md£ûsantes Tétndé de la physique, de la chimie, de lliistfnre tiatarelle, des mathématiques, des sciences positives enfin, des arts, des lettres, et. « •• de sa languci €pie l'on ne sait aucunement tta sortant de no« collèges; — et tè fiê $eraii pas eMcarê là une banm

J'ai donc signalé quelques vices de notre éducation publique ; cela aurait-il paru à un partisan de Védacati&n particulière, un argument en faveur de ce dernier sjrstème ?

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