CHAPITRE DEUXIÈME
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L'ÉDUGAnoK PABTiGUuànl Maisoàfloncoiit-ild mk leor intellect , oA oat»ils place leur pari de bon sens naturel , ceux qui se font les apôtres de rëdncatioa particalière, qui la défendent coame poifrant bonalitaer ma système d'éAocfttiMt?
384 HARMONIE. UY. lU. GH. II.
Qu'un homme riche , préoccupé de la crainte de certains désordres de notre éducation publique (et ils sont en nombre si grand, qtie noas ne pourrions pas même les passer en revue ici); que cet homme , dis-je , préfère être Ini-ffléme le pédagogue de son fils, ou qu'il lui en paie un dans sa maison , je le conçois. On peut choisir entre des infirmités nécessaires : les uns aimeront mieux un enfant borgne, les autres un enfant bossu ; les uns TeuTerront au collège , les antres rélèveront chez eux. C'est bien. Mais que i on soutienne spécttlativement et systématiquement l'éducation particulière , qu'on écrive des théories sur ce sujet y ceci est hors de toute raison.
Vous voulez spéculer sur l'éducation particulière pour élever les humains? Mais, à ce compte, il faudrait donc que la première génération fût entièrement absorbée aux soins d'élever la seconde ! A peine un homme cesserait d'être élève ^ qu'il deviendrait éleveur ! Il n'y aurait plus qu'on état au monde, celui de pédagogue, et encore serait-ce loin de suffire à l'éducation de tous les enfans , puisque la vie moyenne n'est pas seulement le double de l'flge où cesse l'édiicatiôn.
U y a un homme qui s'est chargé de faire la plus forte et la plus plaisante critique qui se puisse
iOLC AXION SUBVERSIVE — PARTICULIÈRE. 383
imaginer de 1 éducation parHculière ; cet homme> c'est Rousseau; cette critique » c'est l'Emile.
Et cependant Rousseau n'a pas fait Emile comme une critique ! Quand on songe qu'il y allait bon jeu , bon argent , on ne sait vraiment ce que l'on doit le plus admirer, où du jugement de ceux qui se sont engoués d'un pareil système, ou de l'outrecuidance philosophique dont il fallait que Rousseau eût provision pour écrire quatre volumes sur ce système , dont son bon sens naturel lui révélait à chaque instant les contradictions et les absurdités.
t Plus on y pense , • s'écrie RoUsseau , à mesure qu'il passe en revue les conditions nécessaires à l'éducation de son marmot, « plus on
• aperçoit de nouvelles difficultés; il faudrait
• que le gouverneur eût été élevé pour son élève, ^ que les domestiques eussent été élevés pour « leur maître, que tous ceux qui l'approchent ^ eussent reçu les impulsions qu'ils doivent lui » communiquer; il faudrait, d'éducation en édu«*
• cation, remonter jvsques on ne sait où. Comment
> se peut-il qu'un enfant soit bien élevé par qui
• n'a pas été bien élevé lui-même?» ... « Ce rare
> mortel est-il trouvable? je l'ignore • , ajoute-t-il plat loin, en parlant du précepteur d'Emile. « Le
586 kARHONlE. LIV. III. GU. II.
» tiendrons-nous (lenfant) dans le globe de ta
> lune 9 dans une île déserte? récarterons-noas 1 de tous les humains? n'aura-t-il pas continuel-
> lement dans le monde le spectacle et l'exemple » des passions d'autrui?...» Que dites-yous d'un Rousseau 9 qui comprend si bien Timpossibifité du système qu'il rèye , qui le dît si bien et si clairement , — et cela non pas une fois, mais cent, mais à chaque page , — et qui n*en fait pas moins quatre volumes compactes pour le soutenir? Rousseau , dans ce même Emile , a dit ceci : a II n y a pas un philosophe qui, venant à con-
» naître le vrai et le faux, ne préfér&t le mea- I» songe qu'il a trouvé , à la vérité découverte par
> un autre. Où est le philosophe qui, pour sa 9 gloire , ne tromperait pas volontiers Je genre » humain?! — Dans un livre pareil, une condamnation pareille est au moins curieuse.
Que vous semble de l'éducation particulière considérée comme un système d'éducation ? Rousseau lui-même ne sait pas s'il existe un seul homme au monde capable de conduire une éducation , ni un lieu où elle se puisse faire !
Du reste , le bon sens natif de l'homme est à chaque pas en contradiction avec les vues systématiques et arbitraires du philosophe. Tous
ÉDUCATION SUBVERSIVE — PARTICULIÈRE. iSJ
venez de voir son bon sens lui révéler ce principe vrai 9 que l'éducation de l'enfant , pour êtte bonne et heureuse , doit se faire dans un milieu ambiant convenablement préparé : Rousseau po-« sant ce principe, c'est l'homme d'intelligence écoutant son instinct du vrai : Rousseau s'entetant , après avoir accepté ce principe , à construire un système d'éducation pour un enfant isolé, placé en milieu civilisé, c'est Rousseau faussé par les traditions et les préjugés, c*est Rousseau le sophiste, Rousseau le philosophe* Son livre n'est qu'tin tissii, en quatre volumes, de contradictions analogues; c'est la raison naturelle aux prises avec de fausses institutions, et se laissant mettre la chaîne au cou en grondant et grinçant les dents, comme un lion dompté, mais non apprivoisé; c'est l'homme aux prises avec le philosophe, l'Harmonien avec le Civilisé, le bon sens natif avec les idées reçues; c'est î'v spiration bridée par la routine.
Ensuite, il faut une fortune de cinquante mille livres de rente pour penser à se mettre en devoir d'accomplir ce genre d'éducation ! aussi est-ce quelque chose de risible, que le ton fier et démocratique avec lequel Rousseau débute dans son cinquième livre, en écrivant: < PuiéqUe notre )i Jeune gentilhomme , dit Locke , e$t prit à se
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t marier j il e$i temps de le laisser auprès de u » maîtresse. Et là^dessus il fioîtson outrage. Poar » moi, qui n'ai pas ThoDoeur d'élever un gentil- » homme 9 je me garderai d'imiter Locke en • cela. » — Yraiment ! eh ! si ce n'est un gentilhomme que yous élever, citoyen républicain de Genève, c'est donc alors le fils de quelque traitant, d'un homme de finance, d'un bourgeois millionoaire? C'est bien la peine de prendre vos airs, et de traiter dédaigneusement l'aristocratie nobiliaire, pour vous mettre en firais de cinq livres d'éducation à l'adresse de l'aristocratie financière! D'ailleurs, il ne s'agit pas de fidre fi! de l'enCauit du gentilhomme; si votre système d'éducation est bon, pourquoi le fils du gentilhomme ne participerait- il pas à ses bénéfices? fiiudra-t-il donc que le gentilhomme dise au fier booi^eois philosophe, comme, en temps de république , M. de Montmorency, je crois, à son perruquier qui le traitait par trop cavalièrement : c Mais, citoyen, nous sommes égaux...? »
Le pkn souTeiit rédueation ehercbo moini i «lève* lopp«r 1m faeuhét dci eufaoi, qu'à Mturer !• rrpoi dn Birftret par ane dMeiptine •érére.
Jbas Paul.
Nottro am« ne branle qu'à crédit., liée et eontraînta à l'appetît deé liuitaisiee d'autruy, lerr e et captif e aou* reuthoritè de leurs le^ua.
Mosnnxk.
Pour faire œuvre sociale et vraiment philosophique, — dans l'acception étymologique du mot, — il faut spéculer sur l'éducation générale. Il ne s'agit pas de l'enfant de telle ou telle classe, du 61s de celui-ci , de la fille de celle-là. L'édu* cation sociale doit aller à tout, opérer tous les développemens. La nature distribue les caractères aut enfans des hommes, indépendamment du rang et de la fortune de leurs parens. Il n^y a pas de relation entre les caractères naturels et les catégories sociales. La première condition pour qu'un système d'éducation soit bon, c'est-à-dire dans l'ordre de la Destinée humaine, c'est qu'il soit universel et applicable à tous les individus; aussi un système qui exige une grande fortune particulière, un éducateur pour chaque enfant, et mille circonstances exceptionnelles, est-il nécessairement hors de l'Ordre universel, et par conséquent mauvais à priori, mauvais même pour les êtres sur lesquels on parviendrait à le pratiquer.
5qO ■Â1M09IIB. UT. III. CH. IL.
La oatare proteste contre ce système d'éducation particulière, que le raisonnement culbute si facilement : le premier, le plus énergique besoin de Fenfant , c'est celui de la compagnie de ses semblables. L enfant recherche l'enfant ; longtemps avant de parler, il manifeste déjà cette vive attraction en tendant ses petits bras et souriant aux êtres de son âge. Quand tous isolez un enfant, quand vous le sevrez de la compagnie des 9.utres enfans, vous enlevez de sa vie la joie et le franc rire; c'est une pbnte exoti^e abandonnée seule dans une serre chaude. Qu'a donc fait cet enfant, pour être ainsi truHé. comme uo pestiféré enfermé dans un lazaret?.
Eût-il élevé par les parens les plus tendres, 1^ sort de l'enfant isolé est triste, et.Tepfaat est à plaindre. Fourier, dans les vingt pages pleines d'une poésie si haute et si vraie » qu'il a consacrées à quelques éludes à' Analogie naturelle, nous a donné en peu de lignes un bien ressem^ blant portrait de ce pauvre martyr de ses Atr tractions, privé d air, de bruit, de joie , des \ivef affect.ions de son âge :.
» La ^oseille épineuse, à fruits isolés , dépeint Tenfant contraint , privé de plaisirs, barcelé de morale, et élevé isolément aux études. Son emblème ne donne qu'un fruit de panvre espèce, viùhîpàh, couleur d*amicié avortée, dont on géneressor chez
EDUCATION SUBVERSIVE — PARTICULIÈRE. 5gi
cet élève , en Tisolant de ses camarades. Ces enians boursoufles de préceptes et d'études prématurées, deyiemient pour Tordinaire de médiocres sugets. Aussi le fruit hiéroglyphique n*est-il, malgré sa belle apparence, qu^un produit de peu de valeur, gonflé de sucs fades et de graines superflues, comme les en&ns qu*on sui^ charge d'enseignement mal digéré. Ce groseiller est épineux, en signe de la gêne 4^ malheurein en£ains qi|[*il Repeint. »
Traité de V Aisocialion , tom. i , p. SiQ»
AÎDsi, tous les reproches que nous avons faits à notre éducation publique tombent d'aplomb et plus lourdement encore sur nos éducations particulières. C'est toujours le même mépris des vocations, des facultés, des Attractions natives : c'est toujours un régime qu'on impose, des études absurdes à digérer, une nature individuelle qu'on emboite, bon gré mal gré, dans une méthode. Ici la contrainte est plus active et continue; c'est une tyrannie sans repos, dont les yeux sont toujours ouverts, un pédagogisme acharné auquel l'enfant n'échappe pas une minute, pauvre enfant gardé à vue par uu précepteur, par un être qui ne peut pas s'égayer de ses jeux, que le bruit fatigue , qui gronde, fait apprendre des leçons, moralise, sermonne, punit... ^ Deux Êtres séparés par un abîme de vingt, trente ans, quarante an^, — qui n'ont rien de commun : deux espèces différentes, que la Civilisation juxta-pose comme deux forçats accouplés, pour le malheur de tous les deux ! — Ah ! ce n'est pas merveille, que la
Çg2 HABHOniB. Uf. IIK CB. U.
nature morale et physique de ces eafans soit appauvrie, qulls soieat gauches, guindés ^ compassés, tristes. Ce ne sont pas des enfans ; c'est un produit d'éducation civilisée qui n'a pas de nom.
Au collège, au moins, la surveillance n'est pas aussi soutenue et vétilleuse; ce n'est pas un combat corps à corps et sans relftche; l'enfant n'est pas si rudement garotté dans te maillot pédagogique; la chaîne attachée au cou de l'esclave est plus longue; tous ses mouvemens ne sont pas inévitablement suivis par l'œil froid et sévère du gardien : et puis, il y a les heures de récréations, et à ces heures les joies de la camaraderie , les mouvemens libres à l'air, les jeux et les ardeurs, les ambitions , les affections, les développemens que comporte le milieu, et que nous avons antérieurement examinés. Certes, tout cela est incomplet et souvent taux, nous le savons mieux que personne, mais au moins esl-ce quelque chose ; c'est moius de soufirance et plus de développemens;. ce sont des affections, des heures de JOLÇ, des caractères qui se forment à la vie, quelques accords qui se répondent, quelques (leurs qui s'épanouissent. Aussi, en sortant du collège est-on sociable, simple, rond et facile à vivre; tandis que les produits de l'éducation particulière sont en général des caractères aigris, des
Il ■
EDUCATION SUBVEBSlTE-^^^AlItlGUUÉRE. 3q5
êtres égoïstes, vains, présomptueux, bouffis d'oi^ gueil, et se superposant sottement à tout, parce qu'ils ne se sont froltés à rien. — Toutefois, je prie qu'on le remarque, ce que je signale de bien dans, l'éducation de collège, c'est uniquement ce qui résulte spontanément du contact réciproque des natures mises en présence : presque tout ce qui appartient aux institutions, aux arrangemens pédagogiques, çst funeste, absurde et délétère.
En résum.éj. l/e collège c'est la prison, mais arec la réunion des prisonniers et la descente plusieurs fois par jour au pxésai ; — l'éducation isolée, c'est le prisonnier au cachot , au secret : — en tout cela, douleurs, coùtrainte, natures faussées! L'éducation civilisée, c'est l'apprentissage, l'école pratique du malheur; la Civilisation ne saurait s'y prendre trop toi pour y former les hommes !. . •
Hoo bat est d« lUre ivipcctcr la dignité dt la natnrt ImmaiiM, il à» temnarka alIVvu pr^ufis fiâ •npoiaonncnt notre «dittnea «t qui la ptiTtnt dtf rnii jgitmïê, J. m Mvun.
Sans doute, comme la plupart de nos critiques, la critique que je viens de diriger sur les méthodes de l'éducation cirilisée paraîtra exagérée ^ beMcoop de gens habitués à accepter sans ré-
*S94 HAWiOHIB. LIT. IIL CH. II.
flexioo et sans examen ce qni existe, et à sea conteoter. D est certain pourtant que je n ai pas atteint l'expression de lear hmt degré de matfaisance ; mais il est certain aussi que ce mal ne peut èlre conçu que par qui a la vi?e perceptîoa du bien contraire. U faut ocmiprendre que nous rivons dans un bourbier social. Au milieu des eaux croupissantes, au sein d'une atmosphère depuis long-temps infectée , nous avons les sens émoussés, l'odorat fait à ces odeurs délétères, et ceux-là seuls qui ont monté sur les hauteurs où l'air est pur, peuvent apprécier le degré de méphitisme des couches inférieures. — Là où les Civilisés disent, c'est exagéré, les Hârmoniens diront, c'était bien adouci.
Quoi qu'il en soit, cette critique est loin d'être complète. Un aussi vaste* et important sujet demanderait des volumes pour être exploré, et nous avons montré seulement la cause fondamentale de la malfaisance absolue de nos systèmes dans le fait d'arbitraire, 4e mépris des natures, et de contrainte qui les domine. Nous avons fait voir que notre procédé d'éducation peut se traduire ainsi : arracher les jeunes générations à leurs vocations naturelles; leur imposer des études fastidieuses, dont les sept huitièmes n'ont pas mOme l'excuse d'une utilité réelle; provoquée
ÉDrCATION SlBviSRSIVE — PARTICULIERE. SqS
d'inévilables maaîfestatioDS de répugnances ; accuser CCS manifestations et punir. On veut atteindre des résultats contradictoires aux Destinées par des voies répugnantes aux natures; et comme les natures résistent et se révoltent, on en conclut que les natures sont mauvaises, et on sévit contre elles; de sorte que, — tant l'esprit humain est aveuglé ! — le plus haut problème de l'éducation morale consiste dans l'art de façonner les caractères, de les ployer aux choses, de dompter le naturel. — t Je ne connais qu'un bon éducateur,» me disait un jour un logicien qui raisonnait très-juste par rapport au milieu civilisé, t je ne connais qu'un bon éducateur, c'est Martin. » — C'était Martin des lions dont il entendait parler. Faites donc une critique plus acérée de notre éducation et de l'ordre de choses qui l'exige.... Ce père .parlait à propos de son fils.... — Dites que j'ai exagéré !
Est-il nécessaire maintenant d'expliquer que ceux qui verraient, dans la critique précédente, une diatribe allant aboutir directement sur la personne de nos magisters, instituteurs, professeurs, précepteurs, etc. , verraient de travers, et qu'il ne s'agissait pas pour moi de faire tomber le blâme sur les individus, mais sur les institutions qui mettent les individus en jeu. — J'ai person-
SgG HAEMOIIIE. tnr. III. GH. It.
nifié dans le pédagogue l'éducalion qui fausse , vexe l'enfant 9 et garotte misérabiement la nature qu'il faudrait développer , comme j*ai personnifié le commerce anarchiqae et mensonger dans le marchand qui surfait, trompe, écorcbe, comme on personnifie la guerredans le soldat, etc. G^est une figure de rhétorique dont je savais le nom au collège.
Le soldat français tue des Russes; le marchand s'enrichit sur les chalans ; l'éducateur sermonne, punit, fausse et vicie les natures; l'agent de police passe sa vie dans les fanges ; la fille de joie vît dans la crapule et meurt dans la boae; le gendarme empoigne ; le bourreau fait jouer sa mécanique ; le procureur du roi la pourvoit.... Ce qu'il y a d'odieux dans tout cela n'est nullement, en fait, imputable à l'individu. Changez ^arrangement des choses, tout cela disparait, tous ces odieul costumes civilisés tombent, et l'homme reste.
II faut s'attacher à l'esprit, et non k la lettre^ Encore une fois, je n'écris que pour les gen& intelligens qui ont bonne volonté. Que les gens obtus laissent ce livre, que les ergoteurs passent leur chemin. Il en est beaucoup que l'on associera et dont on fera le bonheur sans quils aient été forcés de comprendre préalablement la science
du bonheur et la théorie de TAssociation. On peut se chauffer au soleil sans connaître le système du monde; on dîne bien sans savoir la chimie et la ouisine ; on digère son dîner sans être physiologiste.
Le sens de ma critique est si éloigné d'être personnel et d*aller aux individus, que j'ai de très-bons amis dans l'enseignement, que j'ai conservé dans le cœur gratitude et affection pour la plupart de ceux qui ont travaillé à me fausser en mon temps de collège, et que je suis, enfin, fils et frère de professeur. Plût au ciel seulement que mon père vécût , et que je pusse lui faire hommage de cette critique ! il eût certainement été, lui professeur, le premier à l'accepter.
Un système d'éducation , dans lequel les maîtres sont appelés par leurs élèves, pions, chiens de cour, etc. , est évidemment répugnant, et, par le fait , faux et absurde en soi. Les enfans sont les êtres dépendans, les victimes; c'est à eux que l'on inflige cette éducation répugnante : voilà le fait saillant de la critique; c'est pour cela, en premier lieu, que l'éducation est mauvaise, parce qu'elle fait souffrir l'être à élever^ qu'elle le détériore au lieu de le dévelc^per : elle est mauvaise ensuite ^ parce qu'elle fait souffrir l'éducateur lui-même. — Il y a des gens qui di
39^ HARM05». LIT. ni. CH. U.
«eol : • Bah ! si les enfans souffrent , les mailres et les parens ont aossi à souffrir.... » Pois ils en restent là ; ils ont tout dit; le md des ans leur semble compenser le mal des antres; s'ils croient qu'O y a équilibre ou à-peu-près, c'est tout ce qu'il leur iaut ! — Eh ! certainement , un des plus misérables sorts de Civilisation est celui de maître d'études j par exemple, dans dn grand collège; l'en conviens mille fois; mais ceci est un complément de critique ; c'est une nouvelle face do mal : moi, j'ai surtout insisté sur la plus importante. Tous les jours on plaint les parens , les maîtres^ les instituteurs, et ils se plaignent entre eux d'avoir à faire à des enfans qui leur donnent tant de maux : moi aussi je les plains; mais je plains surtout les enfans qu'on ne s'avise pas de plaindre, et qui sont ici les premières et les plus intéressantes victimes. — Et puis, je fiiis mieux que plaindre les uns et les autres, car ma critique,— comme toutes nos critiques, — n'a qu'on but, un seul, c'est de faire vivement sentir le mal j pour provoquer l'application du remède. — Ce qui met de l'amertume dans notre critique, c'est un haut sentiment humanitaire, n'en déplaise à ceux qui ne comprennent pas cela. — La véritable philantropie ne consiste point à dire des sentimentalités philantropiqiles , et à conter des fadeurs à l'humanité.