‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 14 sur 95 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

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à la CfTimli^atton.

Aiii&î l'essor passionnel et social est devenu ^ui) ▼ersif et divergent , d'harmonique et convergent qu'il avait été... L'ôgchsinc s'est substîtaê à l.^ philanthropie, la misère à la richesse, le mal an bien , parce que l'homme a substitué l*iso lement , I opposition des intérêts individuels , » leur combinaison sociétaire , et dè»-lors nous or pouvons plus en effet nous nourrir que de* fruits produits par l'arbre de la scienoe du bien •t du nud. rnloff.nius. J. UvxjiQir.

Première Période,

£DÉNISME.

Tout est bien, sortant des mains de l'auteur des choses

J.-J. ROITSSKAC.

Dieu , en créant l'homme , aurait été contradictoire avec lui-même , s'il l'eût voué à la S(4itude l-e créant avec des besoins sociaux , c'eût été une stupide csmaufeé de ne point lui donner, par la création même , les moyens de satisfaire ces be«oins. Les traditions sacrées attestent qu'au temps de Moïse encore, on avait le sonrenir de la société originelle, qui eut le nom d'Éden. Ses haruionies, son bonheur, furent nn effet nécessaire des chances qu'ofirait l'état primitif de la terre, joint • l'absence des préjugés. yirtomnius. J. Mniaoa.

L'état de la science ne permet plus de douter aujourd'hui que les cféatioos des trois règnes aient été laites à des épo()ues successives. L'homme n'est arrivé et ne devait arriver en eiïet sur le globe qu'après les créations minérales , végétales et animales , qui composèrent le premier mobilier de son domaine.

Les races humaines placées dans les zones tempérées, loin des animaux féroces et malfaisans, créés, les uns comme les tigres et les serpents sous la zone torride, les autres comire les loups et les ours dans les latitude

FÉaiODBS AATSaiBOBli. ' S5

froides, trouvèrent en abondance les meilleurs animaux et végétaux de la création. Au milieu de ces richesses que la nature leur fournissait comme un lait nourricier, elles formèrent une société primitive dont le souvenir s'est vaguement conservé chez tous les peuples des latitudes tempérées sous les noms d'âge d'or, de paradis perdu, d'Eden , etc.

Dans cette période , la propriété territoriale n'est pas morcelée; Tamour n'est pas enchaîné par des conventions sociales et des préjugés ; la surabondance des richesses naturelles sur les besoins, prévient les luttes d'intérêt et entretient la plus grande douceur dans les mœurs. L'oppression et la guerre sont inconnues. Tous les membres de la société , hommes, femmes et en* fants, vivent dans une entière indépendance , sans peine oi souci.

Que la première période jouisse de ces caractères , £ est ce qui serait démontré sans réplique par les découvertes des navigateurs modernes , à défaut des traditions indiennes, hébraïques, greccfues, égyptiennes, etc. Tous les peuples que nos navigateurs ont trouvés dans des circonstances naturelles analogues à celles que je viens de décrire , leur ont offert un spectacle de mœurs et d'usages voisins de ceux qui caractérisent la première période. Ainsi, les Moxes, les Topayers du Brésil, les Guaxéros de Terre-Ferme vivaient, quand les Espagnols abord4*rent en Amérique, dans une société mixle qui se rapprochait de la première période (1). Il en était de même des habitans de la Caliiornie, des lies Mariannes , des Philippines , lorsque les missionnaires y pénétrèrent. Enfin . Cook et les premiers navigateurs de la mer du Sud nous ont décrit les frais et riants tableaux de la vie des Taltiens et des autres insulaires de ces parages, chez qui la première période eût été organisée dans sa pureté, si ces peuples eussent eu à leur disposition une plus grande variété de produits animaux et végétaux, et des terres plus étendues.

Dans la première période, l'homme jouit du bon-

(i, Voyei VBiêtoire générale dea f^oyàges, P^alknaer, eto.

8(7 CRITiQUe. 3EGT. U. CII4P« H*

heur; mais c'est un bonheur peu raffiné et obscur. L*humanité , en cet état où la nature la nourrit surabondant ment, prend pied sur le sol de son globe. — Ceux qui ont pense que les premiers hommes avaient vécu errants et isolés dans les bois n*ont pas réfléchi quen pareil berceau l'humanité eût infailliblement péri.

La première période a un terme : il faut bien que l'homme se mette en devoir de conquérir force et puissance — Quand l'allaitement cesse de convenir à l'enfant , quand une nourriture plus substantielle lui devient nécessaire, c'est une crise douloureuse ^ la dentition, qui lui fournit des instruments pour broyer et s'assimiler des aliments plus forts. — De môme la création de ses instruments de puissance et de force est une crise douloureuse pour l'humanité. L'enfantement des sciences, d(>s arts, de rindustrie,de toutes nos puissances, s'opère durant di'S périodes incohérentes qui ne peuvent produire ni le bonheur ni l'harmonie , puisqu elles ont pour mission de créer ces puissances sans lesquelles l'homme ne peut organiser le gouvernement de son globe et y réaliser sa royauté. — Les premières pér ooes forgent les instruments du bonheur, elles ne sauraient donc encore le donner. — Voilà ce qu'il faut reconnaître d'abord et bien comprendre.

Plusieurs causes naturelles amenèrent la rupture de la première société. La principale fut raccroissement de population oui réduisit peu à peu l'abondance primitive et finit par la changer en disette. Aussitôt que la pénurie se manifeste, elle disloque l'Harmonie: lamauviûse intelligence se met entre les hommes, l'égoisone naît, l'Association primitive se dissout.

Voilà le grand fait social que Moïse a gravé dans le Sépher. — Eve^ la faculté volitive de l'homme, corrom* pue par le serpent , emblème de prudence , de cupidité etd'égoisme, séduit et entraîne Adam^ l'homme universel. L arbre cauvert de fruiis symbolise la richesse matérielle , et le serpent sorti de l'arbre , ou Tégolsme suscité à cette occasion , est la cause potentielle <& TintrodkKtioo du mal.

L'arbre du bien et du mai sera aussi l'arbre du vie. Ce n'est qu'en mangeant ses fruits que rhomme pfMrdra

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son ignorance primitive et qu'il commencera, à travers une vie de douleurs, à apprendre, à savoir, à découvrir.

A.près la chute ^ Adam, l'homme universel, chassé du Paradis^ est privé des biens de la première société dont les éléments se divisent à sa mort. La mort d'Adam , rhomme universel , c'est la dissolution de l'unité humanit ire primitive ; — et les peuples divers couvrent la terre soas le nom de ses enfants.

L'homme est condamné k travailler à la sueur de son front jusqu'au jour de la rédemption sociale qui sera caractérisée par l'écrasement de la tête du serpent, l'anéantissement de l'égoîsme. Et c'est une Eve nouvelle^ la faculté volitive remise en vrai destin passionnel, qui écrasera sous son pied la tète du serpent (1).

Quoi qu'il en soit du récit cosinogonique et symbolique de (iloîse, il est certain que l'harmonie n'est pas possible dans la pénurie sociale. L'Harmonie ne peut se maintenir qu'au sein de la surabondance des richesses. — Je sais bien (]u'il y a chez beaucoup de personnes un très-fort pnjuge en vertu duquel on déclare tranchémeni , qu'en aucun cas les hommes ne peuvent bien vivre et s'accorder entre eux. Ceux qui soutiennent ce

Î>réjugé impie ne s'aperçoivent pas qu'ils tirent toutes eurs preuves du jeu des passions observe dans un monde affamé et en subversion. Or, le jeu des passions serait tout autre dans un monde riche et bien ori;anisé. C'est un fait qu'on ne peut plus nier depuis que 'on a YU les mœurs ae ces insulaires de l'Océan Pacifique, si bienveillants, si aimables , si hospitaliers , et que lesCivilisés, pour preuve de reconnaissance, ont débuté par infecter de virus et d'odieuses maladies. Le meurtre était ^i inconnu chez les habitants des Iles Mariannes, qu'ils affirmaient par ce beau serment: — « Cela est aussi vrai qu'un nomme n'en tue pas un autre 1 &

Ces insulaires étaient pourtant des hommes comme nous : seulement la nature l'ouiiiissait amplement à leurs besoins, et Tharmoi^ie aurait eu chez eux des caractères

(1) Voyex Jes ruisum de cette interprétation dam les Transae- Hortê religi^uêes ei soeiaUi de J. Moiron, et dans la Grammaire hélaïque et la TroiktetioH du <S»^|>A«r, de Pabrt d'Olitet.

88 CBITigUB. SEGT. II. GHAP. II.

bien plus purs s'ils eussent été environnés de toutes les circonstances favorables à Véciosion de l'Ëdénisme.

Quant à nos sociétés, elles engendrent et développent d'immenses besoins sans savoir créer les moyens de les satisfaire; la discordance sociale doit inévitablement s'engendrer d'un pareil état de choses. Vienne une organisation sociale qui sache tirer parti des grandes puissances industrielles et scientifiques dont l'humanité est aujourd'hui pourvue, qu'elle enfante l'abondance, et une Harmonie bien autrement éclatante que la pâle Harmonie des premiers temps sera réalisable sur la terre. Toutes les onjectionsque l'on tire des mauvaises dispositions que montrent les hommes dans la Civilisation affamée, égoïste et méchante, sont de nulle valeur. Ce serait, un phi^no* mène bien étrange qu'ils y vécussent en bon accord !

Aussi , voyez ce qui se passe quand la pénurie se fait sentir chez les peuples de première période : l'ëgoisoie surgit; la société se dissout; chacun tire à soi; l'affection nécessaire à la perpétuation de l'espèce, l'affection de Famille, survit seule au naufrage de toutes lesautres; elle devient base étroite et exclusive de la société. Voilà l'inauguration du ménage en couple. De ce jour, Thuraanité entre dans l'incohérence par la Sauvagerie.

woTA. (3« édition. ) Il est extrêmement important de bien comprendre la valeur sociale des faits contenus dans ce chapitre. Lea Iradi* lions du paradis perdu, delà succession des âges d'or, d*argeiit^ et ir fer. ont accrédité long-temps la fausse idt^e d'une dégénération sociale indénnie, d'un bonheur primitif perdu sans r«1our. D'aulre part, on refuse souvent d'admettre le dogme d'une glorieuse Destinée réservée à l'humariilé, parce que, dii-on, si le bonheur de l'homme Bur Ja leire fût entré dans les plans du créateur, la Société heureuse eût été constituée dès l'origine.

Le iHctenr sait maintenant ce que l'on doit entendre par Fdgt d'or primitif 11 comp' ent pourquoi, au bonheur rudimenluire do raden , ont dû succéder des époques douloureuses , d'enfantement el d'accroissement ; il comprend enfin que l'homme placé, pour prendra pied sur son domaine, dans un étal de bonheur brut et matériel, a reçu la mi«sion glorieuse de conqu<^rir les éléments de sa Royauté. L'Ordre primilif n'était que le Paradis lerrettre (Harmonie simple confuse el matérielle). L'Ordre qu'il doit conquérir à la sueur de son front et organiser de toutes pièces, sera le Paradis céUêtê CHarmoQie composée, convergente et spiritaelle). L'or du premier âite n'ait qu un métal brut i cOté de l'or <tes6ge« resplendissants de^aveiSr

rBRIODBS ANVÉUBOMS. 89

On • m qoa la liborté du Sanrag* «tt cm on'dto Mt corporelle active et sociale active ; mi •eiu aciivilé* MiQt en diveifenoe avec la destinée, avec le travail productif. Poor élever le Sauvage aux libertdt activée onavwrgcntM, U fiuidrait Ini présenter le travaB productif et attnyant. Ce. Fovai«R.

Ln sauvages refusent l'industrie (civilisée on répugnante) : ils restent eux-mêmes et laissent leurs savanes dans l'état de nature brute , au sein du mal -être et de Tabjoetion. On les voit perpétodlenicnt en guerre entre eux et aiicc les peuples industrieux. rtrl^mniu». J. MoiaoK.

Seconde Période.

SAUYÀGE&IE.

L'iNVAsiONdcs bétes féroces et la nécessité de chercher des sabsistances dans la chasse, ont Tait inventer des armes qui, une fois l'Harmonie rompue et les ménages incohérents formés, servent bieir vite aux hommes à se dépouiller les uns les autres. La guerre commence; les familles se coalisent pour accroître leur force de résistance; la horde est formée.

L'industrie est bornée à la chasse, à la pêche, à la fa* brication des armes. La femme est réduite en servitude, les hommes vivent dans une complète indépendance ; tous prennent part au conseil de la horde et délibèrent sur la paix et la guerre. Chacun deux jouit pleinement des sept droits naturels dont est frustré en tout pays le peuple civilisé.

Tableau des droits naiurelt,

GUBILLBTTE.

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