SIS ORGANISATIOM. U¥. H» CHAP, III
Cest an lecteur à faire sargir en relief dans son imâ* gination, l'idée générale du Phalanstère, à se transporter dans ce séjour, à le voir, à évoqaer de cette donnée féconde que j'indique rapidement, tout ce qu'elle renferme d'artistique et de confortable, à comprendre enfin comment toutes ses dispositions concourent à Futile et à l'agréable, au bon et au beau, au luxe et à l'économie.
Artistes ! ici il y a de l'architecture et de la poésie.
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A TOUS donc, Artistes I à vous, peuple hardi et brillant, à vous, hommes d'imagination, de cœur et de poésie ! Que faites-vous dans ce monde bourgeois d'aujourd'hui? est-ce que vous vous sentez à l^aise dans cette vaste boutique ? Quels essors vous sont offerts dans les magasins de l'épicerie, les cuisines du ménage morcelé, la maison du bourgeois et de sa famille?
La lésine d'un marchand, les sots caprices d'un parvenu de comptoir, la stricte économie de quelque des* cendant appauvri de race antique, tout cela ne s'accommode pas à l'art, tout cela ne prête pas à conception I — Il n'y a plus de sources de richesses que dans la marchandise, et la marchandise n'aime pas l'art. La destruction des grandes fortunes féodales et cléricales, les commotions révolutionnaires et les subdivisions des propriétés ont donné à l'art le coup de mort. Il agonise aujourd'hui dans la lithographie... Que voulez-vous faire? 11 n'y a plus de cathédrales, ni d'abbayes, ni de châteaux H construire, à orner de statues et de larges tableaux, 4 parer de sculptures et de fresques ; plus de toiles à couvrir, plus de marbres à tailler. Le pan de bois, le plâtre, le carton-pierré et le papier peint ont tout envahi...
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Voulez-vous que l'architecture renaisse ? —Faites renaître les conditions qui la nourrissaient autrefois, faites renaître des concentrations de volontés. — Et cette fois, ce ne sera plus une concentration opérée autour d*un seul point, politique ou religieux : ce sera la fusion harmonique et puissante de tous les éléments de la volonté humaine ; ce sera un ralliement universel, une association intégrale de toutes les facultés et de toutes les passions; ce sera VHumanité unie dans sa force, dans son essence, dans la totalité de ses éléments : et Tarchitecture qui sortira de cette composition complète et unitaire sera, elle aussi, complète et unitaire.
Ce ne sera plus la cathédrale ou Thôtel-de-ville, le collège, le théâtre, le logement de ville ou de campagne, le château, la manufacture, la bourse, et que sai»-je encore. . . Ce sera tout cela à la fois, tout cela réuni, combiné, glorieusement transformé et unitarisé, formant un tout avec les cent mille contrastes et les cent mille harmonies d'un monde ! Voilà l'architecture de l'Avenir. — Comparez les Phalanstères, les Villes et les Capitales dérivant du principe d'Association, comparez-les avec nos villages, nos villes, nos capitales dérivant du principe de Morcellement... comparez et prononcez!
« Mais cela est trop beau, s disent les niais ébahis, < cela est trop beau et ne peut arriver. Ils sont fous ces gens-là, ils ont lu des contes de fées... 9
£h d'abord I puisque nous y voici, entendons-nous un peu. Je pourrais démontrer rigoureusement que les Phalanstères de Haute-Harmonie , les Phalanstères nés au sein de l'opulence de l'Ordre Sociétaire, quand cet Ordre aura depuis quelque temps pris possession de la terre, laisseront bien loin derrière eux en magnificence, en éclat, en couleur, en richesse, ces immenses cathédrales surchargées, du triple portail à la flèche, de dentelles et de broderies de pierre, ces cathédrales où chaque moellon était frappé à Tempreinte de l'art, où les vitraux, les arceaux, les colonnes et les murs, relevés à l'intérieur
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et à Textérieur par les couleurs les plus vives, vermillon, or et azur, le disputaient en splendeur au maftre* autel et à Tétole du prêtre officiant. — Car cela était ainsi.
Voilà les monuments dont l'Europe s'est hérissée en trois siècles ! Voilà ce qu'un seul principe d'union a su faire jaillir du désordre général, voilà ce que l'idée religieuse a eu puissance d'extraire du sein d'une Civilisation affamée. Si ces choses ont été produites dans le Chaos, pensez aux merveilles qui suivront la Création ; pensez-y, et la logique ira plus loin que votre imagination ; et vous ne trouverez pas assez de formes et de couleurs pour vous représenter l'avenir resplendissant et flamboyant du globe transfiguré.
Les palais des Phalanges , artistes ! les castels , les kiosques, les belvédères, dont elles parsèment leurs ri- (;hes campagnes, les grandes villes monumentales et la Capitale du globe harmonien, voilà, artistes, qui vaut bien un devant de boutique, une soupente, un escalier tordu, un palier de maison bourgeoise, une Renommée rouge sur l'enseigne d'un pâtissier... Il faudra des voûtes hardies jetées sur des mors de marbre^ des coupoles, des tours et des flèches élancées ; votre génie sera à Taise dans ces grandes lignes dont vous aurez à combiner les mouvements et les allures ! 11 faudra aux palais des Phalanges, des portes où sept chevaux de front puissent entrer ou sortir à l'aise ; il faudra des fenêtres grandes ouvertes par où le soleil verse à flots dans la maison de l'homme la vie et la couleur ; il faudra des galeries , des balcons et des terrasses où la population du Phalanstère puisse s'épandre et lui faire d'éclatantes guirlandes de femmes et de joyeux enfants... Il faudra des tableaux à ses galeries et à ses salles , des décorations à ses grands ateliers^ des fresques aux parois de ses théâtres, à ses voûtes des fresques et des sculptures; H faudra des statues dans ses atriums et ses grands escaliers, des statues sur ses entablements , des statues