‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 80 sur 95 · ORGANISATION. LIV. II. CHAV. IV · texte numérisé non relu

ORGANISATION. LIV. II. CHAV. IV

Or, ce problème a été résolu. L'invention a été faite, réalisée, et maçonnée. On a dépensé et on dépense encore des milliards en Europe pour faire et entretenir ou pour broyer des milliers de fronts-bastionnés. Ce n*ei^ pas impossible cela I - 11 est vrai que c*est une des partiel constitutives du grand art de tuer les hommes « et qu*en cette direction du moins on ne se ferme Tespmr à aucune espèce de perfectionnement et de progrès. — Voyez plutôt le mortier-monstre ... des bombes de mille, cordieu! il y a de l'avenir dans cette découverte....

Hé bien ! si l'adoption de cette découverte, ou de toute autre invention philantropique et productive du même genre, nécessitait un changement dans le système de défense, vous verriez qu'on trouverait tout simple de poser le problème de la fortification des villes sur de nouvelles bases, de recommencer l'invention et d'en construire la solution. Pour cela on a de l'argent, des travailleurs, un corps nombreux d'ingénieurs qui apportent à ces choses science, intelligence et facultés; pour cela on remue le sol, on fonde sur pilotis, on laboure le roc; on percera, pardieu, en roc dur d'immenses fossés de vingt mètres de profondeur; pour cela rien ne coûte. — C'est bien.

Mais qu'un homme vienne dire que l'on devrait songer à loger les hommes sainement, commodément, agréablement, sociétairement.... — Folie et délire !

Que cet homme ajoute qu'il en a trouvé le moyen, qu'il le donne : —Le voici, voici les plans, examinez. Et si les plans paraissent bons, faites au moins im essai, un seul. C'est la porte d'un nouveau monde.... ^ Pst! rêve et mensonge !

Oh ! il ffiudra pourtant bien que vous écoutiez, je vous le jure! dât on vous appliquer la gueule du porte-voix sur les oreilles. Si vous êtes logés, vous autres, tout le monde ne l'est pas. Il y en a qui ont trop froid en hiver, et trop chaud en été, savez-vowsT II y en a dont la botte de

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paille à coucher se mouille trop quand il pleut, et dont le plancher devient boue! L^homme n'est pourtant pas Tait pour vivre dans les tanières. Ce n'est pas un animal qoi se terre, l'homme : et il faut qu'on le loge.

Or, s'il faut qu'on le loge, trouvez donc, pour le loger, mieux qu'un Phalanstère, trouvez mieux en satisfaction des convenances, en agrément, en magnificence et en économie?... en économie, entendez- vous ?

Chose étrange ! il n'y a pas de problème absurde, mal posé ou malfaisant qu'on n'ait encore cherché à résoudre sur cette terre, et on s'insurge contre l'idée de déterminer les lois d'une architecture harmonique et convenante à l'organisme humain I

L'Académie s'ingénie chaque année à trouver des sujets de concours pour les élèves de l'école d'architecture, et elle n'a pas eu l'idée de proposer celui-là ! C'est pour tant une conception plus féconde, une idée plus haute de raille coudées, que toutes les idées architecturales qui aient été exécutées ou seulement émises jusqu'ici.

C'était là d'ailleurs la tâche sociale réservée à l'Art dans la carrière du progrès social. — Qu'un architecte, en effet, laissant le quart de rond, la cimaise et les ordres, se fût proposé de résoudre le problème architectural ainsi posé :

Étant donné V homme , avec ses besoins , ses goûts et ses penchants ^tatifs , déterminer les conditions du système de construction le mieux appy^oprié à sa nature :

Cet architecte se trouvait, dès le premier pas, face à face avec l'option suivante :

A Ou une maison isolée pour chaque familh; A Ou un édifice unitaire pour la réunimi ù*f i^sf milles composoâ^t la Commune.

L'économie :, l'aisance, la facilité des relations et des services, les agréments de toute nature, toutes les con-

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venaiices uiatorieiles , sociales et artistiques militaieiit |K)ur le second système.

Dès^lors, optant poar l'architectonique sociétaire, Tartiste était sur la voie du calcul des Destinées ; il découvrait de proche en proche, en cherchant les bases de son projet, toutes les conditions de la vie sociétaire, qui ne sont autre chose que les déductions naturelles et pratiques des besoins, des goûts et des penchants natifs de rhomme. Et c est ainsi qu'en spéculant sur Tarchitectonique la mieux adaptée à la nature humaine, on eût nécessairement rencontré la forme sociale la mieux adaptée à cette même nature.

Toutes ces questions se tiennent. On ne peut résoudre les unes sans déterminer en même temps la solution des autres. Le problème architectonique n*est qu'un cas particulier du problème social général , qui doit être ainsi posé :

Étant donné l'Homme , avec ses besoins^ ses goûts ^ ses penchants , déterminer les conditions du système social le mieux approprié à sa nature.

Décomposez le mot système social, et vous 7 trouverez système industriel, système commercial, système scientifique , système d'éducation , système hygiénique, système architectural , etc., c'est-à-dire toutes les branches de l'arbre social. — Or, la Véritéijimt onb, si vous avez découvert la Loi qui régit l'un 3e ces systèmes , vous avez la solution pour tous les autres.

Construisez un Phalanstère, pourvoyez-le de son matériel, amenez-y une population de trois ou quatrc^œnts familles inégales, riches et pauvres, pères, mère8.|jpbfants; laissez-la se caser, agij:; abandonnez-la à ellemême ; surtout, préservez-la du contact de tout pédant philosophe et moraliste, et vous verrez l'Association se faire par instinct si votre population n'éc5ujl(QX[tte les indications de la nature. — Il est sensible que^j^ travaux domestiques seraient d'abord organisés en grande échelte

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et sociétairement; ensuite le système d'éducation , et tons les autres services , de proche en proche. La création du milieu architectural sociétaire commanderait la formation du milieu sociétaire intégral : il n'y aurait cpi'à suivre docilement la voix du génie de Thumanité. -* C*est, au reste, ce qui demeurera prouvé dans la partie de cet ouvrage, où , pour 4éterminer les conditions de la vie sociétaire, nous ne ferons rien autre chose ({ue de placer une population au milieu du dispositif matériel d'une Phalange, nous bornant à constater le mode suivant lequel tendent à se comporter, dans un paroi! luilieu , les divers membres de cette population , à rcf on« nattre les lois suivant lesquelles s'y grouperaient naturel lement les individualités, s'y formeraient spontanément les aggrégations et les hiérarchies de tous les ordres.

Si l'on eût réalisé pareil projet par manière d'expérience, il est évident qu'on fût tombé sur une forme sociale non pas artificielle, factice, contrariant la nature comme le sont la Civilisation et toutes les rêveries des philosophes, toutes les républiques utopiques sorties de leurs cerveaux, construites à leur façon, — mais sui une forme sociale naturelle , normale , dérivant rigoureusement de l'organisation humaine , faite à la façon de la Nature ou de Dieu, ce qui vaut bien la façon de Platon , ou celle de M. Bérard, éditeur de la merveilleuse constitution de 4830, laquelle est étal)lie pour l'éternité... exactement comme toutes les précédentes.

Les hommes n'ont pas encore pu se persuader qu'il faut plier devant la Nature , se soumettre à elle , lui demander ses lois; ils aiment mieux en faire eux-mêmes, des lois , quitte à ne leur donner d'autre sanction que des gendarmes et le bourreau.

Le lecteur doit bien comprendre, maintenant, que Fou lier a manœuvré à l'inverse de tous les réformateurs de l'œuvre de Dieu , et que sa découverte est la récompense de la religieuse docilité qu'il a mise à suivre les iudic»-

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tions de la Nature. Toutes les dispositions de la vie sociétaire sont exactement calquées, comme les dispositions architecturales que nous venons d'examiner, sur des convenances fixes et bien déterminées. Le calcul qui lui a livré la connaissance de Tarchitecture sociétaire est le même que celui qui lui a donné la clé de toutes les au* très parties constitutives de la société harmonienne.

La vérification des calculs , la contre-preuve des opérations consiste à soumettre les résultats à la pierre de louche composée^ à examiner s'ils réalisent Talliance du Bon et du Beau, de l'artistique et du confortable, du merveilleux et de rarithmëtique; car cette alliance, ainsi que je viens de l'établir , est le caractère de toute^ les œuvres de Dieu , le vrai contrôle de toute harmonie.

Que l'architecture phaianstérienne, type éléaientaire de la grande architecture humanitaire, contienne les sources les plus vives auxquelles puissent s'alimenter l'art et la poésie architectoniques , c'est ce qu'aucun artiste et môme aucun homme de quelque portée d'esprit, capable de saisir une donnée, ne songera à contester. — Mais nous marchons dans des chemins tellement encombrés d'obstacles , tellement semés de pr^ jugés, tellement obstrués par les ronces de la routine; nous avons à parler à des gens si bien habitués à ne croire réalisable et possible que ce qui est étroit , mesquin, difforme et laid; si éloignés de comprendre que la plus haute expression poétique dont un mouvement quelconque soit susceptible correspond précisément à son MAXIMUM d'utilité, uous avons, eu un mot, tant de déiiances à vaincre , nous qui venons jeter une idée d'Harmonie en pleine Civilisation , que nous devons examiner spécialement l'architecture sociétaire sous le rapport de l'économie , et prévenir ainsi toutes objections sur sa réalisabilité. Ces objections, on ae manque pas de les tirer de la splendeur et de la magnificence des choses de l'Ordre combiné, comme si ces splendeurs n*é- '«ent pas plus conformes aux Attractions de l'humanité

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et par conséquent à ses Destinées, que les cloaques , les clapiers et les fanges de la Civilisation.

Examinons donc la question sous le rapport de la réalisation, et réduisons à leur juste valeur les prétendues impossibilités de l'application.

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