‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 79 sur 95 · S ORGANISATION. L1V. II. CHAP. IV · texte numérisé non relu

S ORGANISATION. L1V. II. CHAP. IV

Ainsi , et pour en revenir à la qiiestiou spéciale <|ai nous occupe, c'est donc délire ot folie que de se proposer la solution de ce problème :

Trouver les conditions architecturales les plus con," venables aux besoins de la vie individuelle et sociale , et constituer^ d'après les exigences de ces conditions^ le type de l'habitation d*une population de dix-huit cents personnes^ — population qui correspond à l'unité d'eocploitation du sol, et qui constitue la Commune rurale^ c'est^-à-dire l'Alvéole élémentaire de la grande ruche sociale.

Quoi donc, c'est folie et délire, cela! et vous dites : cela est inoui , extravagant, irréalisable (c'est le grand mot) et vous parlez ainsi alors que vous avez sous les yeux, et à vous les crever encore! des constructions logeant dix-huit cents hommes, et non- pas fondées en terre ferme, sur roc, mais bien mobiles, mais filant sur l'océan dix nœuds à Theure et transportant leurs ha- ))itants de Toulon au Cap , du Cap à Calcutta , de Calcutta au Brésil et au Canada! des constructions à dixhuits cents habitants, qui narguent les vents des grandes mers et les ouragans des tropiques , de braves et dignes vaisseaux de ligne , ma foi , épais de préceinte, hauts de mâture, et carrés de voilure, et parlant haut des deux bords avec leurs triples liatteries de vingt-quatre et de trente-six , et mordant dur, encore, avec leurs grapins d'abordage !

Était-il donc plus facile de loger dix-huit cents hommes au beau milieu de l'océau, à six cents lieues de toute cùte , de construire des forteresses flottantes ^ que d«' loger dans une construction unitaire dix -huit cents bon*i paysans en pleine Champagne ou bien en terre de Beauce ?

Mais voici un autre problème encore, et qui s* énonce en cos termes :

CONVBHANCBë ET BCONOMIKS. 329

Trouver moyen de mettre à Vahri dam une ville un petit corps de troupes , et de lui donner méme^ petidant un temps pins ou moins long, une supérw^ rite de forces sur une orande armée qui Vatta-^ querait avec un matériel immense , des bombes de douze pouces et des boulets de vingt-quatre.

Je pourrais bien vous dire, moi qui suis du métier, ce qu'il a fallu d'observations, d'efforts d'intelligence et de combinaisons pour arriver à résoudre ce problème comme il Test aujourd'hui. Parapets , bastions, courtines, tenailles, demi-lunes et réduits de demi-lune; contregardes, fossés, chemins couverts, places d'armes et réduits de place d'armes, traverses, communications.... je vous fais* grâce du reste et d('s détails; il a fallu agencer et combiner tout cela, ménager les angles et les incidences, les commandements et les défilements; combiner toutes les formes, calculer toutes les hauteurs, toutes les dimensions, les modifier de mille manières par mille considérations et pour mille relations ; coordonner chacune d'elle à toutes les autres ; et cela, non pas grossièrement, non pas d'une façon approchée, mais, savez-vous, k un centimètre près! Et il faut des combinaisons différentes pour toutes les positions différentes !

Dans ces fortifications, où les promeneurs bénévoles ne voient que des murs et des fossés , il n'y a pas un mouvement de terrain , pas une inclinaison , pas un pli qui ne soit calculé ; et quand une place forte a fait sa toilette de guerre, quand elle s'est parée pour le siège, il n'y a pas une pierre qui ne soit en son lieu, pas une motte de terre qui ne soit à sa place !

La détermination d'un front-bastionné, type élémentaire de la fortification, constitue un problème tellement surchargé de conditions, qu'il y a de quoi effrayer d'y penser. Ce que l'invention en a dû coûter d'efforts d'intelligence et de tension d'esprit, vous pouvez en juger par ce que l'on exige de temps, de travaux, d'études et de science pour arriver à la comprendre.

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