‹ Destinée socialeChapitre 27 sur 75 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Pourquoi Dieu a-t-it rendu lei hommes sî enclins à

* l'intrigae^ et plus encore les femmes?.... pourquoi

', • ; ■ ■ ces riYalitcs ? . . . . pourquoi ne pas rendre les hommes

tons frères et unis d'opinions? Pourquoi ? c'est qu*tl faut dans l'homme des ressorts conrènables i IVtnt sociétaire auquel Dieu nous ^e&tine. S'il no«s arait crée pour l'état familial et morcelé , il nous aurait donné des passions moites et apallûqnet, telles que les désire la philosophie. Cu. Fouaisa.

Un cheval attelé ft un chn cabriolets qui assistaient i la course , s'élance tout^h-coup sur les pas des autres et franchit la liarrière avec son rabriolet, aux applaudissements de la foule effrayée et rarie. C'était un vieux cheval de race. Cette géaérease bêle, etc... Un Joubicai..

Nous allons continuer à déterminer les conditions organiques du système de TAttraction industrielle ; mais, comme nous ne nous appuyons que sur les faits pour construire les différentes pièces du mécanisme scriairc, je prie le lecteur de me permettre toujours l'usage des exemples , voire des chiffres. Les exemples précisent, marquent, détachent une idée; et quand l'esprit a saisi Fidce sur l'exemple, il la généralise facilement. Cette faculté de généraliser appartient à l'esprit de l'homme dès la basse enfance , et chacun pouvant faire cette opération, il en résulte que préciser une idée sur un exemple ou la généraliser par une formule abstraite, ne sont que deux manières différentes de la présenter. — Il eu est pourtant, de par le monde, qui se croient larges, profonds, et se prennent d'une grande

RlTALITtS INBUSTRIBILES. 437

vénération pour eux-mêmes, quand il leur est arrivé de traduire dans Texpression générale telle idée qui a été présentée par autrui sous forme particulière ! — Revenons à l'examen du jeu des passions dans les Séries.

Chaque branche d'industrie et de travail, avons-nous dit, a fourni autant de Groupes qu'elle peut donner de nuances de produits, si bien qu'en culture, je suppose, vous verriez des Séries de sept, neuf, vingt-quatre, trente-deux Groupe, — plus ou moins, — adonnés, par exemple, aux soins de sept variétés de graminées, de neuf variétés de groseilles, vmgt-quatre variétés de pêches, trente-deux variétés de poires, etc., et de même pour les travaux de ménage, de science, de beauxarts, etc.

Or, quel effet va résulter de l'existence simnltanée, du contact, de deux Groupes voisins dans l'échelle de la Série? Pensez-vous qu'il y aura grand accord entre ces Groupes, donnant des produits peu dissemblables, donnant quelquefois même des produits identiques, mais obtenus par des méthodes, des procédés différents? Char que Groupe a son drapeau dont il est jaloux ; les drapeaux voisins sont rivaux. -— Voilà le fait de nature.

Un énergique discord éclatera donc entre les Groupes contigus dans l'échelle : il s'élèvera d'ardentes rivalités, de vives concurrences. La critique leur viendra plus naturellement aux lèvres que la louange.

Quel sera l'effet industriel de ces Discords^ de ces joutes cabalistiques, inévitablement développés par l'ordonnance graduée de l'Échelle sériaire ? — Entre mille faits qui peuvent répondre à la question, en voici un que j'entendais conter à l'un de nos consuls dans les échelles du Levant. — Je ne ssds plus en quelle station des \\à Ioniennes il en avait été témoin.

Deux frégates françaises étaient à l'ancre dans le port, égales à peu près pour la force, l'équipage et la mâture ; l'une, c'étaient des Provençaux qui la montaient ; l'autre était servie par des matelots de la Saintonge.

^38 ORGANISATION, LlV. lïl. CH. IV.

Elles ne pouvaient pas rester là longtemps < les deux rivales, sans se jeter un défi ; et de fait, un matin que les deux états-majors déjeunaient ensemble, après des narrations biographiques et panégyriques sur chacune d'elles, on discuta de leur mérite respectif. Un pari s'ensuivit. Tous les oflîciers y entrèrent, chacun soutenant son bord. On fit cent louis de part et d'autre. Le lendemain, au soleil levant, les frégates étaient prêtes, et la lutte s'engagea sur les manœuvres convenues. Je ne vous dirai pas quelles furent ces manœu\Tes , mais je vous dirai que les équipages spectateurs, — la galerie, — affirmèrent hautement qu'ils n'avaient jamais vu d'aussi belles, d'aussi prestes, d'aussi vives et hardies manœuvres. — Or, la galerie, c'étaient des navires russes et anglais...

C'est qu'il y avait là espi^it de corps et rivalité bien nette et bien tranchée; c'est que, sur chaque bord, officiers, matelots et mousses étaient en arrêt, l'oreille au vent, les muscles tendus, les yeux sur le commandant ; c'est que, pour tous, il y allait de l'honneur de la frégate ; c'est qu'il n'y avait qu'une pensée, qu'une volonté, qu'une âme, et que tous étaient mordus par la môme passion ! — Les deux équipages eurent les honneurs de la journée : le côté gagnant répandit sur eux une rosée assez abondante de pièces de cent sous , et vainqueurs et vaincus se portèrent cordialement des santés réciproques.

Chacun a pu obsen^r des essors analogues de Rivalité. Je cite un autre exemple qui m'a servi, dans le temps, de démonstration expérimentale pour ce que je vais établir théoriquement ici.

C'était à Metz. — Mais d'abord il faut savoir que les régiments du génie sont exercés chaque année, pendant la belle saison, à tous les travaux relatifs à l'attaque et à la défense des places. — Nous en étions à la confection des matériaux de siocre.

Une semaine , j'avais des fascines à faire préparer à

R1TALITÉ8 iudustriblles. 139

n\n Compagnie. Pendant les trois premiers jours, je laissai le travail ailer, comme d'habitude, tout le monde formant un seul atelier et portant au tas commun. -*- La besogne se faisait, comme d'habitude, lentement, sans zèle, parce qu'il fallait la faire, — besogne forcée , sans intérêt ; seulement la gaftc du Groupe , même sous la griffe, peu méchante il est vrai au bout de mes doigts^ de la discipline militaire.

Le quatrième jour, je divisai la masse. Je fis disposer dix ateliers en deux camps, cinq de front sur deux lignes et face à face. J'ordonnai que chaque atelier empilerait derrière lui ses fascines à mesure de confection, avertissant qu'à la fin de la séance — après comparaison des dix tas — on empilerait ensemble encore les fascines des cinq ateliers réunis de chaque camp, et que

Ton verrait Je me bornai à établir la disposition >

m'interdisant toute excitation par la parole.

Hé bien! à peine les hommes furent-ils àTœuvre, que vous eussiez apprécié Tinfluence de la disposition.

— De chaque côté d'abord Rivalité très-prononcée, entre eux, des Groupes qui se touchaient ; grande Rivalité face à face de chaque atelier avec son vis-à-vis de l'autre camp ; Rivalité en masse , enfin, des cinq ateliers d'un camp contre les cinq ateliers de l'autre. — Dans chaque atelier on s'excitait vivement , on se critiquait on se portait des défis d'un Groupe à l'autre, et les Rirarlités intérieures des cinq ateliers d'un parti n'empè^ diaient pourtant pas qu'ils ne se stimulassent entre eux contre l'iiutre. — On en lit, des fascines, ce jour-là.

Cela se passait sur les glacis nus , au grand soleil de juillet, un vrai soleil africain, tombant d'aplomb sur les têtes. — Le reste de la Compagnie fabriquait des hart6

— à l'ombre. — Nul des fascines ne demanda à passer aux harts. — La fougue dura deux heures ; — la Rivalité les soutenait encore pendant la troisième ; mais le travail l>aissait sensiblemeot. lis étaient ruis&elants.

Le lendemain , même résultat. -^ Pédant ces deux

440 ORGANISATION. LIV. III. CH. lY.

jours de Bivalité, on fit deux fois plus que pendant les trois jours de calme. Les monceaux de fascines étaient là en témoignage. Mes camarades du régiment constatèrent le fait.

Je pourrais remplir un volume des observations que j'ai eu' occasion de faire, au travail , avec nos Compagnies. La seule analyse détaillée des effets produits pendant la semaine dont je viens de dire un mot serait déjà fort longue et hautement confirmative des calculs de la théorie des Séries (1).

J'ai cité des exemples de Bivalité en essors harmo^ niques. Tout combat de terre ou de mer présente des exemples de la même passion en essors subversifs, appliqués à la destruction; mais pour subversifs qu'ils soient, ils n'en prouvent pas moins la vigueur et l'énergie du ressort.

..•.•. C*est aux humaint, dont la race ost divine, A discerner l'errenr, à voir la Térité.

La nature les sert. ......

PirVAGOlB.

La passion génératrice des Rivalités , et , avec elle , l'Ambition, que la Civilisation a aussi la propriété de faire éclore neuf fois sur dix en subversif, ont eu la plus grande part à la colère des moralistes, ennemis-nés do toutesJes passions, mais amis de la société, qui en entrave, qui en fausse le jeu, et n'en tire que des monstruosités et des horreurs, au lieu des brillantes modulations auxquelles elles sont destinées.

(1) Voir à la fin de ce livre le Complément de V Appendice consacré à l'étude de quelques phénomènes de travail attrayant. Le lec« teur doit, avant d'aller plus avant, prendre connalBsaDce des faits coDteaus dans cette Etude,

ElY^UTtS irouSTftlBLLBB. 144

Or pour faire application au stimulant passionnel que nous étudions, je vous le demande, et je le demanderais à un enfant, Dieu Taurait-il créé , ce stimulant , en aurait-il garni et doublé tontes les âmes humaines s'il ne loi avait ménagé un emploi proportionnel à sa puis* saaoe? £t cette puissance si générale, si reconnue, cette >igueur de Rivalité à laquelle vous trouvez aptes Ten- Tant, rhomme, la fenune, le vieillard lui-même, cette force qui surgit de notre organisme en tout contact social, est^^e un moteur que Dieu aurait créé pour n*en rien faire? — Que difr-j^ I ^^ ^^ l'aurait créé que pour le mal ! — Cela est insensé à dire, et si vous reconnaissez que cette force de Rivalité, quand elle vient à parler haut dans Faction et la manoeuvre, suscite chez les travailleurs la fougue réfléchie, Fadiamemeiit du joueur, l'ardeur du combattant, que ne songez-vous alors à lui ménager des emplois utiles , harmoniques , humanitaires? Puisque Thomme est destiné au travail et que vous trouvez en lui de puissantes causes d'excitation, comment ne comprenezr-vous pas que ces causes d'excitation lui ont été données pour le but final du travail? Si Dieu destinait l'homme à agir sur son globe et à régir la créatiim, ne fallait-il pas qu'il mit en l'homme les ressort^^, les forces déterminantes et les moyens de l'action? Dès lors qui peut méconnaître l'em» ploi final et providentiel de la Rivalité?

Cette passion si générale et si vive est appelée à jouer un grand râle dans le mécanisme des StaiBs. C'est à elle que l'on devra le perfectionnement incessant et lé raffinement indéfini de toutes les branches de l'industrie, de l'art et de la science, les classifications distinctes, nettes^ tranchées en toutes choses, la persévérance achalrnée des Groupes à leurs opérations , l'activité des Critiques , la surexcitation industrielle des travailleurs et bien d'autres précieux effets d'harmonie que nous développerons plus tard.

Aussi la uatufc a-t-clle voulu quo, cette passion se

142 ORGi^mSATION. UV. III. CB. IT.

développât d'elle-même et vivement dans les Séries. — Jugez-en.

Dans une Série d'emploi quelconque, mais régulièrement formée, deux Groupes contigus dans Féchelle donnent des produits fort rapprochés, peu dissemblables, quelquefois même identiques. Comment voudriez-vous que ces Groupes fussent en Accord, qu'une chaude jalousie industrielle ne se mit pas entre eux? La Rivalité est forcée.

On est entre deux feux dans chaque Groupe ; on a Tennemi de droite , on a Tennemi de gauche. Ce sont deux parties jouées simultanément, et ce jeu en mode composé se reproduit tout le long de Téchelle. Il faut se tenir ferme.

Ainsi dans la Sérié, ou Échelle naturelle de classement des travaux^ chaque terme discorde avec ses deux voisins, comme dans la Gamme ou Échelle naturelle des sons musicaux^ chaque son discorde avec ses deux contigus, comme aussi deux nuances consécatives, prises dans le prisme ou Échelle naturelle des coupleurs^ discordent entre elles. — Observez que je dis nuances.

Une Série est donc une gamme, et, comme la gamme musicale , elle doit avoir la {piculté Àe former des Accords, des Discords et toutes les Modulations variées que comporte Fharmonie.

La Série étant la base de Tharmonie sociale , comme la Gamme est la base de Tharmonie des sons, comme le spectre solaire est la base de l'harmonie des couleurs , il est tout-à-fait nécessaire que nous fassions une dissection spéciale de ce mécanisme. — Le lecteur qui me saurait quelque gré pour ce que je m'efforce d'élaguer les ronces qu'on rencontre en toute science et dans tous les traités du monde , je le prierai de s'en reconnaître en donnant une attention soutenue aux chapitres qui terminent ce 3® Livre. C'est le seul point qui exige un

RIVALITÉS IHBUSTBIBLLBS. 443

peu d'étude, et d'ailleurs la question est fondamentale : qui comprend bien la Série sait tout.

<c Qui comprend bien la Série sait tout ! » Voilà donc à quoi se réduit la grande découverte de Fourier? la. Sérib ! Hais cela est bien simple , bien facile, bien naturel »

Oh ! oui, en vérité, cela est naturel, bien naturel

Aimeriez-Yous mieux que cela ne le fût pas? Et croyezvous bien regrettable que la vérité sociale et universelle ne soit pas alambiquée , obscure et inintelligible comme la métaphysique de ces messieurs? — Du reste, sur cette question, écoutez deux mots de Fourier :

cr Je dois prévenir une objection qu'on ne manquera pas do m*adresser au sujet du nouvel ordre domestique que je nomme Série de Groupes. On dira que Finvention d'un tel ordre était un calcul d'enfant et que ses dispositions semblent des amusettes. Peu importo, pourvu qu'elles atteignent le but, qui est do produire Attraelion industrielle et de nous entraîner par l'appât du plaisir au travail agricole, qui est aujourd'hui un supplice pour l'homme bien né. Ses fonctions, telles que labourage, nous inspirent avec raison un dégoût voisin de l'horreur, et l'homme d'éducation est réduit au suicide quand il n'a que la charrue pour ressource. Ce dégoût sera complètement surmonté par la violente Attraction industrielle que produisent les Séries dont je vais parler.

Si les dispositions de cet ordre ne reposent que sur des calculs d'enfants, c'est un bienfait signalé de la. Providence, qui a voulu que la science la plus importante à notre bonheur fût la plus facile à acquérir. Dès lors en reprochant à la théorie des Séries son extrême simplicité , on commettra deux inconséquences, qui seront de critiquer la Providence sur les facilités qu'elle a attachées au calcul de nos destinées, et critiquer les Gvilisés sur l'étourderie qui leur a fait manquer le plus simple et le plus utile des calculs. Si c'est une étude d'enfants, nos savants sont donc au-dessous des enfants pour n'avoir pas inventé ce qui exigeait de si faibles lumières , et tel est le défaut conununs aux Civilisés , qui , tout boursouflés do prétentions scientifiques, s'élancent dix fois au delà de leur but et deviennent par excès de science in-

444 OEGANiSÀirioif. ut. ni. ch. iv.

capables de saisir les procédés simples et faciles de la nature. » On n'en vit jamais de preuve plus frappante que celle de rétrier, invention si simple que tout enfant la pouvait faire; cependant il a fallu 5,000 ans avant que l'étrier ne fût inventé. Les cavaliers dans l'antiquité fatiguaient prodigieusement; ils étaient sujets à de graves maladies faute d'un étrier, et le long des routes on plaçait des bornes pour aider à monter à cheval. A ce récit, chacun s'ébahit sur Tétourderie des anciens, étourderie qui a pourtant duré cinquante siècles, quoique le moindre enfant eût pu la prévenir. On verra bientôt que le genre humain a commis , au sujet des Séries, la même étourderie, et qu'il aurait suffi du moindre savant pour découvrir ce petit calcul. Puisque enfin le voilà saisi, toute critique sur sa simplicité sera, je le répète, un ridicule que les plaisants jetteront sur eux-mêmes et sur vingt-cinq siècles savants qui l'ont manqué. »

{Théorie des quatre mouvemenU.)

Ajoutons que s*ii était simple d'arriver à Tidée de la SfiRiB, soit par déductions rationnelles, soit par concession à la nature et à l'instinct, il n'en a pas moins fallu une fière force de génie créateur pour calculer les combinaisons et les rapports des Séries et de leurs termes, et en déterminer à priori les Lois. — L'idée fondamentale de toute science est toujours une vérité claire et limpide. Quoi de plus clair que l'idée de Vattf^aciion sur lacpielle l'astronomie pivote aujourd'hui tout entière?

L'objet de ce livre n'étant pas de creuser la science et de s'enfoncer dans ses ramifications, mais bien d'exposer la découverte de Fourier, de la faire comprendre et ac~ cepter, nous nous contenterons de donner sur les rapports et les lois des Séribs seulement quelques généralités nécessaires à l'intelligence du mécanisme sociétaire. C'est de quoi nous allons nous occuper au chapitre suivant. Constatons seulement en achevant celui-ci que nous avons introduit le développemenl des llivalités dans notre organisation industrielle , — ce qui constitue la troisième condition spéciale du système attrayant

Page 1