‹ Destinée socialeChapitre 42 sur 75 · ORGANISATION. COMPLÉMENT · texte numérisé non relu

ORGANISATION. COMPLÉMENT

ments en mode composé. — En avant les charmes ! elles partent comme des équipages d'artillerie : c'est là qu'on voit labourer au grand trot, et je vous réponds qu'il y a du feu dans la manœuvre. Qu'est-ce pourtant que tout cela, bon Dieu ! comparativement aux grandes manœuvres des régiments de labour des Phalanges ? Un assaut d'armes à côté d'un tournois, un duel à côté d'un combat ; — le rapport d'une ferme-modèle à un Phalanstère....

On peut si bien mettre les hommes en Attraction sur la charrue, qu'à la ferme-modèle de Roville, — je tiens ceci d'amis qui y ont étudié l'agriculture, — c'est, parmi les élèves, à qui aura un lal)our à exécuter. On y inscrit les tours pour établir l'ordre des priorités, et chacun se montre très-jaloux de ne pas laisser passer le sien; on crierait fort, si l'on favorisait qulqu'un d'tin tour de labour j au détriment des autres. Et cependant à Roville les plus fortes causes d'Attraction sont très-peu développées, beaucoup même n'y ont pas seulement germé.

On citerait des milliers de faits, et l'analyse prouverait toujours, en définitive, que partout où il y a plaisir et entraînement sur une œuvre quelconque, productive, improductive ou destructive, utile, futile ou nuisible, c'est que toujours quelques ressorts passionnels ont été mis en jeu. — Appliquez donc à l'industrie le jeu des passions, si vous voulez que l'industrie devienne attrayante, et que, par ainsi, l'homme entre dans la magnifique voie de sa Destinée de bonheur.

Au reste, cette note, que j'aurais pu garnir d'un bien plus grand nombre de faits, est ici moins encore pour prouver par les faits cités, que pour mettre le lecteur à même de réfléchir lui-même sur la valeur de tous ceux dont il a été, et dont il peut chaque jour être témoin.

P. S. Le Temps nous jette, ce matin, un fait qui passera inaperçu sans doute, et que je transcris ici en Post-- Scriptum*

PlKirÔXÈinSS DE T&ÀTAIL ÀTTlUTAinr. 209

a L'opération du fourragement qui se fait aux envix> rons du camp d'Erlon, à Bouffarick, avec autant d'ac- 2> tivité que de succès, a donné lieu, le 27 mai, à une x> fête champêtre dont l'entrée au camp des premières » voitures de foin a été Toccasion. Un témoin oculaire 2> nous en adresse le récit, que nous nous faisons le plaisir de communiquer à nos lecteurs.

» Camp d'Erlon, le 27 mai 4835.

D Ce matin, à 10 heures, six prolonges chargées de B foin ont été conduites dans l'intérieur du camp, sur le x> terrain destiné à recevoir les meules qui doivent as- D surer la conservatioa de l'immense récolte qui a été » faite, et qui se continue conformément aux intentions » de M. le gouverneur-général. Ce premier produit d'une » opération dont les résultats dépassent déjà toutes les » prévisions, et prouvent aux plus incrédules ce que » peuvent des hommes dont la sollicitude, étrangère à » des intérêts particuliers, se rattache exclusivement à D rhonneur national et à la prospérité publique, à la- » quelle chacun a pris part avec un égal sentiment d*en- D thousiasme et d'allégresse. »

» Ces six premières voitures, marchant en file, sont D parties ensemble du lieu où se fait le fourragement, j> sous la direction du capitaine Mallet, de la légion » étrangère, chargé spécialement, par ordre de M, le » lieutenant-général Rapatel, du fourragement, avec D MM.Chastaing, lieutenant, Baumer, sous-Ueutenant au » i®' régiment de chasseurs, qui lui ont été adjoint? pour !> cette opération. Us étaient précédés par les tambours, s les clairons et la musique de la légion étrangère, et du » premier régiment de chasseurs, qui, pendant toute la » marche, n'ont cessé de battre ou déjouer.

» La première de ces voitures avait sa charge surmon- » tée d'un bouquet de fleurs, dont l'éclat et la variété » donnaient à la marche un air à la fois triomphal et » printannier. Les faucheurs, faneurs et botteleurs, au

210 ORGANISATION. C09IPLÉBIBNT.

» nombre de 300, appartenant tous à la légion élran- » gère, portant à leur tête des fleurs, et à la main des » branches de verdure, en signe de réjouissance, ser- » vaient d'escorte aux cinq autres voitures. Leur dénoar- » che fière et leurs chants joyeux qui se mêlaient aui » sons de la musique, ajoutaient encore au charme de » cette fête improvisée dans la plaine de la Mitidja, au » pied de TAtlas, par des Européens, qui, par l'illusion » des souvenirs, se croyaient transportés sur le sol natal, » à cette heureuse époque de Tannée où les richesses » de la terre deviennent celles de Thomme.

» Après une demi-heure de marche, les voitures sont » entrées au camp ; rangées autour du terrain, disposé à » Tavance par les soins de M. Robert, sous-lieutenant, » et où vont s'élever , connue par enchantement , ces » meules colossales : elles ont été déchargées en présence » du colonel de Schauenbourg, chargé de la principale » direction des travaux de fourragement, et du colonel » Brenelle, commandant la légioii étrangère et le camp )) d'Erlon, au son de la musique et au bruit des tam- » bours, avec lesquels se confondaient les chants inces- » sants des soldats cultivateurs.

2> Des spectateurs militaires et bourgeois, en grand » nombre, animaient cette fête par leur présence, et prc- » naient part à la joie des troupes. Une pensée plus pro- » fonde pouvait aussi les préoccuper : tout en rendant » un hommage justement mérité aux braves of&ciers, » dont rhabileté et le zèle soutenu stimulent si bien la » bonne volonté et l'ardeur de nos soldats cultivateurs, » chacun, en présence de ces richesses que des mains f> barbares refusent de recueillir sur un sol de fertilité et » de productions incalculables, semblait vouloir répéter » le mot d'un orateur à la Tribune nationale : o Désor- » mais la régence d'Alger sera la continuation de la » Provence, et la Méditerranée un lac français. »

Et les Civihsés sont si bouchés, et le gouvernement si

PHtHOMÈlCBS DB TRAVAIL ATTEATANT. 211

aveugle, que tout cela ne leur apprend rien ! En face de cet enthousiasme des soldats pour des travaux de cul-« ture en grande échelle, de rachamement des régiments du génie à leurs mouvements de terre, de Tacbamement plus grand encore des ofiBciers de cette arme à leurs opérations et constructions de toute nature, à peine comnience«-t-on une expérience pour l'établissement des routes stratégiques. — Pareille impéritie, pareil aveu d'impuissance, sont quelque chose de bien inisérable et de bien honteux !

Page 1