DU FOND KT DE LÀ FORME
cerveau de Jupiter; mythe profond et caractéristique des époques subversives, pour lesquelles le génie symbolique a identifié ainsi la Vérité avec le Combat, en faisant de la Pensée de Jupiter, de la Fille de Dieu, de la Sagesse (dans la large acception antique de ce mot) une divinité armée et belliqueuse.
La fatalité, que nous signalons en la déplorant, est tellement impérieuse et si fortement inhérente aux premiers développements de toute Doctrine rénovatrice, que Jésus, qui était la douceur même et qui prêchait une religion d*amour et de charité, est allé souvent jusqu'à se montrer fort hostile. Tantôt il frappait à grands coups de cordes les marchands établis sous le portique du temple, et culbutait leurs étalages et leurs marchandises (4); tantôt il traitait de sépulcres blat^ chisy de races de vipères, etc., etc., les ennemis de sa Parole. Il maudissait et ordonnait à ses apôtres de maudire, en secouant contre elles la poussière de leurs sandales, les villes où l'on se montrait un peu lent à accepter sa Doctrine. Si Jésus lui-même et ses apôtres ont donné ces exemples, on • doit pardonner quelque chose à des hommes qui, avec une foi égale à la Divinité, ou, ce qui est la même chose, à la Vérité de leur Doctrine, se contentent de frapper sur les idées de leurs adversaires, sans maudire ceux-ci, et dans Tunique but de les éclairer, d'éclairer le monde, de mettre à néant les erreurs invétérées qui perpétuent les misères et les ruines sur notre terre désolée.
Eh! quoi donc! Quand, avec les ailes que Dieu a données au Géme de l'Humanité, on plane sur ces régions inférieures
(i) Nous croyons, malgré la précision matérielle des textes évan» géUqnes, qu'il serait injurieux à J.-G. de s'en tenir ici à la lettre de ses biographes. Il faut voir dans le récit de cette exéention une parahole dont le sens est que Jésus foudioya dans ses prédications les prêtres juifs , qui se livraient , de son temps , à la simonie, an trafic des choses saintes , comme l'ont fait trop long-temps et avec une trop universelle ardeur, après lui, les prêtres de la religion baptisée de son nom,— ainsi que l'atteste tout le cours de l'histoire ecclésiastique et canonique elle-même après les premiers siècles Cette interprétation, au reste, pour relever l'acte d'hostilité dont nous parlons, en le transportant dans le domaine moral, n'en confirme pas moins notre argumentation. {lYuie de la v« édition,)
6 IlITBIUlfeDK*
OÙ s'agitent les misères, les haines, les douleurs et les bontés de la réalité présente ! sur cet abîme, profond de cinquante nècles, rempli d'immondices sociales jusqu'à son cratère ; sur cet horrible chaos de boue, de sang et de larmes, des entrailles duquel sort incessamment un bruit sourd de masses vivantes qui se heurtent et se choquent, et s'écrasent en se maudissant I Quand on entend, au-dessous desoi, ce concert lugubre des gémissements, des sanglots, des angoisses, des cris de détresse de tous les êtres créés, ces voix lamentables des tortures permanentes, des tourments sans cesse renaissants; tous ces bruits, enfin, tous ces vagissements, toutes ces voix de malheur dont l'harmonie infernale compose la grande voix
du vieil Abhnel Quand on s'est élevé au-dessus de cet
obscur royaume du Mal, réalisé temporairement par Satan sur notre terre , et qu'aux vives clartés de la Science on a reconnu les régions infinies du Possible, les sphères resplendissantes des Destinées Heureuses; que l'on a respiré leur air si pur, chargé des arômes fortifiants de l'Amour et de l'Intelligence; que l'on a contemplé leurs sources surabondantes de vie, d'harmonie et de bonheur, leurs trésors infinis de toutes richesses, leurs deux inondés de toutes les Lumières et de toutes les Gloires I — Et quand on sait que ce monde de la Destinée Vraie pourrait descendre sur notre terre désolée, y verser à grands flots toutes les Joies vivantes, toutes les radieuses harmonies d'en-haut ; quand on sait que ce beau Monde du Possible n'est repoussé de la réalité que par les erreurs, Tignorance et la volonté faussée des hommes ! En face de cette ignorance, de ces erreurs et de ceux qui, les propageant, repoussent l'Harmonie et perpétuent l'Enfer, on pourrait conserver toujours un calme parfait, un imperturbable sang-froid, un langage toujours retenu et bridé, ou des formes toujours onctueuse^ On ne se laisserait jamais emporter à une parole amère, à une réactipn violente contre le Génie du mal et de l'erreur qui usurpe encore le gouver* nement du Monde, et range toutes les créatures sous le joug de la douleur?... Ahl non, cela ne se peut pas! Cela ne se peut pas I Cela n'est pas compatible avec cette chaleur de cœur et cette source de passion, de ténacité et de force» qu'il faut bien posséder en soi pour se vouer aujourd'kni au culte actif et dur (et non au culte contemplatif et doux) de la Vérité et de THumanité! Cela ne se peut pas, du moins, avaat
DO FOND BT DK LA FORME. 7
d'avoir long-temps réagi sur soi-même, avant d'avoir calmé par des efforts soutenus les bondissements du cœur, et réglé sa jeunesse. Et cette tâche de compression ne se fait pas en un jour, quand on voit cette Vérité si belle, cette Vérité divine, cette Vérité qui apporte le bonheur à tous les ptres, violemmont repoussée ou misérablement étouffée sous le fracas de la guerre et des querelles, ou bien couverte sous tes vagues limoneuses et tumultueuses des erreurs et des mensonges infâmes.... Force est bien de hausser la voix pour haranguer la guerre et la tempête.
Il ne faut pas confondre notre action actuelle avec le but ultérieur. Notre but ultérieur c'est Tharmonie intégrale et universelle ; mais notre action actuelle n'est pas cette harmonie. Notre action actuelle est un combat engagé contre les forces opposées à la réalisation de ce but d'harmonie. C'est fort illogiquement que Ton nous accuse de contradiction, i^arce que nos professions de doctrine et de foi sont pacifiques et nos paroles souvent hostiles. Il y a là deux sphères fort différentes. Ce qui induit en erreur, c'est qu'on se laisse aller à confondre le caractère de notre doctrine avec celui des doctrines philosophiques et religieuses précédentes, qui toutes ont été des doctrines de moralisation individuelle, destinées à l'individu dans le milieu social même où il se (pouvait, et quel que fût ce milieu. Notre doctrine n'est poiiLt de cet ordre. C'est une Science qui enseigne les lois d'une organisation sociale satisfaisant tous les intérêts, et développant légitimement toutes les facultés humaines. Mais cette Science ne saurait produire les fruits de l'Harmonie avant d'en avoir réalisé les conditions, c'est-à-dire avant d'avoir organisé le milieu social nouveau qu'elle fait connaître. D'ici là, nous avons à faire œuvre de guerre contre les erreurs qui s'opposent à l'intelligence et à la réalisation des conditions d'où sortira l'Harmonie : et cette œuvre de guerre, loin d'être en contradiction avec notre doctrine d'Harmonie, est, au contraire, dans tétat actuel des choses, exigée pour sa défense et pour son triomphe. Ainsi, au sein de l'anarchie intellectuelle qui règne, le combat nous est imposé, à nous apôtres de la Paix universelle, aussi bien qu'aux hommes des autres doctrines; seulement il y a une distinction tout à fait i^pitale à établir ici, et que je vais énoncer dans sa généralité.
INTERUlDE.
Caractère CondHineiiialemenl paclll^ne de la Science de Fourier.
Disons que tous les partis, toutes les doctrines, politiques ou philosophiques, à Texception de la nôtre , reposant sur des conceptions plus ou moins étroites, n'acceptant pas en principe, ou même niant et repoussant violemment telles ou telles classes d'intérêts, tels ou tels développements, telles ou telles manifestations de la nature humaine, il en résulte que la condition logique de triomphe, pour l'une quelconque de ces doctrines, est toujours l'annihilation ou l'oppression des éléments qui ne ressortent pas de son principe. La lutte de ces <{octrines dans le domaine intellectuel, représentant une lutte d^ntérêts opposés, de manifestations qui se nient les unes les autres , entraine logiquement une lutte ultérieure dans le domaine des faits, c'est-à-dire une guerre suivie d'une oppression. — Toutes les doctrines, tous les partis politiques ou religieux juâiqu'à ce jour, ont eu ce caractère et engendré ces conscquences, ou tendu à les engendrer; tous, en effet, contenant des négations devaient se résoudre finalement dans une guerre contre les éléments niés par leurs principes trop étroits.
Notre doctrine , au contraire, ayant sérieusement pour principe l'Association intégrale par le complet développement de la nature, et étant capai)le de son principe (1)^ a
(1) Ayant gérieuiemeni pour principe..., et étant capable de son principe; nous insistons sur ces conditions, afin que Ton ne confonde point une réalité avec des apparences. Le SaintSimonième, par exemple, avait pris pour principe ou plutôt pour drapeau le mot association univerielle. Mais ce mol étaUsi peu compris, si peu sérieux, et la doctrine s! peu capable du principe contenu dans ce mot, que leSaint-Simonisme commençait, même doctrinalement et explicitement, par nier les intérêts les plus capitaux et les éléments humains les plus importants, la propriété, rhércdité, la liberté, la famille, etc. Loin d'être une doctrine d'association universelle, le Saint-Simonibme, pour qui sait voir le fond des choses, a été, sans que la pluiNirt de ses apôtres en eussent seulement la conscience, la plus grande
DU FÛND KT DK LA FORMS. 9
pour caractère d'offrir satisfaction à tout intérêt donné, à toute faculté, à toulepassion essentielle de rhumanité.N 'ayant, on fait et dans sa réalisation, rien de vraiment humain à rejeter, à condamner ou à opprimer, sa lutte intellectuelle contre les autres doctrines n'est pas du tout une lutte contre les intérêts spéciaux (matériels ou moraux) qui en font les bases. Cette lutte n'est dirigée que contre rexclusivisme du principe de ces doctrines trop étroites, et contre l'impuisp sance, lamalfaisance, le vague, l'absurdité ou la nullité de leurs moyens. Notre lutte est donc purement intellectuelle, et ne saurait jamais se résoudre logiquement en guerre dans le domaine des faits. Entre les sectes et les partis, il y a des intérêts opposés, des faits fondamentaux opposés , et qui , dans l'état social accepté par les uns et les autres , se repoussent réellement. Les négations réciproques et la guerre des intérêts et des idées les poussent à réaliser l'oppression et la guerre dans les faits. Nos adversaires sont, patemment ou latemment, mais nécessairement des ennemis les uns pour
manifestation révolutionnaire des temps modernes. Qn'est-il resté da Salot-Simonisme dans le monde? 11 en est resté l'Idée absurde de la suppression de tonte hérédité, et, logiquement, de la propriété individuelle, et dans les masses un levain révolutionnaire qui conve, qui se développe sourdement, et qui feraU trembler les classes supérieures et nos; gouvernants , s'ils n'ignoraient entièrement ce que c'est que le peuple, ce qui se passe en lui, et s'ils n'avaient reçu, à un degré éminent, le don de légèreté, d'imprévoyance et d'aveuglement. Ou!, U se fait à l'heure qu'il est un travaU terrible dans les télés du peuple ; et si vous voulez en savoir quelque chose» ailes dans les ateliers où le peuple travaUle aujourd'hui pour vos plaisirs et vos jouissances, heureux du monde! Là vous verrez des bras nerveux, des poitrines velues, et vous entendrez des voix fortes et fléres chanter en chœur, au bruit des marteaux et des enclumes, et sur des airs mâles et belliqueux , des refrains dont vous com prendrez peut-être le sens, des refrains tds que celui-ci :
•I Sème le champ, Prolétaire....
« Cest l'Oisif qui récoltera ! »
Si les Ubéraux, aujourd'hui au Pouvoir, comprenaient la menace qui gronde au fond de ces paroles, vous verriez qu'ils les feratbrt défendre par la [miice , et que sur celle grande mesure ils dormiraient IrauquiUciii; prévoyance, ô gcoic de nos hommes d'Ëtatiu (!'• édition i écrit en 1837).
10 INTBBMÈDB.
les autres. De nous à eux, au contraire, il n*y a aucune hostilité essentielle, puisque nous affirmons, dans une conception omnimode et supérieure, toutes leurs affirmations particulières, et que nous ne repoussons que les négations, qu'ils regardent, par grande erreur, par infériorité dépeint devue, comme nécessaires à la satisfaction de leurs intérêts re^ectifs. Ils se combattent pour se détruire, pour anéantir réciproquement les éléments humains qu'ils représentent. Nous les combattons pour les éclairer , pour leur prouver qu'il existe un moyen de développer harmoniquement tous ces éléments divers, de les satisfaire simultanément et complè- •'(Mnent. En un mot : Chacun d'eux a hilérêl à ce que tous les autres aient tort dans leurs doctrines; tous, au contraire , p<fr rapport à nous, ont intérêt à avoir tort dans leurs doctrines exclusives, et à ce que nous ayons raison dans la nôtre, qui satisfait leurs intérêts essentiels.
Cette thèse, que nous laissons ici dans son expression gé* nérale, peut être amenée au dernier degré d'évidence par un examen philosophique de la nature de chaque opinion, de chaque secte, de chaque doctrine, en descendant à l'intérêt ou à l'idée dont chacune d'elles est la représentation partielle. La démonstration générale de cette thèse de haute pacification , sort implicitement de l'essence même de la conception de Fourier : les démonstrations explicites en sont d'ailleurs abondamment répandues dans tous les ouvrages de l'Ecole sociétaire. Pour mon propre compte, j'ai tellement à cœur, malgré l'apparence de certaines formes, le désir de cette pacification supérieure, que j'ai beaucoup multiplié les démonstrations et les applications de cet argument pacificateur (1). Je n'ai jamais cessé de comprendre la Vérité, c^mme je la comprenais quand j'ai prononcé les paroles suivantes, qu'on me permettra de rappeler ici pour ma justification :
« La Vérité n'était pas dans ce lourd bagage de guerres et » de haines politiques et religieuses que l'esprit humain traîne h péniblement à sa suite depuis plusieurs mille ans. Elle n'est » pas dans tous ces misérables haillons philosophiques et » dogmatiques qu'on jette sur les épaules des peuples qui
(!) Dans la Débâcle de la poHHtpte, Trois Discours, la PAolange , etc.
BV FOIID IT M LA POIKE. Il
» meiireii* à la peine. La Vérité ae s'en^rragae pas de tontei » ces nippes. Elles se présente toujours aux hommes nue , » parce qu'elle est chaste et belle comme la Vénus antique : » et quand elle s'est montrée aux hommes, vous le savez, » après les premiers éblonissements produits, par la gloire » qui émane d'elle, sur tes yeux habitués aux longues obscu- » rilés; après les premières clameurs des faux prêtres qui » avaient usurpé chez les peuples le service de ses autels, 9 vous le savez, les peuples Tencensent et '.'adorent f C'est le » bonheur qu'elle apporte au monde, — non la guerre et les » ianatismes intolérants des sectaires.... Bile n'est pas inio- » léraniê^ parce qu'elle est lumière, et qu'elle sait que, Fin- » telligence étant lumière, l'homme viendra à elle par l'Intel- » ligence; elle n'est pas intolérante, oi core, parce qu'elle esC » amour et bonheur, et qu'elle sait que, l'homme n'étant pas B né pour souffrir, il faudra bien que tantôt il se rende aux » séductions vives, aux irrésistibles attractions de sa puis* ^ sance! » { IVott JKfc., p. 7i.)
Ëtranarquez, je vous prie, lecteur, que ces paroles, qui ne sont point dims Ibotre bouche l'expression d'une tolérance indifférente ou d'un éclectisme bénin, ne sont pas davantage les paroles d'une ostentation vaine. D'autres doctrines, des partis politiques, des sectes religieuses, peuvent bien tonirun pareil langage ; mais ce langage est démenti par lears tondances et par leurs actes. Dans notre doctrine seulece langage est conforme aux tondances réelles, aux manifestations effectives. £n effet, à quoi visent, malgré leurs protestations de tolérance, les partisans des autres doctrines, les hommes des autres partis? Où vont leurs efforts et leurs actes? Us vont droit au pouvoir; c'est-ànUre à la force.... M» veulent le gouvernement, ils veulent faire la loi ! Us veulent tous arriver à dominer la société, à lui imposer par la loi leurs idées, à faire triompher par la puissance législative et administrative rélément quMls représentent. Us veulent être ma!très des choses et ré^h^r, par l'autorité, les choses, comme il leur paraît convenir aux intérêts spéciaux dont ils sont préoccupéSy cpie les choses soient réglées 1 Us ne voient pas-d'au^ tre moyea que la loi, c'est-à-dire l'obligation imposée par ht force....
Nous» au contraire, que demandons-nous? Demandonsnous la puissaice^ l'autorité^ la. force? Demandons-nous to
1 2 TKTSRMÈDB.
pouvoir social pour agir sur la société à notre convenance^ Demandons-nous l'empire, ou, si vous voulez, le minisière, comme tous les autres partis le demandent pour eux, pour leurs hommes? Non. Nous ne demandons point que la société entière soit remise en nos mains pour lui appliquer nos théories par acte d^aulùriU. Nous demandons une eacpérience sur un coin de terre. Nous demandons une épreuve du mécanisme sociétaire, réalisée sur quelques centaines d'hectares, par quelques capitaux conquis à nos convictions. Nous ne voulons pas gouverner la société par la puissance; nous voulons Tédîfier par une expérience; lui prouver, par un fait qui ne compromette aucun intérêt existant, que notre combinaison sociale est capable de satisfaire tous les intérêts sociaux, tous les besoins, et cela sans imposer aucun joug !
Le eampelle inirare est au fond de toutes ces doctrines qui se disputent le gouvernement, le droit de faire la lai, c estnàdire la force. La liberté et l'harmonie sont au fond de la nôtre, qui ne demande qu'une expérience, un essai réduit à un espace infiniment petit, pour éc)^rer les hommes sur leurs vrais intérêts ; qui ne veut envahir la société que par le bienfait même de sa réalité prouvé à tous les yeux, sans tien imposer préalablement à personne.
Nous sommes donc les serviteurs, les vrais serviteurs de l'humanité ;-les représentants de tous ses intérêts et de toutes ses aspirations. Nous combattons, il est vrai ; mais nous ne combattons que des erreurs fatales : nous ne combattons pas des intérêts, des éléments vivants et réels; nous ne combattons que les idées fausses, qui empêchent nos adversaires de comprendre comment notre doctrine sert beaucoup mieux que leurs propres théories, leurs propres intérêts. Nous sommes au fond les amis et les serviteurs de nos adversaires. Gomment l'intolérance et la haine seraientrelles au fond de nos cœurs, à nous dont la main est tendue à tous, dont les armes ne frappent que les routines et les erreurs qui empêchent les hommes de s'entendre et les intérêts de toutes les classes d'entrer dans la combinaison bienfaisante qui les unira, qui fera régner la paix, qui ouvrira les sources abondantes de toutes les prospérités, réalisera tous les acconis et tous les bonheurs?.... Ah! de grâce, comprenez, comprmiez bien le sens de nos luttes, le but de nos combats? Sans doute, et nous l'avons souvent dit, et c'est une tmto nécessité d«
M POND BT DB LA FOIME. 13
ces temps d'anarchie et de tempête ; sans doute dans cette mêlée terrible des opinions contradictoires, des erreurs anciennes et récentes; dans cette mêlée où tous frappent à tort et à travers à grands coups d'épée, de sabre et de massue, nous ne pouvons pas entrer nus et désarmés; nous ne pouvons parer avec des éventails les coups que Ton nous porte : mais nous ne combattons que pour que Ton nous entende, poor que Ton fasse une trêve, pour que Ton mette bas les armes, et que Ton raisonne, que Ton examine, que Ton juge, que Ton décide les questions par l'intelligence et par Texpé-
rience Vous n'écoutez pas, vous «écrasez qui nest pas
armé ! C'est vous qui nous forcez de frapper, puisque vous
ne voulez faire compte que de qui frappe fort Et Tcxpé-
rience est là, qui prouve que Ton ne nous a écoutés qu'en proportion de ce que nous avons frappé...
InllMeiice morale de 1» Sefeace paMlonnclle.
U ne faut donc pas nous rendre comptables de nécessités que nous avons subies à notre grand déplaisir. Ce qui est venu des conditions imposées par le milieu actuel, il ne faut pas Tattribuer à des dispositions qui ne sont pas dans nos cœurs et qui n'y sauraient tenir. De la haine pour nous, de la haine pour des hommes ! bon Dieu ; mais ce sentiment inféricitr ne pourrait pas, fût-il même évoqué par la volonté, subsister chez ceux qui ont compris avec quelque profondeur la Science dont nous sommes les apôtres. Tout esprit quelque peu élevé devient, quand il est imbu de cette Science, imperméable à la haine ; et loin de porter ce sentiment dans ta discussion des idées, dans le domaine intellectuel, il ne peut pas même l'éprouver dans le domaine des faits, des actes, des relations sociales et morales. Dans le premier de ces domaines, il peut être emporté sans doute par une énergique "éaction contre les préjugés funestes, les erreurs pernicieuses <iui entretiennent le mai sur la terre; dans le second, il pourra éprouver éloignement, pitié, dégoût ou mépris pour '<** natures que les circonstances ont faussées et dégradées, ^m lesquelles la lâcheté, la perfidie, la bassesse et le vice
4 4 IlfTBMiÈBB.
se sont enracinés. Mais comme il voit et juge les causes des erreurs et des dégradations, il demeure au-dessus de la haine, sentiment étroit et aveugle qui ne saurait dans aucun cas loi imposer son joug humiliant.
Les doctrines morales les plus pures, les préceptes évangéliques eux-mêmes ont prohibé, en théorie, la haine de rhomme pour Thomme ; mais en fait, ces doctrines et ces préceptes n'ont pas empêché que des caractères même fort élevés qui les professaient, ne fussent sujets de la haine. Hé bien 1 le fait que je signale ici, c'est que notre doctrine, qui ne se réduit pas à une collection de préceptes moraux, mais qui est l'expression de la véritable science de l'homme et de la société, a le propre d'expulser la haine du cœur de ceux qui comprennent cette science, s'ils sont dignes de la comprendre. De sorte que tel (je dis tel, je ne dis pas quiconque), de sorte que tel qui, nourri des préceptes moraux les plus purs, ne se fût jamais senti au-dessus de ce sentiment subversif, s'en trouve affranchi quand il s'est assimilé la science que nous enseignons 1
Ainsi, quoique le but direct de cette doctrine ne soit pas de moraliser les individus vivant dans la société actuelle; quoique son but direct soit de promulguer les conditions d'une société nouvelle dans laquelle tous les hommes prati* queront la vertu et s'aimeront entre eux, parce que l'amour et la vertu auront sur eux, dans ces nouvelles conditions sociales, un charme tout-puissant) l'effet actuel et indirect de cette doctrine est cependant plus énergiquegient moralisateur et pacificateur que tous les efforts directement exercée par toutes les doctrines morales et religieuses antérieures. Il est entendu que je parle toujours de cette doctrine bien comprise, comprise telle qu'elle est, comprise dans son essence et sa pureté, et non comme la comprennent ceux qui croient y trouver la justification de leurs extravagances, de leurs désordres ou de leurs vices, sous prétexte que ce sont des essors passionnels.
Cette doctrine excite donc à l'horreur du Mal sous les troisi formes erreur, laideur et viccy que le Mal revêt en se produisant dans le triple domaine intellectuel, matériel e^ moral. Maison même temps, rapportant le Mal à ses causnsi premières, à la fausset^o des combinaisons sociales, elle développe Tamour de rilumanité, elle dispose à la tolérance.