‹ Destinée socialeChapitre 50 sur 75 · DÉVELOPPEMENT PHYSIQUE. 2S · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT PHYSIQUE. 2S

fitti de professions, et par rapport à une seule maladie, la phthisie. Que l'on fasse la même étude, plus complète, et sur toutes les autres maladies ou déformations du corps humain, et Ton commencera à comprendre la valeur hygiénicpie de l'Industrialisme civilisé. — Le passage suivant, extrait d'une Revue étrangère, va nous donner, sur le métier de polisseur d'acier, des détails et des chiffres.

Les articles que l'on polit à Scheffield , sont des foorchettesv des rasoirs, des ciseaux, des canifs, des couteaux de table, etc.... Quelques ouvriers n'emploient que des meules sèches, d'autres seulement des meules humides ; enfin, quelques-uns, tantôt les unes, tantôt les autres. On compte à Scheffield environ deux mille cinq cents polisseurs d'acier ; ils commencent ordinairement ce genre de travail à quatorze ans, et, à cet âge, ils sont pour la plupart fortement constitués, vigoureux, et n'offrent à l'extérieur aucune prédisposition à la consomption pulmonaire. Quand, au bout de sepi ans, leur apprentissage est fini, ils commencent à travailler pour leur propre compte. Mais quelques-uns sont obligés d'abandonner cet état durant leur apprentissage, ne pouvant supporter les effets pemideux de la poussière sur les poumons. Pendant la guerre, un nombre considérable d'entre eux s'enrôlaient à un âge peu avancé ; mais maintenant que le débouché leur est fermé, (un débouchè^la guerre !) ils continuent ordinairement ce travail pendant toute leur vie, quoique connaissant bien ses funestes résultats.

Jusqu'à la fin du dernier siècle, on n'avait point remarqué que les polisseurs lussent moins bien portants que les autres ouvriers, parce que la plupart travaillaient à la campagne, et souvent dans de grandes chambres, ayant plusieurs ouvertures. Us s'occupaient en même temps des autres parties de la coutellerie, et conséquemment employaient moins de temps au polissage. En outre, il leur arrivait souvent, pendant des mois entiers, de ne travailler que trois ou quatre heures par jour, par le manque d'eau, qui seule à cette époque était employée pour mettte les meules en mouve* ment. Cependant les besoins du commerce ayant augmenté >Aiieaisia da la Cmlisation), on M obàigé de tiyidi*

258 HARMONIE. LIV. 1. CHAl». 1.

vider te travail ; c'est-à-dire que chaque ouvrier ne s'occupe exclusivement que d'une seule partie (perfectionnement de la Civilisation). Enfin, en 4786, la vapeur ayant été substituée à Teau comme moteur (nouveau perfectionnement de ia Civilisation), les rémouleurs se trouvèrent tout-à-coup entassés dans de petites chambres, contenant huit ou dix pierres, et souvent jusqu'à seize ouvriers (perfectionnement des perfectionnements et progrès continu ! ).

Les résultats de ce changement de système sur leur santé ont été des plus déplorables. — Les rémouleurs .à sec meuroit entre 28 et 30 ans; ceux qui se servent alternativement de meules sèches et de meules humides , meurent entre 40 et 45 ; enfin, ceux qui n'emploient que des meules humides, ne vivent pas au-delà de 50 ans, s'ils se livrent constanunent à ce travail. En 482il, on constata qiip sur 2,500 polisseurs de toutes les classes, il n'y en avait que 35 qui eussent atteint l'âge de 50 ans, et environ le double celui de 45 ans: tandis que, sur 80 adultes occupés à polir des fourchettes, et qui n'employaient que des pierres sèches, il n*y a pas un seul individu qui fût arrivé à 36 ans. Il parait que Ton a constaté aussi le fait singulier que les hommes les plus laborieux étaient ceux qui vivaient le moins long-temps ; tandis que ceux qui arrivaient à un âge un peu avancé, avaient, m général, mené une vie dissipée : de sorte que l'interopérance elle-même semblait favorable à la durée de l'existence, seulement, sans doute, parce qu'elle éloignait pour un temps l'ouvrier de ces occupations funestes. Le docteur Knight, de Scheffield, qui a publié dans un essai toutes les informations recueillies jusqu'ici sur ce sujet, rapporte plusieurs faits statistiques qu'il a observés à l'infirmerie de Scheffield, dont il est médecin, et qui tendent tous à la même conclusion.

Messieurs les économistes, vous aimez les statistiques ; faites donc un peu celle des assassinats de votre Industrie. Allez consulter les chiffres de mortalité dans les manufactures où Ton opère sur rantimoine, Tarsenie, le plomb, le cuivre et le mercure, où Ton fabrique et broie des couleurs ; là aussi les plus vieux ont tr&ïit ans I Trente ans, c'est la limite supérieure de la vie I.... Interrogez les ouvriers ; ils savent les dangers certaioft

DÉYELOPPEMKNT PHYSIQUE. 259

(le leur état, et ils vous feront toujours la même réponse : a Que voulez-vous. Monsieur, c'est un métier qui tue le corps ; mais il faut bien gagner du pain. » Et le père introduit son enfant après lui dans cet odieux içuet-apens. Il faut bien gagner du pain ! ... En ce temps de perfectibilité industrielle et économique^ les maîtres qui n'emploient leurs salariés que comme des animaux et des machines, se soucient d'ailleurs si peu de faire dans leurs fabriques les dépenses relatives aux précautions sanitaires, que le savant professeur Péclet, au retour d'une tournée où il venait de visiter une foule de manufactures françaises, s'écriait naguère, dans son cours à l'École centrale, — que c'était une chose honteuse et infâme, que les ouvriers sont empoisonnés dans mille ateliers, que la police et le procureur du Roi devraient intervenir....

L'Industrie civilisée porte donc le mal au composé : elle tue, et par l'insalubrité des ateliers, et par la continuité indéfinie du même travail. — Et quand elle ne tue pas, elle estropie, a Les vignerons cultivant des pentes ardues, sont fatigués de l'arrière par la déclivité du terrain, et leur jambe reste grêle, malgré la vigueur du corps ; même inconvénient affecte la cuisse des cavaliers, » J'ai remarqué que les ouvriers pressiers, dans les imprimeries, sont tous fortement bossus de l'épaule droite, quand ils ont exercé long-temps leur métier. Les compositeurs gagnent, depuis qu'ils se tiennent debout, des varices qui, de bonne heure, ne leur laissent d'espoir que dans l'asile de l'hôpital.

a J'ai vu, n dit Transon, a à une leçon de M. Geoffroy-Saint-Hilaire, un ancien crieur public dont je ne sais quel muscle s'était ossifié à force de crier. Avec un peu d'attention on trouverait des monstruosités analogues dans les organes de tout homme adonné depuis long-temps k un travail unique. La déformation cruelle des paveurs et tailleurs de pierre est un fait à la portée de tout le monde, et qui justifie bien cette assertion, j»

240 HARUON^K. LIV. I. CHAP. I.

Oïl en ajouterait bien d'autres, et uotamment celle des souffleurs de bouteilles dans les verreries, dout les muscles des joues finissent par perdre entièrement leur faculté de mouvement et de jeu volontaire.

Lm viUan soDt 1m (Ofiiffm de l'aipèoe hamaiac. â« bout de quelques générations, les races périsscat et dégénèrent { il faut les renontrdery «l c'est tmgoon la caippagne qui fournit à ce renoaTeUemaat.

J.-J. RoosssAn.

Voua des Eaits. Ce sont des preuves malheareusemeiit trop positives de Finfluence morbifique et délétère du système de continuité en exercice de Fladusthe, — seul système possible dans le Morcellement, où chacun reste nécessairement enfermé dans sa fonction.

Les faits de ce genre, pour graves et nombreux qu'ils âoieixt, ne constituent pourtant encore qu'une seule des laces de la question que nous traitons. Nous venons d'envisager les résultats de Fsxc&s d'exercice^ de la fatigue produite par la fréquente et exclusive répétition d'une action^ d'un mouvement, qui exténue ou atrophie un muscle, un membre, un organe. U faudrait maintenant demander compte à notre société de toutes les santés perdues, de toutes les douleurs, de toutes les maladies aiguës ou chroniques, de toutes les morts pré* maturées, dues à l'absbhcb (Texercice^ à la vie renfermée et sédentaire qu'elle impose à un si grand nombre de ses fonctionnaires. Voyez-moi les santés de ces hom* mes qù ne sont que les premiers meubles meublants des bureaux, des administrations, des boutiques et des comptoirs, et ces populations ouvrières, aux yeux enfoncés et jaunâtres, aux joues creuses et livides, aox visages hâves, aux membres grêles, qui entrent an m»tin, par oentaines, dans les grandes manoiactures, «t

htVELOVTEMEVr PIITSI9tJB. 24-1

n sont vomies le soir, avee les Yvpents cbaudes et Tair icié où elles ont séjourné....

Et voyez les femmes, les femmes des villes surtout ! Ihez elles il ne faut plus compter les altérations de anté sur les individus ; car la santé est altérée dans la ;énéralité, dans le sexe.... la maladie en est Tétat lormal. — Les médecins, sur ce lamentable sujet, savent des choses effrayantes.... Quel contraste honteux >oiir notre Civilisation raffinée, ne forment pas d*aileurs avec la sauté misérable de nos femmes de luxe, es fraîches, vigoureuses et florissantes santés de ces copulations paysannes demi-barbares, placées dans cerlaines conditions favorables, auxquelles un air pur et un exercice varié ont conservé la première empreinte de la nrtaalité native des belles races humaines?

Ainsi la Civilisation détériore, estropie, empoisonne et tue rhomme en système composé ,

1*^ En exténuant de fatigue un org^e par excès d'exerdce ;

99 En privant l'ensemble des autres organes d'un exercice tdNsolument nécessaire à l'entretien de la santé et de la vie.

On sent que c'est ici une thèse seulement indiquée. Il faudrait une société de médecins et de physiologistes, et un travad immense pour la traiter dans tous ses déveloi^ments, pour instruire complètement, en entendant tous les témoins, le procès criminel de l'Industrie civilisée.

Nous venons d'envisager l'action physique de la con^ tinuité induitrielU ; passons à son action morale.

Page 1