‹ Destinée socialeChapitre 51 sur 75 · CHAPITRE OEUUËICB · texte numérisé non relu

CHAPITRE OEUUËICB

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SAXrrÉ, VIGUEUR R aiGHESSB DB L'AMB.

N« ftatnU pM qmt tmitM les laenltés dre l«iur essor, m dértlopper librement, •atTUit k* lois de m mtore, et epftorter taoi» rbtatioiu variées a« grand concert on sont <|ip*l*w toute* let poitsances humaines?

Guaissa Vioo«aa«x«

L'intelUgence ne saorait étra «ne faculté oiam i «Us meurt de disette oorane le corpe. Lénonsv.

On observera qu'au fur et à mesure que Tindastriatisme civilisé se perfectionne^ à mesure que les procédés de production s'améliorent, et que la division da travail est plus loin poussée, les vices de la continuité fonctionnelle sont de plus en plus monstrueux. Eu ettd les travaux se fractionnant indéfiniment, la parcelle qui échoit à l'ouvrier devient de plus en plus simple, son travail de plus en plus monotone, et son esprit, borne. — C'est que, ainsi qu'un animal de méchante natuit, la Civilisation est d'autant plus malfaisante, qu'elle est

eus parfaite en son espèce. — • Maintenant , écoutons ^montey , de qui nous avons déjà, au premier volume, dté des vues critiques ta^&-remarquables sur l'indostrialisme moderne :

Plus la division du travail sera parfaite et l'applicatioD des machines étendue , plus TinteUigence de l'ouvrier » resserrera. Une minute, une seconde, consommeront tout i ion savoir, et la minute, la seconde suivante, verront répéitr

la luéiJQe chose. Tel honmie est destiné à ne représenter toute sa vie qu'un levier, tel autre une cheville ou une manivelle. On voit que la nature humaine est de trop dans un pareil instrument, et que le mécanicien n'attend que le moment où son art perfectionné pourra y suppléer par un ressort.

Cependant Fintelligence ne saurait être une faculté oisive : elle meurt de disette comme le corps; elle est même soumise à des accidents que nous appellerons des caprices, tant que nous en ignorerons les causes premières. La simple monotonie, le retour continu du même son, du même geste, importunent d'abord, irritent un instant, et plongent ensuite dans le sommeil ou la torpeur. Le somnambulisme, les affections nerveuses et cataleptiques, les diverses asphyxies de Tâme, sont probablement les suites d'un semblable désordre. Serait-il donc possible que la succession étemelle du même acte n'engourdit pas la pensée et ne finit par la paralyser? On couvre d'un bandeau les yeux de l'animal qu'on destine à parcourir une ligne circulaire. L^ouvrier-macMnê trouve une ressource équivalente dans la dégradation complète de ses facultés intellectuelles. Il en est qui perdent dans l'isolement presque jusqu'au souvenir du langage. L'être dont l'économie des arts a réduit l'existence à un seul geste, parait descendu à la classe des polypes, où l'on n'aperçoit point de tète, et qui semblent ne vivre que par leurs bras.

Le Sauvage qui dispute sa vie aux éléments, et subsiste des produits de sa pèche ou de sa chasse, est un composé de force et de ruse, plein de sens et d'imagination. Le laboureur, que la variété des saisons, des sols, des cultures et des labeurs, force à des combinaisons renaissantes, reste un être pensant, malgré ses routines et ses débris d'astrologie. Ces classes d'ouvriers, en qui l'emploi des forces musculaires se réunit à quelques notions de dessin, de calcul ou de chimie, formaient une espèce d'homme très-remarquable, te trait saillant de leur caractère était l'amour de l'indépendance.

Si l'homme développe ainsi son entendement par l'exercice d'un travail compliqué, on doit s'attendre à un efièt tout contraire sur l'agent d'un travail divisé. Le premier, qui porte dans ses bras tout un métier, sent sa force et son indépendance ; le second tient de la nature des machines au milieu desquelles il vit : il ne saurait le dissimuler qu'il n'en

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est lui-même qu'un accessoire, et que, séparé d'elles, il D*a plus ai capacité, ni moyens d'existence. C'est un triste témoignage à se rendre, que de n'avoir jamais levé qu'une soupape, ou de n'avoir jamais fait que la dix-huitième partie d'une épingle. Le sentiment de sa faiblesse sera donc le trait dominant de l'ouvrier-machine, et le rendra nécessairement timide et sédentaire.

Comme son travail est d'une extrême simplicité , et qu'il peut y être remplacé par le premier venu ; comme lui-même ne saurait , sans un hasard inespéré , retrouver ailleurs la place qu'il aurait perdue, il reste vis-à-vis du maître de l'atelier, dans une dépendance aussi absolue que décourageante; le prix de sa main-d'œuvre, regardé autant comme une gréœ que comme un salaire, sera calculé par cette froide et dure économie qui est la base des établissements manufacturiers. Nous trouverons donc partout l'ouvrier-machine, pauvre, servile et sans émulation.

La population dont nous parlons sera plus

exposée que toute autre aux séductions. Pour qui a*a point d'idée , toute idée est une nouveauté , tout comme l'ivresse est prompte dans celui qui n'avait jamais usé de liqueurs fortes. C'est au sein des troupeaux pacifiques que Les vertiges font les plus grands ravages. Une foule de stupides se précipite, sous le plus vil des chefs, avec l'aveuglement de l'ignorance et l'impétuosité des impressions nouvelles.

On aperçoit en dernière analyse, que le principe de la division du travail fortifie en malignité Tinâence déjà peu avantageuse que la vie manufacturière avait sur le caractère d'un peuple. On demeure convaincu que si ce principe atteint le développement où la cupidité ne cessera de le pousser, il formera une race d'hommes lâche, dégradée, impuissante à rien entreprendre pour la défense de la patrie , et yoisine d'excès d'autant plus funestes, qu'elle s'y jettera avec la sécurité de l'innocence , et la profonde incapacité de discerner Tabsurde et l'injuste.

Plus loin, Lémontey ajoute, dans une note :

Est-ce par imitation , est-ce par Tefiet simultané d*fm

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cause générale, que dans nos temps modernes l'homme a soumis ses plus nobles facultés à la même division que les arts mécaniques ? Nous sommes frappés d'admiration , en voyant parmi les anciens le même personnage être à la fois, dans un degré éminent, philosophe, poète, orateur, historien^ prêtre, administrateur, général d'armée. Nos âmes s'épouvantent à. Taspect d un si vaste domaine. Chacun plante sa haie, et s'enferme dans son enclos. J'ignore si, par cette découpure, le champ s'agrandit, mais je sais bien que l'homme se n^etisse.

Hais, voilà : vous voyez ie mal, vous le dites, vous le faites sentir aux aveugles qui ne le voient pas. C'est bien, mais ce n'est pas tout. Si vous concluez par des sentimentalités sur tout cela, votre œuvre est vaine. Et puis, encore une fois, vous attaquez bien à tort le principe de la division du travail^ qui a'a rien à faire ici. C'est la continuité seule qui, dans votre argumentation même, est en cause. £t voyez la conséquence de votre erreur : ea vous en prenant à la division du travail, vous n'avez pas de remède, pas de solution, rien à conseiller ! La division du travail est un principe heureux» fécond, productif, qu'il faut savoir employer favorablement à l'industrie et au travailleur. Pourquoi l'attaquezvous ? La division du travail n'empêche pas de varier ses travaux ; au contraire, elle s'y prête éminemment. Si vous aviez dit, a le vice, c'est le principe de conti^ tinuitë^ » — comme vous deviez dire pour être consé- , quent à votre très-juste critique, — le remède s'offrait à vous de lui-même : vous posiez que le physique et le -: moral de l'homme f*xi^ent l'exercice de l'Industrie en séances courtes et variées ; et la division du travail, au lieu d'être pour vous un obs.acle, devenait un moyen. Vous avez bien compris, vous avez exprimé la supériorité que donne aux laboureurs et à certains ouvriers la variété de leurs travaux ; pourquoi donc» encore une fois, vous butter contre lu division du tror-

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