DU SENS VRAI
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DOCTRINE DE LA REDEMPTrOlV.
Notre Hn qa! éles tQ« é^ê»M , qoi voTRB ftèoiiB ▲saiTB, qn* votre Volonté soit fiit« soa la VBf.»a
OOHVa AUX CTBOZ,
One le lecteur se mette à notre point de vue. Nou9 croyons qu'une grande découverte a été faite, la plus grande des découvertes dont Tintelligence puisse pren- <lre possession, la découverte de la Loi des Destinées, lies Harmonies Universelles et du Bonheur réalisable fe cette terre....
Nous croyons que du moment où, sur un point du globe^ on sera entré dans les voies ouvertes par le Génie ^i a brisé les sceaux de cette Loi sublime; que du moment où un seul élément social harmonique aura été constitué, aussitôt Tharmonie et le bonheur se répan- ^nt comr^ un embrasement sur le monde.
S6 INTERVÈBB.
Voilà notre croyance.
Elle est nette et tranchée ; c'est une certitude mathématique, c'est une vue lucide et calme de Tarrangement des choses , suivant Tordre que leurs rapports naturels invoquent, que leurs convenances appellent. Nous avons sous les yeux la société de l'avenir, nous contemplons le splendide cortège de ses harmonies; et nous voyons comment une expérience (qui n'exige pas des moyens gigantesques) peut, dès demain, inaugurer sur le globe cet avenir de liberté, d'ordre, de vertu, de gloire et de magnificence.
Eh bien! quoique le désir de ce bonheur soit le désir suprême de Thomme et la vie de son âme ; quoique l'invincible gravitation de l'être intérieur vers les sphères de ces harmonies prouve invinciblement que ce bonheur et ces harmonies sont la voie de notre vraie Destinée , que l'homme a été créé pour ces sphères heureuses; le passé, le passé douloureux et terrible, et les misères de la réalité présente ont si complètement étouffé l'espérance et paralysé la foi dans les cœurs, que, sur toute la terre aujourd'hui^ le t>onheiu' universel est
considéré comme la chimère par excellence Chose
étrange ! on vous permettra plutôt de chercher la quadrature du cercle, que d'étudier ce grand problème du bonheur!... du bonheur que tout être désire, auquel toute âme aspire!
A cette réclamation universelle de la même fin, a cette tendance nécessaire, absolue, de tous les Êtres vers le même but, le bonheur, on refuse de reconnaître la preuve que ce but est dans la Destinée des Êtres et quti les Êtres doivent l'atteindre ! On aime mieux croire qu^ ce but est un mirage vain, et que Dieu n'aurait ainsi frappé tout ce qui a vie du désir permanent et falal d'un
VOfTIIIIIV DE LA iftDBlPTIOll. 17
bot impossible, que pour se donner Todieux , Tinfemal plaisir de torturer tous les êtres vivants, en proportion même de la supériorité des facultés et des désirs dont il les aurait pourvus !
Et pourquoi Tesprit de Thomme s'est-il enfoncé aussi profondément dans cette erreur impie? Comment s'est obscurcie cette vérité lumineuse qui montre la réalùaùi" Hté du bonheur comme la conséquence naturelle du dési k que le Dieu grand et bon a déposé dans nos cœurs, non pour nous égarer et nous tourmenter, mais pour nous mener à THarmonie, à ses joies surabondantes? Ah! ce n'est pas seulement parce que, chez les masses, cette belle et pieuse croyaiibe au bonheur s'est affaissée sous lenorme pression des douleurs accumulées dans les mauvais jours ^ c'est encore, c'est surtout parce que l'Intelligence et le Sentiment religieux, ces deux grandes Puissances de l'homme, ont été, dès les temps anciens, faussés dans leurs voies par ceux quiimprimaient le mouvement aux idées et aux peuples. La Raison, qui devait servir de phare dans les téùèbres où les peuples étaient plongés; la Foi qui, pareille à la colonne de feu dlsrael, devait conduire à la Terre-promise l'humanité engagée dans le désert; subissant l'une et l'autre le joug du Mal qui dominait les masses, se sont faites ses com-> ^ces. L'une et l'autre ont conspiré contre la croyance à la Terre-promise , à la Destinée Heureuse ; l'une et l'autre ont arrêté l'humanité au milieu du désert....
Par son poids, par sa durée, par son inertie, le Mal agissant passivement sur le sentiment des générations tendait à comprimer en elles l'espoir de la grande conquête. Les théories philosophiques et les dogmes ont Ira* vaille activement à seconder cet effet funeste. C'est directement, c'est en face, que les dogmes ont attaqué l'espoir du Bonheur, pour le détruire dans ses racines, lis ont, de toute leur autorité sur l'esprit des peuples, sanctionné la négation de l'Harmoui^' sur la Terre. Ils ont tant fait enfin, en combinant avec riuUueuce pas-
28 1?<TERMÈDE.
sive du Mal leur influence propre et active, qu'ils sont parvenus à inculquer à l'homme cette triste croyance que ce Mal (temporaire) est éternel, fatal et voulu ; que sa source est dans notre nature même, nature mauvaise, vicieuse et corrompue ; que les privations, les douleurs et les larmes composent notre lot ici-bas ; et qu'à jamais ici-bas la perfection de la sagesse et de la science humaine sera de comprimer les désirs que Dieu a mis en nous, d'enchaîner les aspirations de l'âme et de vivre en se résignant
Cette erreur colossale sur l'Homme et la Destinée a porté tous ses fruits de mort. Elle a fondé et universalisé
l'l9î€ttÉDULITÉ et l'ÉGOÏSME. '
En efiet, si les doctrines religieuses et philosophiques (qui toutes jusqu'à notre âge, et malgré leurs formes diverses, se sont, au fond, constituées sur cette commune crrem*), si ces doctrines n'ont pas eu de peine à enlever entièrement à l'individu l'espoir du Bonheur de I'espèce, comme elles étaient absolument impuissantes à tuer chtns son cœur k désir et l'amour de son propre bonheur y elles ont eu pour résultat de jeter chaque homme dans la rechercha isolée et égoïste de fnois bonheur personbtkl.
Le bonheur de l'espèce^ le bonheur de tous, le bonheur solidaire, l'Harmonie sociale.... chimères! y croire c'était impiété ou folie. Mais en même temps l'individu restait Homme et voulait jouir (en ce monde ou eu l'autre, peu importe). — Delà, que pouvait-il sortir? — Eh! grand Dieu! ce qui en est sorti : l'égoïsme, et rien que l'égoïsme ; c'est-à-dire, un espoir tout indivis duel, une règle de conduite faisant consister la sagesse réelle, pratique, véritable, à chercher pour «ot^ et tout au plus pour les siens, son bien dans ce monde ; à savoir se caser soi et les siens dans ce monde -, oU; ce qui ebi
boctr:n£ de la r^i)F3ii>tion. 89
encore et toujours l'cgoïsme, à préparer soîr mlut^ c esta-dire, son bonheur individuel dans Tautre monde !
Quant au bonheur de V Humanité EsmÈRE dans ce monde^ ou au salut de Humanité EirnàBE dans l'autre « c'était folie d'y songer suivant les théories philosophiques, c'était impiété d'y croire suivant les dogmes. Les philosophes et les prêtres se rencontraient dans une négation commune : ceux-là parlant au nom de la raison humaine, ceux-ci au nom de Dieu et de la foi
Oui ! le lien suprême et harmonique de tous les Êtres du monde en Dieu, le Bonheur possible de Tespèce, la belle Destinée qui doit établir sur la terre l'abondance, l'amour, l'unité, la félicité universelle, investir l'homme de sa royauté sur la création, et le conduire par le bonheur terrestre aux bonheurs et aux gloires des développements futurs, des vies étemelles ultérieures : tout était faux et condamné ! Ces saints désirs de l'âme qui veut le bonheur pour toutes les âmes, cette religieuse espérance du Règne de Dieu sur la terre, ces lumineuses émanations de Tétemelle Lumière du monde, ce3 aspirations divines c'étaient des pièges de Satan ! Car la
croyance au règne de Dieu sur la Terré était une hérésie l'expression de cette croyance un blasphème
et la recherche des moyens d'établir le règne de Dieu icibas, une orgueilleuse révolte de Titan contre Dieu !
Voyez-vous la conséquence à laquelle conduisait invinciblement le dogme? — Travailler à établir dans la société les lois de Dieu, c'était se révolter contre Dieu ! car le Règne de Dieu dans la société ferait le bonheur des hommes sur la Terre, et Dieu, affirmait le dogme, n'entend pas que le bonheur règne sur une Terre qu'il a dévouée aux larmes et aux douleurs. —Se peut-il rien de pins monstrueusement contradictoire, rien d'aussi absurde?
Tel est pourtant le dogme qui, depuis les temps les plus reculés, subjuguant rinlelligence et obscurcissant le Verbe naturel de la Destinée, celte lumière qui éclaire
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tout nomme venant au monde, a empêché le Génie ht main de découvrir cette belle Destinée, en lui interdisant d'en rechercher les voies ; bien plus ! en lui ordon»| nant de croire que Tidée d'une Destinée heureuse étail une chimère (i).
Ce dogme abominable du Mal perpétuellement imposé à la Terre par la volonté de Dieu, de la souffrance érigée en loi de Dieu pour la terre, en moyen impératif de la purification et du salut ; ce dogme était en eootradiction flagrante avec l'esprit du Christ et de sa doctrine. Le Christ voulait que les hommes formassent une société de frères, qu'ils s'unissent entre, eux et en Dieu par l'amour. L'idéal social, dont la réalisation était le but de ses prédications, de son saint dévouement et de sa mort, serait une société heubeuse ; car il est impossible de comprendre la Paix universelle, la Justice universelle et l'Amour universel sans le Bonheur universel. H est évident que dans un monde où la vertu est générale, où tous les hommes s'aiment, s'entendent, et travaillent à l'envi au bonheur les uns des autres, dans le monde que voulait Jésus, il n'y a plus de place pour le mal social l La pensée la plus élevée du Christ, comme toute transcendante pensée d'humanité, était donc directement contradictoire à ce dogme du mal. Ce dogme eût péri déjà
(1) Un lecteur Judicieux ne manquera pas de faire ici une remarque importante : c'est que, sMl est impie et absurde de nier à priori la possibilité du bonheur universel sur la terre, en soutenant que Dieu veut absolument que le mal s'y perpétue, il est encore fort déraisonnable de faire contre cette possibilité l'objection à potieriori que l'on reproduit chaque Jour. On dit : s'il y avait une destinée possible de bonheur pour l'homme, il y a longtemps qu'on l'aurait trouvée.— Eh ! comment l'aurait-on trouvée, puisque, jusqu'à notre Age, on ne l'a Jamais cherchée, et qu'on n'a même Jamais cru qu'elle fût possible?
DOCTRINE DS U EfiDSMPTIOH. 31
a le désir du Christ se fût déjà incamé dans la société humaine. D succombera sans retour le jour où ce grand désir pour lequel le Fils de l'Homme est mort il y a dixhuit cents ans, sera réalisé par le moyen dont la révélation a été réservée à Fourier, et pour lequel, lui aussi, il a souffert et il est mort, passus et mortuus est.
Si la douleur, si les souffrances, si toutes les misères nous sont imposées par la volonté de Dieu; s'il lui plait que nous subissions le joug du mal ; si nous ne pouvons mériter auprès de lui, rentrer en grâce et gagner notre salut étemel que par ces douleurs, par ces soufiErances, et par notre résignation à les supporter; si Dieu considère comme une révolte contre sa volonté le bonheur goûté sur la terre, la charité alors est une ridicule inconséquence Porter secours à votre frère qui souffire, c'est
tendre un piège à sa faiblesse, c'est lui enlever des mérites^ des occasions, des moyens de salut. Si vous diminuez le mal sur la Terre, si vous y faites régner Tabondanee, le bien-être, si vous y remplacez les privations et les sacrifices par les satisfactions... vous êtes le plus perfide des tentateurs, vous êtes la plus grande plaie de l'humanité ! car vous avez séduit les hommes et vous leur avez enlevé les moyens de leur salut. Ce bienêtre que vous avez répandu sur vos frères, ces joies, ces satisfactions que votre charité ardente a versées sur eux, ce bonheur goûté sur la terre aura irrité Dieu et escompté pour réternité le bonheur de vos frères. Vous serez d'autant plus malfaisant que vous ferez plus de bien icibas. Plus près la charité aj^rochera de son but, plus elle se fera ingénieuse et puissante à rendre heureux les hur mains, pUis elle aura préparé de victimes à l'enfer (et 1 enfer de ce dogme terrible est étemel !) Voilà les conséquences où le dogme mène! Quiconque accepte le principe doit subir ces conséquences détestables. Et c'est pourtant là ce que l'ignorance, la domination et l'orgueil ont fait de la doctrine du Christ !...
Si la Charité, qui est une expansion du cœur et que
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prescrivait le Christ, s'est développée malgré le dogme qui s'est constitué par une erreur de Tesprit, ce dogme n'en a pas moins eu puissance de la renfermer dans le cercle le plus étroit, de la limiter à une action misérable, essentiellement individuelle et fragmentaire. En effet, il a réduit la Charité à avoir pour expression l'aumône, la dégradante aumône ! L'aumône qui caractérise la barbarie d'une société dans laquelle les malheureux et les faibles sont abandonnés aux hasards et aux humiliations de cette charité individuelle, avilissante et corruptrice î Cette charité-là, tout excellente qu'elle soit comme sentiment et dans son principe, a bien plus nui à la société qu'elle ne lui a été utile. En jetant sur l'incendie des gouttes d'eau elle n'a finalement servi qu'à l'accroître. L'aumône et la charité puMique (qui, elle aussi^ a toujours été réduite à l'action individuelle, parce qu'elle n*a jamais eu pour objet que le soulagement transitoire de l'individu souffrant), l'aumône et la diarité publique, ont nourri, loin de les réduire, la corruption et la misère.
La charité, qu'un dogme vrai, qu'une philosophie vraie eussent développée, et que les dogmes et les philDsopbies du passé ont étoufTée, c'est la charité supérieure, intelligente et large, la charité sociale^ qui n'exclut pas l'exercice éclairé de la charité individuelle tant que celleci est nécessaire; mais qui montre au cœur et au génie de l'homme, pour but à atteindre, l'amélioration générale de la société, la destruction de la misère, du vice, de la soufirance, dans leurs racines mêmes : Tannihilation du mal enfin dans ses causes ! Voilà la charité qui sortait brûlante des enseignements du Christ, et qui, excitant e1 sollicitant le génie de l'Humanité à la recherche du bonheur social, en eût dès long-temps ouvert les voies, si la foi au bien, la confiance en Dieu et l'espérance eusseu^ prévalu contre ce dogme du désespoir et du mal — q\ii damnait le monde et le livrait à Satan.
L^orsque la poésie lugubre, qui avait enveloppé c*i dogme des plus clfrayans mystères, régnait sur les peu^
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pies, elle pouvait du moins servir à sanctiouuer des prescripUons de vertus et de sacrifices. Aujourd'hui ce règoe est détruit. L'enfer et ses terreurs tiennent peu de place dans les préoccupations réelles des pins fougueux défenseurs du dogme eux-mêmes ; et l'individu, précipité dans le tourbillon d'un égoîsme effiréné, se dévoue tout entier, convenez-en, à son intérêt, à sa fortune, au travail de son bien-être, sans trop se soucier de ce que ce bien-être pourralui faire perdre dans Tétemité... L'individu s'est donc complètement affranchi du dogme, quant à ce qui concerne son individualité. Mais quant à ce qui regarde la société, il s'y attache fortement au contraire, et se range dévotement ou phUosophiquement au principe du dogme qui caresse et légitime son égoisme. — Qu'est-ce que I'égoiste, en effet ? — C'est fhomnte qui fait au dogme du malheur aussi bon marché du bonheur de ses frères , du bonheur de la société , qtiil met de fureur à lui disputer son bien propre, son bonlieur isolé j son intérêt personnel....
Oui, ce sont les hommes le plus âprement dévoués à l'édification de leur fortune individuelle, les hommes qui n'ont qu'une seule pensée, qu'un seul but : celui de s'abriter contre le mal général, eux et leur famille, et d'accumnler dans le nid qu'ils ont construit à leur égoîsme toutes les commodités, toutes les jouissances de la vie... ce sont ceux-là précisément qui se montrent les apôtres furieux de la nécessité du mal social sur la terre l — Ils vous disent avec un aplomb incroyable, les uns, qu'il est impossible, les autres, qu'il est impie de vouloir réaliser pour tous les hommes, quoi? — ce qu'ils travaillent si ardemment à réaliser pour eux-mêmes ! Et f'ei> égoïstes vils répondront à vos principes d'univer- «aUwlion du bonheur; en arguant contre vous (le la
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parole du Christ, de ce Christ qui a été tout amour, tout dévouement pour l'Humanité qu'ils crucifient!
Ainsi ce dogme fatal, ancien, engendré parle Mal, qui s*est introduit dans toutes les doctrines philosophiques et religieuses, qui a altéré et corrompu les plus pures d'entre elles, et qui, depuis plusieurs milliers d'années, a courbé universellement sous son joug Tintelligence humaine; ce dogme qui nie la réalisabilité de la paix, de l'unité, de l'ordre, de l'harmonie, de la volonté du Christ, du bonheur des hommes sur la terre; qui* nous dévoue à jamais à la misère, au crime, au versement du sang, aux larmes et aux douleurs: ainsi ce dogme qui, sur le front de Satan le génie du Mal, posait la couronne légitime du monde , a toujours eu pour effet de livrer l'individu en pâture à l'Égoïsme, en ne lui laissant d'autre but que son bonheur personnel en cette vie ou eu l'autre.
L'opinion dérivée de ce dogme est aujourd'hi la Théorie commune à tous les égoïsmes, égoïsme des individus, égoïsme des sectes, des partis , des classes. C'est leui principe de ralliement. Elle constitue, si l'on peut rap< procher ces deux mots, la religion de l'égoisme.
Voilà quelle est l'influence finale de ce dogme, qii< beaucoup d'hommes honorables, mais peu clairvoyans prennent maintenant encore, soit en prose, soit en vers pour thème de leurs élucubrations religieuses, philo sophiques, et mélancoliques. Quelle démence ! Ah, Mes sieurs les prosateurs. Messieurs les poètes , qui exploite si malencontreusement encore les lieux communs de cett vieille et triste donnée, permettez qu'on vous soumette \ pensée qu'en agissant ainsi vous agissez sans votre in telligence. Votre intelligence, en effet, et l'expérienc positive des temps passés et présents vous montreraie^ facilement qu'en enracinant dans les esprits la théorie d la Nécessité du mal social, qu'en propageant, par vi vers, par votre prose, la croyance à rinipossibilité d boiriieur général sur la terre, vous n'aboutirez qu'à rex
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forcer l'égoïsme. Car, encore une fois, quand vous aureK convaincu Tindividu que le bonheur général ne peut pas être réalisé, quel autre but lui restera-t-il que celui de <(on bonheur exceptionnel ? Si le mal général est une né* cessité permanente, ne devient-il pas sagesse de s'abriter aussi bien que possible, soi et les siens, contre ce mal* générait Et ne devient-il pas folie de se préoccuper du Bien universel, du Bien social, de consacrer sa vie à le poursuivre, si ce Bien n*est qu'une chimère?
Eh! malheureux! proclamez, proclamez donc de foutes les forces de votre éloquence et de votre âme, proclamez que le bonheur est possible sur la terre comme dans le ciel ! Que, comme le ciel dans lequel elle nage, la terre appartient à Dieu son créateur ! Qu'après les pre* miers jours de faiblesse, d'ignorance et de misère, viendront les beaux jours de la puissance, de la gloire et do rHarmonie! Dites-nous, dites-nous donc que le bonheur de nos frères est possible, si vous voulez que nous nous consacrions à préparer le bonheur de nos frères!
Hommes de religion, philosophes, poètes ! voilà trop long- temps , que vous nourrissez , que vous justifiez, que vous consacrez l'égoïsme, la seule sagesse dans le système d'idées que vous avez propice. Développez enfin le dévouement et l'amour de l'Humanité en offrant au dévouement un grand but, en proclamant que l'amour de l'Humanité n'est pas un sentiment improductif et stérile ! Comprenez et faites comprendre à vos frères qu'il y a devant l'Humanité un beau, un splendide avenir; •pi'il est glorieux, qu'il est grand et religieux aux générations actuelles d'y travailler, ne fut-ce que pour les générations qui viendront après elles. Ne voyez- vous pas, honunes de religion, philosophes et poètes ! que, si vous répandiez parmi les hommes cette foi à la destinée humaine, et cette sainte espérance du bonheur de l'Hu-» manité, cette foi et cette espérance éveilleraient une ardente charité dans les cœurs? que l'égoïsme n'aurait plus ni prétexte, ni refuge? qu'il ne pourrait plus comme
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aujourd'hui s'envelopper du manteau de la raison et de la sagesse, et que, apparaissant dans toute sa hideuse nudité, il ferait peur à tout le monde ? Mais si vous ne voulez pas que les hommes croient à Tefficacité de leurs efiorts, si vous voulez leur arracher non-seulement Tespoir pour leur âge , mais encore le dévouement à Tavenir, alors, cessez vos déclamations ridicules contre régoïsme : car, encore une fois, la conséquence humaine des principes de votre prose et de vos vers, c'est que régoïsme seul est sagesse, et le dévouement duperie, puérilité, absurdité, sottise....
Dès avant Torigine de nos temps historiques, ce vieux dogme oriental de la dévolution de l'homme et de ia terreau Mal, s'est répandu dans les nations, a corrompu toutes les philosophies, empesté toutes les religions, déterminé sur tous les points du globe l'avortement du génie social, et maintenu plus de deux mille ans de trop l'Humanité hors des voies où Dieu l'appelle. En le combattant, j'ai constaté que l'intelligence humaine est maintenant encore universellement esclave des conséquences de ce dogme ; car l'impossibilité du bonheur social sur la terre est une idée qui, biea qu'approchant de sa fin, ^t aussi puissante aujourd'hui dans le monde où elle règne à l'état d'opinion, que quand elle y régnait comme article de foi, — et cela parce qu'elle s'allie avec l'Égoïsme général, le justifie et le nourrit.
Ainsi, grâce à la longue influence du mal sur la lerre^ grâce à des principes faux, à des dogmes malfaisans, promulgués dès le berceau du monde par les Théocraties dont ils servaient la domination , acceptés par l'ignorance des peuples , roulés d'âge en âge dans le grand fleuve de la tradition , et mêlés à toutes les conceptions philosophiques ou religieuses, l'intelligence refuse encore
DOCTBfNB BB LA lÉDBMPTIOK. 37
de croire à la Destinée. C'est en vain que le Génie de l'Humanité, gravitant par les vertus intérieures de sa nature vers la sphère dont les harmonies l'attirent , a élevé, dans les trois derniers siècles, à la gloire et à la puissance humaines de superbes trophées : c'est en vain qae nous avons, par la science, conquis la terre et en- Tahi les deux!
Eh quoi! l'homme, ce' ver de terre, cette créature dont vous voua êtes plu à proclamer la faiblesse, l'humiliation, la misère; cette créature jetée sur une terre maudite pour y vivre esclave des éléments , jouet de leurs mouvements désordonnés, et s'y anéantir dans le sentiment de sa propre petitesse; cette créature impaissante, la voici qui dompte ces éléments terribles, qui règle leurs actions, subjugue leurs forces et les soumet, dociles, à ses besoins et à ses plaisirs! Les ron*
ces et les épines devaient déchirer et ensanglanter à jamais ses pieds dans les vallons de la terre maudite ! et voici que la créature condamnée aux ronces et aux épines arrache les épines et les ronces, ou que, les transformant par la grefie, elle, ordonne à leur écorce de s'adoucir, à leurs branches de porter des fruits savoureux ! Partout où l'homme fait acte d'intelligente volonté sur sa terre d'exil, cette terre d'exil se couvre de fleurs et d'épis, se sillonne de canaux et de routes rapides, se hérisse de cités populeuses, de palais somptueux... Et si nous ouvrons les flancs de cette terre de malédiction, nous les trouvons remplis de trésors... Cette terre d'exil est, à tout prendre, un domaine qui en vaut un autre.
L'homme a puissance de régner sur la terre, de régner sur les eaux, sur les arômes et les airs. Le sol souterrain lui paie tribut. Il assujettit tous les éléments à son service. Quand sa voix se fait entendre au sein de la création, la création écoute et obéit. Tout est soumis ^ Thomme sur son globe. Il a d'ailleurs exploré les champs du ciel; déjà il en a dressé la carte, reconnu les lois, calculé les mouvements; il a mesuré les dimensions
des astres qui les habitent, et plongé sur eu^ un regard assez puissant pour promettre des connaissances bien
autrement complètes, des communications même Et
ce qu'il a fait en trois siècles de civilisation sur un petit coin du globe n'est rien, évidemment rien à côté de ce qu'il est appelé à JEaire ; car chaque jour accroît avec une si prodigieuse fécondité les instruments de sa puissance, caril se soumet si merveilleusement les éléments, les choses, les distances et le temps, qu'il ne lui est plm permis de borner ses prétentions, de limiter ses espérances. •••
Et c'est à ces signes que vous reconnaissez la créature déchue? la créature en butte à la malédiction d'un Dieu cruel? la créature condamnée aux humiliations et anx douleurs, exilée dans le triste et obscur séjour des expiai lions et des larmes?... A ces signes, moi, je reconnais un Roi et un Royaume, et je salue la volonté véritable .de Dieu, qui a préposé l'Homme au gouvernement di^ globe, et qui excite le jeune Roi à se saisir du sceptre e! à ceindre son front du diadème^
Prenez-y garde ! vous qui condamner Dieu à vouloiJ rhtnniliatioû et la misère de l'homme ici-bas, car voie que l'homme aurait bientôt vaincu Dieu ! Votre dogme injurieux à Dieu, a pu prévaloir quand l'homme, dad son enfance et sa faiblesse, tremblait devant Dieu qu'i
don 'hommj dans s force et dans son intelligence connaîtra Dieu son pèr^ l'aimera de tout son amour et saura qu'il n'a rien à rci douter de lui , mais tout à espérer, tout à demander tout à attendre..,
Sang rechercher les causéf génératrices , faciles | déterminer, de ce dogme qui [condamnait la Terre 4
I BOCTIIKB Bl LA tÉnWPTIOlf. M
f excluait de l'hannoiiie uoÎTerselle. fl est eertain qaH se trouve à la radae de toutes les conceptions philosophiques et religieuses qui se sont épanouies sur la terre, et particulièrement dans Tancien monde oriental* La chute de l'homme, la colère de Dieu et la malédiction de k terre , plus ou mcnns grossièrement entendues, fiODtàla base de toutes les traditions sur l'origine dn nd. Moise, néanmoins, modifia profondémea^ Taneie&ne donnée orientale, dans la promnlgatioa qu'il fit «n Hébreux.
Jésus, qui Toulait remplacer la loi de liolse par une loi Bonvelle, agit toujours à l'égard de la première par Toîe ^ s«d)stitution plutôt que par yoie de renversement* I^aiUeurs la croyance donnée aux Hébreux par MoiÉe se prétait à un développement que n'aurait pas sonflBsrt le îogme oriental lui-même. En effet, Jésus afaat pour abjet rinvocation de THarmonie, de l'union des hommes entre eux et en Dieu, la j^afisation de ce but magnififoe, qui doit donner le bonheur à la terre, porte bien 1206 négation absolue contre le dogme oriental de la fa- Uité psaaiANESTE du mal ici-bas ; mais elle n'est que fe terme prévu, promis et toujours attendu par le peuple fH, de la malédiction TEHPonAiBE dont le Dieu de la fenèse avait frappé la terre après- la transgression d'A-
Les prédications du Christ, ses commandements de charité et d'amour constituaient la révélation du BUT que fhumanité devait se proposer 5 mais ils n'étaient pas, k ^i seuls, capables de produire immédiatement le règne tla charité, de l'amour, de l'harmonie sur la terre, et ^ ne Font pas produit m effet Jésus ne l'ignorait pas. n'a point parlé comme s'Û eût été dans l'iliusion à cet k^L n savait bien que son règne n'était pas encore de tt monde, que son temps n'était pas encore venu (1).
(1) Nuiic omm ngwm m$um no» eu hina. Mon royaume a'eit P^ encore ici. (Jsan , XTiit» 56.)
40 INTBRHÈBE.
Son œuvre consistait à signaler le but et à préparer le temps qui devait venir, ce temps caractérisé par la réciprocité de Tamour, cette époque d'union et de bonheur social, n s'en rapportait au développement ultérieur de sa parole, à la puissance logique de son principe, à l'impulsion de sa pensée vers son but, pour que le dogme de l'espérance et de l'amour se substituât entièrement à l'ancien dogme de la malédiction. Aussi ne s'occapa-t-il ni de cosmogonie^ ni de théologie proprement dite, mais exclusivement de morale religieuse. «Aimez- vous les uns )» les autres, aimezrvous comme des frères 3 pratiquez » la vérité, la justice et l'amour : c'est ainsi que vo\is » entrerez dans les voies de votre Père qui est au ciel, » et que vous mériterez sa bénédiction. » Tel est le résumé de tout ce qu'il y a de capital dans les prédications du Christ.
Vin.
Mais les hommes qui vinrent après Jésus 'et dont les efforts constituèrent le Christianisme tel qu'il s'est développé historiquement, oublièrent peu à peu la parokl et la pensée du Maître. Ils ne comprirent point qu'à la morale nouvelle devait correspondre un développemenj de dogme et de théologie nouveau; que, si la loi anciennej la loi de rigueur, la loi cruelle et sanglante, avait et transformée par Jésus en loi de charité, de mansuétude e d'amour, la transformation dans la loi commandait un< transformation semblable dans le dogme, et qu'au dogm de rigueur et de terreur, au dogme de la malédiction, a dogme du Dieu courroucé et armé contre l'homme, àe\ vait se substituer le dogme de l'espérance et de l'amoui le dogme de la bénédiction, de l'harmonie et du bonhen des Êtres; le dogme du Dieu tout-puissant et bon, q veut réaliser par le charme et l'attrait son concert av les créatures. S'il y avait une trop grande distance c
DOCTEIin BB Ul RBBIMFTION. 4f
cette conception à la conception ancienne, au moins &llait-il annoncer, pour se conformer à la pensée de Jésus, que les temps de la malédiction primitive étaient près de s'accomplir, et que la terre rentrerait en grâce par Faccomplissement de la loi.
Que la nécessité logique de cette transformation du dogme n'ait point été comprise par tous, c'est ce qui n'a pas lieu d'étonner : il y avait à ce qu'elle le fût des difficultés historiques, sociales et religieuses certainement très-grandes, et dont on peut sans peine déterminer les causes lorsque l'on a étudié avec intelligence les époques de formation du Quistianisme. L'espace nous manquant, nous renonçons, quoique à regret, à les développerici, et nous nous contenterons d'indiquer, parmi les causes qui ont concouru à la production du grand et £ital illogisme que nous voulons signaler, une raison politique dont l'influence est facile à saisir. Cette raison se trouve dans la position de la doctrine nouvelle par rapport au pouvoir de la société dans laquelle le Christianisme avait à se développer. Le Christianisme, en effet, s'étant constitué en Église, fut naturellement entraîné dans les premiers temps, pour éviter autant que possible une lutte trop inégale avec le pouvoir existant, à séparer du domaine de celui-ci le domaine de la doctrine. Or, le domaine de ce pouvoir étant ce monde-ci, le monde actuel et la société civile, il- ne restait plus à la doctrine nouvelle que le domaine spirituel et l'autre monde. Ainsi, pour gagner en liberté de développement, la doctrine nouvelle consentit à réduire son espace, à borner ^Q terrain. Pour rassurer César contre des craintes logi- ^es, on fonda un grand illogisme, on posa en "principe ^e Ton n'empiéterait pas sur son pouvoir, que la doc- ^ne divine n'usurperait pas sur son domaine. Chose absurde en soi ! car si la doctrine nouvelle était la vérité absolue, elle devait tout embrasser; si la doctrine nouvelle était la loi de Dieu, il était puéril de dire à la loi de i^^u, au gré de telle ou telle convenance de politique
M INTBRSiD»*
hudatàe et transitoire : a Lin de IHen, Toiô Um do- » maine; loi de Diea^ voici ta limite; loi de Dieu, ta t'é-
• tendras jnsqa'à cette limite , tu ne la finmchiras ja- » maisl » Dieu lui-même n'aurait pas pu étatdir cette limite, car Dieu étant défini aie Souverain Maître de Uni»
* tes choses b cesserait d'être Dieu du moment queN]aei< i fue cbose cesserait d'être soumis à sa loi, qui est une et i^Molue par essence.
La raison politique que nous venons à'indiiquer, jointe aux autres causes dans Texamen desquelles nous ne p(N^ vous pas entrer ici, mais dont Tinfluence fut plus proiMide encore, déterminèrent donc la séparation àxinnûk du temporel et du spirituel. Dès lors, et comme eonséquence nécessaire, le monde, qui restait en dehors 4e la loi de Dieu, en dehors de l'Église de Dieu, dut être considéré, et le fût en effet, comme le domaine de Satan. Satan resta une réalité dans le dogme; il devint même une réalité plus capitale qu'il ne l'avait été dans la cosmogonie antérieure; car le royaume de la Terre lui fût concédé à perpétuité et en possession légitime par le Christianisme* Remarquons bien que cela n'avait point été dans la doctrine de Moïse. Cette doctrine établissait Funité de la loi êociale et de h, loi religieuse^ et ne sépar rait point le domaine temporel du domaine spirituel pouri Uvrer le premier au principe du Mal.
Ainsi les disciples du Christ, loin de faire subir aaj dogme ancien une transformation parallèle à la loi mon raie nouvelle, conséquente à la fois à la tradition et au^ enseignements de Jésus, et d'annoncer au peuple l'ap-^ proche du retour en grftce , retombèrent au contraire aous la domination du dogme des religions étrangères^ Au li^ de se poser avec Jésus en avant de Moise, il^ reculèrent derrière Moïse.
DOCTiniB DB LÀ UDBVPTIOlf. 43
Moïse, eu effet, avait donné au monde le premier degré d'initiation. Les religions antiques enseignaient aux peuples l'existence absolue de deux principes : le principe du Bien et le principe du Mal, dont Vaciion sur le monde devait être permanente. Moïse subordonna le dernier principe, il enseigna qu'il n'avait qu'une existence relative et temporaire, car il enseigna que le Bien avait régné sur la terre à une époque primitive, paradisiaque, heureuse; que les harmonies primitives y avaient été troublées, mais qu'elles y renaîtraient un jour. Ainsi, en faisant à son peuple l'histoire de la naissance du Mal sur bTerre, Moïse en avait annoncé la Qn. Il avait prédit la rentrée en grâce, le terme de la malédiction et de la colère célestes, la Rédemption. La Terre n'a jamais été considérée par le peuple juif comme devant être exclue du bénéfice de cette Rédemption j seulement l'égoïsme et la grossièreté de ce peuple lui avaient persuadé que la Rédemption promise ne devait être autre chose que son triomphe et sa domination sur toutes les nations du monde.
Si les dogmatistes, les métaphysiciens, les théologiens qui vinrent après Jésus-Christ avaient suivi, dans sa pureté et dans sa direction, la pensée de leur Maître, ils auraient continué la transformation de l'ancien dogme commencée par Moïse. En adoucissant les formes du dogme mosaïque, en y mêlant plus de bonté, d'espérance et d'amour, en annonçant l'apaisement de la colère céleste au for et à mesure que les peuples de la Terre réaliseraient les prescriptions de la loi nouvelle , Os auraient fait comprendre, aaprès la parole de Jésus, que la Rédemption promise ne devait point s'entendre de la domination matérielle du peuple juif sur les nations, mais de Tétablissemient de la paix dans le monde et de la fusion des nations dans la grande unité de la famille
humaine. Il n'y avait aucune rupture à faire avec la Genèse. Moïse avait ouvert les portes de l'avenir par la promesse de la Rédemption. Pour se conformer à la tradition et aux révélations successives de Moïse et de Jésus, il fallait entrer dans cette voie magnifique, au lieu de subtiliser sur la doctrine de la Rédemption et de la fausser misérablement. J'appelle ici l'attention du lecteur.
Le but de la doctrine de Jésus, c'était que les hommes vécussent unis entre eux et avec Dieu par l'amour. L'époque ultérieure où ce but serait réalisé était le temps invoqué par Jésus, et la société de ce temps, son royaume, n est évident que la Rédemption de l'homme, la rentrée en grâce, le retour du Bien, de l'Harmonie sur la terre, la cessation de la malédiction de Dieu, ne pouvaient et ne devaient s'entendre que du temps ou la loi de Jésus, l'union des hommes entre eux et avec Dieu, serait réalisée dans l'humanité. En disant aux hommes que la loi de Dieu était qu'ils s'aimassent entre eux comme des fibres, Jésus n'entendait certes pas que les hommes seraient ra* chetés du mal, que la Rédemption serait opérée par cela seul qu'il aurait parlé ainsi aux hommes et qu'il aurait scellé sa parole de sa vie. Cela eût été absurde. Jésus entendait que la Rédemption serait opérée, que l'Homme serait réconcilié avec Dieu, quand l'Homme (l'Humanité, et non pas tel ou tel individu) pratiquerait la loi de Dieu, que lui , Jésus, était venu annoncer. Il n'ignorait pas, je le répète, que la réalisation ne suivrait point iounédiatement sa parole. Certes, il savait qu'il faudrait du temps avant que son royaume fût de cei monde, avant que les hommes eussent universalise entre eux l'amour, avant qu'ils eussent, par des moyens quelconques, .organisé l'unité de la éimille humaine et par suite la paix, l'harmonie et le bonheur. Jésus
DOCTEINB BB LA RBDIMPTION. 46
annonçait au monde la loi de Dieu ; évidemment, la Rédemption do monde ne pouvait résulter que de Taccomplissement de la loi par le monde ; elle ne pouvait en aucune &con résulter de la seule proclamation de la loi; elle ne pouvait être qu'une conséquence ultérieure de la venue de Jésus-Christ, un efiTet de sa doctrine. <*Et cela fiit compris parnombre des Pères des premiers Siècles,
Vinrent les docteurs nourris des philosophies de TOrient. Ceux-ci ne comprenant ni les paroles de Jésus, ni le sens de sa mission, au lieu d'enseigner que la Rédemption du monde serait la conséquence de l'accomplissement de la loi nouvelle, la conséquence du règne de la justice et de Tamour, enseignèrent que l'acte de la venue de Jésus et son sacrifice avaient commencé, terminé et accompli la Rédemption. Jésus avait sanctionné de sa vie le grand désir de charité, de justice et d'amour, dont la réalisation universelle devait ultérieurement opérer la Rédemption du monde. Les disciples, au lieu de s'attacher à la parole, à l'esprit, au but, a la loi, absorbant tout dans la personnalité, et ne comprenant pas que la Rédemption, d'après la parole et la pensée de Jésus,
fémlterait de L'AGGONPLISSEBIElfT DE LA LOI PAK LES
HOHHEs, voulurent qu'elle résultât de F accomplissement à sacrifice par Jésus.
l Certes, il est facile de comprendre comment et par fielles causes ces erreurs s'introduisirent chez les disci- |les de Jésus lorsqu'ils n'eurent plus leur Maître pour les conduire ; mais il n'en est pas moins vrai que ces tireurs capitales se produisirent dès l'origine, que la ^ctrine du Christ fut peu à peu altérée par elles, et que h mysticité et la subtUité finirent par remplacer la rai- ^a élevée et simple, le divin bon sens^ qui caractéri* ^nt la parole du Fondateur.
49 IXTBllIÈJUt.
Qu'y avait-il de plui sansé et de plus beau que la doetriné de la Rédemption , telle qu'elle résultait des enseigaaments de Jésus? Les harmonies primitives avaient été t^ublées à une époque de chute ; dès cette ^K>qûe le Mal j^ysique et le mal moral s'étaient répandus sur la terre, et la douleur avait subjugué rHomme. Mais une grande j^messe avait été faite à THomme et à la Terre : les harmonies perdues devaient renaître un jour ; THomnae et la Terre seraient délivrés du mal. Or, Jésus venait faire connaître aux hommes Idiœndition de la Rédemption en leur enseignant que l'anéantissement du mai et l'établissement du bien étaient liés à la pratique générak de ce grand commandement qui est toute la loi : Aime»vous les uns les autres.
Certes, cela était aussi sensé ^ aussi vrai que sublime; •t il fatit dire que c'était une parole divine , celle qui enseignait aux hommes plongés dans la barbarie ou dans les voies de légoïsme, que la Réden^tion du monde et le bonheur de l'humanité dépendaient sotJVSBAOnEHKiT de l'union des hommes, de leur amour les uns pour les autres* Il n'y a pas ici d'obscurité, il n'y a pas de mystère dans cette doctrine de la Rédemption : a Vous serez ra- » chetés du Mal et la bénédiction de Dieu descendra sur n k terre quand vous aurez établi sur la terre le royaume B de Dieu et sa justice. Vous vous haïssez , vous vous » dépouillez par la ruse et par la violence, vous vous n combattez les uns les autres, individus^ peuples, na- B tions; vous cherchez par l'oppression et l'injustice la 9 possession des biens et des jouissances, Çt moi, je viens s vous annoncer qu'en faisant ainsi vous perpétuez le s mal sur la terre^ car la terre ne sera aflrancbie du mal, s et ne rentrera en grâce auprès de Dieu que quand vous s ferez régner sur elle la loi de Dieu en vous aimant les s uns les autres l s Quel avertissement sublime ! Quelle révélation lumineuse aux hordes barbares et aux peuples égoïstes et corrompus ^ qui couvraient le monde l
C'était dire à l'activité luimainâ engagée jUsqiM^là
1K)CTUNB BB LA EtDBMPTION* 47
dans la voie de la, g:aerre, de l'oppression; qu'il était temps d'entrer dans une route toute nouvelle en se tournant du côté de la charité et de la justice ; c'était appren* dre à l'Humanité que son salut, que le bonheur des individus et des peuples et la bénédiction de Dieu ne seraient jamais obtenus par la violence, mais par l'amour, par l'union des membres de la famille humaine !
Jésus, en annonçant la loi de Dieu, la condition de ta Rédemption et du oonheur, présentait donc à l'intelli*gence humaine, jusque-là engagée dans la guerre, un but nouveau. Ce but était et est encoi^e le vrai but. Sa mission consistait en cela. Il donnait l'impulsion à la pensée et an cœur de l'homme. D introduisait Thomme dans la voie de la RédemptioUi et il disait au Génie de l'Humanité y en parlant de ce royaume à la conquête daquél il l'excitait par le développement des hautes puis* sauces religieuses : Cherchez et vous trouverez, frappez à ta p<frte, et on vous ouvrira.
Gloire à vous donc , ô Christ ! non-seulement parce que vous êtes le type le plus élevé, la plus pure manifestation, la plus complète incarnation de l'amour^ mais encore parce que vous avez montré la voie , indiqué le but, parce que vous avez voulu faire connaître aux na** tiens les conditions saintes et unitaires de la Rédemption du monde, à une époque où le seul peuple qui TespérAt l'interprétait dans le sens brutal de 1 asservissement des autres peuples à sa puissance !
xn.
Ainsi , en apportant une loi nouvelle au monde . en versant sur ce monde de conquérans corrompus et d'esclaves souffrants et avilis la lumière pure de l'amour, le sentiment de Tunité de la famille humaine et de la future réalisation de la justice et de l'union, Jésus, loin de rompre la tradition religieuse, procédait au développement
U INTEMÈDX.
de la Promesse. Il ouvrait la voie de raccomplissement. H ne voulait point briser l'unité antique de la loi religieuse et de la loi sociale ; il voulait , au contraire , préparer la transformation sociale par le développement de la tradition et par la transformation de la loi religieuse. Cela est incontestable, et résulte clairement de sa parole et du caractère même de sa doctrine , pour qui sait apprécier ce caractère dans son essence, et distinguer, dans les prédications du Christ, ce qui était enseignement d'application présente^ consolation transitoire apportée aux souffrances transitoires, et ce qui était enseignement absolu et vue d'avenir.
Mais appuyons un moment sur cette réflexion que nous recommandons à toute Tattention du lecteur : — - Avant que la doctrine d'union, d'amour et de paix, promulguée par Jésus, eût reçu ses développements ultérieurs, trouvé sa forme, ses voies et ses moyens de réalisation ; avant qu'elle fftt passée de l'existence potentielle et spirituelle à l'existence actuelle et sociale; avant qu'elle fttt universellement pratiquée, qu'elle f&t enfin incamée dans l'Humanité (ce qui n'est pas encore accompli aujourd'hui, 1800 ans après la promulgation) : pendant tout ce laps de temps compris entre la promulgation et l'accomplissement, la Terre ne pouvait cesser d'être la vallée désolée des larmes et des douleurs : cela est certain. — En livrant sa pensée à ses disciples, en les investissant de la sainte mais dure mission d'en opérer le développement, en les envoyant prêcher cette pensée par ce Monde sanglant qu'elle devait purifier et métamorphoser un jour, Jésus devait les prémunir contre les grands obstacles qu'ils rencontreraient par les chemins du Monde. Il devait fortifier les pieds contre les pierres, les ronces et les épines; il devait fortifier les âmes contre les affiictions, enseigner à supporter des maux inévitables avec courage, avec résignation, avec cette calme et sainte puissance qui pousse au cœur de quiconque se dévoue
DOGTUNI DI LA mtDBMFTlOH. 49
sérieusement au bonheur de ses frères et marche dans les Yoies de Dieu. Il devait enfin exalter les mérites des hommes qui subiraient pieusement les tribulations rencontrées dûis la voie de la loi et de la doctrine, prodamer saintes ces soufirapces, proclamer Heureux et Élus de Dieu, ceux qui aimeraient mieux souffirir par dévouement à l'Humanité que de s'abriter dans les basses jouissances d'un lâche et dégradant égoisme. Heureux qui aura souffert en portant ma loi. Et en vérité ne sont- As pas les Heureux et les Élus du Seigneur , ceux qui, avec mie profonde résignation, naturelle ou conquise par la volonté, à toutes les tribulations qui leur viennent, se vouent entièrement au culte de l'Humanité et au développement de la loi de Dieu? Les Élus ,du Seigneur et les Heureux seraient-ils, par hasard, ces êtres à face humaine qui, comme de grossiers animaux, n'ont pour objet de leur affection, pour unique but de leurs actes, que leur propre personne et leur seule matière?
Jésus devait donc prévoir et prédire les afflictions^ sano tifier la résignation, sanctifier les douleurs de ceux qui marcheraient dans sa loi. Mais cette sanctification des souffrances nécessaire à l'accomplissement de la loi, aux grands et durs et longs préliminaires de sa réalisation sur notre Terre, pouvait-elle signifier, ainsi qu'on a eu Tinsigne déraison de le croire, que Jésus ordonnait d'aimer la souffirance pour elle-même et comme étant en ellemême agréable à Dieu ? Cette sanctification de la souffrance n'était-elle pas relative ? Ce qui sanctifiait la souffrance n'était-ce pas son objet, l'établissement de la loi de Dieu sur la Terre et du bonheur de l'Humanité ; et n'est-il pas absurde au premier chef d'avoir pris le relatif pour Tabsolu^ la transition pour le terme^ d'avoir substitué l'accessoire au principal^ d'avoir fait, enfin, de la. doctrine de Jésus qui se proposait comme but définitif l'établissement général du bien, de la' justice, de l'anion, de rharmonie sur la Terre, une doctrine qui se serait proposé d'universaliser sur cette Terre l'amour de la souf-
90 UrTBEMfeDE.
frftQce et des tribulations, qui eût fait considérer la perpétuelle durée du mal ici-'bas oomme une chose voulue par Dieu et désirable par ses Saints l Jésus eût convié les hommes à réaliser la loi de Dieu, et il eût proscrit le bonheur universel qui doit résulter de cette réalisation ! J^oin d'être une vue subUme/une haute révélation, une pareille doctrine n'eût pas même eu le sens commun. "^ C'est ainsi que quand on ne distingue pas Yabsolu et le relatif dans les enseignements et dûis la conception de Jésus, on travestit sa pensée et on lui prête une doctrine déraisonnable et inconséquente jusqu'au ridicule*
xm.
La doctrine deJésus,ayant pour but capital rétablissement de la paix et du bien parmi les hommes, en promulguant les idées de justice , de charité , de dévouement à l'humanité, qui pouvaient seules conduire Tesprit humain à la réalisation ultérieure de cette grande pensée, fondait donc une foi religieuse qui, loin d'être contradictoire au génie de l'Humanité, à ses attraits, à ses tendances natives, vibrait en parfait accord avec elles. Loin de prétendre abaisser l'homme, humilier sa Raison, en exiger le sacrifice, et briser ainsi l'unité humaine dans ses deux manifestations supérieures, le sentiment et l'intelligence, la foi de Jésus élevait Thomme, puri^ fiait son cœur, exaltait son intelligence, provoquait le développement de l'Humanité dans toutes ses puissances, et se mariait à la plus haute Raison dont elle était le Verbe vivant. Oui, la Raison et la Foi s'accordaient pleinement dans la doctrine du Christ, dans sa religion. Rien n'était plus raisonnable que ses enseignements , rien n'exigeait moins le sacrifice de la Raison devant la Foi. En a-t-il été de même des différentes doctrines religieuses que l'on a| après lui, constituées en son nom, et qui ont
MCTmniB n &a mÈmmnion. H
formé et formait encore les branches divisées da CSbrisi* tianisme ?
Noos venons de montrer ce qu'était ^ dans sa pureté , dans sa simplicité et dans sa grandeur, la pensée dn Christ et sa doctrine. C'était la voie de la Rédemption du monde, la voie du salut de l'Humanité. Cette pensée se trouva trop large pour les temps, trop forte pour les in* telligences qui en reçurent l'expression; car, hélas! peo après qye le Christ eut payé de sa vie son amour pour l'Humanité, le bon sens de la doctrine commençait à étro obscurci par Tignorance et la subtilité, et le haut point de vue de la Rédemption de t Humanité univeneUe par f incarnation univenelle de t Amour dam r Humanité , abandonné pour je ne sab quelle doctrine étroite et mys» tique d'une Rédemption purement individueUe par In souffrances de Jésus^Christ. Abl Jésus-^Christ n'avait point dit qu'il venait racheter l'individu /xir $e$ âouffra/^ ces, il avait (Ut qu'il venait racheter le monde par sa doo* trine. n n'avait jamais dit que la clause de la Rédemption était que la Terre se chargeât d'un crime de [dus en le faisant mourir; il avait dit que cette danse était dans l'exécution, par tous les membres de l'Humanité, du grand commandement: a Aimez-vous les uns les autres^a à la sanction duquel il fit l'holocauste de sa vie.
Nous ne pouvons, ainsi que nous l'avons déjà dit, entrer id dans le développement, d'un haut intérêt pour^ tant, des causes de l'altération qui dénatura le véritable Christianisme, de si bonne heure que, pour retrouver pure dans les Évangiles la doctrine de Jésus, il faut tenir grand compte déjà de l'état d'esprit de ses biographes et de Tin** fériorité de leur vtté par rapport à ceUe de lenr Maître. Le trait caractéristique de l'infériorité des continuateurs se trouve généralement dans la substitution de la myêti" cité an bon sens (1), des hallucinations et des subtilités
(1) Uoe tentsuye modsrne de ibrmttlaiM rsUgtease tipos a pré* MQié im oaraetèrs absolomsaft anaiogus* __,
52 IKTERHÈDE.
des disciples, à la raison élevée, calme et simple de la doctrine primitive.
n fut bientôt déclaré que la Promesse était accomplie , que la Rédemption avait eu lieu par le sacrifice de Jésus, et, puisque le désordre et le mal continuaient toujours à désoler la Terre, il fallait bien alors prendre cette Rédemption dans le sens étroit et mystique d'un salut purement individuel €t spirituel, concernant Tautre monde, à l'exclusion de celui-ci , dont l'empire fut dévolu à Satan. La matière et l'esprit furent constitués en dualité hostile , les dogmes orientaux furent repris et formules dans toute leur rigueur; et la doctrine des deux principes , la mythologie persanne et les théories platoniciennes qui en dérivaient, infectèrent la doctrine du Christ et en troublèrent les eaux pures et limpides. Le mépris du monde devint le fondement de la loi religieuse. La soufirance fut érigée en vertu, proclamée en elle-même agréable à Dieu , et la nature humaine condamnée dans le plus grand nombre des Attraits qui lui ont été donnés par Dieu pour l'accomplissement de sa Destinée terrestre.
C'est ainsi que h lien du temporel et du spirituel fut rompu, que l'unité sociale et religieuse, établie dans la loi de Moïse et résultant de la pensée de Jésus, fut détruite; c'est ainsi que la chaîne de la tradition fut brisée, que la doctrine se constitua en hostilité avec le développenaeul de l'Humanité, et que, se laissant envahir par les dogmes étrangers et reculant au delà de Moïse , elle fonda la GRANDE HÉRÉSIE et le GRAND ILLOGISME qui ont malheureusement prévalu dans toutes les Écoles chrétiennes. Toutes les Églises , en effet, après quelques siècles avaient définitivement rompu avec la tradition primitive ou mosaïque, subi le joug des dogmes étrangers, et porte la contradiction dans leur sein ; car toutes en arrivèrent à condamner , au nom de Dieu , l'idée du bonheur sur la Terre, en même temps que la pensée propre de Jésus, se développant en elles, conviait l'Humanité à réaliser
DOCraiHB DE Lk RÉDISPTIOH. 58
les conditions de son bonheur et de son saint sur la Terre (aussi bien qne dans les vies ultérieures) , en y réalisant et y universalisant les conditions de la justice et de Tamour. Chose étrange ! les prêtres chrétiens enseignaient et enseignent encore : 1® qu'il faut aimer la souiSrance en elle-même (1), et se garder de chercher le bonheur sar la Terre ; 2^ que le Christianisme est la seule religion qui puisse établir et assurer la paix, la prospérité et le bonheur des peuples,...
Ainsi, deux ftarces contraires, deux pensées divergentes, deux tendances incompatibles furent déposées dans le Christianisme historique : Y Œuvre propre du Christ, qui continuait la tradition biblique et poussait THumanité en pleine voie de développement et de Rédemption ; et y Œuvre hérétique des théologiens chrétiens, qui brisait la tradition, condamnait la nature humaine, réprouvait I'associatioh de THumanité avec le Monde, et lui défendait de marcher à la conquête de sa Royauté terrestre.
L'histoire des progrès accomplis dans la grande industrie, daas les arts, dans les sciences, dans le développement de la puissance humaine , notamment pendant les trois derniers siècles, est Thistoire de la lutte du Génie de THumanité (2) d'accord avec le principe de Jésus , contre les entraves imposées par ce dogme, — que l'on est obligé d'appeler le dogme chrétien, puisqu'il a été le fondement dogmatique du Christianisme historique, quoi-
(1) Z>. Pourquoi J.-G. est-il venu au monde dans une étableP R, Pour nous apprendre à aimer la pauvreté, lliumillié et les souffrances. — Voilà ce que demande et ce que répond encore le Gaté-> cbisme; et ceci n'est point dit dans un sens relatif, mais dans un Mns absolu,
{i) J'ai eu occasion de traiter avec quelque étendue cette question (ians la brochure intitulée t Trois Discourt à l'Hôtel-de-ytlU.
54 IlCTBlUliBS*
qu'il soit la négation même du Christianisme pur, de la doctrine de Jésus, doctrine essentiellement &Torable au développement de THumanité.
Le Christianisme historique s'étant laissé envahir par un principe étranger, hérétique, directement opposé au Génie de THumanité, aux Tendances qui la portent à prendre possession du Gouvernement du Monde, et ne pouvant cependant renier Moïse' et Jésus, ne s'imposait pas seulement une contradiction doctrinale perpétuelle; il engendrait en outre une contradiction pratique monstrueuse qui devait singulièrement contribuer à détruire Tautorité de TÉglise. Car comment les peuples pouvaient ils rester indéfiniment respectueux spectateurs de la contradiction des actes de rÈglise, de ses envahissements temporels, . de son luxe, de ses richesses, de son avidité pratique f avec ses paroles, ses anathèmes ^Mortif uescontre les biens du Monde? L'Église ayant accepté un principe contraire à la nature humaine ne pouvait éviter, en tant que servie elle-même par des hommes,^ de se constituer, par ses actes, en protestantisme permanent contre soa principe. En bonne logique, TÉvéque, pour être légitimement le Chef spirituel de son diocèse, aurait dû en être l'homme le plus pauvre, et le Pape n'était qu'on Scandale, s'il se trouvait dans la chrétienté un homme pins dénué et plus humi>le que lui. Or, il y a toujours eu dans l'Église flagrant désaccord entre les actes et le principe (1) , jusque là que les Pontifes suprêmes de la
(1) Qaelqaes mois après ma premlôre communioa, Tévêquê ds notre dtocèM fit uoe toamée pour administrer à ses oaaIUes le sacrement de confirmation. H arriva chez nous avec un train , des laquais, un équipage. C'était un spectacle inconnu dans notre peUte ville. Le lendemain il officia et nous fit un sermon superbe sur le mépris des biens de ce monde, sur la néœssité d'aimer, pour gagner le ciel, la pauvreté, l'humilité et les souffrances. Malgré ma ferveur, la contradiction du sermon avec le train du prélat me scandalisa, me choqua vivement, et me fit faire des réflexions qui n'étalent pas dans Tordre des meilleures dispositions à recevoir l'onc-
Bocmmi M 11* itraaFTioii. W
reUgîoa qui condanmùt les biens ¥ils de ce monde, s'en montraieat a^rides au point dedonner, à comptoir ouvert, les biens de l'autre en échange. Cette .contradiction Atait UQ scandale permanent, qui devait amener Taffi ment moral de TËglise et préparer sa ruine (1).
Vf.
L'hérésie religieuse que nous signalons produisit donc deux grandes contradictions dans TÉglise et dans la Doctrine :
i<> Contradiction fondamentale des principes entre eux :
i^ Contradiction scandaleuse des actes et des paroles ;
Et, ce qui est capital, elle mit la doctrine en guerre
m^km^.mÊm^mimmmii^'^tm.^tai^ma^mm^tm^Êmm^im^m^^mmmim
tloa sainte. Quinze Jours après, grâce & mon évéque, ma foi trèsardente avait été brisée loos les coups répétés des questions que ma logique» si vioiemment éveillée, se posait sans «esse^GesTéfleHons de reofant de dix ans et demi sont celles que les mssses ont laites, et elles ont bien plus miné rautorlté de TÉgliae dans Tesprit des peuples, que les discussions théoriques des philosophes, dont l't* glise 8*e8t plainte avec tant d'amertume. [JV. deiai^ Éd.)
(1) Ooteroit généralement aujourd'hui que Rome ne trafique plus sor les indulgencet , ou que cette*partie est du moins entièrement minée en Franée, c'est une grande erreur. Dernièrement une personne, assez haut placée, s'entretenant familièrement de ce sujet aa Vatican avec un Gardhial de la cour de Home, lui dit s ^ « Tout au moins , monseigneur, si vous livres eaotre des induigêneeêf ce commerça par le temps qui court ne doit plus être d'un grand ra|^ port, surtout en France. » — « Détrompez-vous, » répondit en souriant le Cardinal, « votre France nous donne encore plus d'un million par an pour indulgences , et vqus ne sauriez croire , ajouta le Cardinal, « à quelle quanttté de rétélatioos de fiimille et de crimes inconnus cette somme correspond» »^- Je certifie cette réponse, qui, heureusement, donne à penser que, si Rome bénéficiô encore sur le.4 indulgences, c'est au moins en exigeant la confession et le repentir des crimes qu'elle absout, et non plus, ee qui était le comble tic riminoralité, en accordant l'impunité spirituelle pour UêpUhiê ei Us crmus à commettre. U y a d^nc eu progrès. (iV« iU to X^Éd,]
56 INTBRHiDB.
avec la nature humaine, avec les tendances de THninanité et son génie; de telle sorte que la: religion, historiquement constituée sur cette hérésie, disputa à l'homme la route du progrès, tandis que sa tâche était de la lui ouvrir
Notre but n'est pas de récriminer ici contre ce qui a été fait. D faut tenir compte des temps et des circonstances, et on ne saurait nier qu'il n'y ait eu de grands cœurs parmi ceux qui ont mis le plus de zèle à engager l'intelligence dans ces erreurs. Mais ces erreurs n'en ont pas moins entraîné des résultats déplorables. Si le Christianisme avait été un développement pur, logique, large et compréhensif de la doctrine de Jésus, l'esprit humain descendant le cours majestueux d'une tradition imposante, dont la source remontait à l'origine du monde, pouvait, sous la puissance combinée de la Raison et de la Foi, avancer à pleines voiles vers la Rédemption promise, vers sa Destinée de gloire et d'harmonie. En acceptant dans son sein une contradiction de principe et un dogme opposé au Génie de l'Homme et à son développement, la doctrine,' hélas 1 paralysait le Génie humain au lieu de le stimuler, l'égarait au lieu de le guider, et introduisait dans son propre sein un germé fatal de dissolution.
Aussi est-il facile de voir comment ce principe funeste, dont l'Église ne sut jamais apercevoir le danger pour elle-même, prépara les succès négatifs du protestantisme et de la philosophie. — Dans, la contradiction des actes et des paroles, Luther trouva un fort beau joiot où introduire le levier du protestantisme, qui ât crouler de si larges pans de l'édifice. Le protestantisme , malheureusement , ne fut qu'une œuvre de révolte, une œuvre sans vue d'avenir, et^ en somtne, fort peu compréheusive. Par réaction contre les pompes mondaines et le luxe scandaleusement illogique de Rome, le protestantisme établit un culte nu, froid, décoloré ; il fonda un fanatisme abstrait, et se complut dans la raideur et
]H)GTEIinS BS LA lÉDBVPTIOH. 57
rétroitesse d'un puritanisme qui renforça, de tout son orgueil et de toute sa haine contre Rome, les teintes tristes, sombres^ lugubres, du dogme de la malédiction du Monde. Le protestantisme a sans doute aidé la raison à s'afiranchir de l'autorité ancienne par une rérolte devenue malheureusement nécessaire; mais considéré en loi-méme et dogmatiquement, il est très-certain qu'il n'a n'a été qu'une centre de dissolution à tendance fortement rétrograde.
A son tour, la philosophie a été, elle aussi, une (Buvre de dissolution, mais à tendance uUrograde ou progressive. La philQsophie, en effet, sans voir dairement î'aYenir, sans affirmer religieusement à l'homme qu'il est fait pour une Destinée déterminée, pour une Harmonie préétablie, sans lui apporter un dogme nouveau, sans lui donner la foi pleine et forte que Dieu l'appelle à prendre en main le gouvernement du monde pour y universaliser la Paix, l'Ordre, le Travail attrayant et le Bonheur; la philosophie a levé la condamnation que le Christianisme avait jetée sur le Monde, elle s'est enorgueillie des conquêtes de l'Homme, elle l'a poussé dans les voies de la science et des arts, elle a applaudi aux développements de sa puissance, excité ses forces, émancipé sa raison, glorifié et embrasé son génie.
Il est manifeste que le mouvement de l'esprit philosophique moderne, considéré de haut, apparent dans sa réalité comme une réaction du Génie de l'Humanité, non pas contre le Christianisme de Jésus, mais contre les doctrines hérétiques et anti-humaines de ses successeurs. Et en vérité, que peut reprocher l'Église à l'esprit moderne? d'avoir fait un retour de dix-huit cents années pour retrouver, pure, la doctrine de Jésus, ou, si mieux vous aimez, d'avoir conservé du Christianisme tout ce que Jésus y avait mis, en rejetant l'alliage des dogmes fimestes ou absurdes qui, depuis dix-huit cents ans, altéraient la doctrine* impérissable du Maître ? Qui, en effet, dans notre siècle, a prêché contre le vrai Chri^tia-
88 IITTBftVftDI.
Bhme, contre les principes da Christ, contre cette doe» trine de paix, d'amour et d'union de la famille humaine, qu'il a apportée sur la terre, qu'il disait être toute la Ici et les prophètes, et pour laquelle il est mort sur la croixl Personne. -* La philosophie, la première, a adopté, a| proclamé, a propagé ces principes et cette doctrine. Jei me tiens pour fort assuré que Jésus-Christ reoonnattraiti oomme orthodoxe telle œuvre de la philosophie du xwmfi^ ou du XIX® siècle, beaucoup plutôt que telle œurre delà théologie catholique la plus pure. Aussi est-il Ms-irrai de dire, en parlant du Christianisme yérit«d)le, du Christianisme essentiel, qu'il est aujourd'hui répandu chez tous les peuples ciYilisés, et qu'il possédera certainement l'univers entier^ car l'excellence de la doctrine de la paix, de l'union des hommes entre eux et avec Dieu, est acceptée en principe par tous les peuples civilisés, et sera feeonnue un jour par toutes les nations plongées encore dans les ténèbres de la Sauvagerie et de la Bsuharie.
Mais ce qui n'existe pas aujourd'hui, ee qui n'a jamais existé, ce qui doit être l'objet des effinis de tous les hommes religieux, c'est l'application de l'idée, la réalisation du but, l'établissement du Christianisme pratique. — ^ Eir Théorie, jen profession de foi morale, sans doute notre société est dirétienne, puisqu'elle reconnaît et csonfesse l'exceUence de la doctrine de Jésus. En Pratique, elle ne l'est' nullement. L'idée du Christ règne dana le domaine des idées ; elle a pénétré les esprits, et la phflo- Sophie a beaucoup contribué à cette conquête ; mais l'idée du Christ ne gouverne aucunement les relalioni sociales. Elle n'est pas le moins du monde incamée dans les faits. Notre société l'honore , elle ne lui obéit pas —Que cela soit, rien n'est moins étonnant; puiac|iie Jusqu'à B0US9 les chrétiens catholiques et les chiétiaiii
DocTimi Ds Lk itDnpTioir. M
philosophes eux-mêmes n*ont sa fendre au Christianisme pratique que par de iimples exhortations morales adtes» iée$ à P individu , exhortations dont l'impuissance est prouvée par Texpérience des siècles, et qui, inondassentelles le globe pendant des milliers d'années encore, n'auraient pas plus d'effet pratique qu'elles n'en ont en jusqu'ici, tant que la forme sociale continuera à mettre ai guerre les intérêts et les passions des hommes.
C'est une déraison, c'est une très-réelle folie que d'en rester tocyours inintelligemment et routinièrement 1 cette stérile moralisation de l'individu, de s'adresser toujours et exclusivement à l'individu, comme si les circonstances sociales qui pervertissent l'individu^ qui impriment de fausses marches à ses passions , et d'où vient toQt le mal, n'étaient absolument rien I Est*il une plus étrange chimère, une plus déraisonnable utopie que d'attendre le Bien de Tuniversalisation de la vertu indi- Tidaelle dans des circonstances sociales dont la nature est d'étoulTer la vertu et de faire pulluler le vice ; où le viee a toujours été la règle et la vertu l'exception ; où les bommes vertueux ne peuvent pas même parvenir à vivre ensemble et à s'entendre? Mais, grand Dieu! voilà bien assez long-temps que l'expérience dure, et Os sont tous assez ridicules, ces moralisateurs étemels qui depuis tant de siècles versent abondamment leurs eaux morales dans des vases percés, sans avoir pu comprendre encore qu'autant que les vases resteront en cet état, ils ne par- Rendront jamais aies remplir?
$î «^core cette manœuvre n'était que ridicule, on pf) ' lit s'en consoler; mais ce travail de Danaïdesa si bien prévalu, qa'il a dié jusqu'à la pensée dn travail utUe. Toutes les forces étant employées à moraliser et renaorft^ liser vainement les individus, dans l'espérance de ks amener au bien, on n'a pas songé à attaquer le mal à sa source , c'est-à-dire , dans la constitution sociale qui l'engendre, qui tourne au mal les passions et les focoltés batives qu'on antre ordre de choses toumeraii ûu Mm.
60 IHTKEIIÈBB.
Ainsi la foi à refficacité des vaines paroles d'un moralisme impuissant a trompé Vintelligence et Ta empêchée de vaquer à son œuvre.
Pour réaliser la pensée d'amour et d'union, il fallait construire des institutions sociales^ on n'a construit que des sermons.
Si nous recherchons la cause de cette fallacieuse direction de l'inteUigence, nous la trouverons encore dans l'influence fatale^ de ce dogme du Mépris de la Terre et des choses de ce Monde. Comment, en effet, sous l'action de ce dogme, dont toute l'énergie était employée à détacher l'Homme de la Terre, eût-on pu reconnaître que l'arrangement et l'organisation des choses de la Terre était la question capitale du règne de l'harmonie sur la Terre,. la condition souveraine de l'établissement du bien, de l'accomplissement de la loi de Jésus? Jésus avait indiqué le but, l'union reUgieuse de la Ëunille humaine.* La tâche de l'intelligence humaine était de découvrir les institutions sociales capables de réaliser cette union ; et voici que le dogme , enseignant qu'il faut abandonner et mépriser tout ce qui concerne la Terre , renferme, dans le cercle étroit d'une vaine moralisation individuelle, cette grande pensée du Christ, qui ne peut devenir féconde qu'à la condition de conduire l'intelligence à la découverte d'une bonne organisation des choses de ce monde !•••
Nous avons montré comment la doctrine de Jésas, qui devait pousser l'Intelligence à poser et à résoudre le problème de la Destinée sociale, a été frappée de stérilité par l'adjonction des dogmes étrangers dont l'influence, donnant le change à l'esprit, lui enleva le champ des spéculations sociales pour l'abîmer dans d'oiseuses, . d'égoïstes et de stériles contemplations mystiques^ ou pour
DOCTRINE BB LA WftBBMPTION. 64
le jeter dans le système d'une moralisation individuelle impuissante. Nous ayons montré comment ces dogmes s'étant; de toute leur autorité sur l'esprit des peuples, opposés à la marche de THumanité vers la conquête de sa Destinée terrestre, l'esprit humain, sollicité par l'instinct de son développement, avait dé peu à peu se dégager des entraves de ses dogmes en se dégageant de r&utorité de TÉglise qui les imposait. L'Église ne voulant point lever la condamnation qu'elle avait portée «ur le monde, fl.était inévitable que le monde finit par divorcer avec rÉgiise.
Ce divorce, accompli dans les idées de la Mciété moderne, a été enregistré par la philosophie. Tout homme de bonne foi et Ubre de préjugés reconnaîtra que cette séparation doit être exclurfvement attribuée à l'obstination avec laquelle l'Église a maintenu l'entrave , les dopnea itflpolwts dwsle Christiasinne postérieurement à Jéfos* Et en «Set, l'esprit moderne^ en se dégageant de l'JÊglîse, a fetena les principes promulgués par Jésus et km pBOfKigéi avec adeur; -* quoiqu'il n'ait pas su, jwqii'i B0S jowsi méftlis^ la transformation sociale qui lORuI eu la fmisaaace de leur donner U vie, de les in* ciffler daoB l'Humaniié*
Ne craignons pas de le dire, ce divorce de l'Église et du Monde, celle révolte contre l'autorité dont le vaste réseau et Timposante unité couvraient l'Europe, ont été en enK«»BiAmes un grand malbeurî car si une autorité pareille avait su comprendre que ca tâdie n'était fa» seo* lement de tirer quelques âmes des griffes du démon, mais de conduire rHumanité entière à ses Destinées glorieuses, ai elle avait su conserver sa domination snr l'esprit des peuples en marchant toujours i leur tête, de grands maux, des luttes déplorables et de longs retards noua eossent été épargnés. Notre âge n'eût point subi les loitiifes du Scepticisme, les cruelles douleurs du combat de la Fdi et de la Raison, de l'Autorité et de VlnteUîrgence^ le Génie des Révolutions n*e(U point ébraidétols
nations et dévasté la Terre —Sans doute nous arriverons, malgré cette guerre intestine des idées et ces scissions armées des intelligences humaines. Combien cependant n'eût-il pas été plus heureux et plus beau que l'Humanité, avertie par la Parole qui a retenti il y a dixhuit siècles, et mise, par le Pouvoir qui s'était fondé sur cette Parolis, en possession de la connaissance du but qu'elle devait atteindre, eût marché directement, rangs serrés, et ralliée s&us le drapeau d^une seule et puissante AUTORITÉ, àlaconqpiéte de sa jdestinée terrestre (1), qui est sa légitime et harmonique domination sur le Monde ! Mais le Passé est passé, et I'ayenir seul nous appartint* Songeons donc à l'Avenir,
xvm.
Aujourdilui le résultat de la guerre engagée entre le dogme et la nature humaine ne saurait être douteux. Par le fait, et dans la vie pratique et réelle, la société a marché par-dessus le dogme» L'Industrie , les sciences, les arts, le travail en un mot, se développent avec énergie , et Tindividu qui, à l'imitation des Pères du désert ou des Moines du moyen âge , passerait sa vie à s'i
(I) La Genèse de Moïse est toute pleine de cette idée, qae la Destinée terrestre de l'homme est le gouvernement de la Terre. Elle est exprimée de la manière la plus formelle et la plus édatante dans le chapitre premier, où, après avoir meublé la Terre de ses créations animales et végétales, Dieu fait Thomme à son Iniage, et lui donne autorité sur tous les règnes créés. L'homme fait à Vimage de Dieu qui règne dans les cieax et gouverne l'Harmonie des Mondes^ ne peut remplir sa Destinée qu'en régnant sur la Terre et gouvernant l'Harmonie des choses de cette Terre dont la gestion lai est subdéléguée. Loin donc que la volonté de Dieu soit qne rhomme néglige la Terre et abandonne le soin des choses confiées à sa garde, la volonté de Dieu est que l'homme, déployant son activité intelligente, établisse et maintienne dans le domaine de son empire les lois d'Ordre et d'Harmonie que Dieu établit et maintient dans le domaine des cieux.
DOCTEIMS DB LA RÉ0IMFTlOir. 63
fliger des macérations , des privations, des douleurs , dans le simple et unique but d'être agréable à Dieu et de gagner de bonnes notes pour l'autre mopde; celui qui rechercherait ainsi la souffrance, pour le seul mérite de la souffrance , en vue de son salut individuel , paraîtrait constituer, dans notre société du xne siècle, uns anomalie bizai/e. Sans doute, il est encore des personnes qui croient faire œuvre méritoire en s'imposant, à certaines époques, certaines privations } mais ces faibles concessions, ces vains hommages au dogme détrôné ne servent qu'à mieux manifester son actuelle débilité. Et, en effet, à part quelques instants d'exception, ces mêmes personnes s'environnent de tout le comfort qui jdaît à leur caractère, et dont leur position leur permet la jouissance. Je vous voiB bien jeûner à vigile et à quatretemps, mais je ne vous vois pas abandonner t;os intérêU, délaisser vos droits de propriété des choses de la terre, et repousser les avantages de la fortune; c'est-4-dire les pompes de Satan. Malgré vos jeûnes et vos austérités, ge vous vois âpres à vos droits aux choses du monde, tout autant et souvent bien plus que ceux qui ne jeûnent pas, qui ne portent pas de ciUce !
Si le mépris réel et effectif des biens de ce monde, si l'amour et la recherche sincère de la pauvreté, de l'humilité et des souffrances, constituent un commandement essentiel du Christianisme , une condition sine quâ non de salut, il est certain qu'il n'y a pas aujourd'hui dans la société un seul homme en état de raison, catholique ou protestant, qui soit chrétien et qui agisse de façon à éviter l'enfer. Et en vérité, autant on est disposé à la vénération pour l'homme qui s'impose des privations DAif s LE NOBLE BUT de secourir ses frères, d'être agréable à Dieu par la combinaison sublime de la charité et du sacrifice, autant on aurait de pitié pour un pauvre égaré qui se créerait de stériles souffrances dans l'idée (égoïste et injurieuse à Dieu si elle n'était une foHe) que cette douleur inutile plaît au Créateur et attire ses bonnes
6^ IlfTBUlÈBi.
gràee0. Vous avez tonné contre les idolâtres qpoi ofBraient à leurs dieuK^ croyant mériter leur faveur, le sang de quelques ^victimes humaines.. ««• et^ malheureux que irotB étesl TOUS ariez conservé ^ perfectionné et ramné cô principe détestable^ en proclamant que Vholocauste de tontes les douleurs humaines était l'offrande la plus agréable à notre Père céleste, plçin de bouté et de nii« sérieordè !
Dans quel but donc le catholicisme et le protestantisme continuent-ils enéore à ^aider un dogme suranné? Pourquoi s'acbamen^ils, si infructueusement et si maladroitement, à associer encore aux vérités du Christianisme, acceptées par resf»it moderne et propagées par la phiio^ Sophie elle«méme, Une cause perdue, perdue sans retour, des principes hostiles au développement de la société, dont la société ne veut plus, dont eUe ne tiendra certainement aticun compte! Au milieu de ce mouvement qui emporte toutes les forces vers l'industrie et le travail (dont Fessence est de produire, d'enrichir, de pacifier, et qui n'attendent plus qu'une organûation convenable pour mettre l'Humanité en possession de tous les beaux fruits matériels, moraux et religieux, dont elle est appelée à jotiir)) dans des temples où le clergé lui-même se platt à entasser toutes les coquetteries de l'art , toutes les s6ducti<^ du luxo) et émanant de ces chaires sculptées, peintes, enjolivées et dorées à merci, nous entendons des voix qui grondent, au nom de Dieu, contre les biens de ce monde ! qui tonnent contre les jouissances de l'industrie et de l'aisance, contre les pompes des arts et du luxe, et qui âuaihématisent, en phrases élégamment cadencées, ce Mond^ que l'on s'obstine, comme aux plus sombres jours du moyen âge, à appeler l'Empire de Satan!.*.
Quoi donc ? tàon expression n'est pas assez forte si ie dis que vous subissez le joug du Monde ; pour être vrai, je dois dire que vous adorez le Monde, que vous lui dressez des autels dans vos temples, que vos temples mêmes sont ses temples à lui : et ces temples que vous lui avez éle<-
BOCTEIIIX DB LA ItBMFTlOH. 65
NiSy OÙ vons entretenez avec soin stm coite et sa magnificence, retentissent de vaines imprécations que loi prodigne avec une fougue puérile votre faconde vaine ! Que Signifient de pareils sermons dans de pareils temples (i)? et pourquoi vous plaisez-vous à vous déconsidérer ainsi vous-mêmes et à compromettre, par des inconséquences solennellement ridicules, les enseignements que le Christ a laissés aux hommes, et la doctrine dont vous devriez être les plus purs et les plus intelligents organes? Dans leurs temples nus et dépouillés, les orateurs protestants, au moins, conservent une logique apparente, puisque le temple protestant ne proteste pas, comme le temple ca« thoÛque, contre la parole dont ses voûtes retentissent. — Remigrquez bien que nous ne vous demandons pas de satisfaire la logique en transformant vos temples et en vons mettant à Tunisson du protestantisme, mais bien en transformant votre parole.
Nous n'ignorons pas qu'à envisager le méprù des biens de ce monde du côté de la réthorique, c'est un fort beau texte de sermon, et que Ton peut sur cette réprobation construire très-facilement des périodes de la plus belle allure. C'est là certainement une des raisons princi* pales pour lesquelles nos prédicateurs se plaisent tant à ce texte. U y a de si formidables antithèses, de si beaux effets dramatiques, dans cette matière! Mais outre que ces etTets sont bien rebattus, qu'ils sentent fort l'amplification de collège et appartiennent de droit à la littéra--
(f) AUei écouter an sermoa contre le monde et le luxe, dnt régltoe de Notre-Dame de Loreiie^ et essayez d'accorder les idées que le catholicisme tous y donne par les yeux avec celles qu'il vous y donne par les oreilles ! Pourquoi le clergé qui vient de décorer cette église comme une salle de bal, et qui même y monte de fort jolis concerts tout en y sermonnant comme nous disons, ne prend- il pas le costume fastiionable et ne court-il pas les bals pour y préch ^ le mépris du monde aux dames pendant la valse et la contredanse? Je verrais là une coutume nouvelle, mais noo pas une logiqw dlit rente. (Nou deiaV édition.)
lUTBAtfllDE.
tiii^e facile , à I^élo(}aenee de {^flcctillë ^ 6»% eo&tenaiiees de i'hétoritfue ne dewaiènt efi atictiii eft»^ mtUmt daa» k ehidre l'eligietise, faire manquer aux côiiteiuiiie«s de k fMson et du bon senâ. Or, il n'y a pas de rai^ott à ptè^ thety sans relâche, à une société, àm Dommatidemenùi (fti'ôû là dàlt fort décidée à ne fûettre pa» en pfatiqne^ et atdrquels on est bien décidé soi-même A né pis Obéir ; et il n'y a pas de bon sens à associer la religkltf ffùê l'oft est chargé de défendre, à une idée &usse et Amei^e que l'on sait parfaitement perdue et perdue sans retour.
De bonne M, ilos prédicatedrd et no$ éôrivalil» p&ri'tains, catholiques on protestants, erôleât^ib' qu'il» peo^ rent être pris au sérieux 1 qu'à leur voii la sodété ta abandonner l'Industrie pour s'absorber dâfl6 de fidftéan^ tes contemplations, et cesser de travailler pour'»*ftdmi^ nistrer la (Uscipline? De bonne foi méme> ces mdasietirs désirent-ils qu'on les prenne au sérieux^ qu'on obéiéee k leurs théories? souhaiteraient-ils que leur éloquence amenât chacun à se détacher du monde, à abâfidomier le travail , la production , les arts et tout ee qol est nécessaire à la vie, à la force, à la richesse et au progrès de la société t Quelle société serait possible, si, ùOMê^ quemmeUt au dogme absurde du mépris du monde «t de ses biens, rhomme cessait toute association de ma aetî* vite et de don intelligence ateo cette Terra à kqMUe Dieu a donné la bienfaisante fécondité qui flout bit vivre 1
Chose étrange ! les prescriptions et les dogmes de ces messieurs, exécutés à la lettre, dissoudraient, ruineraient la société;. Si nous étions tous parfeits à leur manière^ notre génération s'éteindrait dans les jeûnes, daUk les macérations et dans la misère;, et, non contente de son douloureux et lent et pieux suicide, elle se garderait de procréer une génération qui la remplaçât, car le eo&tH nence absolue, au dire des mêmes doctrines, est plus agréable à Dieu que les unions même légitimées par le sacrement !
B0CniR9 »■ LA ttlDSSPTION. lï
(Irea de Dieu, les lois de Diea sur rhontmé sont écrites dans la nature de rhoœme , dans les attndli normaux de son âme et dans les orgayes de son ocMrpSé Si Dieu voulait que nous accompUssions des lois oppo** sées aux lok de notre Être dont il est Tauteur, en tue desquelles il nous a créé des organes et des attraits natd^ reû| s'Ua nova faisait vouLon bt nous hoItnait Aes
OafiAVSS POUTR AGOOMPLIH, BT fit, EN MÉBiB TEMPS)
a ME yoinuAiT pas l'acgomfusskbibnt mt es qt'iL aovs FAIT vouiiOiR ET itocs KM PTOUSAIT) il scraitls plus inepte des Êtres ou le plus odieux des tyrans... AtL ses donC) si yous voulez ^ue vos frères respectent vos easeignemcnts, si vous Ydulez reprendre sur eut une 1^ gitime influence) à ne pas faire tomber Dieu dans des oontradictions méprisables ; car à ces contradictions pous ne vous reconnaîtrons pas pour les vrais interprètes de la Raison divine* Si tous restez inférieurs même à la Raison du siècle, vous qui devriez Tédairer et la guider, la Raison du siècle passera à côté devons avec le sourire d'un juste dédain; et votre puissance, qui pourrait eurcore resauseiter, glorieuse et grande^ à la condition d'é« tre intelligente et propice au Monde^ achèvera de périr*. » Ne voyei^votts pas qu'en prêchant le suicide à la FiUe de Dieu sur la Terre, à THumanité qui a grandi et qui sent sa vie et ses forces, vous vous suicidez vous-mêmes? n &ut le dire à l'autorité religieuse comme à Tauto^ rite politique : Vous ne pouvea ni dompter ni réduire le monde» vous pouvez seulement le gouvenieré Hais vm» ne le gouvernerez qu'à la condition de reconnaître et de ccHnpreiidre sa vie réelle, la vie réelle et actuelle de la société» et d'agir conformément aux convenances de smi développemttit matériel et spirituel. Que si, par ateuglemeai ou par obstination, vous vous renfôrmet dans tes formes usées, impuissantes et fausses d'un passé, pasié sans retour, vos temples seront comme des tombeaux vides au milieu d'une cité active et pppuleuse, et de nouveaux temples, qui seront les temples des vivants, s'élève-
68 INTBBMÊDB.
ront à côté des tombeaux des morts : — car le sentiment religieux, ce haut et impérieux besoin de la belle nature humaine, n^peut périr dans les sociétés ; et les sociétés, en religion comme en politique, finissent jwr se faire satisfaction quand on refuse de leur donner satisfaction.
Ne vaudrait-il pas mieux pourtant qu'une transformation nécessaire, inévitable, forcée par le développement de la vie sociale et bonne, se développât par l'autorité ancienne, que contrairement à cette autorité, ou à côté d'elle et sans son concours ? Et commeift cela pourrait-3 être, si vous vous obstinez à poursuivre vous-mêmes l'amoindrissement de votre influence en continuant à tenir aux hommes de notre temps un langage qui n'est plus de notre temps, un langage qui n'a aucun rapport avec la réalité des choses, avec la vie de la société, ou qui ne s'y rapporte que pour la foudroyer par des anathèmes, grotesques à force d'être solennellement impuissants? La société d'aujourd'hui n'est pas un monastère du xu® siècle : Paris n'est pas un cloître et ne se dispose guère à le devenir^ et cependant vous nous parlez comme si cela était ou pouvait être! Aussi, pendant que vous demeurez dans ce monde qui n'existe pas, dans ce monde conventionnel, le monde réel marche, vît, agît, bien ou mal, mais sans vottë, sans votre concours, sans votre influence, sans seulement écouter vos sermons : ou, si par hasard, par caprice, par mode ou par passetemps, il en écoute un, il dit : ce Ce prédicateur a un bel x) organe, ce prédicateur n'improvise pas bien, ce prédi-
D cateur a beaucoup de talent ; x> et sur des éloges ou
des critiques de ce genre, il retourne à la vie réelle et à ses afiTaires Ce n'est certes pas là l'efiPet que je voudrais de la parole du prêtre. Mieux vaudrait l'absence de culte que ce simulacre sans vie et sans influence.
]M)CTUiai M LA ItDBSPTIOir. M
Mais, dites-vous, le mal yient de ce qœ le Siècle est
Mns religion.
Holà ! ces paroles par lesquelles vous portez accosatîMi contre le Çiècle sont précisément votre condamnation; car elles soulèvent un pouequoi formidable qui retombe snr TOUS de tout son poids et vous écrase... Poufmnai k Sikk est'tlsans religion f — Direz- vous que Thomme ne ûait plus avec le besoin religieux, avec la capacité du sentiment religieux, avec la faculté religieuse? Nonj cm Fenfant qui vient au monde aujourd'^bui n*est pas di£E&rent de celui qui venait au monde il y a cinq cents aasi il y a mille ans, il y a vingt siècles. Non encore, car lé besoin d'une satisfaction religieuse est tel, qu'aujourdlmi même il conduit dans vos temples des hommes qui n'ont pas foi en vous, mais qui, à défaut de la réalité dont le besoin les tourmente, vont y chercher des ombres en pâture...
PouBQiTOi donc le Siècle est-il sans religioiit — * Pabce que vous, dont la fonction était de tnamUnit, Je cultiver, de développer la Religion dani la êociétéy voiu avez manqué à vos fonctions et fait défaut à votre tâche l
Chose étrange entre toutes, que ce soit vous qui acon» . âez en disant : le Siècle est sans religion I
Le Feu Sacré est éteintl -— Et voici que le CoUège des Yestalesi à la garde duquel il était confié, et qui Ta éteint on laissé éteindre entre ses mains, paraît dsvant le Peuj^e Romain. .. Vous croyez que le Collage des Ves^ taies se présente de Tair morne et contrit dos àccusét^ des coupables et des suppUansI Non point, en vérité. C'est la tête haute et d'un ton accusateur, qu'il s'adresse i la foule et prétend la condamner en la frappant de cette parole : le Feu sacré eêt éteint/
ÉgUse catholique I oui| la société est sans religi(»iM«M
70 INTBRHftBE.
Et (/est pourquoi la société vous demande compte ; car c'est vous qui vous étiez chargée d'alimenter le sentiment religieux dans son sein! Qu'avez-vous fait du Feu sacré confie à votre garde? et pourquoi aujourd'hui le Feu estil éteint? La société vous avait-elle rien refusé de ce qui était nécessaire à l'accomplissement de votre ministère, elle qui s'était livrée sans réserve à votre toute-puissance !
Vous rejetez la faute sur l'esprit de révolte, sur l'incrédnlité et la perversité des temps modernes..... Eh! comment ne voyez-vous pas que vous répondez par le fait même qui vous accuse et qui vous condamne? Car d'où est-il sorti, cet esprit d'incrédulité et de perversité dont vous parlez? N'est-il pas le fils de vos œuvres? Vous avez possédé la société tout entière, vous l'avez tenue tout entière entre vos fortes mains pendant des siècles. Vous preniez les générations dès le jour de la naissance; vous marquiez de votre signe les enfants des hommes avant qu'Ûs eussent pressé la mamelle de leur mère, et
vous exerciez autorité sur eux jusqu'au tombeau Que
dis-je? Votre autorité s'étendait, mystérieuse, terrible, omnipotente, au-delà de la tombe elle-même et réglait les comptes de l'Éternité t Aucun acte de la vie, aucun homme ne vous échappait, ni dans ce monde, ni dans l'autre. Vous façonniez à votre convenance l'esprit des enfants du Pâtre et l'esprit des enfants du Roi. Le réseau de votre domination enlaçait les palais et les chaumières et couvrait la terre ! Église catholique ! vous seule avez eu la plus formidable puissance qui fut jamais ; car vous seule avez réalisé, pour votre principe, un système d enseignement un et universel; et aujourd'hui encore, quand l'Université, qui d'ailleurs accepte votre enseignement, donne à quelques centaines de mille créatures humaines, en France, son instruction spéciale, vous donnez la vdtre, dans vos chaires, à trente-deux millions d'enfants 1
Et c'est après avoir ainsi tenu, dominé, possédé^ élevé, gouverné la société tout entière pendant des siècles, que
DO€TftINÈ M U lÉDIHYTIOlf. 74
VOUS venez vous plaindre des actQels résoltato d'inrâigion et récriminer de ce que le monde tous échappe? Eh ! si la Société vous échappe, malgré la domination absolue que vous aviez étendue sur elle, c'est donc que votre action, qui devait lui être propice, heureuse et maternelle, était devenue singulièrement lourde, oppressive, hostile. Si* vous aviez favorisé la vie et le développement de l'Humanité, sur laquelle vous aviez toute influence, toute autorité, et sont vous élbviei les EHP^im, pourquoi et comment l'Humanité se serait-elle dressée contre vous? Si vous aviez toujours été ce qu'il y avait à chaque époque de plus vrai, de plus utile, de plus intelligent, pourquoi et conunent auriez-vous perdu votre influence ? Car vous étiez omnipotente, et l'esprit de révolte, d'insubordination et d'cHrgneil individuel, dont les générations modernes sont maintenant pénétrées jusqu'aux os, n'était pas né.
Église, Église! pourquoi vos fils se sont-Os tournés contre vous? Les philosophes et leurs pères ont été vos Sis et vos élèves.
Église ! vous n 'avez pas voulu marcher avec l'Humanité qui a marché ; vous n'avez pas voulu enlever vousmême, en modifiant vos dogmes barbares, ou en les laissant tomber dans l'oiubli et passant outre avec l'intelligence moderne, vous n'avez pas voulu enlever les obstacles que vos dogmes âdsaient sur notre chemin ; vous n'avez pas voulu tenir aux Peuples grandis en force, en raison, en intelligence, à l'Europe policée, industrieuse et savante, un autre langage que celui avec leîpiel vous soumettiez, dans les premiers siècles , les grossières légions des Goths, des Huns et des Vandales; vous ne voulez dire ni plus, ni moins, ni autrement aux Français d'aujourd'hui, que vous ne disiez aux Franks de Clovis ou de Mérovée...
* A cela vous répondez que c'est ce qui fait votre gloire, car la vérité est identique à elle-même dans tous les femps et dans toys les lieux, et ne saurait varier au gré
^8 dlreo!i8taiie«8. — Le principe est Juflle, maïs ne démontre point la JTOtesse de Tapplicatidn que vous en fâitefi. La vérité ne change pas : les vérités matfaématkpies découvertes par Pythagore, Maton, EncUde et Arehimède, sont certainement tout aussi vraies Aujourd'hui 4]u'au temps où ces géomètres les découvrirent. D en est manifestement de même die la loi morale prodamée par Jésus. Mais si Tinvariabilité est un des caractères de la vérité, cela ne prouve nullement qu'une erreur devient une vérité par Tobstination qu'une corporatfon peut metti« à la soutenir invariaMement.
L%omme étant ^ pour connaître et aimer la vérft^; il arrive que lorsqu'une vérité lui est révélée et qu'A Va eomprise et acceptée, 41 la conserve sans modification eC tans altération dans le trésor de sa connaissance. L'évi*^ dence de cette vérité conquise ne din\iaue pas pour lui au far et à mesure que son intelligence se développe. Au contraire, cette évidence n'en est que plus profondément et plus généralement sentie dans VHumanité. Ainsi^ qumi nne chose est vraie, THumanité ne peut cesser de la comprendre vraie en s^éclairànt davantage. Voilà pourquoi les vérités géométriques dont nous parlons et la vérité morale du principe de Jésus-Christ, brillent aujourd'hui, dans la liberté de la conscience humaine^ d'un jour aussi pur, plus pur même ou au moins plus complet qu'à l'époque ob cette conscience en a pris possession pour la première fois*
Quant au dogme de la sainteté du mépris des dioses de la terre et du renoncement au monde, vous avez bien pu y croire à une certaine époque et le faire accepter comme un acte de foi, par la prodigieuse et légitime in->' fluenoe de votre supériorité sur des populations incultes ti ignoraiites; et parce que des nuages épais obscurcis»
saient totalement encore à cette époque la Destinée hn. maine. Mais votre obstination à demeurer aujourd'hui dans une erreur que l'esprit humain abandonne, et que TOUS croyez devoir à vos prétentions d'infaillibilité de prêcher comme vous la prédiiez U y a dix et quinze siècles, prouve certainement la fiiité de ces prétentions, mais non pas la fixité du dogme dans la conscience libre de l'homme. Or, c'est cette fixité de l'assentiment de la conscience libre à l'idée qui serait une manifestation de vérité en sa faveur.
Voyez la différence du vrai et du faux. Au principe de Jésus vous avez mêlé des dogmes étrangers et hérétiques. Pour un temps vous avez fait accepter le tout ensemble aux hommes. Mais au fur et à mesure que Tintelligence humaine^ cette noble fille de Dieu, a grandi et s'est débarrassée de ses langes, elle a compris avec plus d'éYidence^ elle s'est assimilé avec plus de force le principe de Jésus, parce que ce principe, en tant que vérité était adéquat de cette intelligence dont la vérité est l'aliment essentiel et en quelque sorte la substance intégrante. £t cependant que le principe de Jésus s'élevait, brillant d'mi éclat de plus en plus vif, les dogmes faux auxquels il avait été associé et qui bénéficiaient du reflet de sa pure lumière , ces dogmes allaient pâlissant, se temissanti s'obscurcissànt. Et voici que le principe de la paix et de l'amour, qui s'est victorieusement dégagé, dans la conscience humaine, des idées tumultueuses, guerrières, mystiques et barbares du moyen âge, rejette aujourd'hui cet alliage impur des religions antérieures, ce cortège hétérogène des métaphysiques platoniciennes, des cosmo* gonies et des théogonies égyptiennes et orientales dont étaient imbus les sophistes et les docteurs qui, lors de leur conversion au Christianisme, les introduisirent à flots écmneux dans la doctrine de Jésus.
L'Esprit moderne, en conservant la conception de Jésus, l'excellence du principe de la paix, de l'amour, de l'union des hommes entre eux et avec Di^; en leiyous- II I
74 INTERMÈDI
sant les dogmes écbafaudés sur les données hérétique! dont nous venons de parler, et notamment le dogme d< Téternelle et fatale malédictioa de la Terre, de la colèr( et de la vengeance du Créateur contre ses créatures, ii l'expiation des fautes non commises; en marchant visi blement vers la conception d'un Dieu puissant et bon qui veut le bonheur de l'Huinanité, qui lui permet h plus grandes et les plus belles espérances, qui l'appelle à réaliser sur la Terre, au sein des jouissances légitime dévolues à son rang, le travail glorieux qui est sa tâchi dans l'Œuvre éternelle de l'Harmonie des choses, prendre dans ce travail et par ce travail un développe ment qui la conduire à des Destinées ultramondaines plu
glorieuses encore l'Esprit moderne, en avançant ver
cette Foi nouvelle, brillante des plus pures et des plu vives clartés de l'espérance et de l'amour, a procédé à 1 séparation du bon grain de la doctrine de Jésus d'a^e l'ivraie des doctrines étrangères. Il a expulsé les erreur des nations introduites dans la doctrine lorsque la puissanté main du Christ n'était plus là pour faire obstacl à leur invasion, et qui la dénaturèrent absolument aprè les premiers siècles.
En obéissant aux tendatices que nous signalons, Tin telligence humaine, loin de répudier Jésus, revient don évidemment à sa pensée tnéme^ au Christianisme pur c primitif. Et elle y revient, non pas pour rejeter ceti grande pensée dans des régions abstraites, mystiques c stériles, comme firent autrefois les philosophes grecs cor Tertis au Christianisme; non pour la chasser de la réalit actuelle et vivante, non pour la renvoyer du Monde oi nous sommes, en la confinant dans celui où nous ne son) mes pas encore; pas pour ne lui demander qu'une sim pliste et vicieuse moralisation individuelle , impuissant au sein des conditions sociales dépravatrices oùrhomin est placé; mais pour organiser des conditions sociale conformes à cette pensée d'union et d'harmonie, capable de la réaliser sur la Terre, de l'incarner dans rHiunanit^
DOCTRIHB Bfi LA BÉDBMPTION, 75
Notre terre, comme tous les globes qui peuplent le ciel, est un Enfant du ciel, et nage dans ses feux et dans sa lumière. Elle est appelée, avec son Humanité, à prendre part au concert paradisiaque de l'ÉtemeUe Harmonie des mondes. Voilà la Foi qui Ta remplacer le dogme faux, décevant et funeste, de la terre exilée du ciel et maudite de Dieu. Cette Foi nouvelle, c'est la chaîne d'or qui bientôt rattachera la terre au ciel, l'Humanité à l'Univers et à Dieu. Nous avons assez prouvé d'ailleurs qu'elle est la conséquence lègique de la pensée du Christ; qu'elle est au principe fondamental de sa doctrine ce qu'un jeune arbre, riche du plus beau feuillage, couVert de fleurs parfumées auxquelles succéderont des fruits savoureux, est à la semence d'où il est sorti.
Ainsi, nous devons reconnaître avec joie et proclamer avec orgueil que la Vérité, qui est absolue et qui ne varie ni avec les temps ni avec les lieux, loin d'être exposée à périr dans la conscience de l'Humanité au fur et à mesure que celle-ci se fortifie, se développe et s'éclaire, s'y établit, au contraire, toujours plus puissante et plus lumineuse; tandis que les erreurs qui l'accompagnent dans cette même conscience , sont expulsées tôt ou tard. — L'intelligence humaine est comme un van et comme un crible. Le van et le crible peuvent recevoir des pierres et de la poussière avec le bon grain: mais le crible séparera les pierres, le van chassera la poussière, et le bon grain finalement restera sans perte et sans mélange. — Ces opérations sont souvent bien longues. Le travail de l'Humanité, dans les troubles et l'anarchie des époques subversives, n'est pas progressivement continu; il est souvent interrompu pour être repris à de longs intervalles; mais enfin se fait-il à travers les préjugés, les difficultés, les obstacles de tout genre ; et les soldats de la Vérité ne doivent jamais cesser d'avoir bon courage, car s'ils peuvent succomber à la peine, si le plus souvent ils succombent , leur cause triomphera, etc'est là, en «léfinitire^ ee qui doit être à leurs yeux l'important.
76 inTBiKlan %
Arrivons, en nous résumant, au fait que nous Nodkm signaler pour finir.
L'inteUigence humaine, avon^-nous établi, après ayrar accepté des dogmes faux, absurdes, funestes, sur Dleo, le Monde, l'Homme et la Destinée, s'est révoltée contre ces dogmes et contre Tautorité qui les avait imposés et qui les maintenait. Tant qu'elle eut un combat sérieux à soutenir, le combat suffit à son activité. Mais après te victoii^e, comme Eve après sa première révolte et sa première conquête, l'âme humaine se vit nue l elle se trouva sans dogme, sans religion, sans idée supérieure et directrice, sans foi. Alors le besoin du plus noble, du plus sublime de ses aliments s'est de nouveau révélé en elle. Dévastée , dévorée par un scepticisme aride, Eve a poussa des gémissements lamentables, elle a compis qp!rm croyance religieuse était aussi nécessaire à l'homme social que le pain au corps de l'homme individuel.
La manifestation de ce besoin a réjoui les soldats a^ riérés des vieux dogmes, car ils n'en ont pas compris \i sens : ils ont cru qu'elle indiquait un retour à l'esprii du passé. Quelques caractères faibles ou légers, des hom< mes fatigués, des littérateurs inconséquents, romancierS| feuiUetonnistes, avides de parler religion et pbiloso* phie pour orner leur fiitiUté; des jeunes gens irréfléchiSj frappés des beautés de l'art chrétien dont notre âèclei retrouvé l'intelligence, visitant le passé avec leur imap nation, amoureux des belles madones et des naïves lé* gendes, ont cru aussi que la société allait débonnairemeni reprendre la foi du moyen âge. — Ce sont là des jugements insensés ou plutôt puérils; car il est bien facile à reconnaître que, loin de la ramener au passé, le travai qui s'opère dans la société l'en éloigne davantage. El effet, l'esprit humain qui avait secoué les dogmes ancieni
Docnmi M Lk itDMpnon. 77
et qui s'était arrêté dans de simples négations* reconnaissant aigonrd'hni la néceissité d'une croyance et chorchant nne affirmation qui ne sera certainement pas eeUe des moines du xiP siècle, continue évidemment son cours vers l'idée de l'ayenir, bien loin de retourner m, dogmatiques du passé. L'homme ayant préludé à la prise de possession de la Terre par un déyeloppemeat dédsif de sa force, de son intelligence, de son iniostrie, ne peut plus reprendre la (^^oyance insensée et ignorante qui avilissait la Terre. Il doute encore, mais il lui faudra bientôt la croyance intelligente et lumineuse qoifera de la Terre l'une des oasis du Ciel.
L'idée claire et briUante de la Destinée de l'homme, teDe que nous la faisons connaître, n'a donc pas encore Ohminé et ne possède pas tous les esprits; mais l'avenir loi appartient incontestablement. Déjà, en effet, à part fodqaes obstinations étroites, les esprits sérieux se tour» Bent du c6té de la question sociale, et pressentent le règne de la liberté, de l'harmonie, du bonheur sur la Terre. Qu'il y ait encore dans les intelligences beaucoup de timidité, de nombreux préjugés, du trouble et de la cou- Miction, nous ne le nions pas. Il n'en est pas moins ^ent que l'on marche du côté de la lumière : et la gnnde preuve que nous avons à en donner, c'est que jQsqae dans le sein des églises protestantes et de l'église catholique eUe-méme, on commence à reconnaître que la doctrine du Christ a été fiiussée dans ses applications; 9^, loin d'avoir exclusivement pour objet le salui ex^ ^f^umel de tindividu dans l'autre monde, son objet piiicipal est le salut social de tffumanité dans cette vie anssi bien que dans les autres vies; on reconnaît enfin {Q'on ne peut restituer au Christianisme sa légitime grandeur et sa puissance qu'à la condition d'accepter <^ interprétation qui montre dans l'Evangile la source
'UUnVE BE TOUTE VUE FÉGONOE SUE l'AVÉUORA- Q<»l BE LA SOQlËtÉ.
78 HTTilHilPB
Que de pareiQes tendances inteUeetueUes se maaifèstent dans la société laïque, qui, sans vouloir se départir des conquêtes de la philosophie, veut conquérir une idée religieuse d'accord avec la raison et avec ses pressentiments, vagues encore, sur l'avenir de THumanité, rien n'est plus naturel. Mais ce qui est remarquable, c'^ que ce mouvement intellectuel agite aujourd'hui les rangs du clergé où l'esprit nouveau pénètre. Et en vérité, n'étaitil pas impossible qu'un corps aussi, nombreux , renfermant tant démembres pleins de lumières, de hautes vei^ tus et de bons désirs, restât absolument en arrière et ne suivit pas la marche de la société ambiante? Aussi eette idée germe et se développe dans son sein, que, pour re^ mettre rÉvangUe à la place où il doit être dans l'eqprît des peuples , il faut le leur présenter non comme répudiant et damnant le monde, mais comme annonçant et promettant au monde le règne des lois de Dieu et les fruits de justice, de liberté, de paix et de bonheur dont seules ces lois peuvent le couvrir.
Beaucoup de prébres cathoUques et protestants, surtout en France et en Allemagne (et déjà même en Angleterre et §ux États-Unis), comprennent donc que le caractère essentiel de toute religion^ et à plus forte raison eelni de la religion de Jésus, doit être de ralUer on de reHer les hompies; que, loin par conséquent de se relégnar en dehors du monde et de la société, la religion doit féconder le n^ûnde et attendre son propre dévdnppement dn dévelpppement de la sociabilité humaine avec laquelle elle se confond, et dont elle n'est et ne peut être que le fsdt synthétique et suprême (1).
M^eoreusement les dépositaires de Tantorité sont précisément, dans le corps ecclésiastique, les hommes qui comprennent le moins la portée des tendances de l'esprit
(1) J'écrivais ces lignes en 1835. L'heureux mouyemcnt de transformation qu'elles signalent a fait de nouyeaux et grands progrès depuis cette époque. (Éd. de 1848.)
MCniHS M L4 «tnBMPTIOH. Ift
modeiB^; laws répagnances à Tendroît dm imiitfofBi»» tioDs ioeialea qae les temps eommandent et que le Génie de rHumanité Ta bientôt accomplir, sont â fortes que, sans aneun doute, \ Eglise (officielle) laissera au Monde Vinitiatii» de ce mouyement d'organisation pacifique qui réalisfiffa la pensée de Jésus, et dont raccomplissemeiit était sa propre tâche à elle^raéme!
xxn.
AafMte* il ne faut pas accuser trop fort. L'Eglisaailé iniateUigenfta» èUe a cessé de marcher à la téta des pan* pies, die s'est réfugiée etren&rmée dans le passé, elle a hissé l'esprit nouveau se former en dehors d'elle saitt y prendre part; elle a voulu le $tatu quo et prononcé un ay iat}iAina général contre toute transformation ; eela est Yiai. Mais eat esprit nouveau à son tour a été long-temps trafia^r al révolutionnaire; la philosophie n'a long*? temps iait qua des monceaux de ruines, et les nations sont aocore tout imprégnées des dissolvants terriblas avao lesqnris eUa a miné et renversé les trônes et las anteb«
Ainsi, malgré des tendances et des désirs incontasibp Uement {HK^gressife, la philosophie, fauta d'avoir cmçn dairemant et distinctement la Destinée da l'homme at d'en avoir reconnu les voies pacifiques et régulières, n'a sa inangurar que le génie révolutionnaire» Et eUa a fd bien soudé l'idée de révolution à l'idée d'taaovo/ifl», qu'dJbe a peKuadé aux Pouvoirs et aux Peuplas que la principe lévohitioanaira at la principe du progrès sodd ne SODÉ qu'une saule et méma du)sa; da telle sorta qna les Peoj^ sa aiml passionnés pour les révolutions» at que las Pooioiw a£Ëu*ouiiiés sont disposés à se cahiar contre tout aa qui sa présente avec un caractère d'inno^ vatioA et da progrès.. «.
Quosque ca malheureux esj^t da {évolution ait^ dans ces deraiers temps^ perdu beaucoup de sa puissance au
80 IMMHUIÈPK
f8r et à mesure que les idées d'organisation, les principee de la véritable Science sociale ont gagné du terrain , il est encore assez fort néanmoios pour entretenir des haines aveugles et déplorables dans le champ de la politique subversive. De plus, et c'est ce qu'il importe surtout de signaler à l'opinion, pour la mettre en gaurde, aujourd'hui que la Science sociale commence à se répandre dans le monde, il cherche à s'emparer à son profit de la force que recèlent les flancs de cette science, à en dénaturer le caractère essentiellement pacifique, à s'appuyer enfin sur des principes qui concluent à l'harmonie sociale , pour conclure à la Âscoirde et à la guerre. — Et malheureusement il faut dire que la conduite du gouvernement et des classes officielles rend de jour en jour vigueur à ce principe de révolution en le faisant devenir quasi-nécessaire* Nous voyons donc des écrivains, d'une part aveuglés par les préjugés révolutionnaires et les haines politiques que nous ont légués nos pères, mais que nous devrions avoir en ce temps-ci la sagesse de répudier; d'autre part, forcés de reconnaître la puissance du grand principe a JI880GIATION formulé par Fourier , cherdier (ce qui est contradictoire à ce principe même) à en faire un ferment révolutionnaire. Ils prétendent activer la lutte des classes et des intérêts qui se combattent, au nom même de l'idée qui apporte enfin le moyen de les rallier et de les unir ! Mais cette logique doit-elle étonner dans un siècle où l'Évangile, dont on ne contestera pas sans doute que la passée fondamentale est l'exaltation du principe de la paiz^ de la charité, de l'union des hommes entre eux et avecDieu, où l'Évangile de Jésus, disons-nous, est ex^oité diaque jour comme un arsenal de révolution ; où un prêtre même, puissant par la parole, mais d'une intelligence vacillante, égarée et fiévreuse, a jeté dans le monde étonné le nom de celui qui a été la plus parfaite expression, la plus pure émanation de l'amour, comme un signal terrible de renversement, de vengeance et d'extermination! Ah! certes, ^ces inconcevables, ces monstrueuses al-
BOcnuiB Di iiÀ BtBnmoir. SI
Uances des principes sacrés de runion et da bonheur des hommes ayec les doctrines sanglantes du génie des révohtions, cette transformation insensée de TAnge du jurogrès social en Démon des mines, ne sont fiâtes ni pour éclairer les hommes, ni pour calmer des passions dâordonnées, ni pour conyertir les Pout oirs sociaux à la cause du progrès et du bonheur de THumanité, qui est pourtant leur cause aussi, à moins qu'ils ne veuillent pas se compter dans l'Humanité 1 Et vous, qui au sortir des austérités du doitre vous êtes laissé subitement enivrer par une liqueur à laquelle il n'est déjà plus donné dans ce tenqps-ci de troubler le cerveau des hommes mûrs, quelle n'eût pas été votre gloire si vous fussiez monté à la hauteur de la belle mission qui vousétait oiSerte, si vous eussiez su sacrifier le bruit, très-grand, mais vain etpassager, d'une révolte stérile, au développement et à la fécondation de l'esprit qui germait dims les rangs de l'Ég^se I si, au lieu de vouloir atteler Jésus au char des révolutions, vous eussiez démontré à cette Église sur laquelle vous aviez alors tant de puissance, que l'Évangile de Jésus appelait l'Humanité aux voies pacifique des grandes améliorations sociales et promettait à l'avenir la justice, la liberté et le bonheur ! Prêtre du Christ et Apôtre de l'humanité, il Mait combattre et vaincre cette erreur qui vous a vaincu, cette idée ignorante et barbare qui arme d'un gbdve et d'une torche ardente le Génie du Progrès;
loi du Christ et répétanl|ses anathèmes contre la violence, la destruction et la guerrej! Vous étiez en position de faire^entendre'let formellement accepter à l'Église que les voies rétrogrades sont des voies fausses comme les voies révolutionnaires ; que le bénéfice de la Promesse n'est pas borné à l'autre vie; que cette Terre appartient à Dieu, est apte à recevoir ses lois, et que, comme le Ciel, elle relève de sa Bonté et de sa Providence!
81 mARMfeDB
St quand encore rÉglise se fût maàètée letde k une acceptatioa formelle, votre parole, recueillie dans le mû{ide, y eût porté de bons fruits. MaJs, pour cela, il eût fallu compreodre.*..
&L aous insistons sur ce fait spécial, c'est parce qu'il est l'incarnation et le type le plus éclatant de cette association, aussi fausse, aussi inconséquente que ftmeste, du principe du progrès social et du principe révolutionnaii^; ic'est ensuite, parce qu'il a reçu une impor* tance malheureuse dans la production des tendances intellectuelles modernes que ce fragment a pour but de signaler. Cette révolte bruyante, en effet, cette union étrange de TËvangile et des doctrines les plus violentes et les plus subversives ; ce dithyrambe apocalyptique où les lieuit communs les plus pauvres et les jàus usés de la presse révolutionnaire se sont trouvés rajeunis par un styk qui tantôt s'élevait aux formes de la poésie la pins pure, tuitdt descendait aux plus vulgaires déclamations du mélodrame ; cette œuvre de bruit et de paroles, de philosophie et de mysticisme , d'amour et de haine, a retardé et compromis le mouvement heureux qoi s'opérait dans le sein de l'Église, et préparait le ra^ prediement des deux^ grandes manifestations, encore hostiles aujourd'hui, de l'intelligence humaine, la Raison et k Foi. Nombre de ces membres du clergé, dont la pensée se (fféoccupait avec amour du Salut social de l'Humanité ; qui commençaient à comprendre que la richesse, la lib^é, le bonheur des peuj^es, le progrès réel , enfin , avec toutes ses puissances et toutes ses gloires terrestares, loin d'être condamnés par la Parole du Gbist, en formaient, au contraire, le vrai dévdoppe* meut; nombre de ces hommes, que l'esprit de TAvenir toachait et écfamfibit, et dont l'influence aurait pu nouer régulièrement l'Avenir au Passé, se sont repliés avee efiot sur le Passé, à l'aspect de cette manifestation fini* bonde et sanglante. Il leur a seHd»lé que si le Lévite, converti au progrès, était entraîné luinnéme à sacrifier
DOCTEUTB M &4 ttDXVPTION. 81
m &im vMlesIdMfféYokiiioiis eHk W eonsaorer TÉi gik, il fiiUaii bi^i (fue ee mot de progrès ne ffkt <pi'iiiie teplulÎMi £aBfi6ie, et (fa'il ne recelai que la réYoiU^ It TÊTtige el la destnieifem.
C'est aiosî que celui qui aurait pu être le négoeiateuv de pals, le médiateur entre le Passé et rAvenir^ et pri«» pajner Talliaiifie dans huopiriie sooi appelées à se réunir^ en ie oomplétant, sous riAvoeatiooL de Dieu et de THu-* iBJijiiAé, les doetrioes encore bestiles du catholiGisiiiey da protestaaiîsme et de U philosophie, n'a éié pour l'Églîie (pi'oa SD|*et de seandaie et d'effiroi, qu'un sujet de réao«> tien létfograde pour les Pouvoirs consliluésy de troublé pour laaMÎété, et de pitié pour la Piiik>8(q)hie dle-méne^ — • car ies représentante avancés de la philosophie (qû répudient anjourd'bui l'esprit de dissolution et compi«n«> naît qœ le temps est venu de réorganiser et d'Àlifier) avaient aoeoeilli avec joie les premières manifiestationsdtt prêtre chrétien en faveur du progrès soôal etde Tavenir/ mais ils Font repoussé avec dédain quand ils Tout vu essaf ^", dans son égarement, de ralkuner avec TÉvan- ^ le feu qui s'éteint sons lés débris du passé.
XXIfl.
Au reste, pour n'avw pas été comprise av^ec grandenr, pour avoir, au contraire, été méconnue et compromise, la préparation de celte haute alUanee des deux manifestations supérieures de l'âme humaine n'en eonstitwe pas moins, à Tépoquie actuelle du dévelc^^peraent inlellee* tuel, la tâche capitale des esprits qui se livrent aux spéculations générales de la philosophie et de la religion.
Cette aUtanee, nous le disons sans crainte dé nous tromper, ne se ratifiera pleine et entière que MSTÉ* RiEunEMENT à la grande transformation qui inaugurera l'accord de l'ordre et de la liberté sur la terre, qui réali*<sera l'Harmonie dans Tensemble des faits de la vie hu-
81 mnAiifcDs
manhaii;^. C'est seulement de V Harmonie vivante qoA l'alliance de la Raison et de la Foi émergera, radieuse et intelligible à tous les esprits et à tous les cœurs (1). Néanmoins, tout effort de rapprochement entre ces deux puissances, tout travail ayant pour but de faire reoon* naître que le principe du dévelof^ment social, loin d'être opposé à la pensée vraiment fondamentale da Christianisme, en est, au contraire, la conséquence vou— lue; que le caractère du progrès réel, loin d'être révolutionnaire, est essentiellement organisateur et pacificateur; que c'est par la science, par Yexpértehçe et par I'att ajot, et non par le tumulte et la violence, que la société doit entrer dans la carrière splendide de ses Destinées heareuses : tout travail conçu dans ces vues de raison, de sagesse et de ralliement intellectuel, doit déblayer la route qui mène à la réalisation de l'Harmonie sociale, route trop embarrassée encore et par les préjugés anciens et par les préjugés nouveaux.
Tel a été notre but en écrivant ces lignes sur la Doc* trine religieuse de la Rédemption et sur le caractère éminemment favorable au développement de la Destinée humaine, qui distingue la pensée fondamentale de la Révélation de Jésus. Ce n'est qu'en restituant à cette pensée son sens pur et primitif, en se rendant compte de son influence effective sur l'esprit moderne, en y rattachant l'idée de progrès, de liberté et de développement, sur laquelle s'est élevée la philosophie de notre temps, que l'on apercevra la chaîne qui Ue le Présent au Passé , l'Avenir à l'ancienne Promesse.
J'ai cru utile de mettre en tête de l'exposition du ifë*
(1) L'HABMOifiK et LK BoifHBum Atant la fin dis Êtres,
la GODception de l'Harmonie peut seule donner la solution des problèmes philosophiques et religieux, qui, Jusque-là, n'ont été que des énigmes absolument indéchiflirables. I.a participation à cette Har* monte réalisée pourra seule Incarner UQiyerseUement le sentiment doceiSQluttoni,j
BOCTllNB Ml Lk BÉDUPTlOll. 86
€mi8medeFEarmonie 9oeiaky dont la oonnaûsanoe initie, par une induction facile, à la Foi de l'ayenir, cette ap« prédation géniale des conceptions religieuses et philo* sophiqnes du passé et du prâent, qui sont les prolégomènes de ce liTre de la Destinée humaine dont les sceaux ont été Inîsés par le génie de Fourier. Si l'on veut, de part et d'autre, abandonner des erreurs que l'on ne peut plus songer sérieusement à défendre, on reconnaîtra que laRdigion chrétienne fondée sur une tradition et sur une promesse, et que la Philosofribie fondée sur une perception, encore obscure et plus instinctive que scientifique, du développement de l'Humanité, se réunissent et s'aocordent dans le commandement de la justice et dans un grand désib, celui de l'union et du bonheur de l'Humanité. Or, la Conception de Fourier apporte le moyen d'assurer, par rATTRArr même, l'exécution du commandement, et de réaliser enfin le grand désir. Si donc on nous demandait comment cette Conception se lie au passé de l'Humanité, nous répondrions^ qu'elle s'y lie comme l'Accomplissement d'un fidt capital se lie au Désir qui l'a invoqué, à U Promisse qui en a été transmise.
Les hommes de bonne foi verront bien maintenant que, loin de condamner injustement tout dans le passé, nous avons à cœur, au contraire, de montrer comment la Conception qui le couronne et qui l'éclairé en ouvrant l'Ère radieuse des époques harmoniques, permet de rendre justice aux bons efibrts, et prouve que les vérités mêlées d'erreurs et cultivées dans des camps ennemis, grandissant et s'épanouissant au soleil de l'Harmonie, s'associeront ^itre elles et marieront dans un berceau splendide leurs rameaux, leurs fleurs et leurs fruits parfomés. Le Catholicisme trouvera satisfaction pleine et oitière pour le principe de l'Ordre ou de TUnité qu'il a
Se nrftmftMi
comifauMMiit iifendii MIT U tem« hê Pfêi^Éêwéam tpevirem «Miâsâbetion pleine et eotièee pour le piiseif» du Vkre Ëxamea et la Piûlofl^hie pour eelm <k la li-» bevléei du développefaant <de rHummiiié^ ^ oat été Ut mohëet lie leim «tNuhaiÉg. Et tout tnik, un jour qpii b'ciI paiébigiiéy salueront, dans la liM mESHA^rnuKOA^ àim couverte par Fourier , la réalisation du but indîi|ué par JéH|s, la cotation de Ja question pott&e au Génie bnBMÎn pareet Évangile oà tt est éerit : Cha^het SAmrà le ner AUXB me Biibc bt sa iwncBf et tous le$ bieaê wm$ vimdrent enmiie petr surcroît : eherchex et vcm tnmw^ re%f fmppexâ la porte eielbwMs sera oumNe*
Au reste, eemme nous l'avons dît, cette Foi pietna, intégrale, intelligente et complèle, qnl donnera aatîsfiae*lion à tous les besoins de l'Âme huiiaaine, dont les di* venes doctrinal philesophiques et rdigieuses a'<nil été jusqu'ici que des «ipressiens fragmentaires et plus nu moins exdusives^, cette Foi qui se«a la grande veîx de reconnaissance et d'amenr de rHwmauitfe eonatiluée dans son Unité, la hante et vi^vante synthèse de son Harmonie sociale, s'introduira d'dteHnÀne après l'ia* stallation de cette glorieuse Harmonie sur la Terre. Jusque-là toute la question dogwalique doit être strictement renfermée dans le domaine de l'esprit et de la science : car , pratiquement , les discussions qui s'y rapportent n'ont aiqeûrd'faui d'importance ipie po«r préparer les inteUigenoes élevéesà laeennaipaaniee ei à l'aeœptalîoa de la nonvelie Écoaomte Sedaie qu'il faut afiant tout oiffa^ niser. Fourier et ses discifte eHliodoxes et înteMigent» n'ont jamais songé et ne songenont |mn«s à prêcher à la société adnelle rien qui resseBri»le à une religîoa, à y fiMider rien «pu resnBmUe k une aecte. Le bot de leurs travaux de propagation est d'elMtenir une décime expérience de l'^ins» «Éuans appliqué ii une ommà^ NiSATms PiinsMsinr iMnmrnniujs, et qui restera entièrement soumise à la un dvnjB, à la mjm ■iftm4f,g^ à la i#i «mui^ub etàh lm MSuanmE du paiys m
Docntnns ni %k bémmption. 8f
sein daqael flUe lerm exéeutée : ifue «e pa^ «^ h France, la Bofide, l'Angleterre au b Turquie; que la religioa y soil le cathoUciime pomaniy le chiMaiiktiM grec, le protestantknie on le mafaoïnétkme. La réIbraM des conditions de Tindcstrie et du irnAVAHL, oom le répétons, voilà notre but, notre seul but actuel. Que THumanité, après cette ré^fHfnie, qui sera la solide base de ses immenses progrès futurs, de ses glorieux développements ultérieurs, modifie et transforme les lois civOes, les lois poli4i<pies, ks loit relîgieaafls qui nniiTif ntnl à son état adiid, oa qui aa loal des expêetslons et des aicessités {dus ou moixis beureiises; que les moMira <k l'Avenir n'aient, dans tons las oedhres de celaCions, que des rapports de ressemUasce foH élai^és aveeles nMBm du Passé ou dn Présent, nous ne le metteas pas ea doute, et bous croyons même qu'il foudrak être fea poQP le contester un seul instant. Mabeas teaasidraïalloos altérieures des momrs, des lois, des caeyanoas pafaliqaaSy qui peovesl éti» prévues et prédites, sont raffajve de riotellig«*Bce et de la volonté oUdrieuMs de rShinMoité. Ânjourd'hui elles appaartienneat aa domaiae de la «péculaticm et n'ea doivent pas softir.
Nous espérons que ces e^lieatieas safiroal paar qu'aucan homme de boaoe fi ae se méprenae sor le caractère de la doctrine que nous propageons et sur la nature de aacritique^Xa doctrine aooeple la société telle qu'elle est, avee ses mœurs, ses croyanees, ses préjugés métnes ; elle teat seulement conquérir le crédit dont eVe a besoin pour détenaiaer l'application expérimentda da son principe organisateur à i'ordomumce êet trwttim dune Cfmmune û^noole et MuitrieUe, M^li0 dam d» conditions dotméei. Et quand ette«rifique la société et in lai actu^es, ce a'est pas powr provoquer aa reaveiaament brutal de l'une et de l'antre ; earette proCasse, 9lk il ressort de ses principes mêmes que le caractère da PBoeain kéel est de procéder par la voie des trtmsfbr' maiùm MÉtrayante», et noa par edle des remm$emmii.
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Elle est comme lliomme sage qui signale les vices de la loi mauvaise, qui peut même la critiquer l^rement^ mais qui se soumet à cette loi tant qu'elle n'est pas remplacée par une autre, tant qu'elle est ul Bi»LB de la société dans laquelle U vit.