COUCHÉS SUR LE SABLE
pour Gustave Botta
— Oh ! qu’as-tu, mon amant?...
Ma voix
— Non, tu n’auras plus la caresse de mes doigts,
tu n’auras plus mes doigts, car je me meurs de jalousie. Ils sont dix, ils sont mille, les amants qui te cherchent ! Dis-moi, crie-moi sur la bouche celui que tu préfères.
La voix de Julie
— Oh ! j’aime agoniser ainsi sous tes doigts fins, qui sont de délicieux petits poignards
dans l’amoureuse blessure de ma chair...
Mais je préfère m’endormir sans fin entre tes bras, car le Soleil a mordu mes paupières !...
Ma voix
Debout! debout!... je veux que tu te dresses avec de l’air
libre et pur autour de toi, caries Dieux des midis rôdent dans les futaies étincelantes du ciel.
Ils t’enlaceront de leurs beaux bras puissants, pareils à des colonnes torses Byzanthines, leurs bras glissants et chauds plus forts que des boas. Puis, ils coucheront ton corps nu, pour le violer dans les sépulcres d’or massif de ton sommeil... et ouvriront tes cuisses de leurs genoux d’airain !... Dis-moi, dis-moi, Julie, la splendeur fascinante de ton Dieu, le Dieu que tu attends sur cette plage, dis-moi, pour que j’en meure !...