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LES AMANTS DE JULIE

pour Luigi Barzini.

Hélas ! de fiévreuses vapeurs rampent sur les fanges brûlantes de la mer. Je sens mon corps putréfié, qui se dissout !... Ma vue se brouille et mes yeux saignent sous les clous du soleil.

Oh ! oui, c’est bien mon corps qui bondit dégingandé, comme un squelette, dont les morceaux s’éparpillent en dansant la gigue autour de toi !...

Autour de toi, mille os pourris aux ventouses puantes...

Ce sont là les tronçons de mon corps tout alourdis de vers noirs et velus...

Ils montent à l’assaut de ta beauté superbe !...

Acharnés, ils bataillent pour conquérir ta nudité, et s’abreuver de ton amour !...

LE CHANT DE LA JALOUSIE

Voici, voici, mes doigts... (ne tremble pas, car je suis calme à contempler mes doigts lointains comme on surveille un convoi de fourmis !...) voici, mes doigts tous seuls, ont pénétré entre tes cuisses !...

Oh! combien tu tressailles de voluptés profondes, ton ventre rond ruisselle de sueur et sursaute !...

Je vois déjà sur ton visage les ombres vertes qui marbrent les cadavres...

C’est donc bien doux ce qu’ils te font éprouver loin de moi?

La Haine, la Haine épouvantable et la Discorde se déchaînent dans mon corps !...

Tous mes membres s’entremordent,

tandis que tu te livres à mes doigts scélérats!...

Ce sont eux les vainqueurs ! ils sont plus forts que mes lèvres et plus forts que mon âme, les doigts... mes doigts que tu adores !...

Moi-même, que veux-tu ? je suis lâche devant eux, je ne saurai les arrêter; je les regarde, tandis que violents et désespérés, ils s’acharnent à t’épuiser de volupté !... vite... toujours plus vite, avant que les autres n’arrivent...

Ils se hâtent ainsi que des voleurs.

Ce sont là des grotesques intrus... des étrangers pour moi. Ce sont les doigts d’un autre, les doigts d’un mort !...

Hélas! ne sommes-nous pas déjà morts, putréfiés, comme eux?... car la division règne en moi, comme parmi les vers d’un charnier !

Vois-tu, ma bien-aimée, mes lèvres, mes oreilles, mes yeux entendent , regardent et surveillent mes doigts en rugissant !...

Des abîmes séparent nos membres,

et quoi que nous fassions, nous ne serons jamais seuls !...

Trop tard, hélas !... Je n’atteindrai plus mes doigts lointains, qui te caressent victorieusement !...

Comme tu halètes de plaisir!...

Jamais tu ne fus plus épouvantablement heureuse !...

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