‹ Destruction; poèmes lyriquesChapitre 4 sur 24 · INVOCATION A LA MER TOUTE-PUISSANTE · texte numérisé non relu

INVOCATION A LA MER TOUTE-PUISSANTE

en ton courant majestueux de fleuve,

à la nage fouillant l'horizon vaste,

guettant au loin, toutes attentives,

le clair estuaire d'or aux fraîcheurs éternelles,

pour apaiser leur cœur aux nœuds de flammes

et la brûlure de leurs bras illuminants!...

0 Mer, hâte-toi! hâte-toi !... car des taureaux géants

de vapeur, aux croupes monumentales,

descendent — les vois-tu?.., indolemment, vers tes berges,

en traînant les énormes chariots des Constellations.

Ils viennent s'abreuver à tes eaux miroitantes,

en balançant leurs têtes informes,

sous leurs cornes de fumée divergentes,

et leurs naseaux ruissellent de mondes braisillants !...

Ciel! Ciel!., quel prodige?... Echos sonores, répercutez le cri de la stupeur et de la joie !... Le beau miracle, ô Mer, s'est-il donc opéré ?... Oui ! Oui!.. Enfin, je te sens dans mes veines, ô turbulente Mer, ô Mer aventureuse !.. Tu es en moi, comme je te désire !... Galope donc avec ivresse dans mon cœur élargi, avec la meute acharnée de tes tempêtes aboyantes, donnant du cor, à pleins poumons, vers les étoiles, sous ton panache romantique de nues échevelées.

pour Son Altesse Sérénissime Madame la Princesse de Monaco.

0 Mer, mon âme est puérile et demande un jouet !

Donne-lui tes barques lourdes et pansues

qui processionnent, tels des prêtres chamarrés,

portant très haut leur mât, comme une hampe

où palpite un étendard carré de pourpre

tout gonflé d'or solaire !...

pour amuser mon âme, ô Mer, pour l'amuser !...

Mille fois, de toute la faim de mon grand rêve je vous ai savourées, lentes voiles mi-carguées, couleur de tan, de rouille et d'ocre, voiles plus succulentes que des grappes fabuleuses pendues à la mâture comme sur Téchalas étincelanl d'une terre promise !...

A moi vos graines mauves et transparentes,

je VOUS invoque pourjes lèvres inassouvies et pour les yeux voraces de mon âme !...

Oh ! quelle fête, ô Mer, quelle fête radieuse

que de l'avoir tout entière en mon cœur,

avec, aux soirs d'été, ta peau lisse de serpent

squaraée de chrysolythe, ton ventre niellé

et rose de lézard ! 0 la joie de ma chair !...

La fraîcheur de tes embruns sauvages

et ces grenailles de glace que tu mets sur mes cils,

je veux en abreuver mon âme avec délices 1...

0 l'orgie triomphale de mes sens !...

J'empoigne la crinière giflante de tes vagues,

pour chevaucher à crû sur leur croupe véhémente,

humant à pleins poumons

la senteur acide et miellée de toisons

où fermentent de blondes pourritures, au soleil !...

Je plonge les mains jointes, fonçant à tour de bras,

dans la mollesse transparente de ton sein

qui ondoie, pour chercher le plus frais

de ton sang en tes vertes entrailles profondes.

Me revoici... Ah ! Ah !... me revoici, me trémoussant d'un coup de reins agile, hors de l'écume bouillonnante !...

Holà!... je n'ai que faire de vos grappins, ô matelots, vos bouées sombreraient sous le poids de mon corps. Dans le pavoisement de l'horizon occidental, sans effort je me hisse, arc-boutant mes bras, qui glissent et se raidissent, de pierre en pierre, de croc en croc, et par saccades, je me dresse tout ruisselant et nu, sur l'arête du môle !...

En trois bonds, j'escalade l'entassement de coke que la magie du Soirdiamantiseà miracle !... Debout, je cabre en un délire ma taille de héros, parmi les grands voiliers qui tanguent au ressac, et leurs voiles en loques sanguinolentes de pourpre, que les grues au long col fantastique d'airain, déchirent d'un grand coup de bec virevoltant !...

C'est ainsi, c'est ainsi, tout ruisselant et nu,

avec la plénitude résonnante

de mes poumons d'airain, ô Mer,

c'est ainsi que je chante la sublime allégresse

de tes ripailles monstrueuses de flammes et d'Etoiles.

Encombre ma poitrine, ô Mer, du fracas de tes ports qui tonnent ainsi que des enclumes d'enfer, sous la bousculade des marteaux lourds, jouant tour à tour la foudre et le tonnerre !...

Je l'invite, à grands cris, ô Mer tentaculaire, ô Mer maudite, à broyer sur ton cœur mon corps tendu comme un grand arc, à décocher la haine sur d'invisibles cibles...

Voici, 6 Mer, les baisers noirs d'un condamné à mort,

et les baisers gloutons d'une maîtresse en agonie !

Voici les mains griffues d'un afTamé ivre de haine^!

Voici, j'étreins mon cœur, à poignées pleines,

et je répuise pour assouvir ta faim,

pour étancher ta soif eu t'abreuvant de moi !

Je vois parmi tes eaux versicolores,

en un grand jeu éblouissant de feux et de miroirs,

tout mon passé qui sombre lentement !...

Mon grand cœur affamé qui aboyait jadis,

comme un dogue à la lune, en vomissant

ses grands blocs de voix rogue aux ténèbres !...

Mon grand cœur affamé de pulpe sidérale

ballonne au gré de l'onde, ainsi qu'une charogne

gonflée, les pattes au ciel,

bruyamment escortée de grosses mouches vertes !...

Je vois, parmi ton élastique transparence,

pâlir et se roser avec délicatesse

les joues trempées d'amour de lointaines maîtresses.

Tes vagueltes sourient en trottinant sur les galets...

C'est bien ainsi, à pas timides, que je suivais le rêve éclos de deux prunelles virginales et le repos du ciel parmi des lèvres en amour !... C'est bien ainsi que je marchais, à pas timides, dans le froufrou soyeux des robes féminines, vers la pénombre ardente et persuasive !...

Horreur !.,. des algues pestilentes matelassent la plage où gisent les déchets des vaisseaux, les épaves et les tronçons pourris des grands naufrages !...

0 mon Rêve, mon Rêve en pleurs, entends-tu les vapeurs,

qui vont traînant au loin des beuglements pareils

à des grands gestes harassés

vers l'au-delà des horizons?...

Ne veux-tu pas les suivre,

ô mon Rêve ivre-mort d'Infini ?...

Pins haut, encor plus haut, entends-tu les appels lamentables de la Nuit en délire, et la chute de ses larmes lentes d'argent qui tintent dans les cloches ?... Ne veux-tu pas leur obéir ?...

0 Mer, vaste sépulcre éblouissant,

je tends vers loi mes bras tordus par le désir.

0 Mer qui te métamorphoses sous mes yeux

en cuve gigantesque où fermente et bouillonne

une énorme vendange aux vieux moûts effrénés,

je me dresse ivre et chancelant,

tout ruisselant et nu sur l'arête du môle,

parmi tes obsédantes fumées d'orgueil et de néant !..,

Je me dresse exalté, dans lepavoisement

de ce grand Soir divin,

qui va menant avec splendeur mes funérailles !...

0 la poignante ivresse de bondir dans ton sein,

les mains unies comme en prière, ô Mer !...

Je plongerai cent fois dans la fraîcheur polie

de tes remous charnels, lacés de chevelures féminines.

Je vois venir vers moi un peuple de vaguelles

aux bras fleuris, aux grands yeux fous,

qui me sourient et s'ébaudissent k l'envie,

en me tendant leurs joues !...

Je vois courir vers moi un peuple de vaguelles,

riant de joie, sous ton baiser, Soleil folâtre,

sous ton baiser tôt disparu, riant aux larmes,

pleurant déjà, cachant leurs yeux, sous leurs bras nus,

quand lu l'effaces avec adresse entre les nues !

Je bondirai de vague en vague, en m'évadanl par delà les tronçons des amarres brisées et bien loin du regard hallucinant des phares,

glissant entre leurs bras ruisselants de lumière qu'ils prolongent sans fin, ô Mer, à la nuit pleine, sur ton ivresse exubérante d'écolière en liesse !...

Holà ! c'est toujours toi, ô vieux Soleil à demi-nu, qui passe en un treillis d'éclairs sur l'horizon ? T'es-tu donc déguisé en un grand roi barbare, car te voilà tournant au loin, ta face d'incendie, sous une tiare d'ébène colossale, en balançant ta barbe aux broussailles de cuivre ?..

Car le voilà, ô vieux Soleil, superbement campé sur un onagre bleu, toi qui t'enfonces à l'horizon au grand galop, éclaboussant l'azur de feu et d'ombre !..

Je saurai bien l'atteindre, nageant, à tour de bras

de vague en vague, en deux mille brassées,

0 vieux Soleil désenchanté qui fuis la terre hideuse !.

Voilà, de ci de là, partout, au long des plages,

l'appareillage des lumières fébriles

qui vireront bientôt sur l'infini...

Et c'est partout, la hâte des pirates,

entassant au bout d'an promontoire,

sur un voilier spectral,

de grands ballots précieux de nuages écarlates !...

Ce sont là les trésors, ce sont là les bannières surannées de mon Ame !... Où les emportez-vous?..

La Mer vient d'absorber le sang vermeil du Soir

tout pailleté d'argent, et voici,

lentement, le ciel gris s'arrondit en voussoirs

de crypte funéraire, où des Etoiles léthargiques

pendent encore d'une grifTe,

comme d'étranges chauves-souris

aux ailes baleinées d'or !...

Sinistrement rangées sur les quais assombris

en des buées de cauchemar,

les Grues colossales se métamorphosent

en fantastiques kangouroos d'airain,

tournant sur place, avec, aux poches marsupiales

de leur ventre, des ombres minuscules

confusément qui gesticulent

au crépuscule, dans la fumée de leur haleine !...

La Mer au loin, tout enrichie des clartés chues du ciel,

se mue avec délicatesse

en un magique Sahara aux ondulants sables d'or,

qui se déploient à l'infini, plissés d'ombres violettes,

squames et niellés par un vent ingénieux

dont la caresse a — par bouffées — de lentes mignardise

Et les Grues colossales... les Kangouroos d'airain,

alignés sur les quais, guettent des proies au large,

le col tendu, sinistrement I...

Et voici qu'un steamer s'avance en droite ligne

contre l'arête des quais noirs...

et je le vois grandir en boule énorme

sous ses grands mâts brandis comme des lances !...

Il s'approche à grands pas géants et lourds,

sur ses pattes immenses qui se meuvent sous l'eau,

ainsi qu'un dromadaire fantastique,

traversant à mi-corps

le gué tranquille et rose d'un Nil paradisiaque

qui mollement arrose une prairie du ciel...

... C'est bien là un mirage de cette mer changeante aux chimériques sables d'or !,.,

Voici qu'à la faveur du crépuscule,

l'étrange dromadaire s'immensifie

enténébrant les quais de son ombre élargie.

A droite, à gauche de sa bosse eflarante,

oscillent lentement les pesantes sacoches

d'un bissac noir, démesurées...

où j'entrevois pêle-mêle

des oreilles de cuivre

aiguisées par l'attente, aux aguets et raidies

vers l'horizon occidental...

et de longs dos fleuris de brebis impossibles

28 DBSTB.CCIIO:»

parmi dn;:j caieians uoiritres...

et des échafaudaifes de cages saspeadloes

et des txès longs fusils damasqmaês de Md^uias

aussi hauts que des mâts dans la buée du soir T...

Soudain la lune blanche et juteuse de lumière,

éclatant en plein ciel

ainsi qu'une fabuleuse noix de coco,

oscille et roule sur le dos mouvant du dbrooiuuisrre.

Hurrah! Hurrahl... voilà le fruit assouvissant

que dès toujours mou Ame invoque

pour sa brûlante soif de voyageur Saharien t-..

Je suis seul et debout, tout ruisselant et nu

sur un entassement de coke,

et près de moi, en des buées de cauchemar^

les Grues lentes ramonent,

de leur grand col de bronze fatidique,

les pro&ndeoirs de l'horizon transies de peur.

Et leur goitre raclé et cliquetant de chaînes

déchaîne, d'heure en heure, la frayeur blanche

de ses longs hurlements gutturaux de vapeur l...

Et mon cœur se déclanche comm.e on ressort...

Tous mes sens aiguisés s'exaltent aux senteurs crispantes du goudron et se prélassent tour à tour.

dans la fragrance mélangée

— réglisse noire et miel doré —

(Il's l'iuits pourris ou rances !...

Voici que l'odeur fauve et crépitante du sandal,

(les peaux tassées et des toisons et des cuirs noirs,

relance vers la haine et la démence

mon cœur ivre à mourir, qui bondit aussitôt

dans la ronde effrénée comme un nègre emplumé

pleurant sa rouge ivresse transpercée de rires blancs...

IMus haut, encor plus haut que les larmes bleuâtres

et les sanglots dont les cloches en deuil

vont imprégnant la dureté du paysage !...

IMus haut, encor plus haut que les cris déchirants

des steamers mettant cap sur des plages lointaines...

Plus haut, encor plus haut que les saccades

exaspérées delà vapeur et sa toux monotone !...

avec la plénitude résonnante

de mes poumons d'airain,

je chante ta puissance et je t'adore, ô Mer gloutonne !...

Puisque tout l'infini t'appartient désormais

comme une proie de guerre, ô Mer pillarde,

viens donc à moi, et pour rassasier

ma faim de pulpes sidérales,

verse enfin, sur la plage concave de mon cœur,

la pourpre triomphale des couchants,

les constellations ambitieuses

éparpillant leurs gemmes en étoiles filantes

dont s'enrubanne le Zénith,

et les nuages aux traînes paresseuses d'or,

l'inconsolable nostalgie des Astres pèlerins

et leur sang lumineux sur les calvaires du ciel,

leurs pleurs divins et leurs désirs inassouvis,

et leurs rosaires cliquetants de rayons.

Verse enfin, ô Mer pillarde,

tout le grand désespoir de mon beau Ciel damné

qui vient de naufrager à jamais dans tes eaux 1...

Ha ! Ha !,.. j'ai trop chanté !... Je suis exténué !.,.

... A boire !... approchez donc 1 à boire!... Approchez donc,

ô flottantes guinguettes, au tendelet couleur vinasse !...

Approchez donc, canots pansus qui allez, çà et là,

donnant à boire et à manger aux matelots

par-dessus bord, dans l'entre-choc des avirons des voix,

au brouhaha des flots... dans l'ombre énorme

des voiliers, qui vous font doucement osciller

le grand ciel clouté d'or sur vos têtes 1...

Vos brocs de grès et vos pintes en formes d'oies, vos barillets rougeâtres, je veux bien les vider 1...

en dix lampées... A boire ! eucor à boire I...

en mangeant goulûment sur une assiette de couleur

vos pitances salées par les embruns du large,

avec les œufs multicolores delà Pâque !...

Une... deux... trois lampées de vin épais... à boire ! à boire I

... avant que de reprendre le souffle de mon chant I...

pour E. A. Butti.

Les Couchants aux griffes d'or,

sous leurs crinières embrasées !...

Les Couchants accroupis au seuil de l'horizon,

leurs pattes fauves allongées, ainsi que des lions,

ont déchiré longtemps ma chair adolescente !.,.

C'est toi, 6 Mer crépusculaire, qui m'a donné l'âpre nausée de vivre et l'infmie tristesse !... C'est de l'avoir trop contemplée dans ma jeunesse que je chancelle en ton haleine, ivre de désespoir !...

Des soirs, là-bas, en l'Afrique sorcière,

on nous menait sur tes plages moroses,

nous tous, mornes troupeaux de collégiens, qui traînent

moutonniers, sous la garde sévère des prêtres noirs.

0 silhouettes d'encre qui tachaient les soieries

immatérielles d'un beau ciel oriental !...

Et lu venais indolemment vers nous, ô Mer sensuelle,

fraîche et verte, à demi-nue sous tes ruches d'écume,

pour sécher tes pieds de neige sur le sable...

En piétinant de rage, comme une enfant sauvage,

tu boudais le beau Soir paresseux qui s'attarde,

le beau Soir, ton amant, qui te farde les joues !...

Et tu lançais très haut jusqu'au zénith,

du revers et du creux et du plat de tes vagues

nos étoiles et nos rêves,

molles verroteries qui nous viennent d'Orient !...

Mon cœur s'est enivré du bruissement des perles,

que ta main lasse égrène au creux des roches !...

Mon cœur a sangloté entre tes doigts brûlants

comme une lyre satanique, dont les cordes tendues,

épuisées de caresses, s'esclaffent tout à coup

de rires déchirants !...

Mon cœur ?...je l'ai roulé en tes tresses nocturnes...

Mon cœur ?... je l'ai traîné tout pantelant

sur tes vagues d'écume, dentelées

comme des cruelles scies d'argent!...

Oh! que tu sois honnie, mille fois honnie

de par les lois astrales,

0 Mer, toi qui peuplas ma jeunesse pensive

de bouches levantines aux chansons spasmodiques, et de l'obscène torsion des vagues sexuées !... 0 loi, ballerine orientale au ventre sursautant, dont les seins sont rougis par le sang des naufrages !..

iNous marchions traînant la patte, ô Mer,

l'oreille ensanglantée, comme des chiens blessés à mort,

qui étanchent leur soif clans les ilaques pourries...

... déjà fleuries d'étoiles illusoires !...

Nous rêvions échoués, ainsi que des mendiants,

devant le porche éblouissant de la nuit vénérable,

où tes doigts frénétiques de flux et de reflux

ont noté les faits-divers de tes naufrages 1...

Et j'avais dans mon cœur le fastueux mirage

d'un palais noir aux cent tourelles d'or

brandies contre l'azur, où clore enfin,

et garder intangible l'Épouse des Épouses,

conquise au prix de tout le firmament

constellé de mes rêves !...

El mes yeux exploraient au fond du crépuscule haineux,

parmi les fourches verdàtres des nuages,

la profondeur bleuie des grottes fabuleuses...

Plus tard, à mon retour, sous le toit paternel, préludait une douce veillée familiale, sous la lampe qui dresse au ciel son col de flamme, arrondissant ses ailes de clarté sur la table,

pour couver les désirs exaltés de mon âme dans le trémoussement de ses rayons soyeux...

— comme une poule aux grands œufs d'or magiques, - ... tandis qu'en un coin d'ombre,

ma rugueuse nourrice soudanaise

chantonnait tristement,

de sa voix grêle et noire,

et marquait la cadence en frappant dans ses mains

qui sont pareilles à des cliquets de bois...

Et dans l'étouffement du soir gorgé de feu,

la voix de ma nourrice imageait le silence

de légendes crépues comme des têtes nègres,

lézardées de rires blancs

et couronnées de plumes écarlates I...

Et par instant je m'accoudais à la fenêtre

pour t'écouler ô Mer, marmonner des prières

à de vagues passants, comme une fille au carrefour.

— 0 Mer, qui donc viendra ce soir partager ton alcôve orageuse... et caresser les loves menaçants

de ton corps de boa... et mordre jusqu'au sang,

en un râle de mort, tes seins cloutés de feu

qui se déclanchent contre Dieu, dans les tempêtes ?...

Tout à coup, surgissant d'un bond entre les roches, écumante et sauvage, ô Mer.

comme une folle en des sursauts de rage,

tu agitais tes bras d'ivoire cliquetants d'amulettes,

tout en claquant des dents, galets sonores....

... cependant que la Nuit lentement conquérait la plage comme une pieuvre colossale aux ventouses d'or.

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