LE SIÈGE DE PARIS « EN RETRAITE ». — « LES VAINQUEURS », ETC
DÈS la (lériaration de j^uerre à l'Allemagne, Détaille avait obtenu (lu {général Pajol la faveur d'être attaché à son état-major à titre civil, pour suivre de près les opérations ; il était doublement exempt du service militaire, connue fils de venve, ayant déjà un frère sous les drapeaux. Après des courses folles de Metz à Tliionville, à Keydange et autres points de la frontière, dans le désarroi épouvantable ({ui marqua si tristement les débuts de la campagne, — où il ne devait pas manquer un bonton de guèlre à nos soldats, — désespérant de découvrir son chef, il rentra à Paris, et s'engagea dans le 8' bataillon de mobiles, \' compagnie. Maintes fois, il fut de grand'garde aux avant-postes; un jour, pai ti en avant connue éclaireur dans le ^illage de Bondy, avec quelques camarades, parmi lcs([ncls se troii\ait le peintre du Paty, il était pris entre deux feux, et fort péniblement, sa petite bande laissant sur le terrain un mort, ramenant un l)lessé, il put rejoindre le gros du bataillon, où on l'avait déjà porté comme disparu. Il assista aussi à l'allaire du plateau de Chàtillon ; et, fit le coup de feu dans les maisons barricadées de \ illejuif.
2f, DETAILLE
En novembre, le général Appert l'attacha à son état-major, mais en lui laissant la plus grande liberté pour mettre à exécution son projet arrêté d'aller partout et de tout voir. C'est ainsi qu'il put suivre les opérations du général Ducrot sur la Marne, dans les tragiques journées du 3o novembre, des i" et 'i décembre. Le soir de la première bataille de Champignv, tout piès de Joinville, un major de l'armée rencontra un « nioblot », à la \areuse et au pantalon couverts de boue glacée, qui regagnait Paris, à pied, seul, mélancolique, tenant d'une main son fusil, de l'autre un casque allemand. Il l'arrête et lui dit : « Mon garçon, veux-tu me vendre ton casque P — Permettez-moi de vous l'offrir, docteur » : répondit le moblot, en saluant avec une politesse toute mondaine. Le major, intrigué, fixa attentivement son interlocuteur, reconnut Détaille, lui sei ra affectueusement la main en le complimentant, et accepta le casque comme un souvenir, doublement précieux pour lui, de la bataille de (^liampigny. Le même joui-, le jeune peintre vit le commandant Franclietti au moment où il venait de recevoir un éclat d'obus, dans le chemin, l)ordé de murs, qui descend de \ illiers sur Bry ; le blessé, qui avait la hanche droite fracassée, et vers lequel il se précipite immédiatement, lui dit en souriant : « Ce n'est rien! Mais faites donc un petit souvenir de moi; on ne sait pas ce qui peut arriver. » L'héroïque chef des Eclaireurs parisiens, quelques jours après, mourait du tvphus au Grand-Hôtel ; l'artiste a encore aujourd'hui le remords de n'avoir point réalisé le vœu du blessé.
Détaille s'était souvenu du mot si expressif de Charlet : « Le vrai peintre militaire doit tout croquer sous le feu. » Au plus fort de la bataille du 3o, il prenait des croquis sur ses carnets, comme à Villejuif, sur la porte d'un cabaret, que quelques heures après l'on incendiait, il avait dessiné au charbon des soldats prussiens contre lesquels il venait de se battre. Sur les conseils et à l'exemple de son maître, c'est ainsi qu'il donnera de la vie à ses œuvres, réalisant pour ainsi dire le rêve de Meissonier, qui eût été « de ne faire que des croquis, de prendre çà et là des notes vives, et de les jeter sur la toile, comme Pascal jetait ses notes errantes sur le papier ». Toutes les sensations et visions, dont le souvenir nous sera présenté, après la période d'incubation cérébrale, qui fut la