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AUX GRANDES MANOEUVRES DE CORPS D'ARMÉE

LE goiiveiMiement de Thiers a entrepris la reconstitution de l'armée. Les cadres anciens n'existent plus; les vétérans de l'Empii e ont été tués sur les champs de bataille, sont morts de misère dans les casemates des forteresses de l'Allemai^ne, on ont pris leur retraite, après les fatii^ues et les souflrances éprouvées. Le patriotisme de la i^énération venue à la ^ie sociale, au milieu de la Guerre et de la Commune, lui a fait accepter avec dévouement et entrain les charités militaires. Des écoles l'éori^anisées ont essaimé de nombreux officiers, instruits, ardents; et, le pa} s verse à pleines mains, sans compter, l'argent nécessaire pour ce grand œu^re national, que le Aaiu([ucur surveille d'un œil incpiiet, et tente d'an'ctcr par ses provocations incessantes. On l'evoit bientôt dans la rue de nouveaux soldats, de belle allure, bien équipés. A ce spectacle qui réjouit son cœur de patriote, l'artiste songe, après tant de pages douloureuses consaci'ées aux désastres du passé, à allégoriser, en un tableau réconfortant, l'armée nouvelle. En 18745 il peint : « Le régiment qui passe ».

Par un joui' de lin d'hiver, où le soleil pâle perce à peine la brujne

épaisse, et ne peut fondre la neige qui couvre le sol et les toits des maisons; près de la Porte Saint-31artin, mémorial glorieux du passage du R-liin par Louis XIV, défile un régiment. Derrière les tanii)ours, tête haute, fier visage, l)ien pris dans leurs uniformes neufs, marchent les recrues. Les rangs sont alignés, sans flottement; les pas mar([ucnt la cadence avec vigueur et souplesse. Groupés le long des trottoirs, conti'e les parapets des rampes, les Parisiens regardent les troupiers. (]e n'est plus la curiosité qui se lit dans les yeux et dans l'attitude de cette foide de bourgeois, d'ouvriers, de femmes et d'enfants, plus attendrie que joyeuse; c'est le recueillement ému devant l'apparition giandiose de la patrie renaissante. Du colonel aux tamljours, le peintre a fait des poi traits de toutes les premières figures de son tahleau. Un régiment n'a-t-il pas sa physionomie, son ame, par l'unité de sentiments militaires, d'aud)!tions patriotiques, par l'entrain et l'aisance dans l'allure et la tenue, que sait donner à ceux qu'il connnande le chef qui les aime, les comprend et s'en montre fier? L'armée n'a-t-elle pas eu, elle aussi, sa révolution sociale? Être soldat n'est plus un métier, c'est un dcxoir ci\i(pu^ (jue tout Français doit remplir. L'armée est la nation elle-même, qui s'instruit dans la science de la guerre, dans la pratique de l'énergie pli>sique et morale, pour se défendre et se faire respecter. Le peintre militaire doit donc être désormais non plus un sinq^le peintre de gem e, exclusivement préoccupé des uniformes et des équipements, mais un peintre de caractère, apte à faire des visages le reflet de la pensée.

En voyant ce tahleau, le public sentit iuunédiatement tout ce que l'artiste y avait mis d'intentions élevées; le lendemain, « l^e régiment (pii passe » était populaire. J'ous les tal)leaux qui vont suivre, daus cette série de l'Armée nouvelle, auront ce même ton de patriotisme discret, montiant, sans fanfaronnade comme sans timidité, les progrès de la reconstitution de notre armée; et, toujours, l'esprit, la bonne griice, avec une pointe de sentiment, ajouteront un charme délicat, une poésie tendre, à ce (pie le talent de plus en plus sur et affiné du peintre fera admirer sans réserve : l'ingéniosité naturelle dans la conq:>osition, l'exactitude et la précision dans les t\pes, dans les costumes et dans

les mille détails te('lini([nes des diverses lormes de dispositions et de groupements. C/est que l'artiste aura peint, d'après les sensations éprouvées, d'après les documents recueillis par Ini-mème, à la caserne, snr le terrain, dans les cantonnements, ayant vécn de la vie militaire, ayant pris une part actixe aux opérations et aux travaux repi'ésentés. (irace à

ces conditions spéciales, il a pu voir cond)ien il \ a de grandeur et de noblesse dans le prosaïsme de cette vie, accepté joyeusement, accompli avec conscience ; comhien le pajsan, l'on- Yrier,lené£>ociant, instruits, dégourdis et débrouillards, les fils de la bourgeoisie et de l'aristocratie, bien élevés, élégants et fiers, an Champ de Mars, faisant l'exercice avec entrain et gravité; pendant les grand e s m a n œu v r e s , i n fa tigables pousse - cailloux , cavaliers intrépides, alpins hardis, sont des types plus pittoresques, pins originaux, que le loustic de

cabaret, le boidlon de la chambrée, le troubadour de la permission de dix heures, le Irnssard fonrrageur, le marmiton de bivouac, le brisquard et la \ ieille cidotte de peau, d'Horace Vernet, de Charlet et de lîellangé.

aies

En iH^d, Détaille avait été nommé sous-lieutenaut de réserve au y,o' bataillon de chasseurs à pied; à ce titre, il fit les grandes manœuvres

(lu 3" corps (l'armée, (jui avaient pour terrain les plaines de l'Eure. Ce n'est point un oflicier amateur et de parade. Pendant tout le mois

(ju'elles durent, il remplit les fonctions de son i^rade, dans toute la plénitude des devoirs, des ■■X^.- ' responsabilités et des

fatigues fju'elles imposent, avec une conscience, une habileté et une lionne humeur qui lui attirent le respect affectueux de ses soldats et l'estime déférente de ses chefs. Ses carnets en témoignent. Tl y a de tout là-dedans, de la statisti(jue, de la topographie, de la stratégie et de l'art. liC s(ms-lieutenant, sérieux, avisé et plein de sollicitude pour ses honmies, écrit des informations techniques de ce genre : « (youpil- 1ers : 349 liidjitants, bâti en étage sur le coteau ; jardins ck^turés, maisons en descendant sur la plaine. Pvessources : vaches, lao; mulets et chevaux, (ri; moutons, 200; poules, ; chariots, .]H à deux roues, -2 à

CHOQUI.S UKS MA^C)El VBKS DU 3*^ CORl'S

CROQUIS DES MA^OEl•VKES DU 3" CORl'S

c|uatre roues; citernes, iG et puits 7. lionne position au-dessus du village pour l'action. Retraite par la route de Septeuil carrossable. » Kt, il indicjue nettement, dans une Mie panorami(|ue, les rivières, les routes

et les sentiers. Ensuite, l'artiste reprenant ses di^oits, cro([ne ici un ca\ alier luttant a^ec sa monture qui ne veut point se mettre à l'ean, là un attelage embourbé, ailleursuneplantureuse matrone normande, CROQUIS DES MAîNOEuvRiis DU 3'' coRi's Ifi silliouette luselee (1 un

eloclier, etc. Après cela, on lit cette note vibrante : « Rëceplion fraternelle faite par le i)ataillon de ciiasseurs à Dreux. Toasts, chants patrioti([Lies, ^isite à la ('hapelle de Dreux; et dîner improvisé à Aussii^nv, renchi aux officiers du 17", avec fanfares, illuminations, etc. » Quekpies feuillets plus loin, à la réflexion humoristique que la bataille doniu'c sous les yeux du maréchal de Mac-Mahon i-essemble par trop à une revue, succède la mention d'un magnifique coucher de soleil; et, une série de dessins montrent les réserves sous bois faisant la sieste, le maréchal (ianrobei't au milieu

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