LA DANSE AU BIVAC DES TIRAILLEURS DE LA FAMILLE IMPERIALE
et au moral, devait paraître une entreprise périlleuse. Comment y a-t-il
réussi? L'opinion des Russes eux-mêmes sur ce point est la plus prête
DETAILIJ-:
cieuse, celle qu'il importe de citer. « Il est inutile d'entrer ici dans l'appréciation du talent du fameux peintre de batailles, écrivait un critique anonyme des « Khoudojestvenny no\osti » (les Nouveautés artistiques), à l'apparition de ^ou^ rai-e sur les grandes manœuvres de l'armée russe, de parler de son dessin admirable, de son liabileté, de son i^oùt à travailler au crayon et au pinceau, de son aptitude à représenter les allures des honunes et des cliCNaux; tout cela est trop connu. I.es croquis de la nouAclle publication se distini^uent par les qualités
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ordinaires de l'auteur du « Salut aux blessés », de « Va\ retraite »; quant à nous Russes, c'est son rare esprit d'observation et la discipline très développée de son <cil et de sa main (jui nous intéressent, car ils ont donné à l'artiste le moven de traiter si hardiment, avec tant de précision et de fidélité, la nature et la vie de modèles qu'il avait étudiés pour la première fois et en aussi peu de temps. » Le savant auteur du « Grand dictionnaire des artistes russes du xi' au xix' siècle », Nicolas de Sobko, me déclare être resté toujours surpris de voir un peijitre étranger représenter si exactement le soldat russe sous tant d'aspects divers, sans jamais lui avoir donné les traits ni l'allure d'un soldat français. « A ce
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point (le vue, ajoiite-t-il, le peintre des grandes manœuvres de l'armée russe est de beaucoup supérieur au meilleur peintre militaire russe actuel, Samokisz, qui se montre plus français que lui dans les soldats de son pays. »
Dans l'école russe contemporaine qui présente une si grande originalité, un caractère si nettement national, en même temps que des tendances naturalistes fort accentuées, la s peinture militaire tient une < place restreinte. Des artistes
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g de grande valeur, avec le sentiment instinctif de ses beautés et de ses harmonies, étudient la nature sous tous ses aspects, expriment avec vérité sa poésie rude et sauvage, dans la vaste solitude des steppes, sous les ciels sombres d'automne, au milieu des neiges; ils peignent, avec une émotion communicative, les forêts de sapin»^ couvertes de givre, les coins de clairière oii croupissent des eaux épaisses aux pieds des bouleaux dénudés, les dégels aux reflets glabres, et les buées montant des prés humides au
printemps. Le peuple a les tendresses des peintres de genre, qui prennent un intérêt passionné à rendre sa physionomie si expressive, et qui apportent, dans leurs niinutieuses anah ses des types et dans leurs descriptions des costumes, une conscience ayant quelque chose de religieux par sa sévérité. L'armée si pittoresque, si étroitement liée à la vie nationale, n'a inspiré jusqu'ici que quelques spécialistes, dont aucun ne l'a comprise et représentée comme le fera le peintre français.
Je disais un jour à l'artiste qu'en Russie, comme en Angleterre, les compositions qu'il avait consacrées aux armées de ces deux pays l'y faisaient considérer pour ainsi dire, par les artistes eux-mêmes, et par les écrivains, comme une sorte de fondateur de la peinture militaire de leurs Ecoles d'art; il me répondit vivement : « Je ne pense pas cela; je crois seulement les avoir intéressés en faisant très juste, et en rendant bien l'impression de ces pa\ s et des tvpes de leurs armées. Je me suis identifié avec ce que j'a\ais sous les yeux. Je suis devenu Anglais ou Russe, mais avec ma \ision à moi. Français. »
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