LES SOT.DATS DU PREMIER EMPIRE « LES CAVALIERS DE NAPOLÉON
LES peintres, dont elle a enflammé l'imagination, ont donné à l'épopée napoléonienne des formes très diverses. Après avoir esquissé le Bonaparte d'Arcole au masque tragique, pétri d'ambition ardente, David peint, dans la splendeur de l'apothéose, l'Kmpereur nouveau, au visage césarien, sacré par la main d'un pape dans la vieille cathédrale des rois. Gros et Girodet l'ont auréolé de gloire sur les champs de bataille. Par Raffet, Napoléon est entré dans le cycle nébuleux des légendes héroïques; et, Meissonier, historien psychologue, a voulu montrer le soldat de fortune à l'aurore, au zénith et au déclin de sa carrière : 1796, 1807 et i8i4, Castiglione, Friedland et la Campagne de France, Détaille apportera à la figuration artistique de cette épopée une note nouvelle ; Meissonier ne pouvait qu'inspirer à son élève le culte de celui qu'il avait toujours aimé, dont, à vingt ans, il suivait les cendres, du Pecq
aux Invalides, au premier rang- de la foule enthousiaste. Mais, tout en admirant, à son exemple, le grand capitaine qu'il peindra en ^ quelques tableaux, il s'éprend passionné-
ment des héros modestes, inconnus, de ses batailles gigantesques, de ceux (jui ont com- ! battu et sont morts obscurément pour lui.
Ce ne seront point cependant les cuirassiers de Géricault, (jui semblent échappés de ^ (juelque panathénée nouvelle d'un temple à
la Victoire impériale, ni les grognards picaresques de Charlet qui pestaient sans cesse contre le Petit Caporal et le suivaient toujours; il fait revivre, de leur vie simple de de\oir militaii'c, ces fils de paysans et d'ouvriers, conthiits, par l'universelle contagion et par la force des choses, aux vertus cpii coiupiièrent le monde et fondent les empires.
Jusqu'ici, en effet, on ne trouve dans cette série de peintures historiques que trois compositions dont le César moderne soit le personnage principal : « Bonaparte en Egypte », du Salon de 1878, « lîonapart« en Italie », qui date de 1889, et « Napoléon recevant un messager », terminé cette année, et non encore sorti de l'atelier. Dans le premier tableau, le plus caractéristique de tous, on présente les étendards enlev és et les prisonniers gardés par des soldats du fameux régiment des dromadaires, au jeune général en chef de l'armée d'Égypte, qui a à ses côtés Kléber, Desaix, (^aflarelli jeune, le général Dumas de la Pailleterie — le grand-père d'Alexandre Dumas, — Bessières, commandant des guides, Monge et Bertlîollet. Ce tableau provoqua de nom-
DESSINS POUR « \.V. COMBAT ENTRE LES COSAQUES ET LF.S GARDES d'hONNEUR »
LES SOLDATS DU l'Rf:MIER EMPIRE
breuses et vives critiques. Détaille y paraissait avoir renoncé à sa manière si personnelle, poui' aniali>amer confusément les procédés (le Gros, de (iérard et d'Horace Vernet, dans ce qu'ils ont de plus conventionnel. Le £>roupe des i^énéranx, des soldats et des prisonniers est un prétexte à la réunion des types (li\ers d'uniformes et des spécimens de toutes les races et de toutes les castes de l'Orient; sur le premier plan, connue dans ^ les tableaux militaires de l'Kmpire, sont disposés métliodi(|uement des cadavres de cbevaux et de ca\aliers indii^cMics, des armes et des oljjets de liarnacliement, destinés à des effets de natures mortes, étudiés avec
amour, et de nus peints suixant les rites de l'Académie. « Bonaparte en Egypte » fut une erreur, axoiiée franchement, on le verra plus loin, mais de celles ([ui honorent encore ^ par la conscience professionnelle de l'artiste et par l'ambition de viser à un but élevé.
Le nombre des autres tableaux qui mettent en scène des soldats de la Républifjue et de FLuq^ire n'est pas moindre de quatorze.
Ce sont, cinonologiquement : 1875, « Avant l'action » ; 1890, « J^a Charge du 4' hussards », et « L'État-major d'une division de grosse cavalerie »; 1892, « Un convoi de prisonniers autrichiens » ; 1893, « Vive l'empereur! » ; 1895 « Le renseignement », « Chez le curé du ^illage », « Le Départ du cantonnement » et
DKSSI.NS POUR LK COMBAT ENTRE LES COSAQl'ES ET LES GARDES d'hONNEUR >> 11869)
i',o DETAILLE
« I>a Sortie de la i^aniison (rHuningue » ; i8<)7, «En inarche ».
Le plus important est « La Soi'tie de la garnison d'Huningne ». Il représente la fin glorieuse du fameux siège, en iHi 4, de la petite \ille alsacienne, dont la garnison de 4 5oo hommes et les habitants armés résis-