ACTION DE L’EXTRAIT AVANT LA PÉRIODE SENSIBLE
On vient de voir comment on peut expliquer, par l'existence d’une période de sensibilité à l'extrait, la seconde portion des courbes traduisant l'intensité de l’action de l'extrait aux différents stades du développement larvaire. Mais il reste à interpréter la première portion de ces courbes, c'est-à-dire celle comprise dans les 4o premières heures.
On a vu que, pour obtenir l'effet maximum de l'extrait, il faut que les larves soient âgées exactement de 4o heures. Si elles sont plus vieilles, l'effet sera moindre, ce qui est normal, une partie de la période de sensibilité étant déjà écoulée. Si elles sont plus jeunes, les nombres de facettes seront plus ou moins élevés, mais tous resteront inférieurs à celui des mouches issues de larves transportées sur l'extrait à leur 4o° heure. Et cependant, toutes les larves dont l’âge est compris entre o et {o heures au moment du transfert, restent en présence de l’extrait au delà de la quarantième heure, donc durant la période de sensibilité.
Ce qui revient à dire que le fait pour les larves d’être élevées, avant la période de sensibilité, sur du milieu contenant de l’extrait, les rend inaptes à l'utiliser par la suite, ou tout au moins diminue, dans des proportions notables, son action ultérieure. |
À considérer la forme des courbes (figures 3 et 4) jusqu’à la 4o€ heure, on peut envisager deux explications possibles : ou bien l'extrait a subi une inactivation, due à la présence des larves et de la levure; ou bien ce sont . les larves qui ont été en quelque sorte insensibilisées et rendues moins propres à utiliser l'extrait par la suite. En effet, les courbes montrent que de o à 20 heures l'effet reste constant et faible. Au delà de la 20° heure, l'effet croît régulièrement jusqu’au stade critique de 4o heures. Il semble donc bien se produire une transformation, soit du milieu, soit des larves, nécessitant un temps minimum de 20 heures pour s'accomplir entièrement.
Inactivation du milieu ou insensibilisation des larves ? — Afin de voir laquelle des deux hypothèses est à retenir, les expériences suivantes sont “faites : un certain nombre de tubes contenant du milieu I à 5 0/0 de glucose et 6,7 0/0 d'extrait sont préparés. On y introduit ensuite des larves suivant le protocole suivant :
Tube r : larves de o heure.
Tube 2 : larves de 4o heures.
Tube 3 : larves de 4o heures, le milieu ayant été ensemencé 4o heures auparavant par une suspension de levure vivante.
J'OEIL DU MUTANT BAR DE LA DROSOPHILE 27 a
- Tube 4 : larves de 4o heures, le milieu ayant déjà servi à l'élevage de larves pendant 4o heures.
Tube 5 : larves de o heure, le milieu ayant déjà servi à l’élevage de larves pendant 4o heures.
TaBzEau 5
Le nombre de facettes des mouches issues de ces différents lots est donné par le tableau 5. On voit que l’on retrouve, entre les tubes 1 et 2, la différence d'intensité de l’effet montrée par les courbes du chapitre I, mais qu’une partie seulement de cette différence trouve son explication dans les résultats des autres tubes. En effet, le tube 3 montre que la prolifération de la levure n’a pas suffi à inactiver complètement le milieu : le chiffre des mâles est plus faible d'environ 1/6 que celui du tube 2, mais encore nettement plus fort que celui du tube 1. Quant aux chiffres des femelles, ils sont à peu près identiques pour les tubes 1 et 3. De même, le tube 4, où le milieu a subi, outre la prolifération de la levure, la présence de larves, ne peut rendre compte seul de la différence entre les résultats des tubes 1 et 2. Certes, les nombres de facettes de ce tube 4 se rapprochent de ceux donnés par les larves élevées dès leur éclosion sur l'extrait mais ils leur sont encore nettement supérieurs, et même si le milieu a été inactivé, cette inactivation n'est que partielle. -
Quant au tube 5 où ce sont, cette fois, des larves de o heure qui sont transportées sur des milieux ayant déjà servi pendant 4o heures, il donne des mouches qui ont des yeux plus grands que les mouches issues de larves repiquées également à o heure, mais sur du milieu neuf. De ces cinq expériences, on peut donc conclure que les milieux subissent une inactivation partielle quand ils reçoivent, pendant 4o heures, des larves et de la levure : en effet, par rapport à des larves de même âge élevées sur du milieu neuf, les larves transportées sur ces milieux sont moins modifiées si elles sont âgées de 4o heures et plus si elles sont âgées de o heure au moment du transfert.
Ce que l’on peut reprocher à ces expériences, c’est que entre le tube 2 et le tube 4 par exemple, il y ait une autre différence que l'absence ou la présence de larves ou de levure pendant les 4o premières heures. Quand, après Lo heures d’exposition du tube 4 aux larves, on y remet de nouvelles larves, celles-ci trouvent un milieu plus riche en levure que celui du tube 2. Non
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