‹ Déterminisme de la taille de l'œil chez le mutant bar de la drosophile, Intervention d'une substance diffusible spécifiqueChapitre 9 sur 29 · DÉTERMINATION DE LA PÉRIODE DE SENSIBILITÉ A L'EXTRAIT · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION DE LA PÉRIODE DE SENSIBILITÉ A L'EXTRAIT

Quand Ersrussi, Kmouvine et Crevais (1938) expérimentérent pour la première fois l'action de l'extrait de Calliphora sur lenombre de facettes, ils notèrent une grande variation de la taille de l'œil. Ils attribuèrent cette variation au fait que l’âge des larves traitées n'était pas connu avec une précision suffisante. De plus, les expériences montrant l’action de la température sur le nombre des facettes prouvent que celle-ci n’agit que pendant une certaine période de la vie larvaire. Enfin, K#ouvinE, Érarussi et Caevais (1938) au cours des expériences d'action des substances v* et cn* sur la formation du pigment des yeux de la Drosophile, ont mis en évidence que le moment où l’on administre des substances aux larves influe sur l'intensité de l’action.

Il était donc nécessaire, avant d'entreprendre des travaux plus poussés, de voir s’il existait une période de sensibilité à l'extrait comme il en existe une pour la température, et, dans ce cas, d’en déterminer les limites.

Pour cela, des larves sont placées, suivant la méthode ordinaire, sur du milieu I contenant 5 o/o de glucose etde l'extrait de Calliphora. Les larves sont, au moment de leur repiquage sur le milieu, âgées de o heure à 76 heures, les âges étant espacés d’environ 6 heures. Deux expériences ont été faites : dans la première, le milieu était à 6,7 et 10 o/o d'extrait (tableau 1 et figure 3), dans la seconde, le milieu était à 5 et 10 o/o d'extrait (tableau 2 et figure 4).

Les faits suivants se dégagent de l’examen des courbes et des tableaux :

a) le nombre de facettes est modifié par l’ingestion de l'extrait de Calliphora ;

b) l'intensité de cette modification dépend de l'âge des larves au moment où elles sont placées sur le milieu contenant l'extrait :

__ Jes larves transportées à l’âge de 4o heures du milieu standard sur un milieu contenant de l'extrait présentent la. plus forte augmentation du nombre de facettes ;

Simou Chevais. 2

18 SIMON CHEVAIS den Se EE AE Net ie té LE ne.

TABLEAU 1 RS RE ER RE SR er AE RU te ne HE 9 "2 2 2 GConc Ages £ RE de mon n m mIT n m m/T 4e 21 89,2 24 72,0 6,7 0/0 0 22 123,6 1,39 23 88,7 1,23 » 14 9 202,2 2,28 17 106,1 1,47 pa ENS ae » 2 I 147 Et 7 ; , » 32.30 14 180.4 2,12 18 121,7 1,69 » Lo 18 254,4 2,85 18 14,5 Le » 45.30 16 168,1 1,88 4 124,5 1,7 » 5r 16 126,4 1,42 15 80,9 1,12 » 59 9 86,7 0,97 22 67,3 0,94 » 7ô 13 87,5 0,98 21 71,3 0,99 10,0 o/o0| o 7 162,6 1,82 23 100,8 1,40 : : 6 » 14 14 145,4 1,63 9 91,0 1,2 Ru a ee a » 2 17 159,1 1,7 22 : , » 32.30 16 Hu 2,24 12 145,8 2,03 » ho 20 258,5 2,90 13 150,7 2,09 » 45.30 20 241,0 2,70 17 156,9 CEE » 5r I 178,4 2,00 19 108,5 1,90 » 59 18 86,4 0,96 16 71,5 0,y9 » 76 15 85,5 0,99 19 73,8 1,03

Fig. 3. — Nombre de facettes en fonction de l’âge des larves au moment du transfert sur l’extrait.

ER

Cie) Q9 n m m/T n m m/T

T 3b 76,5 56 66,5 5 o/o o 27 105,3 1,37 31 80,2 1,21 » 13.30 10 104,4 1.30 il 85,7 1,29 » 20 12 202,9 2,65 15 127,7 1,92 » 26 17 112,0 1,46 12 0, 1 1,20 » 32 21 170,3 2,23 14 112,4 1,69 » Lx 18 258,0 3,37 16 133,1 2,00 » 46 23 212,8 2,78 19 110,6 1,66 » 52 18 139.8 1,83 23 74,2 1,12 » 6r 16 78,5 1,03 15 69,8 1,05 » 76.30 12 83,8 1,10 14 74,3 1,12

10 0/0 0 15 155,6 2,03 20 106,3 1,60 » 13.30 12 156,6 2,05 15 105,8 1,59 » 20.30 15 163,2 2,13 13 114,5 1,72 » 26 14 187.a 2,46 19 121,3 1,82 » 32 14 229,4 3,00 21 120,7 1,80 » kr 18 315,9 4,13 14 173,2 2,60 » 46 18 324,3 4,24 14 171,2 2,57 » 52 23 208,5 2,73 18 104,8 1,58 » 61 14 84,5 1,10 20 69,7 1,05 » 76.30 20 84,3 1,10 18 78,2 1,18

0 2 ê 24 36 48 € 72 Fig. 4. — Même légende que pour la figure 3.

20 SIMON CHEVAIS

— des larves âgées de 6o heures au moment de leur transport sur l'extrait ne présentent plus d'augmentation par rapport aux témoins De Lo heures à 6o heures, l'intensité de l'augmentation décroit régulièrement ;

__ avant 4o heures, l'intensité de l'augmentation est plus faible. Elle reste très faible jusqu’à la vingt-quatrième heure, puis croît pour atteindre le maximum vers la quarantième heure. ll est à remarquer que des larves transportées sur l'extrait avant /o heures restent cependant sur celui-ci pendant la période du développement qui s'étend après ce stade de ho heures ;

c). la différence d'intensité entre les diverses concentrations se maintient, d’une manière plus ou moins constante, durant tous les stades étudiés. De même, la différence entre les mâles et les femelles reste qualitativement constante, le nombre de facettes des femelles étant beaucoup moins augmenté que celui des mâles.

Dans les deux expériences, il s’est trouvé, durant les premières heures, un stade dont le résultat était anormalement haut par rapport aux stades voisins. D’autre part, les différences d'intensité dela modification sont assez fortes pour cette période comprise entre o et 40 heures. C’est pourquoi, une troisième expérience analogue a été réalisée, n’intéressant que cette période, mais pour des stades plus serrés, les lots de larves n'étant espacés que de quatre heures au moment de leur transfert. Ce sont les résultats de cette expérience qui sont traduits dans le tableau 3 et la figure 5. On y retrouve les mêmes caractéristiques que dans les deux premières expériences. En particulier, l'augmentation du nombre de facettes reste constante durant les vingt-quatre premières heures et bien inférieure à l'augmentation constatée à la quarantième heure.

Le Chapitre II sera consacré à l'examen et à l'interprétation de cette première partie du développement, celle allant de o à 4o heures. Je ne m’occuperai donc maintenant que de la seconde partie, celle allant de la quarantième heure à la pupaison.

TABLEAU 3 Extrait à 5 0/0 Extrait à 10 0/0 oo A ms EE Ages So PQ d'a QQ | de EE n m n m n m n m T 21 72,9 29 68,7 21 72, 2 68 o II 11139 20 82,9 12 161.8 1 ne 4 17 121,8 12 93,8 13 181,2 16 139,8 8 14 116,9 13 84,4 15 154,7 22 108,6 12 16 124,8 22 93,4 9 175,6 24 131,9 16 18 106,5 15 87,7 13 156,2 14 118,4 20 13 113,9 fre 87,4 14 157,3 14 126,3 24 I 124,9 13 87,8 20 150,6 15 112,8

mo

fac.

0 42 24 36 48 Fig. 5. — Même légende que pour la figure 4.

Des constatations b) il ressort que si l’on veut agir sur le nombre des facettes de l’œil au moyen de l'extrait, il faut intervenir dans la période du développement qui s’étend entre 4o heures et 6o heures. Avant cette période, la modification est plus faible ; après, elle est nulle. Il semble donclogique de parler d’une période de sensibilité du disque à l'extrait, avec cette restriction que des expériences du type de celles que je viens d'exposer ne montrent avec certitude que l’une des limites de cette période, sa fin. En effet, puisque des larves âgées de 59 ou 61 heures au moment de leur transfert sur l'extrait ne subissent plus aucune modification, et que leur œil garde la même taille que celui des mouches témoins, on peut dire qu’à ce moment le disque n’est plus capable de réagir à l’action de l'extrait. On verra par la suite comment on peut interpréter ce fait. Quoi qu'il en soit, un disque âgé de 60 heures (à une heure près) est parvenu à un stade de son développement tel que le nombre de facettes de l’œil qui en proviendra est déjà fixé.

Quant à la détermination du début de la période de sensibilité à l'extrait, elle ne peut être faite avec certitude par de telles expériences. Si, en effet, ce sont les larves âgées de 4o heures au momeut du transfert qui présentent le maximum d'intensité, cela ne signifie pas nécessairement que le début de la période de sensibilité corresponde à ce stade. On peut penser que l’ex-

trait, ingéré à partir d’un stade donné, n’est capable d’agir que quelques heures plus tard, quand le disque est devenu réceptif. Cependant, puisque les figures montrent une décroissance régulière de la modification entre 4o et 6o heures, il y a de bonnes raisons de penser que c’est bien ce stade de 4o heures qui correspond au début de la période sensible. Une nouvelle expérience va confirmer cette impression. Elle est conduite à l'inverse des trois premières. Au lieu de transporter des larves d’âges différents sur l’extrait et de les y laisser jusqu’à leur pupaison, on prend des larves à l'éclosion et on les place sur du milieu I contenant 5 o/o de glucose et 6,7 0/0 d'extrait. Puis on en prélève des lots à des stades espacés de 12 heures et on replace les larves sur du milieu standard où elles achèvent leur développement. Le tableau 4 et la figure 6 indiquent le résultat de cette opération. On voit que, à l'inverse des expériences précédentes, celle-ci donne le début de la période sensible, mais non sa fin. En effet, des larves élevées de o à 4o heures sur l'extrait ne présentent qu’une très faible augmentation du nombre des facettes. A partir de 4o heures, ce nombre croît, montrant que le disque est devenu capable de réagir à l'extrait, donc que la

CueA Q@ n m m/T n m m/T

at 25 90,3 22 74,6 12 28 103,3 EVA 11 76,4 1,02 24 17 102,5 1,13 18 73,2 0,98 36 14 106,6 1,18 22 72,6 0,97 Lo 18 103,0 1,14 26 75,0 1,01 48 23 112,7 F,2D 22 81,8 1,10 60 15 136,1 1,51 25 102,6 1,38 72 13 162,9 1,80 22 120,4 1,61 84 12 163,6 1,81 20 108,7 1,46 96 at 161,3 1,79 17 115,0 1,54

ce nu

« Po Den og 5-0 ---"

Fig. 6. — Nombre de facettes en fonction du temps passé sur l’extrait.

période sensible commence bien à ce moment. La croissance du nombre de facettes continue jusqu’à 72 heures. Après cet âge, le fait de laisser plus longtemps les larves sur l'extrait n'apporte plus aucune modification. Ce stade paraît être très en retard sur le stade de 60 heures, trouvé dans les premières expériences comme étant la fin de la période sensible. Mais, de même qu’il n’y avait pas de corrélation exacte entre le début de la période sensible et le moment où l'extrait devenait capable d'agir, de même ici iln”y a pas de corrélation entre la fin de la période et le moment où l'extrait cesse son action. |

Discussion el conclusions. — De l’ensemble de ces expériences, il ressort que l'extrait n’agit, pour provoquer une modification du nombre des facettes, que pendant une certaine période au cours de laquelle il est possible d'augmenter plus ou moins la taille de l'œil. Cette période sensible couvre 0 heures du développement larvaire, réparties depuis la quarantième heure jusqu’à la soixantième. |

Il est cependant indispensable de préciser les limites de la période sensible : tout d’abord, d’après la méthode de prélèvement des larves, l’âge de celles-ci n’est connu qu’à deux heures près, puisque c’est pendant deux heures qu'on laisse les larves éclore. Les limites ne seront donc données qu’en tenant compte de cette approximation. En outre, il est bien évident que, lorsque des larves sont transportées âgées de 4o heures sur. l'extrait, elles ne commencent pas immédiatement à ingérer l’extrait contenu dans le milieu. Il peut y avoirun décalage, entre le moment du transfert et celui où l'extrait intervient dans le métabolisme de la larve, de deux heures environ, comme le montre la comparaison des différents points où les, graphiques se décrochent. De même, quand on retire les larves du milieu contenant l’extrait, il peut se produire un décalage identique entre ce moment et celui où l'extrait cesse d’agir. Ces retards dans l’action de l’extraitexpliquent le manque de coïncidence entre les différents graphiques. Pour en tenir compte, il est bon d'ajouter deux heures à chacun des chiffres trouvés, et les limites de la période sensible se trouvent donc être : début : 42 heures —+ 1 heure, fin : 62 heures + 1 heure. Pour supprimer l'effet de ces retards, il faudra donc effectuer les transferts deux heures avant les stades à étudier.

Dans les limites de la période sensible, l'action de l'extrait varie avec la durée du séjour des larves sur le milieu contenant l'extrait. Dans un type d'expérience comme dans l’autre, l’accroissement de la taille de l'œil est directement proportionnel à la durée de l'exposition. Pour les différentes concentrations essayées, les graphiques montrent des courbes parallèles, compte tenu des légères variations d’un point à l’autre. Ceci suggère que pendant cette période, les larves sont influençables d’une manière constante. Il y aura donc intérêt, si l’on veut modifier fortement la taille de l'œil, à agir dès le début de la période sensible.

Celle-ci couvre un temps relativement court de la vie larvaire. En effet, elle ne dure que 20 heures sur les 96 que dure la vie de la larve. Quand elle débute, près de la moitié (4/4 0/0) de la vie de la larve s’est déjà écoulée. Il

est intéressant de rapprocher ces chiffres de ceux trouvés par les auteurs qui

24 SIMON CHEVAIS © ont étudié l’action de la température sur le nombre de facettes. J'ai donné ” dans la partie « Historique » de cet exposé un tableau des chiffres trouvés par Driver (1931) dans son étude de la période d'action de la température sur Bar. Comme ces chiffres sont calculés d’après une durée de vie larvaire comprenant à La fois la vie embryonnaire et la véritable vie larvaire, il ÿ a lieu d'ajouter aux chiffres que donnent mes expériences les 22 heures que dure le développement de l'œuf. Dans ces conditions, la période sensible s'étend depuis la soixante-quatrième heure jusqu’à la quatre-vingt-quatrième, comme le montre le tableau suivant :

Durée de la vie œuf + larve.

D EPST De SLT UN Per PEER 118 heures Limites de la période sensible . . . . . . : 64-842 heure Période de vie œuf + larve avant la p. s. . . . . . . 54 0/0 Période de vie œuf + larve pendant lap.s. . . . 17 0/0 Période de vie œuf + larve après la p.s. - 29 0/0

On voit, en comparant ces chiffres avec ceux donnés page 15, que la période de sensibilité à l’extrait se place au voisinage de la période d’action de la température telle qu’elle a été établie par plusieurs auteurs. Comme ces derniers n’ont pas déterminé ses limites à la température de 25° à laquelle sont conduites mes expériences, il est encore plus significatif de comparer les différents chiffres dans les figures 7 et 8 où j'ai reporté les durées de périodes de sensibilité en fonction de la température. On voit que la période de sensibilité à l'extrait se situe exactement là où se situerait

degres

Fig. 7. — Position et durée en heures de \ la période sensible en fonction de la température. La période de sensibilité à NT l'extrait est placée à 250. Cas des mâles.

Fig. 8. — Même légende que pour la figure 7.

Cas des femelles.

la période d’action de la température à 250. Il est donc évident que l’on est en présence de deux processus très analogues se traduisant par des résultats qualitativement identiques. Il reste que, avec l'extrait, on peut agir d’une façon beaucoup plus intense qu'avec la température, puisque, pour la

concentration maxima utilisée, on atteint des yeux ayant plus de 300 facettes, alors que la température la plus basse ne donne que 140 facettes.

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