‹ Déterminisme de la taille de l'œil chez le mutant bar de la drosophile, Intervention d'une substance diffusible spécifiqueChapitre 19 sur 29 · TR · texte numérisé non relu

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développement de la totalité du principe fourni par la larve ; aucun excès n'est donc libéré dans la lymphe. De même, quand ün disque Bar est implanté dans une larve sauvage, il ne trouve pas trace utilisable par lui de ce principe dans le corps de l'hôte. Quant à l'œil sauvage implanté dans une larve Bar, il n'a à sa disposition que la quantité de principe qu'il apporte lui-même : sans doute cette quantité est-elle un peu trop faible, puisqu'il n'arrive pas à former le nombre de facettes qu’il possède habituellement. Implanté dans une larve sauvage, il en est de même, puisque la lymphe ne contient pas d’excès libéré et utilisable de principe actif.

Cette hypothèse se trouve vérifiée si on fournit à l’hôte une certaine quantité de principe, en l’élevant sur un milieu contenant de l'extrait de Calliphora. Pour cela, les implantations Bar dans sauvage et Bar dans Bar sont recommencées, dans les mêmes conditions que précédemment, à ceci près que, l'opération terminée, les hôtes sont placés sur du milieu If, contenant 15 o/o d'extrait purifié par adsorption. Les résultats sont les suivants :

Implants Hôtes LANCE, 0 n—=7 m—= 301,8 n =" .m = 698,7 Ban Par 0 n—=6 m— 161,3 D 0. 211,8

On voit que, dans ce cas, l'hôte sauvage est capable de fournir du principe à l’implant Bar, lui-même n’en ayant pas besoin, puisque ce qu'il produit suffit à couvrir sa propre utilisation. Quant à l'hôte Bar, il prend pour lut une partie du principe trouvé dans le milieu, mais on cède aussi à l’implant. Ce dernier fait montre que, lorsque le principe provient de l’extérieur, l'effet de priorité ne s'applique pas toujours intégralement.

Ces résultats confirment l'hypothèse d'après laquelle, si les implants Bar dans sauvage non traité ne sont pas modifiés, c’est qu'il n'existe pas de principe utilisable par eux dans le corps des larves sauvages; Car, si on supplée ‘artificiellement à cette absence, les implants sont augmentés. D'autre part, ils montrent, comme je le disais plus haut, que les milieux sauvages et Bar ne se distinguent que du point de vue de la quantité de principe utilisable par les yeux et présente dans le corps des larves. Dans l’un et l’autre cas, le principe n’est libéré dans la circulation générale que Sil existe en excès. À ce moment, un œil implanté peut en profiter.

Enfin, lorsqu'on prépare un extrait de larves Bar ou sauvage, on libère le principe actif, parce que, dans ce cas, c’est la totalité de l’organisme qui est traité, comprenant donc la source du principe.

Et l’on arrive à cette conclusion qu'il existe dans la larve sauvage une source de principe actif, agissant sur l'œil pour l’amener à sa taille normale. Elle ne forme que tout juste assez de principe pour couvrir les ‘besoins de l’œil. Chez la larve Bar, cette source existe aussi, mais elle ne fabrique qu'une quantité très faible du principe. Certaines conditions peuvent faire que cette quantité varie, dans un sens ou dans l’autre : ces conditions sont régies par des facteurs extrinsèques (température, atmosphère, défaut de nourriture) ou intrinsèques (nombre de gènes Bar, présence d’autres gènes). On peut compenser le manque partiel de principe actif en fournissant ce principe soit per os, soit par injection.

70 i ° SIMON CHEVAIS

Ce que j'ai appelé la « résistance » de la mutation Bar n'est alors que cette propriété des individus portant le gène Bar de réduire la quantité du principe formé. C’est bien une action négative, puisque le {ype sauvage élabore ce qui est nécessaire au développement normal de l'œil. On peut donner une valeur numérique à cette résistance, valeur variable suivant les conditions.

Etant données ces conclusions, je pense que, par analogie avec les autres cas déjà connus où un gène agit par l’intermédiaire d’un principe diffusible, on peut appeler ici le principe actif présent dans l'extrait de Calliphora la « substance B+ ». C’est sous ce nom que je le désignerai dorénavant.

Comme je l’ai montré dans « l'Historique » de ce mémoire, plusieurs résultats conduisaient à penser que la substance v+ et la « substance formatrice de facettes » dont on supposait l’existence, avaient des analogies chimiques. D'autre part, Caevais, EParussi et STeINBERG (1938), par des expériences combinées d’ingestion et de transplantation, avaient trouvé que la taille réduite de l'œil Bar ne pouvait expliquer sa déficience en substance v+, suggérant ainsi que l'identité chimique entre les deux substances n'était pas totale. Depuis ces expériences, la nature chimique de la substance v+ a été précisée. Il était donc nécessaire de chercher si cette analogie entre la substance v+t et la substance B+ se maintenait. Knouvine, Eparussr et Cuevais (1938) ont montré que les milieux nutritifs à base de tryptophane fournissent la substance v* aux larves qui en sont dépourvues. Ces mêmes milieux, sur lesquels j'avais repiqué des larves Bar, n'ont provoqué aucune augmentation de la taille de l’œil par rapport à des larves élevées sur du milieu identique dépourvu de tryptophane. D'autre part, la substance cristallisée par Tarum et BEADLE (1940) injectée en solution à des larves Bar de Lo heures, n’a apporté aucune modification du nombre de facettes. Ces deux résultats montrent que les deux substances ne sont pas chimiquement identiques mais que l'extrait de Calliphora les contient simultanément.

Il reste à voir maintenant comment la substance B+ agit au cours du développement du disque imaginal de l'œil, et par quel organe elle est fabriquée. C’est ce que je vais étudier dans la seconde partie de cet exposé.

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