‹ Dettes de cœur piece en cinq actes, en proseChapitre 108 sur 132 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

HENRI, avec uuc fureur sombre.

Dans quoi peut-on bien la frapper ?

J’étais devenue l’exécration de cette ville où l’on m’adorait la veille ; il pouvait m’arriver de la cour quelque ordre terrible. Je partis furtivement, je m’évadai à travers mille dangers. J'avais conservé assez de raison pour me souvenir du service que je vous avais demandé, du péril auquel je vous exposais. Je tremblais de vous envelopper dans mon malheur. C’est assez d’avoir à se reprocher la mort d’un homme. Ma volonté surmonta ma faiblesse, me voici. Pardonnez-moi le mal que je vous fais et celui que je vous ai fait déjà. Désormais vous ne souffrirez plus rien à cause de

moi . (Elle va s’appuyer à la cbeminc'e, et le regarde pendant qu’il t’oublie d.ns sa consternation.)

HENRI, accablé.

J’ai beau lutter, le vertige me prend et l'abîme est sans fond.

CALISTE, réprimant un mouvement do douloureuse impatience.

On dirait vraiment que tout est désespéré, Henri. Mais je suis sauvée, au contraire. Que me manque-t-il? Rien! J’ai dans ma voiture les débris de ma fortune plus que suffisants pour me faire vivre très-riche et très-heureuse. Oh ! je ne me suis pas oubliée, j’irai dans quelque province de France (Mouvement aVffroi d’Henri) ou de Belgique, ce sera mieux pour moi et pour tout le monde; les idées religieuses me poursuivent, vous le comprenez, c'est l’antidote du remords. A Anvers, à Malines, à Bruges, j’aurai de belles églises. Je

ISO

DETTES DE CŒUR

prierai. Oh! prier, ce sera la suprême joie de ma vie ! 11 n’y aura pas d'existence plus calme que la mienne. (a»«c une animation fiévreoie.) Seulement, il s’agit de passer la frontière, sinon je puis être inquiétée, arrêtée même !

HENRI

Vous, Caliste ! Oh ! mais cherchons ! cherchons !

Quoi?... Tout dépend de monsieur de Würgen.

HENRI

Je vous réponds qu’il vous laissera passer.

Oui, si vous ne vous en occupez pas... vous entendez; je m’en charge toute seule. Voilà tout... je n’ai plus rien à désirer. Allons, Henri, il ne faut pas qu’on nous sache trop longtemps ensemble ; d'ailleurs, vous alliez partir, je crois. (Elle regarde amour d’elle.) Oui ; séparons-nous. Comptez que je ferai les choses avec goût, sans vous compromettre, et hâtez-vous de regagner la France, rentrez dans la vie et dans la liberté... Adieu !

HENRI, l’arrêtant.

Où allez- vous ?

Attendre ce sauf- conduit.

HENRI

Où?

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