ACTE IV
HENRI
Qu'est-il arrivé ?
CAL1STB.
Rien qui puisse vous atteindre, Henri, tranquillisez-vous.
HENRI
Vous savez que vos lettres ont été envoyées à l’empereur?
CALI STE.
Vous croyez ?
IIKNRI.
Monsieur de Würgen vient do me le dire, (sourire amer de cetiiie.) N'est-ce pas la vérité ?
Non, ce n'est pas la vérité!... 11 y a huit jours, vers le soir, le prince, qui gardait le lit depuis une semaine, est entré chez moi effrayant de faiblesse et de pâleur. Je courus à sa rencontre , il me repoussa ; sa main me tendait une lettre ouverte, une lettre de vous, Henri.
HENRI
Ah ! mon Dieu !
Aux premiers mots que je balbutiai pour me défendre, car je voulais me défendre pour épargner ce coup mortel à mon mari, au premier mensonge que je Os, il m'interrompit par un rire méprisant et me fit voir une autre lettre, celle-là bien irréfutable, quatre pages de moi à vous. S’il m’en eût lu tout haut une seule ligne, c’est moi qui fusse
tombée morte. (Henri cache son visage dans ses maint.) Alors il Se
traîna vers son appartement, je n’essayai même pas de le soutenir. 11 s’appuyait de son unique main aux murailles et aux tentures. Je l’entendis refermer sa porte à double tour, et je ne vis plus personne jusqu'au milieu de la nuit. J’étais restée agenouillée, anéantie, sourde à mille bruits sinistres qui grondaient dans la maison ; par ma fenêtre ouverte, une pluie d’orage entrait, violente et lourde, et m'inondait, et j’appelais sur moi chaque éclair, et j’aspirais le feu de la tempête, il eût étouffé mon misérable cœur. Enfin, mes femmes entrèrent chez moi tout égarées par la terreur. Le prince venait dexpircr entre les bras du commandant de la place et d’une personne qu’on ne voulut pas me nommer; vous la devinez sans doute. Il était mort sans m’accorder son pardon, sans sc demander s’il n’avait pas aussi besoin du mien, il était mort; et au lieu de la voix chrétienne qui console et réconcilie, il n’avait entendu que deux voix accusatrices, acharnées à glisser une malédiction dans son dernier soupir !...
HENRI
Würgen avait menti !
Le prince a ordonné dans son testament qu’on portât mes lettres et celles de mou amant à l’empereur, pour qu’il punîtmon crime. L’exécuteur testamentaire, c’est la comtesse Gorthiany ! Oh ! Dieu nous juge ! et s'il m’accable ainsi, j’espère qu’il n'oubliera pas cette femme, et qu’il la frappera comme elle le mérite !