‹ Dettes de cœur piece en cinq actes, en proseChapitre 11 sur 132 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

chable... Ce sont des joyaux qui comptent dans une dot... Moi, je n'avais pas encore levé les yeux sur celui dont on plaçait la main dans la mienne, que déjà je m'étais juré d’aimer cet inconnu et de le respecter toute ma vie... Dieu m’est témoin que je sais tenir une parole... Eh bien, après un mois de mariage, le prince Novratzin s’enfuyait une nuit de sa maison et me laissait seule, seule pour toujours!... Qu'avais-je fait pour mériter cette honte?... Je le demandai à genoux... J’écrivis en suppliante... Le prince ne répondit jamais... On me répondit pour lui, que le maître lui avait commandé de m’épouser, mais qu’il ne lui avait pas défendu de me haïr.

CHAUDRAY.

Oh! oh ! oh 1... Qui donc a pu avoir cette cruauté?

Une femme ! une amie à moi, et à mon mari...

LA BARONNE, A Chaudrujr.

Et à VOUS !

La comtesse Gorthiany?

Ne parlons que du prince... Le reste n'existe pas pour moi. Depuis six ans, j’ai dû accepter la vie qu’on m’avait faite : la solitude et le vide au milieu du bruit et du tourbillon. Je suis seule, jamais il ne m’est échappé une plainte. Avec un mot, avec une larme, j’eusse perdu M. Novratzin... Ce n'est pas faute d’avoir pleuré; mais nul

DETTES bE cor: U R

ne peut dire qu’il s’en soit aperçu. Peu à peu la douleur s’est effacée, non l’offense. Cet homme, agréé par Dieu pour me faire respecter du monde, mon mari, m’avait à ce point affichée, que, pour ne rien perdre de l’estime publique, j’ai dû avilir la vertu jusqu’à la rendre hypocrite. Si je n’eusse été qu’honnête, bien des gens se fussent cru le droit de me mépriser. J’ai été prude, lâche, stupide; je n’ai pas serré une main sans trembler; je n’ai pas regardé un visage franchement ; je ne sais pas si j’ai permis à la plus chaste pensée de pénétrer jusqu’à mon cœur... Un cœur comme le mien!... Ah! celui qui l’a brisé a commis un véritable crime, et ce n’est pas avec de bonnes intentions qu’on rachète ou qu’on répare les crimes, quelquefois même il ne suffit pas du remords !...

LA BARONNE, à Chaudray.

Voyez- vous?

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