DE B 1ER G ES
Te dégager de mademoiselle Dampmesnil par quelques lignes, ce serait une inconvenance et une mauvaise action, je le reconnais. Mais je ne t’ai pas conseillé de lui écrire, moi. Pourquoi ne pas la voir? pourquoi ne pas lui parler?
HENRI
Aller à Paris! aller chez elle! C’est impossib'e, je sais trop ce qui arriverait, jamais je ne m’y exposerai.
DE BIERGES.
Il n’est pas nécessaire que tu ailles à Paris pour cela.
HENRI
Ah!
DE BIERGES.
Tous les ans, mademoiselle Dampmesnil va passer quelques mois dans le Midi, pour la santé de sa mère. Cette année, les médecins lui ont ordonné l'air de Pise.
Et alors?...
DE BIERGES.
Il fallait que je donnasse à Lucienne une raison de mon voyage et de ton absence, qui devenait inexplicable. La baronne m'a suggéré de dire que tu étais tombé malade à Côme, où j’allais te retrouver. Côme, c’est si l'on veut le chemin pour aller à Pise : ces daines sont parties en même temps que moi.
AC'lli V
HENRI
Lucienne viendrait ici !
DE BIERGES.
Pourquoi pas?
HENRI
Ah ! mon père, je te devine. Tu n’as pas accepté ta part dans mon sacrifice, il te reste l’espoir que je faiblirai. Tu veux prendre un auxiliaire contre moi, et tu prends Lucienne. Regarde-moi en face, ta conscience te dit que ce n’est pas bien.
DE BIERGES.
Et pourquoi non ? Envers qui suis-je engagé, moi, sinon envers cette jeune fille? Tu ménages la vie d’une femme qui t’aime, soit... mais mademoiselle Dampmesnil t’aime aussi; me refonds-tu de la sienne ? C'est l’enfant de mon choix, la fille que tu m’as promise et que tu çis demandée à sa mère, c’est-à-dire à Dieu !... Maintenant, pour un point d’honneur dont tu n’admets pas que je sois juge, sairifiela si tu en as le courage. Mais mon devoir, à moi, est de lutter pour elle. C’est le droit de mon âge, de ma raison et de mon cœur. C'est son droit, à elle, de se défendre; elle est ici, elle se défendra. (Lucienne paraît iur le seuil.)