ACTE V
LUCIENNE
Puisque nous n’avons rien à nous reprocher, soumetlonsnous à la destinée... ayons du courage.
HENRI
Ah ! vous pouvez en avoir, Lucienne, d’autres bonheurs 'vous attendent. Mais moi, voué désormais à une torture muette, moi, écrasé par le poids de chaque heure qui passe et me courbe sous un devoir, par le poids d’une dette douloureuse, à quoi me servirait le courage? A souffrir un peu plus longtemps, à nourrir le serpent qui me ronge le coeur.
LUC1ENNB.
Si le souvenir d’une amie très-sûre et très-fidèle peut contribuer à adoucir vos peines, je vous promets une amitié sincère, monsieur Henri, vous pouvez compter sur moi.
HENRI
Oh ! vous ne pouvez pas môme me la promettre, cette amitié protectrice, l’avenir n’est pas à vous... Demain peutêtre vous cesserez d’être libre, et vous n’aurez plus le droit de me conserver seulement un souvenir... Allez, Lucienne, je vous perds tout entière, rien de vous ne me restera.
Pourquoi?
LUCIENNE
il EN lu.
Oh! vous le savez trop bien.
LUCIENNE
Non, je suis indépendante... Rien ne m’attache au monde, que ma mère... Et comme je lui dois toute ma vie, je ne ne marierai jamais... De cette façon, je conserverai libre et inaltérée l'amitié que je vous offre. Il ne s’interposera aucune ombre entre votre image et moi. (Henri /agenouille «iiencicux devant elle. A de Bierget.) Partons !
HENRI
Encore une parole, encore un regard!... le dernier.
DE B1ERGES.
Assez!... pour elle, pour toi-même... Assez! (n prend le
brai de Lucienne et remmène.)
LUCIENNE, tendant la main à Henri.
Adieu!
HENRI
Adieu!... (Au moment où Henri s'agenouille, le rideau s’est soulevé lentement. Caliste apparaît livide ; elle a tout entendu. Elle dévore le dernier adieu de Lucienne et d'Henri.) Je neluiai pas dit que je l’aime!... J’étouffe!... je meurs!... (Il relève la tête, et, tout à coup, aperçoit Caliste, immobile et blanche. Il pousse un cri et veut courir à elle.) Caliste!... ah! je l’ai tuée! (Il joint les mains pour lui demander pardon; mais, terrassé par ce froid regard empreint d’une résolution fatale, il étreint sa poitrine haletante, chancelle un instant, et tombe sans connaissance sur le canapé. Alors Caliste, qui ne l’a pas quitté des yeux, se dirige avec effort vers la table, y prend une plume, et, le visage éclairé par cette lueur pâle, soutenant d'une main sa main qui tremble, elle écrit deux lignes et s’arrête épuisée. Déjà elle commençait à marcher vers la terrasse, lorsque, apercevant Henri toujours immobile, elle revient à lui, et baise