CH AU DR A Y
C’est vrai.
LA BARONNE
Oui, vous applaudissez cela, parce que c'est une phrase. La vengeance des honnêtes gens ! Et d’abord les honnêtes gens ne se vengent pas, ils sont trop... trop honnêtes, même pour se défendre. Dans le combat acharné que les méchants nous livrent, les méchants savent toujours ce qu’ils veulent nous faire , nous ne savons jamais que ce qu’ils nous ont fait!
Eh! mon excellente amie, je sais trop ce que veulent ces
8t DETTES DE CŒUR
gens-là. La comtesse Gorthiany prétend qu'elle était destinée avant moi au prince Novratzin, et que par conséquent je lui ai pris son mari.
LA BABONNE.
Elle vous l’a bien repris, ce me semble.
Nous devrions être quittes, n'est-ce pas? Mais non, je ne suis pas encore assez séparée du prince. Ce qu’on voudrait, c’est mon divorce. Seulement, pour l’obtenir, il faut d’abord faire déclarer mon indignité. Ce n'est pas facile. Il y aurait aussi ma mort. Malheureusement je suis très-vivante et décidée à faire attendre longtemps mon triste héritage. La comtesse en est donc réduite à m'exécrer, et elle m’exècre de toutes ses forces. Tant mieux , je sais à quoi m'en tenir.
CI1AÜDRAY.
Mais son frcre, le comte de Wurgen?
CALl STE.
Oh! lui, c’est différent; il a pris le rôle opposé. Il essaye de me faire croire qu’il m’adore. Mais de sa part, à lui, le confident, le complaisant de ma rivale, c’est grossier. Je vous le répète, ces gens ne peuvent rien contre moi; je ne dois de compte qu’à Dieu et à l’empereur, mes deux maîtres. Tous deux me connaissent, je suis tranquille. Ma sûreté dépend de mon honneur, et mon honneur dépend de moi.
CHAUDRAY.
Je vous devais, princesse, une explication franche, et je