ACTE I
LA BARONNE
Pauvre garçon... il a eu du malheur... Enfin, vous aviez voulu le voir naturel, vous l’avez vu. J'espère que je ne l’ai pas fardé... 11 a été affreux.
LUCIENNE
A cause de ce qu’il a dit de madame la princesse Novratzin? Mais, il avait raison, elle est fort belle.
LA BARONNE
C’est égal.
LUCIENNE
Et parfaitement irréprochable, je crois?
LA BARONNE
Eh! oui... Mais cette chaleur qu’il a mise à l’exalter...
LUCIENNE
Ce serait peut-être une raison pour moi d’être tranquille. Je suis peu au courant des habitudes d'une passion vive; mais il me semble qu’une passion est un secret qui ne s’exhale pas complaisamment au milieu d’un salon. C’est pourquoi tout ce que monsieur de Bierges a dit de la princesse m’a paru sincère, naturel et inofTeusif.
LA BARONNE
» Ah ! très-bien, très-bien.
LUCIENNE
Admirer une femme, ce n'est pas l’aimer. Il n’a pas dit qu’il l’aimât, n’est-ce pas ?
LA BARONNE
Il l’appelle la seule femme qu’il y ait au monde.
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LUCIENNE
C’est peut-être vrai. Je ne prétends pas être la plus belle, moi... et d’ailleurs, pourquoi m’offenserais-je?... Il ne m'a jamais vue, il ne me connaît pas, et s’il me connaissait bien, peut-être changerait-il d’opinion.
LA BARONNE
Je n’en doute pas!... Henri ne vous a pas déplu, alors?