SCÈNE II HENRI, CALISTE
HENRI, tendrement.
Bonjour, Caliste.
Bonjour, Henri.
HENRI
Comment, vous voilà habillée... De si bonne heure?
Vous trouvez.
nENRI.
Vous avez raison, au surplus. Il fait bien froid le matin, dans ce vieux parc. — H fait bien triste.
C’est bon, le froid; c’est bon, la tristesse. N’avez- vous rencontré personne?
HENRI
Personne.
Vous avez fait heureuse route?
HENRI
Comme à l’ordinaire. Très-heureuse, oui ; mais bien acci
dentée. Je ne suis pas de ces voyageurs vulgaires qui abrègent, qui abrègent pour toucher le but. (u dépose «on chapeau
et ta entache mr une table du jardin.)
Votre but, c’est le bonheur, pourtant, n'est-ce pas?
HENRI
Assurément... mais je n’y arrive pas sans détour. Ainsi, pour venir à Taverny, six lieues, je commence par prendre le chemin de fer des Ardennes : trois cents kilomètres. Je descends, il est vrai, à 1 Ile-Adam ou à Anvers : quarante kilomètres seulement; mais là, je monte à cheval, et, après huit petits kilomètres, j’arrive à Taverny.
Pauvre Henri!
HENRI
Ah! que je suis donc à plaindre! je n'ai pas plus tôt dépassé le village et tourné certain angle de mur, à l’abri duquel je puis respirer, que le monde ordinaire finit brusquement devant moi. Je passe dans un autre univers. C’est ce paradis choisi par vous, animé de votre âme, au fond duquel je vous ai retrouvée, ce jour de mémoire éternelle où chacun vous disait partie, où moi seul je ne voulus pas y croire, où, mon désespoir m’éclairant vos traces, j’arrivai pas à pas jusqu’ici, et vins tomber à vos pieds. Quoi ! j’ai pu retrouver Calistc, la fléchir, et me faire comprendre de son cœur ! Quoi ! c’est pour moi qu’elle se cache, à moi qu'elle rôve, moi qu’elle attend ; j’ai son sourire, sa beauté.