‹ Dettes de cœur piece en cinq actes, en proseChapitre 41 sur 132 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

son amour à moi seul ! J'ai à nous deux ces bois sombres, ces eaux murmurantes et la maison enfouie sous la verdure; j’ai tous ces trésors, et vous m’appelez pauvre Henri !

Vous êtes devenu trop riche en trop peu de temps, mon ami.

HENRI

Toujours bien amère et bien sombre. Voyons, ne me pardonnerez-vous jamais?

C’est à moi que je ne pardonne pas.

HENRI

En deux mois do dévouement et de tendresse, je n’ai pas réussi à vous convaincre, à vous rassurer?

Toute une vie ne suffit pas à effacer une heure. En deux mois on ne s’habitu . pas à la honte. (Elle l’approche du banc 4

droite.)

HEN RI. Il l’asOed près de Caliste sur le banc.

Êtes- vous ingénieuse à vous forger des chagrins et des craintes! Ce monde qui vous fait trembler, ce monde implacable qui trouve des taches dans le soleil pour prouver qu’il a vu le soleil en face, ce monde qui voit tout, qui voit trop, ne soupçonne même pas que je vous aie jamais adressé la parole. On vous croit partie pour la Russie depuis deux mois, comme tous vos compatriotes, comme la comtesse, à

cause de la guerre. Quant à moi et à mes absences, — quoi de plus simple, je suis devenu un gymnaste enragé, un chasseur fusillant incessamment de coteau en coteau, de buisson en buisson. J'envoie à nos amis du gibier dont mon père va goûter sa part en soupirant tout bas de mon égoïsme et de mon abandon. Pauvre cher ami, cher bon père! voilà le premier secret que je lui cache. Jamais je ne l'avais quitté! 11 souffre. Ah! madame! les gens les plus favorisés font aussi leurs petits sacrifices! Voyons, toute chose belle et charmante en ce monde se donne à nous, et se donne de bonne grâce. Le ciel ne reproche pas son azur, la fleur son parfum et sa beauté. Voyons, Caliste, ne me marchandez pas votre sourire, ne versez pas cette amertume dans mon bonheur! Reposez-vous sur moi, et oubliez ce monde qui nous a tous deux oubliés! Vous savez si j’arrive avec prudence, vous savez si je frissonne en ouvrant sous les lierres la porte invisible de votre jardin. C’est le seul bruit qui puisse vous trahir. Ah ! Caliste, le bruit que fait une pauvre petite porte en s’ouvrant ne s’entend pas de six lieues, dans ce Paris où les passions roulent et se choquent plus bruyamment que les voitures.

Si j’élais sûre au moins que vous vous trouviez heureux?

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