ACTE II
HENRI , sc levant.
Toujours, toujours des sacrifices !... Je finirai par ne plus pouvoir accepter.
Folie!... Ne voyez-vous pas que mon mauvais esprit pousse les choses à l’extrême, à l’impossible, et que je me jette dans les espaces?... Non, non ! il n’y aura pas de sacrifices, mon ami. La seule chose à laquelle je tienne, c’est à ne pas mécontenter l’empereur, mon second père. Mais, je n'aurai pas même la joie de courir un risque ou de perdre un rouble à cause de vous. Je vous le prouve : Figurez-vous, c’est assez plaisant, vous allez voir, figurez-vous, Henri, que j’ai chez moi, à la tête de mes propriétés, l’oncle de Zdenko, un vieil intendant de mon père, un brave homme que j’ai fait libre par caprice, et qui n’a jamais voulu de mon cadeau. Depuis le commencement de la guerre il m’attend, et comme il ne me voit pas revenir, il s’est donné pour tâche de faire croire à mon arrivée. Il l’annonce partout ; ceux qui viennent me voir, il les prie d’attendre ; je suis au lit, ou bien sortie, je vais rentrer; il leur distribue toute sorte de choses que j’ai rapportées de France à leur intention... Si l’on insiste... ah! je viens départir pour le Nord, où sont mes biens... Pour les gens du Nord, je suis allée dans le Midi, où est mon mari... Tout le monde y croit, il y en a qui m’ont vue... J’espère que cela vous rassure, Henri; regardez-moi, d’ailleurs, et dans ces yeux auxquels vous reprochiez leur tristesse, essayez de trouver autre chose que du bonheur, et de l’amour. Quitter mes noirs ombrages, ma chère solitude, notre silencieuse maison... Oh! je vous réponds que je vais donner contre-ordre au notaire.