ACTE II
HENRI
Un parti?
Ce n'est pas pour vous seul, je l’avouerai humblement... Irritée contre moi, oui, irritée, lasse de mensonges, humiliée de cette auréole que me conserve l’aveuglement de quelques amis, j’avais songé... j’avais résolu... (Eiu*e 1ère.)
Je ne veux pas vous le dire. Enfin, Henri, je suis une nature ombrageuse. Gère et jalouse ; toujours épiant, toujours doutant, dont les timidités prétendues cachent d'infatigables audaces, et qui, lorsqu’elle a failli, sait se punir sans pitié...
Je me disais que certains bonheurs ne composent pas avec la conscience; que nous sommes l’un à l'autre un incessant reproche, et que, par conséquent, nous sommes malheureux l’un par l’autre... Je pensais à votre carrière que j'interromps, à toutes vos fatigues d’esprit et de corps, mal payées par un éclair de plaisir douteux... Je pensais à votre père, auquel je vous enlève, moi, incapable et indigne de le remplacer; et, brisée par ces combats, rassasiée de douleurs, vaincue, je m’étais sentie prise de vertige, comme un soldat qui a peur... Que fait-on quand on a peur?... On fuit... ' J’allais partir, et cette fois vous n’eussiez pas retrouvé ma trace.
HENRI
Oh!
Hier, vous m’aviez laissée seule... Je suis forte quand
DETTES DE CŒUR
vous n’êtes plus là... J'ai décidé mon départ, j’ai fait écrire au notaire qui m’a vendu celte maison, que je désirais m’en défaire, et qu'il eût à la meltre en vente... Je suis prête, vous voyez... A midi, vous ne m’eussiez plus trouvée ici... Mais vous êtes venu bien matin.
Caliste !... Oh !... oh!... (il sa détourne pâle et le» yeux humide». Elle le regarde arec i Tresse, palpitante, elle lutte uo moment, puis s’élance ver» lui, lui arrache scs mains de dessus les yeux.)
Non, non!... Je ne partirai pas !
HENRI
Je ne sais pas, Caliste, si je vivrai assez longtemps pour oublier le mal que vous m’avez fait.
CALISTE, s’asseyant près d’Henri.
Ne crains plus rien... Je connais ton cœur... Plus de reproches, plus de terreurs, plus de doutes... Je puis être heureuse, je vais vivre... Je vous suis nécessaire Henri; il n’y a donc plus à discuter... Et puis, vous avez raison, qu’ai-je à craindre?... Ici, personne ne songe à moi, on me croit bien loin... Là-bas... Oh! là-bas ! à Pétersbourg, c’est autre chose, on verra bien que je manque... Les salons sont comme l’armée, au grand complet... Voilà tout... Je perdrai mes terres et mes paysans : un peu de terre gelée, quelques douzaines de sauvages! Qu’est-ce que cela?