‹ Dettes de cœur piece en cinq actes, en proseChapitre 72 sur 132 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

LUCIENNE

Eh bien, monsieur, ma mère s’est prise tout à coup d’amour pour cette propriété. Chacun de ses désirs nous engage, mon frère et moi. Nous avons donc acheté pour elle; mais à peine s’y est-elle vue installée, que rien ne lui plaisait plus. Elle a beaucoup de caprices. Quoi de plus respectable et de plus aisé à contenter, puisqu’il ne s'agit que

d’UQ peU d’argent? (L’Amirale iort do pavillon; Lucienne va au-devant d'elle. Deux femmes de chambre derrière l’Aniin!c.) La voici, ma bonne

mère ; voulez-vous permettre que je l’embrasse ? (Lucienne

et sa mère descendent du perron. Lucienne, voyant Henri qui se prépare laluer avec respect.) Monsieur?...

HENRI

Henri de Bierges.

LUCIENNE, mettant la main sur l’épaule de l'Aniirale, qui regarde le jet d’eau avec une joie d’enfant.

Ma mère, monsieur Henri de Bierges; lu permets que je te le présente?

L’AMIRALE. (Aussitôt qu’elle sent la main de Lucienne sur son c'paule , elle sourit gracie nieuent et dit :)

Oui, ma fille. (Aprèa quoi elle se retourne et regarde vaguement antour d’elle. Ses femmes la conduisent à un siège au soleil.)

LUCIENNE

Excusez ma pauvre mère, monsieur. Son attention se fatigue vite; elle a tant aimé mon père, elle lui avait si complètement donné sa pensée et son âme, qu’en apprenant la mort de ce Adèle compagnon, elle a failli nous

DETTES DH CCEUU

quitter aussi. Son corps seul nous reste; mais son esprit a suivi mon père et n’est plus sur terre avec nous. (Lucienne

retourne près de sa mère, qui, entourée de ses femmes et suivie d uu valet de pied, continue ta promenade.)

HENRI

La femme de chambre s'est trompée en l’appelant mademoiselle; ce n’est pas une jeune fille, et je vais apercevoir, au détour d'une allée, quelque beau mari, moustachu, en veste blanche, traînant aux pieds de la digne amirale deux marmots blonds et charmants comme leur mère.

FRANÇOIS, au fond, A qui Lucienne donne un ordre.

Oui, mademoiselle.

HENRI

C’est mademoiselle, décidément, (n examine la maison.) Voici la nouvelle maison toute insolente de peinture, de soleil et de fleurs 1 N’est-ce pas étrange? Caliste s’était contentée de cette maison ; elle est princesse de rang et d’âme ; ce qu’elle fait, nul n’a le droit de ne pas l’approuver, car son goût est exquis. Comment se fait-il que cette jeune fille n’ait pas respecté un seul point, un seul détail, dans toute l’étendue d’une pareille propriété? (L’Amiraia est partie.;

LUCIENNE, revenant.

Monsieur, vous tiouvez notre maison un peu bourgeoise; vous ne l’aiinez guère, n’est-ce pas?

HENRI

Oh ! mademoiselle, tout ici est fait avec une remarquable richesse.

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