‹ Dettes de cœur piece en cinq actes, en proseChapitre 74 sur 132 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

toi

nait à un pavillon de bois rustique d’où l’on découvrait la campagne, une retraite charmante, fragile comme un nid abandonné ; les branches d’arbres venaient jusque dans ce pavillon jeter leurs fleurs et leurs bourres d’or pur. Par la fenêtre en ogive, on voyait, au bas, l’herbe profonde. Le coteau s'inclinait doucement vers la petite rivière qui brillait un moment et disparaissait sous les saules. Mais l’allée était si noire, le pavillon si vermoulu!...

Oui, le jardinier et l’architecte s’y sont acharnés avec fureur. Tout cela est moisi, disait l’un; toute cette ombre tuera mes fleurs, disait l'autre.

nENRl.

Et ils ont coupé, abattu.

LUCIENNE

Non, ils n’ont touché à rien: laissez vivre ces beaux arbres, ai-je répondu, laissez mourir tout seul ce charmant pavillon. Si vos fleurs viennent mal dans cette ombre, tant pis! j’aime mieux des idées que des fleurs. Et réellement, monsieur, je ne me promène pas sous cette allée, au clair de lune, sans me sentir pénétrée des idées les plus suaves, les plus douces, comme si elles habitaient là-haut, bien cachées; comme si de là elles pouvaient goutte à goutte sur mon front.

HENRI

Oui, mademoiselle, oui, les idées sont des génies invisibles qui descendent à leurs heures sur les têtes choisies, (a iui-

DETTES DE CŒUR

mime ) Oh! mes beaux arbres vivent encore! bénie soit cette créature intelligente d’avoir conservé ici mon souvenir le plus délicat et le plus pur ! Mademoiselle, veuillez présenter à madame l'amirale l’hommage de ma vénération profonde. Je vous remercie de ne m’avoir pas congédié comme le méritait mon indiscrétion. Adiiu, mademoiselle.

LUCIENNE

Adieu, monsieur. (L’orrèlani.) Un dernier mot, je vous prie. Vous m’avez dit votre nom tout à 1 heure, et je ne sais pourquoi je pense que ce nom ne m’est pas inconnu. Ne seriezvous peint parent d’un monsieur âgé qui porte ce nom, aussi ?

HENRI

Mon père !

LUCIENNE

Ah! je le connais bien, je l’ai vu souvent jouer chez une amie intime de ma mère, madame la baronne Chaudr iy..

HENRI

Ah! la baronne Chaudray. Vous connaissez la baronne Chaudray?

LUCIENNE

Une ancienne amie... elle doit venir aujourd’hui me voir et m’amener quelqu’un, je l’attends.

HENRI

Ici ? Ah ! mademoiselle... permetlez-moi de prendre congé de vous... (a. iiii-mOmo.) Où me suis-je fourvoyé? La baronne va savoir... et mon père! ah ! mon Dieu !

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