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Une fois tranquille» c'est»à«dire débarrassé des
premières difficultés d'une situation dangereuse, Armand mesura Téloignemeot qui le séparait du beau l^vu 4'uù Ualidto ravait lémllé. Par cela même qu'il
avait pris uu parti, doané sa paroie, et que celte pafole était sacrée, il se croyait le droit de rompre avec Lucidnae en ménaguaut chez celte jeune fille ses délicatesses, en donnant l'essor à ses regrets ; il ne vou- * | lait pas que M"« Dampmesnil pût concevoir pour lui ^ du mépris ou de la haine. Une explication sincère^ la lévélatioû des circonslances impérieuses auxquelles il cédait, devaient, selon lui, plaider sa cause dans un cœur rempli de nobles sealimenls. Lucienne, pen- 8ait*il« pardonnerait à son fiancé d'agir en honnête , tomme; elle le plaindrait; elle loi conserverait une
amitié tendre.
Parfois aussi, se disait Armand, lehasard nous rapprochera dans ce monde, où elle est appelée à briller. Elle me verra humble de fortune, triste de cœur. ' Sa grande âme continuera de planer sur . ma vie. L'amour qu'elle m'a inspiré croîtra, je le sens, par la séparation même, et comme elle se mariera, comme je la perdrai tout à fait, j'aurai à subir de tels chocs, h dévorer de tels chagrins, que je n'y résisterai pas longtemps. Voilà le terme, <
De son côté, Galisle, ignorant ces tempêtes, avait repris Tamour de la vie. Elle chassait de sa pensée tout ce qui pouvait la distraire de son bonheur. Vivre libre, serrer la main d'Armand, marcher ti{ lement à ses côtés, se faire adorer, l' adorer elle- même, , employer toutes les ressources de son esprit^ de son âme a le rendre lieufoux, telle était sa préoccupalion inoessantei elle y dépensait l'activité dévorante de
son imaginât Lûû splendide. Quand elle cherchait à deviner quels nuages pourraient édore dans son del»
rien ne parvenait à l'inquiéter. Armand m'aime-t-il î Ouit eb bien I égale que je suis aux femmes les {dus
parfaites, je leur deviens supérieure par le fait seul de son amour.
Les deux fugitifs étaient donc arrivés à Gôme, petite ville charmante, gaie, malgré les Autrichiens, et qui, à l'abri des vents froids, sous l'immense bouclier de ses coteaux granitiques, diarme généralement les voyageurs par sa mine avenante et la courtoisie de ses habitants.
Mais la princesse trouva dès le premier jour les deux défauts de Gôme :
Le premier, c'est que la ville a peu d*air, point de vue; le second, c'est qu'on y vient pour voir le lac de Gôme, et qu'on ne Ty trouve pas, quelque effœrt que Von fassQ.
Le lac, pour CAme, est une sorte d'abreuvoir en-
fprmé entre deux murailles et encomliréde bateaux, sous lesquels disparaît le peu d'eau qu'on eût pu désirer dans cet abreuvoir. Pour voirie lac, il faut s em- . barquer, aller loin, et encore aperçoit-on bien peu de chose. Sepromenerauborddu lac est une tlclion, il n'y a pas de chemin. La promenade se réduit, dans Gôme, au parcours des rues; c'est monotone, Galiste (ut bientôt dégoûtée.
Elle se mit en quête d'une habitation sur le lac
mèmot c'est-à-dire le long de ces deux oiontagncs
vordoyauU'S qui Tervcaissent^ depuis C6me jusqu à
Là, comme des chinoiseries sur un gradin, s'éUi**
lent tel villAtsuperpoBéfiftt groupées parmi les arbree.
00 peut les coDopter en pas^aul sur le lac; plusieurs étaient à louer ou à vendre à ce moment du la belle saison. Elles ne plurent point à Caliste, qui, malgré •on amour des vues gaies, bwsAit mortellement li^ contacts, les fréquentations, et ces servitudes de campagne qui nouent foroément des voisinages.
D'ailleurs, depuis qu'elle était heureuse, elle s effarouchait moins d'une perspective sévère. Son esprit reprenait dans le calme les côtés distingués, virils,qui le caractérisaient au suprême degré. L'horreur du petit, du mesquin, la sainte admiration pour les chefsd'œuvre de Dieu revenaient peu à peu dans son&me« hôtes effrayés qu'avait dispersés la grande catastrophe.
Caliste remonta le lac jusqu'à la pointe de Bellaggio. Là il s'élargit; c'est une mer. Plus de coteau^L eôniques diaprés de maisons blanches, plus d'écho d'une rive à l'autre» plus de pianos qui vont agacer» comme dam une rue de Paris, les bab\ianlsd*en face. Le lac majestueux fuit vers la droite et vers lagauchOt absorbant dans son immensité les proportions mi* gnonnes des ixameaux bâtis sur ses rivages. Les monticules, fièrement campés sur des plans inégaux ou doiiâ des altitudes pittoresques, sont noyés de ciel et d'eau, A gaudiOi les montagnes resplendissant au
$oieïl eouahaat ; m iouà mcoïQ^ mm à perto dd yuû» lei moDtagaes d'argent et de lApi6-*lazuli zébrées à» bandai brunei». C'e^tua spiei^iUiiâ speciaclô aux jours de tempête, aim que le Lario se courrouce, qu'une
brume grisa eâiooipe les horizous, et qu'on voit, par ses déchirures, surgir les pics de montagnos, pareils
à gaidieoiS réveillés pour muièchas les débordements du lac.
I Mais ces jours de colère soiii assez rares. Le plus souvent, un radieux soleil échauffe le ciel bleu. Les
1 masses d'arbres et de verdure s inoudeul de lumière; la nappe immense (tu Lario dort sans un pli sous cette coupole qui s'y réfléchit. C'est alors, que le voyageur, bercé dans le petit bateau qui marche pareil à
I un cygae, aime et désire aux bords du lac qu'il rasai chaque mai^n, chaque groupe de verdure, chaque cauipaude de village doutTaigulile blanchissaule ne dépasse jamais la colline au pied de laquelle il est
Calisle se décida pour Varenna» sur la rive orien^
laie. Elle loua, puui rauaée de son veuvage, une maison et un immense jardin* Cette maison, déjà
garnie d'un de ces mobiliers italiens qui nous font rire d'abord, et auxquels on s'habitue si bien et si
I vile, la princesse acheva d'en iaire un paradis, après deux visites au meilleur tapissier de Gomo.
11 clail clecidé qu'Ainiand partirait vers la fin du
mois, dans une quinzaine, pour aller embrasser son
pere, et préparer ses a^ns de Taris à la grônde nou^
velle. Tel ayait été le premier plan. Mais peu à peu les idées d'Armand chatigèrent, sa mélancolie redou-* bla d'ioteosité. L'amour très-chaste, mais très-vigl<* lant de Galiiste, une certaine somiUaiice bien dissi* 1 mulée, mais devinée par Armand, Urect craindre au ^ jeune famnme que mn absence ne devînt le prétexte de quelqu'uue de ces iolies comme la princesse sa* ' ▼ait les faire. Lettres surprises» visite imprévue» iDdiscrétion de quelque ami bavard de bonne foi, il D*en fallait pas plus h la pénétrante Galiste pour dé* , couvrir la vérité, et Armand qui connaissait ce f œur jaloux, celte âme susceptiUe, & voulaît pas qu*dle apprît rien avant son mariage.
Bien plus, il s'était interrogé luinnème; il avait sondé ses forces. L'homme, que le premier mot de Galiste avait autrefois enlevé à Lucienne, se croyait«>il assez sûr de lui pour affronter Paris, c'est-à-dire Lucienne éprise, audacieuse, véhémente dans ses toIoii* tés? Ne lui ferait-ou pa?, dans une explication verbale, cent objections irréfutables , ne ras^ég^aitron
pas dans ce fort trahi par l'assit^f é lui-même, ne lui î enverrait*on pas parents, amis, fiancée pour l'amener à capituler?
Une femme aimée devrait succ<>mber soui^ de p»* ^ reilles attaques, comment y résisterail celle qui ne rétait plusl Armand frémit. U c<>nnaissait les perfidies . de l'absence, il redoutait quelque surprise, il savait que si Galiste ne pouvait se marier avant les dix mois voulus par la loi, Ludrane, elle, pouvait devenir
M*** de Bierges en huit jours. Et alors où serait TIioqneur? où serait le devoir? qui ressusciterait Galiste foudroyée par cette épouvantable nouvelle?
Non, le seul moyeu de vivre hounète, c'était de rester à Varenna, de s*y cacher, de rompre sur-lechamp, sans miséricorde, saus transaction possible, avec Lucienne, et de supplier Dieu qu'il fît passer ces dix mois comme dix jours, eu éloignant les ten-
talions ot les incidents.
Armand eut un premier tort: avec Galiste, c'était rodent. II lui annonça qu'il n'irait point à Paris et resterait prés d'elle. D'abord, la {U'incesse s'en réjouit et le remercia. Mais comme il n'avait pu, si ha* bile qu'il crut être, cacher tout à fait soa trouble d'&me, elle se demanda pourquoi Armand reculait ddvant une démarche aussi naturelle, aussi obligatoire; ne pas aller rassurer son père? ne pas l'in* struire, comme c'était convenu, comme il l'avait lui* xnémd jugé indispensable? Pourquoi cette déviation d'idées» alors que la ligne droite était si logiquement bonne è suivre 7
De la surprise au soupçon, une femme comme Galiste n'a qu'un pas à faire, un seul bond. Elle le fit, Quand elle sut qu'il n irait pas à Paris, qu'il préférait écrire, elle se défia.
Quand elle vil qu'il se cachait pour écrire et qu'il évitait avec soin de lui communiquer la lettre— lettre si importante pour elle — qu'il voulait envoyer à son père, elle eut peur. Cependant tout cela se pas*
iait entre deux sourires. Galiste avait pris définilive* ment sa résolulion,
Armand, couiîruié dans la sienue par les agilalion.<4 que soulevaient en lui le souvenir de Lucienne et la ^
conscience de sa faiblesse, redoublait de dissimula* tion à mesure que Galiste redo«*Hlait de surveillance* 11 la croyait dupe. Elle rétail r^^'^^leaient en ceci, que sa seule inquiétude était de savr * * Vo{ânioa d'Armand sur elle, et la façon dont il an*" '^cerait sou mariage , à IL de Bierges.
Une femme qui aime et qui ^upçonne* tient tou»
jours, dans ses doigts sensibles, chaque til correspondant aux actions de son amant. Gelui«ci se réfu^pe en vain dans sa pensée qu'il croit impénétrable : comme j toule pensée susciie nécessairement un mouvementi le fil frémit, le doigt correspondant tressaille} la ja* lousie est avertie, elle observe, elle apprend.
Armand devait aller déjeuner avec Galiste de Tau* i tte oôié du lac, à Menagglo* On mange là des coquil-- ^ lages particuliers , de la crème incomparable et certains êateUtantU qui, arrosés d'un petit vin blanc qu'on mêle à de Teau de Selu naturelle, composent un repas exquiSé
Galiste avait fait tous ses préparatifs sans rien dire,
selon sou iiabilude, et sa toilette était prête, quand Armand, qui ne pensait déjà plus aux coquilles et auit feuilles roses du salcissoue, lui aiuiuuya qu'il resterait dans sa chambre pour en finir avec cette
lellre Male^ qui l'ennuyail fort à lédiger, diU41 en riant afin de bien tranquilliser QiUste.
Vais ce fut le contraire. 11 répouvanta.
— Tiè$*bien, répliqua--t*e1l6 en riant comme lui.
Et tout bas elle se promit de savoir ce qu'il écrirait,
Armand, dont le cœur et la téte bouillonnaient de* pois deux jours sous la pression des idées qui le décoraient, avait résolu d'^n finir et d'envoyertout son comr à Lucieuue daus un suprême et irrévocable adieu.
Pour être plus libre, plus seul avec elle dans celte dernière étreinte de leurs ftmes, il s'enferma chez lui. Sa têle éclatait; il se promena une heure les mams crispées sur son front, afin de concentrer sa force, sa raison, et de ne pas écrire une lettre d'amour au lieu d'une lettre de rupture.
Enfin, brisé comme il cherchait à Têtre, il s'assit devant la fenêtre, ce lac immense sous les yeux, ce ciel infini sur la tête, deux océans aux gouffres moins profonds que sa douleur.
a Lucienne, écrivit-il, je vous aime et je vous fuis. Avant vous j'ai connu, j'ai aimé une femme pleine de grâce et de bonté qui n'était pas libre et l'est devenue tout à coup. Vous la connaîtrez plus tard, puisque je Tépouserai, moi, votre fiancé, votre mari de cœur et d'âme; mais non, connaisse^la tout de suite, achevez de lire mon secret. Les circoa-
stADces au miUeu desqudles j'ai retrouvé U"^ la .
princesse Novratzin ne me permettent pas seulement d'hésiter. Elie est deveoue pauvre de riche qu'elle était, obscure de brillante, blâmée d'irréprochable, malheureuse de privilégiée entre toutes les femmes. Mais comme toute cette infortune est mon ouvrage, ijh 1 Lucieune, l'ouvrage de ma misérable destinée, comme la princesse n*a plus que moi au monde pour ne pas désespérer, pour ne pas mourir, je me rends k elle, dussé-je, moi, toinbœ dans le désespoir et y trouver la mort.
» Je ne tous dmande pas votre approbation. Je. sais qu'en agissant autrement j'encourrais votre mé-> pris. Mais je Tous*supplie de me plaindre, et j'espère que vous le ferez, vous, la seule qui puissiez com* prendre Tétradue de la perte et du sacrifice, car vous m'aimezi Lucienne ; car vous m'aviez voulu attendre, car tous m'attendriez encore, si je ne me jetais à vos pieds pour vous conjurer de m'oublier à {amajs.
9 Me voilà bien perdu pour tous. Qui sait si nous nous revenons en ce monde? Tout Ta tous entraîner
dans un sens opposé. Élrauge obstination du sort! Une fois j'avais effleuré Totre main, un obstade nous
a séparés. L'amour nous saisit, il nous rassemble encore, et le même obstacle, sui^issant de nouveau, nous éloigne cette fois sans ressources, sans espoir !
» Je vous le jure, LuciennOi j'en atteste Dieu, qui voit mon cœur. Je n'ai pas cédé à cette voix del'hoa*
neuf sans d'affreux cosibats ; y ai cherdié la mort et
ue Tai pas trouvée; je la j^rélérais au supiilice de TOUS perdre et surtout de vous refuser 1 refuser Ludenne, cet auge l En vérité, j'en ris de fureur i Estce bien Dieu qui commande la vertu au prix de si stupides sacritîees. El, lorsque Tliomme se plaint^ lorsqu'il pleure. Dieu ne détoume-t-il point la tète, en disant ; Je t'ai offert le bonheur, pourquoi l'as-tu rejeté?
»OliI que ma souffrance est déchirante. Elle m'emporte à des injustices, à des cruautés. Cette pauvre femme I je finirais par la maudire; Lucienne, îl ne le faut pas» Elle se croit préférée, elle me croit lieureux. Oh ! qu'elle le croie! que jamais celte confiance sacrée ne s'altère en son cœur ; que seul je porte le poids de Texpialion; qirelle vive dans le calme, après tant d'orages 1 Pour cela, Lucienne adorée, il ne faut pas que jamais votre image m*apparaisse ; il ne laut pas qu'un souvenir de vous passe entre elle et moi, car si vous n'étiez pas généreuse, si vous me disiez que vous me regrettez, que vous ne consentez pas à me perdre, la torture de ma vie se trahirait et envahirait bientôt la vie de ma compagne, n nV a pas en moi de solide résolution contre votre amour. Yoilà pourquoi je reste éloigiié de vous, pourquoi je me cache; je tremble à l'idée que vous êtes vivante et que jous pourriez m'apparattre. Le bruit de vos pas me ferait mourir.
» Soyez ràuie intrépide, soyez la noble inspiration
de ma vîe; guidez-moi, malgré moî-même, dans ce rude seotier où mes pieds se rebuleni dès le premier pas. De TOUS dépend mon honneur; à vous je confie Texisteace d'une femme noble comme vous, bonne comme yous, d'ane amie incomparable, que j'adore* rais, faut-il le dire, si j'étais séparé d'elle à jamais. Ohl tucientie, l'étrange pensée I comme eRe est terrible et comme elle est vraie ! oui, j'aimerais Calisle si elle n'était plus là, si elle ne m'avait pas séparé de vous. Que devenir, si vous n avez pas de couragel Mais je vous vois, je vous devine, n me semble apoN oevoir le trouble de vos yeux stoiques, j 'eu tends votre premier soupir, je vois tomber cette lettre de vos mains.
» Rassurez-vous i asset d'autres bonheurs tous «t«
tendent. Moi, je me courbe sous cet ouragan. Sojez ingrate, oublies-moi. Mon seul vceu c'est que vocè ^ détourniez dédaigneusement la lète, c'est que vois haussiez les épaules en m'appelant lâche et insensé» j> Rappelez-vous ce que je vous ai dit aux premiers jours de notre amour si doux : celui qui passe près de vous et ne recueille point cette perle, celui-là est un fou. Pensais je alors que la destinée m'enlratne* rail si loin que, moi-même, je la dusse écraser du pied, cette perle incomparable qui était tenue tonH
ber dans ma main.
» Lucienne, plus tard, si je vous rencontre, ù*aja
dans le regard aucune indignation, n'ayez non plus
aucune indifférence. Votre amitié seule, amitié af (a*
ble ei sd£tâ 4étouri me prouvera que la générosité n'est pas un Tain mot sur la terre. Mais» que dii-ja ?
fdus allez vivre dans la sphère brillante où vous ap -
paUent voira i)aaulé« votre immeiisa fortune» Moi
pauvre, cherchant Tobscurité favorable à ma misère, ja ne pourraif vous rancootrar jamais» D'ailleurs,
vous me fuiriez, vous auriez raison. Le malheur est cooiagieux* Et puis, ja vous le dis» sans mélancolie de vaudeville, Lucienne, c'est fait de mol, ÎH succomba sous mou dévouemauU Gbaque heure qui fuit, a passé si lourde que je m'en trouve écrasé. Plus ou me sourit, plus ou me tlatte, plus je sens rimportanee du sacrifice que j'ai fait. C'est un senti*» ment vulgaire, mais je suis uu homme des plus vul-» gaires, vivant dès joies et souffrant des misàres de Ja plus Simple bumauité.
» Donc, je vous le répète, je suis perdu. Le sombre rideau tiré entre vous et moi m'abrutit, m'aveugle. Mes idées ne le franchissent pas, et je vivais beaucoup par les idées. U y a donc^ Je le sens pour la première lois une limite bien dessuiée à ma vie. Gbaque Jour cette limitese rapprochera d'una année. Je ne vivrai pas vieux, Lucienne , un serpent me ronge le coaur.
» Voilà pourquoi nous ne nous rencontrerons plus.
» Ainsi,adieu,adieu avec toutes les larmes de mon
corps, avec tout le sang de mon cœur; adieu à iuul
fi» qjièù j'aima i â4wu« i« meurs de toi» écrire ce
mot ; chaque trait de ma plume aeuse en moi une
blessure mortelle.
» J'épouserai M^^ la princesse Novratzia dans huit mois, le 3 avril procliain. Jusque-là, je vous supplie de ne pas m'adresser une ligne ni une parole. Je compte sur voire courage et sur votre honneur. Mais, dans un an, jour pour jour, à la date de cette lettre, envoyez-moi, Lucienne, un souvenir que je puisse serrer dans ma main, sur mon cœur, au moment où je mourrai.,. Car je mourrai en vous aimant, chère adorée Lucienne, et, bien sûr de ne plus faillir à rhonneur, au devoir, bien sûr d'avoir loyalement payé ma dette à la princesse, j'expirerai en prononçant votre nom. b
11 enferma cette lettre dans celle qu'il écrivait à son père, et ce paquet voiumineui étant cacheté à ra<dresse de M. de Bierges, il sécha ses yeux» rairaichit . ses joues.
Mais le poète de Mantoue Ta dit : On ne trompQ pas les regards d'une amante.
Galiste, en dînant , lui demanda d'un air dégagé a'il avait enfin rédigé ce terrible billet de part. H éiait encore trop ému pour répondre par une plaisanterie. Elle lut proposa de faire remettre la lettre au bateau par le jardinier qui parlait pour Gôme.
Armand, comme tous les hommes, n'avait pas réfléchi à la seule chose importante — le détail. D'ailleurs, il ne supposait pas que Galiste soupçonnit* Cependant, la voyant tendre la main pour prendre
eette Tettre, il eut peur tout à coup. Et il avait raison.
Mais il ëlait trop tard.
' ' — Je rai fait porter à la poste, ditril, par quelqu'un
de la maisoD. *
' — Tiensv sans m'en lire ce qui me craceme» répondit Calisle en fréoiissaut* ~ Je disais du mal de vous» chère CSaliste.
— Ail!... c'est différent.
Et elle effaça toute émotion de son visage.
Mais Armand avait la lettre dans sa poche et se trouvait fort empêché pour la faire porter à la poste ; il prétexta une promenade, aiin de la donner secrè- ' temeut à quelque batelier qui partirait survie -champ
pour Meiiaggio.
Sortir seul, au lieu d*emmener Galiste» c'était iaé« vilable, mais maladroit.
Dix minutes après, elle savait qu'il n*avait heu remis à personne d^ la maison el un quart d'heure après qu'il eut confié cette misérable lettre au batelier rencontré sur le rivage, Galiste la froissait dans ses mains et l'enfermait dans sa poitrine*
La maison avait son entrée principale par la rue do
Yarenna, sorte de dicmiu ruilique qui conduit à
C!6a)e, el dessert^ de ce côté du lac, loules les liabitalions et tous* les villages. Car, oous l'avoDS dit» le
Lario n'a pas de rivt^s, et celle voie de commumcatioQ est TuDique pour les courriers» le^ voyageurs et les foui^ii^suu^s àclieval ou eu voiture. Ce chemin ressemble un peu, pour T usage, aux. petitas rue# de
derrière que pussèilenl la i)luparl dus grandes maisons
de Londres, lesquelles ont leur entrée de service sur celle ruelle, et gardent pour l'orgueil delà façade et la propreté des visiteurs» une maltresse entrée sur une rue principale quelconque.
U<-baSi la rue principale est le lac De ce côté sont toutes les vues, toutes les rechetclies. Là est l'exposition choisie ; on est bien ou ncial partagé ; un iMàbite . à Test ou au couchant» on voit le soleil dltaUe mon* ter dans le ciel ou se plonger dans la neige éternelle des géants alpestres; mais c'est toujours vivre sous le soleil ; c'est toujours trouver Dieu sous sa pau* . pière» soit qu'on le prie en sortant du lit le matin, soit qu'on s'agenouille le soir avant de s'endormir.
Cette maison avait trois pièces immenses «u resde-chaussée; vestibule grand comme celui d*un palais où cent courtisans doivent prendre place; salle de rcctplioa convertie en chambre à couchei avec un lit monumental ; autre chambre moins vaste donnant aussi sur le lac.
Tel était l'appartement de la princesse.
Armand logeait au premier éla^e, dans trois au^ très chambres plus modestes; il avsiit son eieatier»
soQ service; il était de plaîn-^pied avec cette rue que nous venons de décrire. Au contraire; l'appartement du rez*de-€i]aussée plongeait daubk jaidiu» au uiveau duquel B'arrivaioDt pas eneore ses portes; car du côté du Lario, les lerrains descendent par uut^ penle à'um telle déclivité , qu'on a dû pratiquer quatre terrasses perpendiculaires les nues aux autres. La première règne sur la rue, elle est vaste, et forme à elle seule un jardin grand comme les trois auUes. La deuxième tombe au niveau du premier étage» La
troisième plonge au niveau du rez-de-chaussée. Enfin, la quatrième et dernière, qui descend à pie avec
le ror, va s'enfoncer jusque dans l'eau du lac, où ses assises baignent à une profoudeur que Dieu seul connaît, car seul il a fait la montagne.
Ces terrasses composent le plus splendide jardin que puisse rêver un poëte. Non, rien ne donne h un indigiène de Bagnolel ou de Pantin l'idée de jardins pareils. Chaque mur de terrasse est couvert d'un espalier d'oraogers et de ciirons doui, A celle exposition ebaiMto et féconde, Toranger porta toujours £ruil et fleur à la fois. Les parfums que le soleil en dégage sont enivrants. Quand la brise ocddentali vient, fraiehe el su^urraute, moissonner ces pélale& brûlants, la décomposition des essences donne une senteur que Takinblc ne sauiail recueillir ni repro* duire* Les camélias, les magnolias, les aloès, les eactus y vivent en buissons, en forêts ; toutes les fleurs de
France s> cbansent en géants, les roses valent ealies
de PoBSlum ou de Rhodes. Çà et là, le cyprès s'élance graeieiisement oblique et odèle les lo^mes de sou bois brun, les fortes exhalaisons de ses feuillages à tout 06 qui respire et embaume au-dessous de lui.
Il y 1 de grandes allées d'une pente douce, qui
vont réunir chaque terrasse à sa voisine. Néanmoins, <Hi a pu évit^ les marches au bout de ces pentes; elles sont larges, taillées dans le granit, et chaque hiver humide et doux, exprime de co bloc un suc frais qui nourrit lesliclicns et les mousses incrustées là sans épaisseur, comme des broderies, pour dissimuler celle roche nue.
Le promeneur qui descend ces quatre terrasses dans une atmosphère de vie et de lumière, jouit du plus sublime spectacle qu'un œil humain puisse
- embrasser. A ses pieds il a le lac , auquel on touche en ouvrant une charmante grille du dix-septième siècle, il voit se balancer son bateau sur les degrés
. du rocher qui plonge dans Teau bleue* En face, il voit la nappe infinie courir à Toccident, et la rive opposée, qui dort dans une ombre de cobalt, surmontée des bandes vertes de la campagne lombarde, et des dentelures d'or et d'argent des montagnes. Vers te sud, la pointe de Bellagio, promontoire fier et charmant qui divise les deux bras du Lano comme la proue du navire. Aux crêtes de ce cap se pendeat les arcades et les jardins de la magnifique vilia Som^
c marifi. Knfin, {kw cet heureux spedateuff un coup
d*œil peut éwet une journée , puis la nuH, puift fe
spectacle recommence toujours nouveau; caraA^co une seule ombre de nuoge qui pa^, Dieu varie Taspect de ces merveilles et les rend neuves soixante fois par seconde* cela pendant Tétemité.
Voilà le paradis qu'avait choisi Galiste. Paradis est le mot. La femme, Thomme en sont les habitants et les maîtres; rien n'y manque, pas même le serpent, car, ceci est le côté faible, hélas I ces larges touffes d'dloès, serres-chaudes de la végétation, sont des nids Inviolables où les familles de reptiles vivent une vie patriarcale. Inoffensifs, dit-on — je n'y voudrais pas croire — ils sortent de ces antres creusés sous les palettes robustes du cactus ou de Taloès, et vont se rafraîchir dans lelaci^effrayants amphibies qu'on voit trop souvent s'agiter li peu de profondeur et dessiner leurs spirales et leurs vrilles autour des aviroM qui les agacent. Parfois vous approchez de la roche pour embarquer; la roche est diaprée de feux et d'écaillés prismatiques, vous admirez ce granit, si riche au soleil, mais au premier mouvement toute la surface tremble et change à vue. Des milliers de frétillements, de bonds et de Alites frémissent et troublent Teau; le vrai granit apparaît terne* et moussu. Il était couvert d'anguilles douteuses qui so chauffaient au soleil et viennent de plonger dans les flofs«
. Ce cas redhibitoire desjacs italiens, Armand Vû^
vait deviné le second jour de son liabilation, et, pour
soiudela préce er quand OD descendait au bateau. Une bagi^tto k la main, il avertissait daJoîD las reptiles Mueurs qui rentraient dans leur trou sans trop de commentairest et Galiste admirait ee apleodide
jardin au lieu de le prendre en exécration. Pourquoi
àJtamà a'avaitril pas réussi k lui oadiar ainsi ee aer-
^pent mortel, son secret, caché sous ses sourires? Après qu'il eut remis sa lettre au bateli^ dont k
discrétion ne lui parais: ail pas même douUiUse, il
reutra* Galiste» lui dilH)», s'était retirée chez eUe un
peu souffrante du la clialeur. Nerveuse comme rétait
la princesse» rien n'était plus, naturel après une joui^ née brûlante. Calislefit dire à son ami qu'elle voulait dormir» qu'elle le priait de ne pas l'attendre à souper. U cbéii et eontinua dans la solitude ses méditations #t ses soupirs.
Le lendemain, de bonne heure, Caliste reparut. Le sommeil» sans doute, et la fraicbeur lui avaient rendu sa souplesse, son ^alité d'àme«Une traee bleuâtre, un impercepiiblagonflementdeses paupières» une pâleur plus mate, vestiges de la isouffrauce» doublaient le
feu de son r^rd et ennoblisôaieatf a'il est poisible« la ebarme de son souriie.
£Ue entra chez Armand» éyeiUé depuis une beure à peine. E31e prit ses mains qu'elle baisa. EUe a'ap*
procba et l'embrassa lui-nième. Ces caresses qu'elle
ne loi avait jamais (ailes depuis leur réunion , car
^ità Mileûlait k plus scrupuleuse modestie dana «a
. kj, i^cd by Googli
tondresse et avait déclare au jeuiie lionmie que c'était
une lemme non uae maUrestequ'^ Yoolaii donner
à son mari, ces douceurs, dis-je, étonnèrent Armand
qui Tobsem aussitôt, coauae pour lui en d^iOAiMiâc
la cause.
ËUe répondit que par un de ce& sourires qui jadis firent déserter le ciel aux anges ; elle était YÔtue (le blanc, toute mouvaoie de fines denteUes; on sentait une certaine recherche dans le soin qu'elle avait pris de chasser son deuil de la vue et du cœur. £lle toucha donc la main d'Armand, lui appuya son bras nu sur répaule, et ûi, ainsi pressée, ainsi penchée sur sa poitrine, monter le sang et la vie de l'amour, du cœur aux lèvres de son amant. Sa beauté, jamais plus complète, jamais aussi palpitante, le soulève* ment de son sein, le feu noyé de ses regards, ses doQces pafoles, son appel mélodieux à fSfAt de sent-* venirs charmants, triomphèrent bien vite de ce comr mal refroidi, au fond duquel yivait, et detait reiivre éternellement la passion, au premier désir de l'objet pftrfrit qui l'afait inspirée.
Lorsqu'après une journée si vite et si déUcieuse* ment éeoulée, elfe fut bien sûre d'avoir repris rem « pire et le prestige, lorsqu'elle eut rassasié son âme par un incessant regard qui imvait Tâme d'Armand, lorsqu'elle ne put douter que, de toutes ces heures, pas une minute n'avait été dérobée à elle pour quet* que autre souvenir, Caliste, sans quitter sa main,
sans qmnet m jeat, ni paidant le repas, ni pett«
dâut la proiMMde, lui demanda de fidre im tour sut
le kc pour achever k soirée.
U conscnlit avec joie; il était sous le charme. Elle lèntn chez elle un moment , tandis qu'il faisait préparer le bateau. 11 ne pouvait la perdre de vue, car allant et venant^ eOe se montrait aux fenêtres de
sa chambre, rappelant sans cesse et i^rououçant son nom pendant qu'il n'était pas là«
£Ue accourut radieuse et adorable, mit la def de
son a[)parlemenl daas la poche d*Armand, pour s*en débarrasser, disait-elle, et alors elle lui prit le bras. Elle perlait sur son bras un long burnous de laiae | grise à glands de soie blanche, il prit ce burnous et soutint doucement son amie, pour la faire entrer dans le bateau.
Ces bateaui destinés à la navigation du lac sont longs, plats et larges. Une tente de toile blanche, arrondie sur des cercles de chàtaigni^ , sépara les maîtres du rameur, qui, le dos tourné, fait mouvoir sa rame à large spatule, jusqu'à ce qu'il ait atteint i le point sur lequel on lui a conunandé de se diriger. Là, les promeneurs s'arrêtenti on boit l'air pur, on regarde briller les étoiles, on cherche Dieu sous son rempart d'azur, et le bateau, un moment néghgé, va | mollement à la dérive sous l'influence de quelque timide courant ou d'une brise coiapiaisanle qui accorde trêve au rameur. Ordinairement ce dernier, paresseux et duiaicur comme tout bon xiaiien^
Madiê âor la levée de son bateau, met ses bras sur
ses yeux et s'endortJ CSdisie s'était assise sur la levée de poupe, Annand
souâ la toile blanche. Une langueur volupiueuse, une délicieuse fatigue les accabiaieni ; ils se regardaient sans parler, Caliste laissa tomber le long du bateau les {dis de sa robe, et sous sa robe flottante ses pieds d'al<* bàtre qu'elle se rcjouissail de faire caresser par Teau tiédie. Elle se mit i chanter, tandis que le bateau marchait. Elle chantailen regardant ArmaiHl,quis enivrait de la voir et de Tenteodre* ^étaient toutes les chansons de son pays, mélodies naïves, amoureuses, d'im rhy tbme et d'une mélopée qui résonnaient bisar* renient dans cette nuit, sur ces ondes. On eût dit qu'elle repassait chaque sentiment, chaque souvenir desa vie, et que, tous ces souvenirs, elle less acrifiailuii à un à Armand* 11 tinit par se rapprocher d'elle. Vaincu par cette enchanteresse, il la supplia de ne point se reixoidir, car l'eau devenait iralche sous la brise; il la supplia de ne plus chanter , et pour la fwcer d'obéir, il ferma ses lèvres d'un baiser. Ce biôser fit trembler Caliste, elle poussa un sou* pir mal étouffé, son cœur battit si fort qu'Armand lui demanda si elle n'éprouvait pas quelque souffrance.
Elle ne lut répondit qu'en lui prenant la tète à deux
mains pour la poser sur ses genoux. Lui trouva ses
mains glacées ; alors il se releva, Tenveloppa tou-
entière dans le grand burnous et la ploya mollement
«ir la lef ée da bateau, eomme un entent qu'on teol
bercer pour rendormir.
La nuit était spleDdiilemeot iUmnioée. DasmilUons d'éloiles coubldiaient le miroir de l'eau. Ou euleodait au loin des murmures pleins d'harmonie. Cependant i
lebaleau avauçait iuseusiblement vers le milieu du lac.
Du fond de son manteau où elle était ensevelie, Caiiate continua de chanter tout bas une complainte
monotone de l'Ukraine. Armand s'étendit au-dessous d'elle et cherdia un appui pour sa tête, que par degrés le sommeil appesantissait. Elle lui donna les plis épais du burnous qui excédait ses pieds. Puis se soulevant sur un coude et l'observant avec d'étranges angoisses, elle sembla allwdre qu'ilfermâilesyeux. Onze heures sonnèrent aux campaniles de Fiumelale et de Varenna. Armand murmura :
— Orne heures.
Et il s'endormit.
Aussitôt, la pâleur du tombeau envahit les joues de la princesse 9 l'éclair s'éteignit soudainement dans ses yeux, qui s'élevèrent pour impkmr la witéA^ corde divine.
Une voix réveilla Armand. C'était celle duhateUfli qui, souleyant le rideau de son c6té, s'inforiDait a'il devait continuer la promenade ou retourner à la maison.
— Quelle iiêure est-il donc ? demanda Armand.
I XJm heure et demie^ monsieur.
— Parle plus bas, madame dort.
Armand voyait le grand burnous éteudu sur la le* 1 yée; il croyait entendre s'en exhaler le I^r souffle ' de son amie.
— Mais, pensa-t-il sur-le-champ, 3 est mftlsain d ^ dormir ainsi sous ce ciel froid. Allons, réveillez-vous
Caliste ; debout, dormeuse! vous devez être glacée
Bien ne jépondit. Il secoua les plis du manteau : Féloffe céda sans résistance et vint se ranger sous sa manou». La manteau était vide 1
Armand poussa UQ cri desurprise;il clicrclia sousia
tentOf sous laievéet il cbardùiaprès du batelier ; rienl
Une sueur d'iioireur parcourut sua corps, ll^ppela
I Galiste» il «ppela encore... Aien ne répondit,
La najppe d'eau élail iuiimei calme et sourde comme laoîeU
IM oris d'Armand etson angoisse déchirante épouiriBtèrent le batelier, qui Ghercba* qui eria ausiû. Ar« mand se iuU On vit alors un navrant spectacle, celui d'int bouÊM eux pnaoê avec cet effrayant désespoir. I Caliste l..»répéiait-il en s'arracliaai lesclieveux,
CaHMalQalislal...
Un écho gronda sourdement. Qui sait? celui d rétemité peut^Mrel
Quand bateli^ vit Armand tomber à genoux,
' IrapperTeau du lac, et creuser à coups d*ongle les planches du bateau, il fut pris d'une immense pitié ;
— tn —
fl entreprit de consoler son maître. U lui suggéra
» .^*>dée que peul-Mro, pendant leur sommeil a tous
deux, un autre J;)ateau les avait accostés sans qu'ils
s'en aperçussent, que la princesse était entrée dans ce bateau pour faire un peu cbercber Armand» par plaisanterie.
Par plaisanterie! grand Dieu t cette énormité tou* eha pourtant le but ; Armand s'y rattacha pourtant» à cette monstrueuse espérance*
—Vite ! dit-il haietant, Tlte, ami Jeppo, à la maison I à la maison I Oui| Galiste a monté dans un autre bateau, oui, elle aTOUlu éprouyer ma tendresse t Oh! comme elle va voir que je l'aime 1 Ohl comme je t'aime, Galiste ! Vite, Jeppol vite!
Et il se mit à sourire, et il tendit les bras au cieL Est-ce qu'il taillerait d'étoiles, ce firmament de Dieu, | s'il avait vu mourir Galiste! Et il bénit le lac en le | priant de portm légèrement la barque. Est-ce qu'il i dormirait ainsi ce lac, s >1 avait englouti tant de génie» de douceur et d'amour? ; < |
Jeppo, courbé sur sa. rame, faisfât voler la lourde embarcation. On arriva. Armand courut , monta. | Personne. Sans doute Galiste s'était enfermée dans sa chambre^ où l'on* voyait briller une tamièce. H fnippa. Mais non, la clef de cette chambre, Galiste la lui avait donnée en partant. U la prit avec tenwrt ' elle glaçait ses doigts, il ouvrit. La chambre était déserte, une bougie adievait de brûler sur la tabla piit d'une lettre décachetée.
Armand saisit ce papier , c'était sa lettre à Ludenne.
Il voulut la rapprocher de ses yeux pour la relire, pour y croire ; mais il perdit comuiissanGe et roula I inanimé sur le parquet.
Galiste ayait écrit au bas de cette lettre s
B Armaud m'a payé sa dette. Je viens de lui payer
la mienne. Il est libre. Donnez-lui tout le bonheur
qu'il mérite* Maintenant je suis sûre qu'il m'aimera toujours.
a M ademoiSéBe^
B Gaustb, princesse Novralzin. b