XXV
Au milieu de cette résurrection de son cœur, et
dans les premiers transports d'un bonheur qu'ils'était babitué à regarder comme légitime, lorsque on
parlait de si^^nev un contrat et de faire revenir le frère^
de Lucieouey eu congé de convalescence^ Kamiescb,
alors qu'il n'avait plus ni le temps, ni le moindre dé*
sir de reculer (levant son mariage avec une fommo qu'il aimair» Armand reçut tout à coup une deuxième leltre de la princesse Novralzin,
Cette fois, le message était apporté par le mpugik hiinraéine, ce fidèle serviteur de Gallste, venu en France par la voie de Çonstantinople.
En le recevant, le jeune homme, frappé d^unéoup de ibudre, ne douta plus que sa liaison avec cette femme naguère tant aimée ne fût un de ces piégea formidables comme sait les tendre la mauvaise fortune aux hommes }»édestinésà certaines vicissitudes et à certaines catastrophes. Un sentiment secret Ta*vertit que ses rapports avec Galiste, avec ce malheur vivant, n'étaient pas encore terminés.
« Mon anfîi, disait Caliste, je vous écris le cœur na« vré. Hélas I faut-il que je vous réveille du calme peut-être bienfaisant où vous dormiez. Mais le cœur que je connais ne me reprochera point de l'appeler
à mon aide.Uu épouvantable danger me menace, qu, pour mieux dire, j» suis perdue.
» Vous savez que vous m*avez écrit : je n'ai reçu pas ime de vos lettres. Vous êtes sûr que j'avais écrit
de même et vous n'avez rien reçu de moi. J'attri-
buais ce malheur aux ordres rigoureux donnés à la frontière. Nos lettres, me disais-je, ont été simplement coniisquées et brûlées.
ouvertes, saisies. Elles sont (ians les mains du ' eomie de Wùtgeti qui rempUssail à la douone un
poslc de confiance» elle conHe de Wùrgen est le frère ^ dô la comtesse Qoribiany, de celle eoueniie morlelie que vous souj)r'onniez déjà lor5(iueje la défendais encore contre vousi et qui aujourd'hui lèverait le masque sans la peur qu'elle a du scandale que ferait ma défense* Tant que vivra le prince Novralun» on 016 méliogera, j'en snk h peu pi'ès nûre. Mais It ' prince vivra*t-*il ei combien de temps vivra-t-il ? ipoilft ce que je me demande avrn terreur dapiiiA U couUdence que j'ai reçue d*l son chirurgien.
» Le déshonneur pouir moi, }e ne parie pas de la ruine ni de la chutet voilà ce qui m'attend sitôt que 4 la cointesse fera usage de ces lettres. Vous connais* $ej. les vùlres, Armand, moi je me rappelle celles que je vous écrivais, et je ne doute pas qu'après les %voir lues, le juge le plus prévenu en ma faveur ne « puisse m'aecabler de tout le poids du véhément et J
inextinguible amour qu'elles révèlent. ' b M 'abandounérez-vous, me laissere^rovis cfdulet i
sous le mépris et l'opprobre ? Je ne Tai pas craint
un instant. Vous allex 6n avoir la pream II s'agit de
reprendre ces lettres au comte de Wiirgen; on me j
croit seule, paralysée par mon nom ét le respect què ]
je dois au prince mon mari ; on pense atoir bon ^
marché d'une femme à demi-^morle, mais la scène j
clian{^er;i i^uaud vous appui uiirez. J'ai loul caiculé| I
vouft &'âv#i ma à perdre» vous ue courez qu'un danger physique, et wtre âme ne compte pet avec ces eoosidéraUoafr4à«
M LecomtotiMiceiiioiiieiit^i tient gmiiiOA à , petile viUe de Pologue» sur la froalière. Oq craiul pai là desaeiilèTemeiits,et vous amt que nobeemp^
reur j eiilrelient une armée funaidable. Allez donc
€bef€b«r le comte; U est Fcanfiie de langage et de
manières. Vous Tavez peut-*èlre connu à Paris, Son opiniâtreté ne tiendra pas oimtre la v6tre ; peut^éAré, et c'est probable , saurez- vous , par voire esprit et le ciiarme de votre personne , l'amener à se desseisic âmiaUemmt de nos toltrea ; il y ea « deux de meit vous savez Ib couiple des vôtres^
B Ha vie, depuis que j'ai. découvert eethorrtblb secret, est devenue un supplice sans nom. Ce bleisé» qui e'éteint peu à peu , ne me regarde pa» aana me faire frémir. Je tremlile à l'idée que celte révélation le tuerait, et| aonges^y» c*eat moi qu*on acouaerait
de sa perte. Au moment, dirait-on , oii Tai t des médecins Tavait arraclié des bras de la mort, yind»* gnité de sa tanme Ta précipité dans la tombe»
B Je n'ajouterai pas un mot. Appréciez # décidez, a(iaae9E«
x> CAUSxn* a
Aruiaud eût moins souffert, si tous les coups mortels qui peuvent anéantir un liomme {maent mua l0 frapper à la fois.
Que iâire? Gommêni laisser Luoieaoe 6t sa famille? One dure à son père? qo*iinaginer?
D'uu autre côlé» couinieiu ne pas répoudre à Ca- .HMe paruM aoUesse égale? Uae femme ea péril criait à l aide, et l'auteur de ses misères , la cause de iOQ deiiger se eieheffiit au lien de la secourir 1
Aroiaad se rappelait le feu des lettres qu'il avait écrites • et ces détails poétiques qui font frissonner quand Tesprit se les raconte, refroidi par le temps et la distanœ, ces miséraUes détails , perte inévitable , seule perte infaillible des amants^ depuis que Cadmus a intmité l'art de parier aux yeux, comme dit certain poète classique, lorsque Arniand se les reconstruisait un à un , ces détails à la Jean^acques , il devenait
fou et saulait sur ses épées.
Kmdons4ui justice, 11 liésita seulement le temps
d*écouterla raisoa , qui faisait en lui son algèbre. Mais quand la raison rat fini, le cœur reprit la parole
et la garda jusqu'à la ûn de la discussion.
11 fut donc arrêté qu'a?an| tout « avant la raison i avant le boa sens , avant la possibilité meoie , Armand obéirait à Tappei de Galiste en périL
Les moyens seraient examinés ensuite.
On commencerait par chercher les plus concilianls, ceux qui permettraient à Armand de ménager ses intérêts les plus chers ; et cette logique de Thonneur est toujours sublime en ses conséquences : elle déf^e 1 hamaie de toute mesquine servitude* Qui-omque a d'abord satisfait à rbonneur par quelque
sacrifice suprÊixie» a te droit eusuUe d'être égoï&le* Ainsi , Armand partirait , mais il s'arrangerait de façon à ne rien compromeitre du bonheur et du repos de Lucienne , de son propre bonheur. Il ender* mirait la défiance delà jeune iilie par quelque beau mensonge, par quelque noMe roiMrie. Le voyage en Pologne avec ses résultais » quinze jours. C'est peu pour un indifférent r mais pour un homme <|uasî marié c'est réiernité. — ^ importe..» un prétexte* . Armand ehercèa, il trouva*
La fortune que devait lui apporter sa femme était eonsidérable : eUe offrait avec le patrim<Hne d'Armand une disproportion que celui-ci avait souvent déplorée* Plus d'une fois le jeune homme s'était dil que depuis le nouvel élat de choses auquel il daignait accorder toutes ses sympathies , rien ne Tem* péchait d'accepter une position distinguée que ses amis lui avaient offerte*
. la recherche de celte position ne fouiniiail-elle pas le prétexte demandé pour une absrace de quinze jours ?
Oui» mais quelle positirat
Le plus sûr était de ne pas donner de détail ; c'était aussi te plus court. D'abord , s'il ne disait rten» s'il jouait le mystérieux, Armand aurait l'avantage dts ne pas être obligé de savoir lui-même ce qu'il vouhiit cacher aux autres. Économie d'imagination et de temps* £t le mystère, on pouvait rexphquer par ce désir très plausible de ladre une surprise à sa
tioncée, en hii apportant te litre âela charge commé
Plus de difficultés ? Rien qu'une.
CMUMBt et pourquoi s^absenter quinze Jours pour
des démarches qui d'ordinaire se font dans la métropote en un périmètre d*une heure de eabnolei?
Arniand faillit se briser le tête contre cet obstacle, le plus oiak de tous. Un homme peut se décider à . . frauehir mille Keued , il fait PlriMifidott de sd vfe it soulèvera un monde, n>ais il km d'abord qu'il pas3e le aeuil de sa chambre h emém^ YoSà la difBcuHé, le premier pas , comme dit la cnanson.
Et puis , fA irail*!!, ne répierai(*en past S'il ma^ nifestailia moindre émotion, le moindre embarras,
ne fsnai^-oepomi sinon ebstade, du moine esdandre
è son départ?
Armand avait pour ami un iSustre ambassadeur»
Ce grand diplomate devait lui donner Taposlille néeemaiTe au sueoès de sa nomination. Pour avoir IV
postille bien chaude , il fallait la deniaiider de vive voix I sous le magnétisme de la présence physique» Or, rambassadeur était à trois cents lieues, dans une capitale abordable par les chemins de fer. Cette fa« eBtiA de loeomotion , de eommunication /rassurerait eeui qu'An»and tenait tant à ne pas troubler dans Isuv eeuftanee» Céioit vraisemblable , presque pae' absurde. C'était conclu,
Annand eommraça aussitôt Texécutioii par son' père. U kii fit part des scrupules honorables qui
rassaiiliiient ea présence de la dol écrtisaQle de DampTnesnil, te conseiller fut !r5s-flall6 do ces seûliifleûbdélicals.ll donna en plein dans le panneau. Jamais succès de son fils ne lui avail plus délicieusèment ciialouiUé le cœur. Quoil M. de Bierges serait... père d'un... d'un quoi?... Armand' ne se lira pas mal de la réponse. Il ne pouvait encore le dire ; c'était son petit secret. U réservait la surprise à son porc. Au cas ofi la négocialioti échouerait, le mécompte serait trop douloureux» si d'avance on eût connu le but qu'il espérait atteindre.
Oui, mais pour se faire hisser jusque*là, Armand «tait besoin du concours efficace â*uii protecteur absent, riilustre diplomate.
— Certainement, mais il est à Yiemie, cher père*
-r Oh I oh 1
~&est trop loin... impossible d^atler si loin»
n*est-ce pas ?
C'est bien loin, mais on a le chemin de fer* •*-Eh ! c'est encore l'affaire de huit jours !
— Huit jours I bon Dieu 1
- ^ Voilà ce que je me dis.. . Bon Dieu T. . .
— U^^^ Uampmesml ne vivrait plus, si tu dispa raissais huit jours.
— Je vois qu'il faut que je renoncé à cette posîtkm magnifique ; c'est pourtant bien dur d'épouser ainsi sans argent, et sans te moindre mérite, une fensme accomplie qui a des millions. Ne dira-t-OQ pas que tu as chassé nour moi u la dot ?
Le cooseiUer se gratta le front. Uoe position
magnifique I ArmaaJ senlil bien qu'il l'avail peiv suadé.
~ Eh ! dit le père comme illuminé soudainement. Quoi de plus avouable, quoi de plus bounète 7 Yois^ tu Armand, ne rusons jamais. Vas trou?er Lucienne,, et raconte-lui l'affaire ; tu la convaincras tout de suite, ou je la connais mal.
— Et moi, pensa Armand, moi, je la connais bien, et je sais ce qui m'arrivera, si j'ai le malheur de la prévenir.
— Alors, reprit-il tout haut, ce n'est plus une surprise, et ma petite mise en scène est manquée. Non, j'avais une idée toute pareille à la tienne, cher père, ton idée même. Je vais partir, me disais-je, Lucienne ne me saura parti que demain. Mon père est si adroit, que je pourrai gagner peut-être une demi-journée. Alors il verra M'^« Dampmesnil, il se fera bien appuyer parM°>«Chaudray, il prendra le petit air conspirateur qui lui \a si bien, et qui ne manque jamais son effet ; il embrassera une fois de plus Lucienne qui Tadore, et celle-ci croira tout ce qu'on voudra.
— -Ciomment, tout ce qu'on voudra? dit M. de Bierges.
—Tout ce qu'il faui qu'elle croie, interrompit Armand, car je ne suppose pas que tu ailles lui dire tout, puisque nous voulons lui faire une surprise. *
— - C'est juste.
Armand embrassa tendrement le conseiller^, écrivit
Digiii^uu L>y
uoeletlre à Luàeaae que celie-ci devait recevoir des loains de son futur beau-père» H mit dans eette lettre toule l'adresse capable de bien rassurer une tiUe amoureuse, c'est-à-dire qu'il y mit infitimant de^ qoeur, sans le moindre mot d'espriU
Puis» il alla trouver son ami Desbarrottes, qui lui' assura la main, et quand il eut, eu une lieure d'elforis, touclié deux fois du fleuret le gilet de ce rade jou^ leur, il parlil très-rassuré sur les suites. que pourrait avoir un malentendu avec le comte de Wuigen* :
11 quitta Paris dans la même maliuée. Uendez-vous donné à Cologne au mougik de la princesse.
XXYI
Le comte Frédéric de Wûrgen, jeune homme, ou idutôt homme jeune de trente-cinq ans^ était un cavalier plein de distinction et d'esprit. U avait fait la guerre plusieurs années en Circassie dans cette école militaire des Russes; il était brave et bon officier, ambitieux sans frein et sans pudeur, mêlant habilement au caractère moscovite l'ingrédient français qui peut rendre un courtisan plus charmant aux yeux du mâîire.
Digne jumeau de la douce ZiJuii que nous connais^
It
font, n iMNfMlalt m scmr «riri pfOtcgoaH s<m fi^« Leur vigueur, leur habitude des coiubiuaisous, leur eMfianee tédpro^ les rassuraieiit sur leur mutuel «fenir.
C'était h cet bonuiie, dangereux adreiMire eoms
touâ les rapports, que Caliste dans sa noble indignatiM adieasait Annaiid, le seul défeosear qfu'^ pM charger de sou salut ou de sa vengeance.
Annand tratetsa rapidement ta distance qui le sé* parait de A 7 arriva cinq jours après son départ. Lt foole, aaaex longue ponr ftyoriser les méditations de tout genre, n'avait pas épuisé chez lui la résolu-* tion; éUe atait aiguisé redresse, et, lorsqa'îl arriva près de l'endroit où ilsavait lrouverM.deWûrgen,ce dernier avait bien perdu de ses chances pour la lutte morale. Âu physique, ArmaiMl se trouva inférieur : il était écrasé de fatigue.
En vue de la misérable petite ville oîi le comte tenait gamison« Armand s'arrêta, troura> sur les iadi* cations du mougik, guide précieux depuis qu'aa avait perdu de vro la civilisation et ses hètels» un abri supportable dans lequel il commença par dormir douze heures de suite. Après quoi il s'hal;>iUa» se mit en exercice, ût un bon repas, et, ayant relu la lettre de Caliste, sans l'accuser une seule fois, ajant
donné à Lucienne ses plus fraicl»es pensées, il s'achemina, sûr de lui et de son droit, vers le palais — on
nommait cela ainsi— de M. le coinmamlanl de place.
Une masure entourée de magnifiques jardins dos
ifie dtti «Mes, totnooiip de MjdMfeiMito
extérieurs d'uQ goût bizarre, la plus glacîalô simplietlé «a dedttKf toilà le pidftts iftt'oècupall le
copie;
Àimaad s'était meaxé par le rapport éa nougik
que son adversaire» après uae longue promenade à «beval, Y€Mit de reocrer pour se reposer une partie
(du jour, selon l'iiabilude des militaires de tout pays •près les maiiounes. U se préieata ehes le eomtet auquel il iU passer sa carte, usage assuréaient nou- ¥eatt pour le caporal qui servait de cbambellsQ.
Armand s'élait placé dans le second vestibule» à portée d'enteadre^ sîao^ de voir tout ce qui se passerait dans la salle où venait d'eiiUcr le caporal instruit par le mougiL 11 va sans diie qu'Anatud avait habillé ce deruier comme un domestique de gentilbomiDe d'Occident. Détail auquel le caporal» peu observateur, n'avait pas fait altonlion, se fi^^uiant peutétoe que loule l'Europe est une province de Russie où Ton ne parle que russe.
Armand écoutait» di&-je. Il entendit une aidamaliuQ partir de celte salle avec une épaisse nuée de fumée de tabac. Puis» à la suite de cette exclamatioB arrachée par une surprise bien naturelle, un homme vêtu d'une sorte de veste à brandebourgs» tout ou^ verte et doublée d'une foumire quelque peu élimée» apparut au seuil de la saile» sans cravate et le jabot très-chiffonné. Cet homme était le comte Frédéric bài^t^^émei que ce mm de ttie^Bus venait de saisir au
point qu*ilmottUiait jusqu'à rinstiiicl de tareprésen-
talion, si puissant chez les hommes du Nord.
n tf avait pas cru ce qu'il voyait. U vit, et la rougeui lui monta aussitôt au visage.
— * HoMieur... muTmara4-il après un mouvemeot . involonlaire pour rentrer changer de costume,
— . Anaand de Bières, dit Armand avec une politesse affable.
Boulevard de la Madeleine 1 s*écria le comte en relisant la carte. Et vous en venez?... Entrez donc, monsieur, entrez donc, je vous prie.
' Il le prenait courtoisement par le brw et le faisait entrer dans cette salle où son regard inquiet eût voulu cacher, ranger ou orner bien des choses nuisibles à sa réputation d* homme élégant et riche.
Mate Armand était un Parisien bien élevé, c'est tout dire. Mettre à Taise un Russe embarrassé de son pauvre petit mâoage, c'était élémentaire.
—Monsieur, dit-il en souriant, je viens surprendre un soldat sous sa tente ; me pardonnera4-il mon bonheur?
. ~ Surpiendre est le mot , dit le comte en riant aussi.
— * Oui, commandant, vous voudriez bien passer quelque splendide uniforme pour écraser tout à fait ma misérable redingote, répliqua le Parisien; mais laisse^moi au mmns l'égalité. J'en ai bimi besoin daoft
la démarche qui m'amène près de vous.
Le acmite s'assit e^&t asseoir son Jnùte* U lui offirit
Digiiii-uo L>y
un cigare, en niême temps qu'un mougik apportait une belle et immense pipe»
— Hélas! je ne fume jamais, dit Armand. Vous voyez, je ne suis bon h ùm. Veuillez me i^eodre comme je suis, monsieur le comte*
— Nous n'avons ici que des ralrakhissements pi» fojables, dit M. de Wiirgen, et je ne sais comment les proposer à un balùtant du boulevard de la Matle- Jeîiie, Jtmn de Durand et d'imoda»
—J'accepterai tout ce qu'il vous plaira, monsieurt •mais après que vous m'aures accordé une demibeure d'audience» répondit Armand» non sans une Buanes de sérieux que le comte saisit à Tinstant même» et aussitôt il congédia le mougik, posa sur un angle de table le dgare qu'il avait déjà allumé,
— jklon Uieu, dit«il, j'y pense, vous aimerez peuir être autant voua promener dans mon jardin, c'est ce quej'âi de plus convenable à vous offrir, et vous respirerez nos fleurs polonaises dont le parfum vous remettra de ces saies fumées que nous achetons trop cher en Flandre.
— Volontiers, répondit Armand} nous causerons plus librement au grand air.
11 se leva. Le cc mte alors l'enveloppa d'un coup . «Tœil inteUigenI, d'mi vrai regard militaire qui toise son homme. El cet examen muet, AriuaaJ, qui le sentit, ne fut point f&ehé de le subir : tt rendait iiu. . même moment la pareille à son adversaire»
ZSTU
Le comte de Wùiseii» apfte ee preaiier mâ de
rennemi, avait repris toute son amabilité causeuse. Uoondutrit Artntiid dans m jerdin délifsieiix ooupé ^ de canaux d uiie eau moirée, autour desquels ces mêmes clôtures de roseaux servaient de lateurs à dee roses, à des jasmins, à des chèvrefeuilles d'une végé- : laiion opulente. Il avait eu raison, le eomto^ de nMer
au Français le parfum des lleuis de Pologne, car elles ^ embaumaient i'air et pénétraient d'émotions dangereuses, je veux dire généreuses et douces.
Armand se recueillait eu marcb&nt^ il voulait abords la question d'une façon à la fois habile et ferme, bien déadé, touleiois , à ne recotirix aux. moyens extrêmes qu'en cas d*impossibilité absolue. Là, con- ^ siâte la véritable fermetéflaforce. Ucommençaf voyant que le comte Tattendait dans le aitam» de la oii^ eonspection.
— J'ai fait un long tojra^ei oMmsieiif , dîMl este,
pour venir à vous, et je vois que mon nom tons a * févM à loi seul le bot de ee toyage. itme semble avoir lu cette iuteiiiijeiu e sur vos tcait% votre premioT étonnement*
' Le comte le regarda irua air naïvement surpris.
^ Moti fépliqiift-«4t mais je n'ai pas rbon&eiit
de vous connaître, et je suis à mille lieues de savoir «I qui ¥0» amèna» Mm étoimeaiwt Tenait da ?otr«
ap^iarilion. Ufl Français, un Parisien de la Madeleine, à».««, sur la frontière dePologne etd'Autridie 1 avoues
que vous eussiez i ma i^lace été saisi comme je l'ai iié.
Armandi pendant cette réjrtiqtief s'avouait que le eomte ne peuTait répondre autre chose, et qu'il eût
élé absurde en so trahissant lui-même avant de savoir si onraocusait.
— Monsieur le comle, dit-il, ce qui m'amène, c'est l'affaire à la fois la plus délicate et la plus 3im(de. Des lettres que j'écrivais à une dame de ce pays sont tombées entre vos mains. Elles peuvent compromeUre giavement cette dame : je voudrais c^ue vous eussiez la bonté de me rassurer à cet égard,
11 regardait attentivement son adversaire en lui adressant ces paroles si nettes. Le comte ne se trou* bla point, il écoutait, paraissant s'attacher au sens de chaque mol plutôt qu'à l'idée générale, et on le
verra, telle était en effet sa tactique pendant le cours de l'entretien.
— Je comprends encore imparfaitement, répondit» il, et je vous prierai de Youloir bien préciser du mieux
qu'il vous sera possible.
Tîès-YOloutleis, 11 s'agi t de M"» la princesse No«
fralzfn, que v<ms coimaissez fort bien, mm «ocun
Aouie.f puisque U^^ votre soBur est son amie iatime.
— Amie intime T eroyes-TOi»? ditToffieier avee Uû élrange mouvement de doute. Je ne sais trop» Mais enfln, je oomiais parftdtemmt M"^ la princeaaa Novratzin.
— Eh bien, monteur, tous étiez ehaigé de la aor^
veiilance des courriers à la frontière au moment où ont été interceptées les trois letties que j*eus Thonneur d'écrire à M'»^ la princesse, comme aussi lorsque s'y présentteent les deux lettres qu'elle m'a éerites. Or, elle n'a rien reçu de moi, moi rien d'eiie« Ce tait est grave , et, vous sadiant bomme de goût , vous croyant sincèrement homme d'honueur, j'étais venu chercher près de vous une explication loyale , persuadé que je sortirais rassuré de noire entrevue.
— Rassuré sur quoi? demanda le comte avec douceur et politesse,
— Sur le danger que la violation de ces lettres et leur transmission aux mains de certaines personnes pourrait Caire courir à la princesse et à moi»
Le commandantréflécliit un moment, moins comme un homme embarrassé d'une réplique , que comme un fonctionnaire paralysé par le caractère de ses fonctions.
— Vous me demandez , en effet, une chose délicate, dit-il, et je dois me contenter de vous répondre
que j'ignore absolument les faits auxquels vous faites allusion» * -
~ llonsieur, riposla Armand plus vivement, mais arec la même aménité persoasivet j'ai tout lieu de croire que vous: ne les ignorez pas, et je vous sup[)lio •de prendre en eoosidéraUoa ma démarche et Tinté* »ét puissant qui me force à vous interroger. H y va de riioaneur , du repos d'une femme digne à tous égards de mon appui et démon respect ; d'une femme que vous connaissez , et dont vous ne sauriez être rennemi au point de la vouloir perdre.
— Assurément, assurément, dit le comte avec calme ; mais je ne sais rien de ces lettres, et je youdrais vous rassurer, que je ne le pourrais pas. ' Armand fronça le sourcil.
Serai l-ce votre dernier mot? dcmanda-t-il en évitant soigneusement Tintonation de la menace.
. — Mon Dieu, oui, monsieur, ATimpossible nul n'est tenu, dit le proverbe.
Armand appuya doucement sa main sur le bras du comte, qui lui offrait une rose magnifique^
Le malheur, dit-il, est que je ne puis me contenter de ce proverbe. iS'y a-l-il point mieux que cela dans YOtie cœur de gentilhomme «t d'oflicier , dans TOlre conscience, dans votre habituelle sympathie pour les gens de ma nation ? Car, remarquez-le bien» je vous donne l'exemple, moi, un Français, en guerre aujourd'hui avec vous; j'arrive, je me livre à votre inerci, sur votre terrain même, pour ol)(enir une expiicaUoQ sincère. El j'a^ fait quatre cents lieues pour ce résultat, et vous me le refuseriez ! Songez, je vous
|iat» qw je Mb vewi mm «M immiiiio piO¥iik»i
de patience, de boDs sentimenls, de conciliation afte c tua m e, mais «uw mm laoe lésolaiioai anélée
de ue point revenir sans une salisfaclion quelconque.
» Je v4Misaiièto là* (iii l*offîtiiar avM im sourira*
h'ajoulezpas un mol, sans quoi vous m'empêcheriez vous roBdr» Mnrke* Or» i> suis disposé oaUirel^ lemeni par sympathie pour yous-mème. L'ombre d*uAe iûUniulAùoa me iècaii dévier deceito dispottp tîM tout» bieiiTeiUanta* Armand s'iocUiuu
— Je dé»re d'aîHeurt, ajeula VrMim de WArgm,
que votre peine et votre courageui^ voyage vous r«fH porteei on lésultaL Je ne garaDiâs pas qu'il soH brâ,
mab casera un r(^uitat« hh iueul au risque de trahir mes devoirs et ma conrigue de soldat, je vais vubs répondre. J'avais été placé à la CrouUère, avec ordre de rempereur d'envoyer à Pélersbourg, diieelement à Sa Majesté, toute lettre venant de France ou aUaol en France. Et j'ai fidèlenient exécuté la ooosignst Les ktu es ont été envoyées à notre czar.
Armand frémit.
— Que YOUlez^YOus? dit le comte. Avant tout Tobéissanca.
— jUonsieur, reprit Armand bonteux de conserver
encore un doute après Mtte expliciAion qu'MCOOH «
pagnaU lu plus sympailnque regard» on m'avait as*
suré que cestottresn'étaient paisortîMda TMMai^
voiuiu se Telouinant i
— ,rai (#1 l'honneur de vous dire, interrompit-il, que je les ataiseafogrées à l'empereor eomoie toutes
les autres.
AruMmâ se lot. ÉndeiDBieiitreDteetieD ne pouraft
franchir ces limites sans prendre un autre caractère. Après Fftfeu eoBseoli par le comte, toute supposittoa ox)ntraire devenait une injure personnelle. Armand comprit qu'il n'obUendrmt pas uue syllabe de plus, et ffoe son însisfaiiee eAt sroené une (fuerede stérile*
— Pourquoi, pensa-t-il, cet homme ne dirait-il pas la vérité ? Sur quoi Galiste se fonde- elle? Ne se trc»ape-t-eUe pas dans sa terreur? Garder les lettres, utt iBMtioBfiaife responsablel ee serait lorti Je sait Wen que l'empereur Nicolas est mort et qu'avec lui bien des responsabilités ont dispera ; mats cependant la plainte portée à l'empereur Alexandre perdrait le eonale de Wiirgen* Et puis il a un bon souriret cet
lionime-là. 11 ne joue point les traîtres. Qu\ sait, la sœur peut être une implacable ennemie de la pria* cesse, mais luil
Gomme il flottait ainsi^ dans un optimisme bien funeste ait succès de sa mission, il crut Toir» an bout du jardin, son meugik qui le regardait et semblait hri ferre un geste de tél^raphe.
— Venez-vous prendre une tasse de café avee moi? dit le comte. C'est à peu près tout ce que nous avons de passable ici. Puis nous dînerons tantôt e i is embte , n est-ce pas? Je qjiitte demain cette mor« telle garnison ; neus partons eesoir, après la chaleur,
pour la Grimée. EnfinI ai^je assez atteadul.** Ah. .
saûs Tempereur nouveau, je n'irais pas encore; mais, je crois qu'il me veut du bien. Oh I c'est une faveur de premier ordre» la Grimée 1 notre czar n'envoie là que des amis» ^
Armand ne pul tenir conlre celle gasconnade li^perboréenne : il édata de rire.
— Peste I répondil-il» que ferait-il donc pour ses ennemis? il me semble que la-bas votre empereur consoajuie une terrible quantité de ses amis si cliêrs. < Prenez garde!
— Bah! s'écria le commanaant en se frottant les
loainst j'ai toujours eu envie de voir Ctonstantinople.
~ Ce ne sera pas cette année, dit Armand sur le laêmeton de plaisanterie.
— Ob! si fait, répliqua sérieusemeiil le comte. ' Itous arrivons en renfort à Sébastopol avec cent mille ' hommes. Vous voilà forcés de lever le siège et de . vous rembarquer. Vous n'aurez pas plus tôt perdu ; roffensive que nous la reprendrons. | * Armand se remit à rire* 4
— Vraiment , comte , àiUïl, vous êtes le plus agréable fantaisiste que je connaisse. Quoi 1 vous uô riez pas comme moi, vous qui avez habité en France I Quoi, vous croyez avoir des armées parce que vous avez des hommes? Haisnous, tandisque se fait cette guerre qui vous met déjà en désarroi, nous n'y pea« sons pas. Si vous passiez boulevard de la MwMeîne, que de monde l Derrièreles cent unlle soldats que nous
avons en Crimée » il y a dix-buii Côûi mille iiommas tout prêts, et chacun de ces hommes a dans son: fusil une idée. Vrai, je vous adxxiire avec voire saDg«' froid. Mais levenoDS Un peu à notre affaire, ajouta«-t*U quaud il supposa que la conversation avaii amené entre eux plus de familiarité. Vous partez donc de-: main pour Sébaslopol. Voyons, avant de partir, ne laisse^vous pas quelque scrupule derrière et ne me
ferez- vous pas la ^râce de vous en débarrasser à mon
profil? Je vous parle comme à un compatriote, comme
à un ami, ne nraiderez-vous point à sauver une pauvre femme qui serailperdue par ma faute, et dont maintenant, quoi qu'il arrive, je ne saurais plus jamais» réparer le malheur?
Le comte écouta bien attentivement , et conmie ces deimeis mots, prononcés avec intention, Tavaient frappé , il swibla vouloir se les faire expliquer tout à fait.
— * Oui , continua Armand , je m'adresse au galant hoiouqet et je lui dis: Vous avez déjà la moitié d'un secret à moi , . c'est moi qui vous le révèle , puisque vous assuriez ne pas le connaître, puisque vous aiûrmez avoir envoyé les lettres à l'empereur. Voici que je reviens à la charge: ajoutez à votre dédaralion tout ce que vous aurez de propre à rassurer ma conscience et la vôlre> — la vôtre , parce qu'en trabissant le secret d'une femme vous auriez commis une action indigne de vous, — la mienne, parce que,
sur le point de me séparer irrévocablement , par un
mÊSiÊg^M de eeUe (emm» , qui a*eât pA& Uixê^
coiiinicUrais une abominable action en la laissant ioto tocoup d'un maUiMur que j'aurais causée Voyoai» monsieur le comte, un peu de confiance , traitezea ami i oomma un loyal «onaitti v4mis hèé^ mande.
Fiédécic é8 Wiir^ sembla ua wmoMi tiésiler» ' Puis, prenant sa résolution et rassérénant son visage :
^ i^ai dit ioui ce que je savais, cépoiidi4«il» et vous m'interrogvriM siiBe fois encore sans avoir de rkh «M autre réponse» £xeuseHiioi, voici moa couirier qui mi^.
Cétail fini. Aamnà vil s'appiocliar respectueuse* ment des officiers qui attenMMI fofdifti du «M. Le
Btoi^qpkt ^ son c6té, cherchait toi^ours à se Isife voir
fAimand, fl fépeieli geste etipieiBll
Ou logez-vous, monsieur de ftergeSt m vttiS demanda le comte.
-^ Non, commandant, mon domestique a détoné pour i»n m litto pBSsaMe hots la vflks m k
Armand aperçut alors le moi^ik et ses s^naux d\ippel. Frédéric répondit t
— En ville vous seriez mieux. Voulez-vous que je m*occape detsela? M ats à qooi im, ^raisM ferespM un long séjour. Quant à moi, demain je serai ^àt^
Aimand remetcia.
— Vous dînez avec moi, je pense?
Qû6lqae<di09e avertit AsmaDd ^'tl w^émkfm
accepter. » • - . ■ •
' — Merci^ répliq«a-t*il, je n'ai pas dormi depuis sit loms; jenh me mettre eu Ut* Aossit^^ rémilé, f «i*
çai rhonneur de vous rendre visile.
' ~ C'est mm qmYOïBnsiterei, dit Fiédé^
gen avec cérémonie. A quelle heure serez-vous vif
~ A votre heure. En voyage je me lève avec le •oleil.
Eh bien, je vous ramènerai ici. Vous montez à dieval? oui, sans doute? nous fercms vtn tour dansU
tempagne, qui est belle, le déjeunernous attendra.
Armand s'indina de nouveau. Le comte lui tendit
la main cordialemeut, Armand donna la sienne; ilf se séparèrent.
• — 11 est impossible, pensa le Français, que cet homme-là ne soit pas un très-galant homme ; mais Caliste n'est pas moins inquiète pour cela. Seulement, je comprends tout. L'empefour Nicolas a eu les lettres; il est mort, avec lui le secret de Caliste aura beaucoup perdu de sa gravité. Pourvu que les preuves n'aient point tombé aux mains de son mari, elle ne court au« cun risque sérient. Or» il est à peu près certain qif cffles n'y tomberotit pas.
I ' Me voilà donc tranquille. J'ai fait la démardie que tte dictait ffaonneur, et après ce dernier souvenir donné à une amie, je puis me Uvrer tout entier à mon amour. Vite, une lettre bien rassurante et bien inin* telligible pour tout au Ire que pour Caliste. Le mougb1ainipoiteta,moi je reprends la poste, mon cher
chemia de f^, et c'en est fait de ce reliquat de jeu» nesse. J'écrirai au bas de ma vie de garçon : « Pour solde de tout compte I »
Il arriva, en disant ces mots, auprès du mougik, qui se peacbant h son oreille, lui dit : i
— Matlre , quelqu^un t'attend h la maison.
Armand lui ût observer qu'il ne connaissait per« sonne en ce pays*
Si* maître, si, tu connais quelqu'un en ce pays; Tiens et tu vas voir*
Armand alors remarqua, pour la première fois cette agitation fiévreuse du bonhomme, et Fexpiession irritante de son petit œil gris étincelant sous un sourcil épais comme une moustache*
xxvm
De loin, devant la porte du misérable bâtiment où il logeait, Armand vit une cliaise de poste dételée. Sous Tappentis voisin, quatre petits chevaux, noyés dans leur crinière, se roulaient fumants sur une litière épaisse de joncs et de bruyères sèches.
Le mougik courut devant et monta le premier. Je dis monta, parce que la maison, composée de deux pièces, était b&tie sur une sorte de cave et formait
ua rez* de-chaussée auquel on parvenait par un esca- Ver de six marcbest taillé eu plein dans un tronc de bouleau, avec une rampe en corde d*écorces.
Quand il eut donné son coup d'œil à rintérieuft cel homme reparut sur le perron, fit signe à Armand qui arrivait au même instant devant la masure, et Armand mon la à son tour.
. n pénétra dans sa chambre, un grand feu y était allumé malgré la saison. Devant le feu elait assise une figure sombre toute enveloppée d'un large manteau, celle figure se retourna au bruit des pas d'Armand, c'était Galiste.
La première impression du jeune homme fui mau- Taise.
— Fort bien, pensa-t-il, tout cela était combiné .d'avance. La lettre avait pour but de m'attirer ici, à ce rendez-vous. Caliste aura connu mes projets, . mon mariage ; elle veut me forcer à rompre par quelque esclandre. Et elle savait parfaitement que ma rencontre avec ce Wûrgen n'aboutirait à rien. Oh 1 .mais s'il en est ainsi, je vais me défendre. Le temps des nq^stihcations est passé.
Tandis qu'il pensait tout cela, il s'était arrêté. Il , oubUait que cette îemme le regardait, et de ^quels yeux I avec quelle Ame !
Le temps imperceptible de glaciale surprise qui . changeait Armand en statue, lui seul ne sentit pas que c'était un siècle. U s'approcha enfin et dit : ~ Est-il possiblel
Galiste lui tmdit la maia ; il saisit eett# maio $mA^
grie, el se courba dessus, honteux de n'avoir pas commencé par tomber à ses pieds.
C'est qu*il venait de regarder son visage et que toute pensée offensante s'évanouissait à Faspect de celle pure et sincère expression de douleufi au sein d'une si auguste beauté*
Caliste était pâle, bien pftie. ERe hri dît qit» «fêlait de l'roid; oui, de froid au cœur. 11 je ta une brassée bois au feu, au lieu de la réchauffisr d\m baiser ou d'un sourire,
— Vous êtes donc bien surpris de me toir, dit-ette de cette voix noble et grave, dont le timbre réveilla aussitôt mille échos endormis dans Tâme d'Anoilid*
— Je l'avoue, dit-il.
Elle écarta sans affectation le manteau qui tomba
de ses épaules à ses pieds. Armandla vit tout entière Yétue d'habits de deuil. 11 frissonna.
— Oui, dit-elle, M. le prince Novratzin est mort ; je suis veuve.
Armaûd joignit les mains comme devant une apparition. Veuvel Galiste était libre! Elle aeeomrait près de lui; sa première pensée était pour lui, pourluiqui s'était tant hftté de jeter un nouvel obstacle entre lems deux libertés !
Son silence cette fois ne fut plus du dottte, M ne fut plus du soupçon, mais de la honte et du remords.
— J'ai peu consulté les convenaneesi re(»ît Gdiste 4JUI 6Uivaii cliaque nuance sur le visoga d'Annand et
fc'en imprégnait le cœur comme un métai boit peu à peu ïàCide mortei» je aie suis bâtée d'accow^ je savais que vous viendriez; vous êtes un homme kyral et Jaf4ve* J^^nWe à leiups» \)mè> m bien des heures d'angc^isse en vente. Maif vous êtes sain et sauf. Vous ne deaiandeïi» {dus riea w çûVkte de WBfgea } veus vempm tente espttoetkNEi avec lui; . je n'en ai (dus besoin» i^^^^"^ e^osiiMi de aloikrQe dése^c» (fâ msm AfOMud jusque daiàs ses entr^iliies*
• Non, dit-il, vous n'en avez plus besoin, puisque YOtre Teuvage tous aflfaoeltàt} mais il est à eramdre que vos lettres et les miennes n'aient élé remises à Fempereur ; je viens d'avoir aveo le eomte un enti^
lien des plus satisfaisants daus lequel il m'a avoué la Ttfiité.
— La vérité, dit-elle, ah f
Armand obsenra rironie poUe et firoide de rtntow nation*
— N'esta point la mérité f demanâ4-il. SayeK-
\QUs quoique chose de plus positif?
^ Otûf dit Caliste du même toA fçrme et soleimeL «M» Bt TOidei biesi m'en lùre ^
— * Asurément* Je suis venue pour dMi* îêisoqi:
d*abord pour ménager votre vie, ensuite pour \ous diie tout*
Si forte qu'elle voulût ôtfo,Caliste se troubla; elle sentait la sang monter à sa goigei elle Veiâtait èteA-
. 1er des larmes qu'elle tremblait de laisser paraître en
ses yeux.
~ Pardonaez, dit-eUe en éloigoaat doucement Ar* mand, qui se précipitait vers elle; je suis très*&tiguée, un peu nerveuse, pardonnez.
Son effort fut sublime r elle ne pleura pas.
— J'écoute 1 s'écria-t-il. On dirait que vous aller m'annonoer quelque malbaur.
— En effet, Armand, c'est un malheur très-grand dont f ai à tous faire part; mais .ce qui me donne beaucoup de force, c'est qu'il ne vous atteint pas. 'Sus cela, vous me verriez fort abattue.
11 voulut lui reprocher cette parole, mais il n'osa. EUd avait trop raison.
. — Voici CQ qui est arrivé, dit la princesse avec une voixcalme et une héroïque simplicité. Trois jours apr%s le départ de mon messager pour Constantinople, j'ayais déjà bien des inquiétudes sur la santé du prince; les chirurgiens désespéraient de lui, je vous l'ai maa- .dé. Sur la fin, dis-je, du troisième jour, je lisais un peu dans ma chambre en regardant parfois la mer. Tout à coup, je vis entrer chez md le prince; lui
qui depuis quinze jours ne pouvait quitter le lit! Il était effrayant depftleur etde faiblesse; je courus à
-sa rencontre, il me repoussa el tomba dans un iau-
' teuil. Sa main me tendait une lettre ouverte, une
lettre de vous, Armand, une de colles que je redoutais, et qui était fort tendre» comme alors nous nous ' en éorivions*
Le voix de Caliste baissa malgré elle sur ces 0iots. Oq cercle bleu se dessina autour de ses paupières ;
ses joues prirent le ton de l'opale, doiU le reflet fris-
soDoanl glissa jusque sur ses lèyres.
— Je sentis bien, reprit Caliste, ranimée par Té tienlion d'Armand» que les scélérats qui me faisaient porter ce coup par la main d*un moribond comptaient à la fois me perdre et le tuer. Car il avait semblé depois notre réunion me témoigner une affection irèsvive. Je compris donc leur perfidiCt et, moitié pour les combattre, moitié pour adoucir la souffrance de ce malheureuxt leur victime, je résolus coutre toutes mes habitudes, de me défendre ou du moins dy es- .sayer. L'état nerveux du prince m'é|)OuvaDtait au point que je craignais de le voir tomber à mes pieds.
Si misérables que pussent être les arguments de ma défense, je les regardais comme loyaux et sacrés, puisqu'ils m'aidaient à sauver les jours de mon mari, et m'achamant à cette idée, j'en vins à espérer que je réussirais, tant je brûlais de réussir. Qui sait, me disais-je; ces lâches n'ont saisi qu'une lettre d'Armand, ils n'ont peut- être pas d'autre preuve. Idée stupidCt idée de foUe^ mais, dans le vertig^e, on u%
pas le temps de la logique, et quand on roule dans rablme, oo s'accroche où Toa peut. Dél'endous^uuus, *pensaîs-je, ne laissons pas mourir cet homme, que aum silence ou mon aveu acbèveiaienl-de ioudroyer.
Alors je répondis je ne sais quoi, mais je répondis. G'étaieot des raisons de femme» que di&-je? de tille entretenue qui veut se garder son prolecteur. Pouvait-on tt'nnputer les folies de M. de Bierges?Étail« ce ma faiffe s*îl était amoureux de moi? liie qu'il écri-yait, le savais-je? Était-il eu mou pouvoir de Tempôdierf MîHe Inepties Iritiales, débitées avec un sourire plus trivial encore. Uélas! jamaist en ma vie» pareil effort» TiolMce plus sublime n'avaieat torturé ma raison et mon cœur*
Le prince qui m*écoutait immobile et glacé, ne me ûi pas même 1 honneur de montrer sa colère. Mais U avait dans la main une autre lettre qu'il me fit voir» en riant avec mépris. Oh ! ce rire m'accabla. La leiire était de moi à tous. Quatre grandes pages. Si l'on m'eût lu tout haut une seule des lignes qu elle contenait» e'est moi qui fusse tombée morte.
Le prmce cliancclail; ses Iratls étaient décomposés; j'y lisais de nouveau la haine implacable et la haine dans la mort! 11 se traîna vers son appariement« Je n'essayai pas même de lui offrir mon bras. H rentra chez lui» s'appuyant de son unique main aux murailles et aux tentures. J'entendis refermer k double tour la serrure de sa chambre. Je restai seidei nul ne vint h moi jusqu'au milieu de 1a nuit»
Dans cette nuit terrible » un orage s'abattit sur la m^arque j'entendais gronder. Jème soutiens que, par ma fenêtre ouverte, la pluie entrait violente et lourde et m'inondait sur le tapi» où fêtais restée ageneuil» lée. Je suppliais Dieu à chaque éclair d'envoyer sur moi rédair qui devait suivre ; j^a^ais le feu des uuâges t il eût étouffé naon misérable cœur !
A ees bruits majestoeax de f ouragan» auxeiis des matelots eu détresse , aux courses sonores des cava* lien sur . ne» remparts , f entendais sans lee gôbi<prendre » se mêler d'autres bruits sinistres dans la maison. Les serviteurs du prince montaient et descendaient, je voyais sous uia porte luire et s'éteindre des feux. Un instant il me sembla distinguer un eri funèbre succédant à une psalmodie lugubre qui avait duré plusieurs minutes, et que, dans mon délire, j'avais prise pour la voix du prince dictant quelque chose d'un accent Jm^ et monotone. Bientôt ou tieurla doucement à la porte , mes femmes, que j*avais renvoyées, entrèrent, je me levai éblouie parleflambeau qu'une d'entre elles apportait. Leurs visages défaits trahissaient une émotion de terreur. Je parvins à parler, je queslîonnai, on m'apprit que le prince ve» , nait d'eipirer enUe les bras du commandant de place son ami , et de la comtesse Gorthiany la mienne. L'attitude de mes femmes s'expliquait par la surprise eft les plongeaient mon isolement et mon ignorance, alors qu'un événement de cette importance s'aceoo)plissait dans ma maison.
Ainsi le prince était mort sans avoir voulu me voir, sans m'acGorder soq pardoa , sans se domaoder s'il ii*avait pas aussi besoin du mien. On Pavait seques* tré, oa m'avait éloignée. Gette aoûe» ce monstre, jetant le masque au dernier moment, avait activé la : rage dans Fâme du mourant , elle en avait recueilli les dernières étincdles pour allumer rincendie qui . me dévorerait tout entière. Au lieu de la voix cbré- . tiemie qui console l'agonisant et le réconcilie avec ses inimitiés terrestres, mon mari n'avait pu entendre que mes accusateurs acharnés à glisser une malédiction dans son dernier soupir I
J'appris tout par le notaire qui avait rédigé , d'après ses ordres, sa suprême volonté. Le commandant de place, vieux soldat, dont mon malheur diangeait la première indignation en compassion tendre , vint aussi me trouver et me raconta la scène lugubre en me plaignant d*avoir été chargée par tous et déien' due par personne. Assurément, me dit->il, la fureur du prince était violente; mais avec.de bons conseils mae voi& amie Teùt peut^re adouci. 11 parait que ces fatales lolirris lui avaient été remises, le jour même, avec une intelligence qui faisait honneur aux assassins; carie prince sortait cFune attaque après laquelle le chirurgien nous avait recommandé à tous les plus grands égards pour son repos moral. Lui donner ces lettres à un pareil moment , c'était le tuer ; ne pas m'avertir lorsqu'il se mourait , e*étatt CQPtIrmer lui ridée que je n'aspirais qu'à sa ùa t
. kj: 1^ jd by Googl
c'était répandre cette idée dans la OMu^son ; .ett de
fait propagée par des âmes charitables , la nouvelle courut toute la ville que la princesse Novratzia avait déserlé le lit de mort de son mari.
Le prince dicta son testament. U m'ôtait, de sa fortune , au pro6t de ses parents , des pauvres et de la comtesse Gorthiany* tout ce qu'il pouvait aliéner^ cTest-à-dtre tout«^ n chargeait l'exéeuteur testameii* taire d'envoyer à Tempereur les lettres de mon amant et les miennes, afin qu'il sût la emiduite de la pu* {>ULe iavonte du czar Nicolas. 11 terminait en déda- Tant qu'il ne regrettait pas la vie depuis la découverte de ma traliisoo. Certes , il n'eût pas été possible de m'aocoserplus directemrat de sa mort.
Je cherchai la comtesse Gorlhiany. Dieu m'entend, il sait que mon Ame est pure, et ne s'est jamais souillée d'une pensée nuisible à quelqu'une des créalures faites à son knage ; mais , n'est-ce pas? celle-là ne pouvait compter panni les femmes mes semblables. Je vous avouerai humblement ,que je Teusse poi« gnardée avant mon dép)art. Qu'il me pardonne au- .jourd'bui) ce Dieu tout de miséricorde, rindigne pensée éclose en moi sans doute sous l'inQuence du souifle de ce démon ; qu'il soit béni de m'avoîr épargné un crime; la Gortlaany avait quille la maison: elle n'osait affronter ma vue. J'ai la joie de n'avoir pas, en la louchant, descendu à sonniveavi. J'ai l'espoir que Dieu la frappera aussi crueUement qu'eUe le mérite.
mm Dan» quoi peuUm la frappert imiraiiaa Armand serrant les poings avec une sombre fureur,
La princesse ne répoiuiit pas à ceita aïoiamaiioa* Elle coûtiûua son réeit comim OB paunùit une pensée»
Je devinai, dil-^, qtf avant dam jmns }# a#* rais rexécraiioa de la vilie où j'avais é\à adorée comme une sataile. la eompria aussi, que, de la ewr où la nouvelle la moii du prmce parviendrait vite, il m'arriverait quelque ordie Itml:^ pour VmH^ pour la Sibérie, peut-être pis, le prince avait sans doute demandé qu'on me mti en jugemeot.
Armand frissonna de la tète aux pieds.
— Je pris la poste, acheva Galiate, à tiavm wHêb périls, avec mille ignominieuses précautions» J'étais encore assez maîtresse de ma laiw» pour ine rappeler que vous recevriez ma lettre, que vous courriez où je vous priais de vous rendre. Je me souvins que vous aviez été assez bon avec moi pour me conserver une amitié capai)le de ce sacrifice, et je ne voulais pas qu'il vous arrivât malheur. C'est déjà trop d'avoir à se reprocher la mort d'un iiomme, fût*ce un ennemi. Ma volonté surmonta nia faiblesse, je franchis rapidement les distances et me voici. Pardonne^moi le
mal que je vous fais et celui que je vous in fait déjà,
désormais vous ne souffrirez plus rien à cause de
moi.
Après cette conolusioii, qu- ui^ iiomme enooie éfnja
eût accueillie par un transport d'amour et des pro-
tesMSofii éloquentes. GrilMe s*Mfeloppa de eoii
munlÊau» et» baissant la té le, $q détourna vers le foyer sans legarder Armand debout» le» bras eioisés, ^ piUe cooime un spectre.
— AbomiDable perfidie I munnimi-t-d.
Me se tut*
^ La mal esUil donc sans remède ? ajouta le jran»
homme se pariant à lui-uième, car il con^inençait à scmder ta profondeur du gouffre où cette femme avait
roulé. ^
Du fond de l'ombre projetée par sa mante sur son
▼isage, Caliste l'observait toujours et il ne voyait pas ce dévorant regard jaillir de ces ténèbres. Il (dttr-* ctiait, il combinait ; il faisait d'incroyables efforts pour soulever et rejeler loin de lui Tavalanctie qui venait d'écraser sa compagne et Tensevelissait luimême h moitié.
Les femmes sont toujours intelligentes dans Tamoar ou dans la haine. Caliste, qui l'était, mèmua dans rindiffcience, devina bien que cet homme souffrait autant pour lui que pour elle* Son orgueU s'éveilla encore une fois-
me regardez pas comme désespéréOiSe bata<»
t elle de dire ; je me crois sauvée, au coniraire. Il ne s*agit pour moi que de franchir la frontière de ce ])ays. J'ai dans ma voiture les débris de ma fortune, fort suf lisants pour me faire vivre selon mes goùls et les néc( S9iics de ma position. Je veux m'enterrer daps imo prpvince de l^rance — ou dfi. ileigiquol
— aaa —
^éeria-t-dle Tifement, après avoir ioiercepié la lueur
du regard inquiet d'Armand Oui, en Belgique, je serai mieux pour moi et pour iout le monde* Les idées religieuses me poursuivent, vous le comprenez, c'est Tantidole des remords; à Anvers t à Bruges, à Malinés, j'aurais de belles églises. Prier, prier encore, ToUà Tunique joie de ma vie. Seulement, dit-elle tout à coup avec un rire nerveux qui fit peur au jeune homme* il s'agit de passer la frontière ; sinon, je pourrais être inquiétée, arrêtée, même.
-—0 mon Dieul est-il possible! 0 mon Dieul murmura Armand en brisant l'une dans Tautre ses mains, qui se rougirent.
• — Il est certain, dit-elle avec un noble coura^,
que je suis dans une situation difficile, mais je crois que le plus fort est fait. Le frère, le eom* piice de Ziiîa, ne me refusera point un saiïf-conduit pour pousser en Autriche. La frontière est à une lieue tout au plus, J?e vous tourmentez pas pour moi, Ar- • mand, je me charge du reste. Allons, merci pour le service que vous avez voulu me rendre... Ma destinée a tourné, que voulez-vous?... Ne vous embarrassez point dans le piège où je me suis prise. Dites-moi adieu ; je vais me procurer quelque masure pareille à celle-ci pour la nuit, et demain, soyez reparti pour la France, c'est-à-dire pour la jeunesse, pour la vie et la liberté...
Au ton qu'elle prit pour prononcer ces paroles, Armand, malgré Tengourdissement du coup qu'il
avait Teçu, ne put s'empècber de sentir qu'il marchai i sur UQ cœur tout palpitant; il voulut parler, eBe rarrèta par un geste de tendresse maternelle.
— £q voilà bien assez sur ce sujet, dit -elle. Vous arez TOidtt savoir» vous savez; pourquoi attacher à ces ennuis plus d'importance qu'ils n'en méritent ? Séparons-nous ; il ne faut pas qu'on dise que nous avons passé ici plus de quelques moments ensemble. Croyez-vous que je sois gênée de trouver un gtte ? .i'ai ma voiture, où je dormirai le temps d'avoir ce sauf-eonduit, et des chevaux frais. H^tez tranquîUe chez vous, Armand, et comptez sur moi pour faire les choses avec goût, et surtout pour ne pas vous compromettre.
£Ue se leva en prononçant ces paroles. Armand» la voyant si tremblante, si faible, et pourtant prûleà quitter le seul abri qu'elle eût au monde, fut pris d'une pillé douloureuse pour elle, et d'une bonté plus poignante encore pour lui-même. 11 lui sembla que leur destinée à l'un et à l'autre ae révélait soudainement à ses yeux ; il entrevit dans cet éclair ra* pide de raison et d'honneur, l'inexorable fantôme de rabnégation et du devoir. La terreur le saisit après la honte. Alors, flottant comme un atome entre ces deux courants si opposés, il sentit sa faiblesse; un mot de plus, peutrétre, il serait la cause d*un épouvantabie malheur. Après tant de malheurs déjà accumulés, la mesure était comble.
Armand fut béni de Dieu. Son bon ange l'assista
60 ce moment d'épyreuves. Ce (|^e tueii dea geits ap* . pittMit iiMpuatioD» c'est bon ange* Sftuteaiit ta
mâiu de k jiriucesse, U la serra tendrement entre les fiWMS^Sfla igitalkiat » fièvro»rélaii saocadà de ses meufemenls surprirent Caiista elle-mêm^ c^ui Wmi imqii'à lui sarrar mmu
— Mon amie, dit-il, nous ne pouvons demeurer
901» le mèm ioiXt voilà la véritét mm vou» ue pouvez quitter celte maison, vous qui souffrez et que la
litîgMe IL bcifiée* Deoieuresil je saurai trouver un
gîte... Ne protestez pas, c'est inutile. Je vous défends
ée faiie uu pas, de pronoAcer une parole^ Vous ôtes chez vous; je vais m'occupa de vous.
A ces mots, accompagnés d'un boa regard qui traversé comme un rayon inespéré le coeur de la pauvre lemme» ii Tinstalla chez lui, donoa ses ordres pour que nm ne la pût troubla, et pour trouver lui-nitaie le r€pos d'esprit dout il avait bûsou)k,pour se tremper dam un bain satutiure de pensées calmes, de résolutîoDS prudentes, il chercha la solitude. Une iorèt seiMée lie gwnda lacs touchait à la irille ; entre ces bois ^ sa maison s'étendait une vaste plaine de bruyères. Amand se laissa eotratoer par la rêverie, il noarcba, cherchant le vent pour raCraichir son Xront. U niareba jusqu'au soir, tournant autour de œttecîrcouMifDce dont la maison était le centre. £t comme le mcMigik avait édairé la diarnlve de Galiste, Avmand vit de loin briller dans la nuit bleue cette lueur
imiaàlf0| il se tottiiii acMveiit et» ^
— saô —
pei»t ae» ^n\» m âésâidre» souveopii ce feu paisiUi lui apparut eûmme Féloile qui fixe te inéfoliitMiiii du aauifâgé dans la tempêta*
ClhieUe imitl plusenietie eoempim qa*it santait iMtttfe, c'esi-d-dire souffrir deux, cœurs dans sa pot» triDe. EUe élatt ctone là, eetto femme naguère adecée» celle dont il devinait rapproche au trouble de tous m sens, celle à qui, agenoulUé, les mains jaintett A
répélait : a Que u'es-iu libre» Calisle ; pourquoi Dieu, qui t'avait faite pour moi» t'a-t«*U à jamais séparée de moi ! » Elle élait là... celle petite luuiière la repré* Hpitait, âme triste et agitée par le vent dae mirties Immainesl
^ Pour lui, par loi, GiUste était malbeureuse ; au
milieu de loules ses souffrances elle n'avait pensé qu'à lui» ~ elle s'était tenue jrter dans ses faïast ^
et il la repoussait... Il lui faisait rauiuone, à cette princesse» à cette reine de son cœur..» O la honteuse
charité! comment Galiste n'eu était-pelle pas déjà morte?
Quoi! proscrite, poursuivie, celte femme n'aurait pas même Tappui de Tbommé à qui elle devait tous sesmalheursl Quoil Dieu qui décide tout sur la terre, Dieu l'aurait faite libre* et Armand détournerait sa vue pour 'mépriser Fcauvre de Dleul Quoil Caliste ^ était pauvre» pauvre à cause de l'amour d'Armand» I Galiste vivrait gênée» cachée, et Armand triompha rait au bras d'une fcnime aimée, brillante; il serait.
rîete, il éUmiirait» il croiserait son r^ganl froid tvee
le r^ard effaré d'une femme k la royauté de qui rien ne manquait, dnon Tamour 1 Annand, dans quelques
seuiaineSjjDuiraii de ses millions eirestime publique facdameraii! Galiste mourrait déshonorée, maudite; elle mourrait... elle rendrait ce dernier service au . lAche qui tremblait devant son malheur,
Arnaand se révolta contre lui-nu^me. Il se rappela Lucienne. Elle Taiinait. Pourquoi? Parce qu'il était beau et honnête homme, parce qu'en son œil pur se reflétait une vie irréprochable* Lucienne réponserait, mais elle le mépriserait ; elle soupçonnerait sa pureté. Quant à lui, pourquoi épousail-ii Lucienne^? pourquoi acceptait-il son immense fortune? C'est qu*il sentait que cet or bien gagné, nui ne le lui reprocherait; c'est qu'il s'en trouvait digne par sa probité, par son désintéressement ; c'est, enfin, parce quH avait la consdence de ne pas chercher cette fortune et de la compenser d'ailleurs par une richess3 d'âme ' i égale à tous les trésors de la terre. Hais une fois Gt« liste abandonnée, perdue, rumée ; une fois Caliste morte, que serait-ce qu'Armand de Bierges ? Un spo- ' lia leur, un adultère, un assassin !
. La sueur de l'opprobre monta brûlante à son généraux front.
« Allons, se dit^-il en relevant Ja tète, il est dans la vie des chemins tout frayés. A l'angle de ces che- < mîns est écrit leur nom, et chacun de nous lit ce nom ' avec les yeux de sa conscience. Hier encore j'entrais,
en épousant Lucienne» dans le chemin Amour» Bon-
beur. L'écriteatt ne s'est pas retounié ; mais depuis
que j'ai vu Galisle, je lis trois autres mots sur le poteau fatal : IgDominiei Remords I Grime!
» Un houiiue véritablement digne de ce nom n'hésite pas lorsqu'il a lu. Je mourrai de douleur, de rage, raais je n'épouserai pas Lucienne.
» Seulement, alors, j'aurai mal compris matflche. et je déchirerai un cœur sans avoir la consolatiou d'en guérir un autre, Galiste ne me saura aucun gré d'avoir déli uit Texistence Je ma fiancée, si je ne reconstruis pas sa vie à elle. Et de quel droit au« rais-je préservé mon honneur, si je ne sauve celui de la princesse ? Mon honneur est inséparable du sien. Yienoent ici tous les casuistes, pas un ne me prouvera le contraire. Galiste est la seule femme que je puisse épouser. Je dois épouser Galiste.
i> Le voilà ce chemin que je cixerchais, — ^il s'appelle Honneur. C'est l'unique dans la vie qu'un homme n*ait pas le droit de ne point préférer à tous les autres.
j) J'épouserai la princesse pauvre, désolée, abandonné; mon eœur n'est plus à elle, j'étoufferai mon cœur. Je souffre et j*en mourrai peut-être. Tant mieux, ma souffrance sera plus tôt terminée. «
i> Oh I j'entends les voix douloureuses qui montent autour de moi et m'étourdissent pour m'empécher d'entrer dans la bonne route. J'entends Lucienne éplorée, elle que j'adore. J'entends mon pèrQ, il me supplie. Allons, je cesserai d* estimer ceux qui ne
m'approuveront pas, je cesserai de les aimer, comme n'étant pas dignes de moi.
Gâiisie que je n'aime plus, je T ai idolâtrée. Ce iTest pas sa foute si M. Nomlzin est mort^ si laCkMT^ ihiany est un monstre, si j'ai écrit des lettres quisoi^ tombées entie las mains de nos ennemis. D'aiUeufs, une question : Si j'étais pauvre, humilié, perdu, Celiste riche, brillante et iUMue, m*épouserait-eUe? Oui I Voilà qui est décidé, je suis à Caiiste. £h bien 1 muu* rir de chagrin, c'est une noble mort 1 »
l>eux iacmes roulèrent en ce moment des yeux d^Arnwid^ eHes emportèrent im tombant les der- . «ières bésitatious de son cœuft lavèraot li tonte de xMm bésîtatioQ mtaie.
Mais quand son ;irqjet fiit arrêté, akm que Aant
tKm Ame vaillante la velouté se fut écrite en airain,
* Soit, dit-il, mais je puis bien me venger de ceux qui me foot tant souffrir.
. Oh 1 certes je me vengerai. Il ne sesa pas dit qu9 Zika rira de moi, que ce grand Bosse fin et sournois que ce colossal Ck)Sâque se moquera du Parisien dont ses intrigues et ses turpitudes ont bouleversé la vie» Si je pariais comme cela, moi qui lui ai déclaré que j'ttomis une autre femme, et que j'étais piét de me marier, si je quittais ainsi mon démon, mon traître^ fur une poignée de main, ce Frédéric de Wuigeu qui sait d'ailleurs l'arrivée de Caliste, me prendrait pour un sot et un poltron. Il rirait avec sa sœur ju--
melle... Ohî voilà qui e^l impossible. Cela ûe peul pas s'arranger. »
Aniiaod respira longuement, avidemeut, à l'idée d*uQe prompte vengeance.
et Urne tuera peut-être, pensa-t-il, eh bien, tant mieux» c'est pour une belle cause; mais si je le tue««. Oh!... si je le lue, je n'ai plus rien à regretter. »
U combina tout son plan, s* étonna de se trouver si soulagé depuis que la décision avait remplacé Fincertitude. Le jour commentait à poindre» il se dirigea vers la maison.
Armand trouva le mougik surveillait déjà les apprêts du départ de Galisle. Celle-ci, disait-il, dor* mait encorOt et le serf affectait de marctier sans bruit et de parier bas pour ne pas la réveiTter.
Dope ou non de ce sommeil d'une femme qu'il savsit bien vigilante, H. de Vierges recommanda m bpniiomme de dire la même cbose de lui à la psvoe^ teMd.
— Persuade-lui bien, dit^l, que tu m'as cimduit %L im logemmi dans la ytO», M que je ûê/b MMHk
ici de boa maUn pour rendre ma vtsite.
— Cest ce que j'ai déjà dit, répliqua le mougik. Ânoand regarda le sourire bon et Tceil fia de cet
esclave; il suivit derrière son masque impénétrable
le travail si mteUigent de ses pensées; en même
Icnips, il se demandait pourquoi ces hommes restent atrophiés dans la servitude et la barbarie, eux, véri* tablement hommes et auxquels les philanthropes s'intéressent médiocrement en comparaison des nègres.
Il partit sans lui avoir recommandé rien, puisqu'il devinait tout.
Le soleil bordait l'horizon d'une frange sanglante. Un long nuage violet , pareil à un serpent gigantesque, rampait sur les montagnes voisines. Le poisson sautait après la mouche de l'aube, au-dessus des marnières. L'oiseau joyeux pépilait sur les brandies des chênes verts, une douce brise balsamique ridait Teau, et rasait la corolle embaumée des ileurs.
C'était une de ces aurores qui attachent l'homme à la vie et le consolent de tout ce qtfily rencontre de misérable et de douloureux. Une de celles-là que riioiiiiiie vertueux aime toujours h voir se lever, comme dit le mélodrame. Phrase grotesque sous laquelle s*est travestie une belle pensée, une pensée vraie surtout.
Annaad voyait s'éclairer les objets à mesure qu'il
avançait vers la ville. ïout ses sacritices étaient résolus, même celui de sa vie, 11 était content de lui; il aimait rauroie, ce jour-Uu
Le .tamboar toulant par les rues du qoarti^» la
fanfare des clairons saluant lo jour, des clievaux heomssant comme le cheval de Darius « l'air grave des soldais russes qui rieut bleu peu, et ne causent pas entre eux, même hors du service, celle bordure de pourpre au manteau du soleil, tout cela donnait aux yeux d'Armand une étrange solennité à ce jour, son dernier, peut-être.
11 n'était plus qu'à une demi-portée de fusil de la maison du commandant lorsqu'il vil celui-ci sortir en uniforme et s'approclier d'un cheval qu'on lui
auicnail.pù allait-il? CoumiL'ut, s'il s'égarait une fuis,
le rattraper ? Gomment» perdre cette précieuse matinée danb laquelle se décideraient la destinée de Caliste et la sienne ? Armand, subitement envahi par ces per* plexités, se préparait à courir et à crier pour arrêter le commandant, lorsqu'il vit M. de Wiugen tourner bride et se diriger de son côté.
Bientôt après, le commandant arrêtait son cheval devant lui.
— Quoil demanda-t-il, vous, monsiatu de Biêrgesî
— J'allais TOUS voir, monsieur le comte«
— Je vous avais promis ma visite, monsieur.
~ Permettezque je vous demande ici, ouebez vous, un moment d'audience 7
— Très-volontiers. Cette allée de sycomores vous
convient-elle?
— Toute réflexion faite, je préfère aUer chez vous. W urgen mit pied à terre, passa la bride de son
étoni à rim 4é M biiBi 0ti8t(KiiM
Armand.
M OMimr h§ comte, dit eeliii«€t en é'efferçant te
dompter âu début de Teutretieu Tardeut de son sang qui dafdt Teotralner trop tdt et trop loin, tous m'avez reçu si gracieusement hier que cela m*a ea^ eraiiBé à wrmit iujmirdiKM.
— A merveille, usez, usez, dit Tofficier. Quel est doue O0t homm là» (fui marehe sur nos talons.
Armand aperçut derrière lui le mougik ruisselant
d0 sueur qui marchait d'un pas tmqmBe en tdmi«*
raot le paysage.
«— Cest, dit-ilt mon talet, mon intorpiMe* Et il se demanda pourquoi le mougik l'avait suivi.
«-•Par Tordre de Calirte, aans doute*» U se pr^^
laii à le renvoyer.
^ Mais-aon, pei^-4-il. Galiale et kii ont été tous deux plus prévoyants que moi. 11 est ceiiain que cet fconuae peut m'éire iori ulile tout à Tàeufe.
Le commandant n'avait plus rien ajouté. 11 marchait fera sa luaiaea, et inspectait, diemin faisant, les sol* dats qui, à sa we, sa eamlmteiiteoQHM des poteaux et rougisaaieBteoaHiie des fiUes»
One fete dans ta f^^lile asile <)ti fls ^fét^^ vus la veille, Frédéric sembla dire à aM hôte : Je ^iQws attends*
— Voici mon exorde, répliqua Arx&and. la prinessse Momltin est arrivée hier»
Je le aais, dit M. de W urgea sana eenreitter«
mm Vou» «A?df ik>» qu'elle abesoia sauf-coiiduit pour firiBeMr la frontière, ajouta Arauuid* Ja viena voua te Ueiiiaader |>our eUa#
Satt qtfa iBtt daiia sa parolaim paa de véhéotaoce
aoU qu'une cousciauGe Uoubléa se oioatre toujours uu peu pointOleuset le comte leva soudain la téle pour euiumer Xmï d'Armand. U ne xépondil points
««»Ne fine faites pas attmdre oa que je voua de- Viande, pou rsui v u Armand, se méprenant au sens de eette immobilité, car alors*..
— Quoi? demanda le comte#
Aloim dii le jeune homme, jevouafeiais sauler
la cervelle.
Et il inontra au comte un pistolet qu'il tenait dans
fapoche (iroite.
Voua n'étaa gutee poKf pour un Parisimt ^rtî*
tnda leiilement et avec ironie le commundanit dont }ê vitsge ne trabit aucune surprise»
— Je n'ai pasde raison de l'ôlre, répondit Armand. ^ Voua pourriez du moina être prudent» et ne pas
conipromeltre le succès de votre démarche, riposta
reffiôir fiontinuant de sourire ; car, en admettant que *
je vous refuse, vous n'aurez pas ce sauf-conduii, et Hme ]|L princesse Novrataùn ne passera pas en Autriche. Si vous me tuez, comme vous dites, je ne signerai pas non plus, et Ion voua étranglera. Voua aérez bien avancé I Armand rougit de honte.
^GmXf dii*ii| que je ma loia Jainâ entratoer par
rindigoation. Vous ne vous retiendriez pas plus que moi, monsieur, si tous étiez à ma place,
— Vous vous trompes;. Un homme doit toujours éire matire de lui. Prenez exemple sur moi , et frémissez en songeant à la sottise que vous alliez faire. Tenez !
11 allongea la main et montra sur sa table au malheureux Armand une dépêche que celui-ci interrogea vainement du regard : elle était écrite en langue russe.
— Voici , dit Frédéric de Wùrgen , un ordre eu bonne forme d*arréter Up^ la princesse et de l'envoyer par la poste à Pétersbourg.
Armand tressaillit.
— Voici dans ma poche un sauf-conduit que je ^ portais moi-même à la princesse quand vous m'avez rencontré , continua Frédéric en déboutonnant sou i frac d'ordonnance pour en tirer l'ordre ainsi conçu :
c Laisser passer la femme porteur du présent. »
En achevant, Toflicier donna le sauf-conduit à son adversaire, qui le dévorait des yeux. .
— Vite I ajouta-t-il , qu'elle ne perde pas une minute.
' Armand saisit le papier, le remit au mougik debout i
dans le vestibule, lui expliqua en deux mois le péril. ~ Dans une tieure, dit-il à voix basse, il faut que \
la princesse m'attende de l'autre cùLé de la frontière. I ~ Oui» maître. j Et le serf, illuminé par la joie de cette révélation, i
Misa les mains d'Annand et disparut, courant comme
un chien fou qui part pour la chasse.
Frédéric de Wurgen vit rentrer Armand sans lui
adresser la parole.
. — Je me demande, dit tout à coup le Français,
comment, entre vos actes et vos sentiments je trouve une dissonance si étrange 7
— C'est, répliqua M. de Wurgen, comme si vous
me demandiez pourquoi Tordre salutaire que je iriens de vous remettre est écrit dans- une langue si jude. Vous ne comprenez pas,, voilà tout.
—Je croyais comprendre votre conduite à l'ég^^rd de la princesse Novratzin.
— Pas le moins du monde.
— * Vous Tavez trahie indignement, je sais tout, et hier, ?ous m'avez entassé mensonges sur mensonges. Wurgen liaussa les épaules*
— Je ne serais pas digne de porter le nom d'homme, reprit Armand, si je me taisais. Saas doute, vous avez votre motif pour faire de la géné* rosité aujourd'hui, comme vous Tavez eu pour commettre l'action la plus noire...
— Ne parlez donc jamais sans connaître le fond
• des choses, interrompit froidement Wurgen. Je vous répète qu'il y a dans cette affaire mille complications que vous ne soupçonnez pas.
— Mais dont je suis victime, s'écria ArmaïuL Que voulez-vous? dit Tofiicier avec flegme»
• Gel apparent peibdlage exaspéra Armand.
- ne -
PmM garde, dil>a, moMiaar 4 «mft. Bb M
remettant le passe-port de M^^ NoYiatrâi, irous m wm» Mes pat aeqaillé rotersj^i
— Qu'est-ce à dire?
^ 3e mis nm pour veus wêptodv» de m put
rinfàme trAifOli sous laquelle cette malbeurmut femme a succombé» — la inhtioii d6 TOtan» enw*
Ne parlons pas de ma sœux^ ré^^liqua ea s*ammaDt un peu M« de Wurgeo* |
~ Ai-je donc irouvé voire endroit vulnérable» dit tout à coup Armand.
Je Tavoue.
~ Malheureusement» je ne sanraia Toutniâu^ .
à cet endroit-là.
~ Voua auriez tort) voua n'y gagneres rieni et
vous pourrez y perdre.
— MF^^ là comtesse Gorthiaiy a commis un cnmo
que ne châtieraient pas assez vus plus cruels bour« leaux.
— Vous n'êtes pas un bourreau, je suppose, dit , Wùi|[en avec ironie. f
— Au besoin, répondit Armand. | Le comte se tut. Il se recueillit. U lisait sur te vi*
sage d'Armand toutes les souffrances, toute la résolution qu'y avait déposées chaque minute de cette , nuit d'agonie. ^
«-^ Tous venez dono me provoquer, dit^U enfin. tmi pis ; j'avaisauif^uré autrement de votre earaelère. J'espérais que vqu$ j^aj& mieuai^ trempé. Mais ces Fêr
tisÀwm sont tout de même. Ib $e montent la téle et
deviennent fous à chaque sealiment qui les passionne. Voyons ( que ma sœar ait réglé avec la princesse
(l'anciens comptes el lermhié une affaire de famille
que voua io^porle au lond ? Ce sont de& démêlés de femme, -^bascule qui porte tantôt celle-ci tantôt celle-
au soumet. «—Me vous méle;^ point de ces misères.
— Mais» s'écria Armand, ces misères-là m'ont perdu ma vie» Elles me font rompre une alliance — ^ma joie» — et m'enr iii^Kmmt une autfe ~ mon désespoir. D'ailleurs» je vous le répète, votre conduite n'a pas été d'un bonnéte homme, et rien au monde ne m*em* péchera de vous le dire. De votre côlé| le suppor* terez-vous après l'avoir entendu ?
L'ûfûcier caressa une âes moustaches.
-«* 0ht dit^il, je suis assez brave, et j'ai aMsez fint mes preuves pour ne pas répondre au besoin. Si vous n'étiez pas un Français, je vous tournerais le dos et vous laisserais vous accommoder avec quelque autre du superflu de sang qui vous gêne. Mais vous étei
Francis, voilà l'inconvénient,
Arsiand s'arrêta saisi de stupeur à l'aspeet de ee caracière que les poètes de paUie ne lui avaient pas encore desnné.
— ^ Cependant, reprit le Russe, je pourrais me dire que si vous êtes Français, vous êtes en même temps avocat, tandis que je suis uiiUlaiie, et que le point d'honneur ne m'oblige pas aussi impéiteusMient que ii VOU& poiUei \iù^ ép^e com»^ mu
— - Obi quant à cela, dit Armand, rassurez-vous: si je ne la porte pas, je m'en sers* * -
— Vrai ? s écria Wùrgen. Mais qu'importe encore* La question n'est pas là. Tenez, il me passe une singulière idée par la cervelle. Je vous prendrais les deux poignets, je crierais à la garde. On viendrait, je tous
* ferais arrêter et conduire au fort, car enfin vous me mettez dans une position insupportable. Je pars aujourd'hui pour la Grimée, tout mon avenir dépend de ce départ. Je ne puis me battre avec vous. Ne pouvons-nous remettre l'affaire, hein?
Armand fit un geste de colère.
• — Non réellement, je ne me halterai pas, continua rofOcier, car pour éviter d'être blessé, de recevoir quelque coup maladroit qui m'empêcherait de partir, je serais forcé de vous blesser moi-même; cela ré- I pugne à ma conscience, bien que vous m'accusiez de n'en pas avoir.
— Ah çà, répliqua M. de Blerçes en fronçant le sourcil, est-ce que vous vous abuseriez sur ma qualité de Parisien au point de me croire patient comme vos i mougiks ; tâchez donc de me comprendre, c'est extrê- | moment clair. Vous m'avez brisé une vie qui s'annonçait radieuse et douce. J.e n'ai au cœur que iiel et rage contre votre sœur et contre vous. Votre générosité de tout à l'heure était le piège dans le(]uel vous espériez encore me prendre. Une fois la princesse libre, disiez-YOUS, ce Parisien ne pourra plus
se f&ciier envers moi son libérateur, ii note saluera et \
me donnera quittance. Non! je ne fiui$ .pas dupe, ▼ctre sraf-ooQduit éloigoe la princesse de Saint-Pétersbourg» où sans doute, elle eût réussi à se justitier en perdant votre sœur, qui est une coquine comme vms un fanCaron.
— Là i assez, dit froidement Wûigen en arrêtant Anuaiid d'un geste poli. Est-ce à l'épée que vous TOUS battez?
— Ouï, OU au sabre; vous êtes oTûcier vous, devez préférer le sabre.
Wiirgen détacha deux épées de la muraille.
— Attellet cria-t-il à son soldat de planton. Et comme Anuaiui le regardait surpris:
— Oui, dit«*il, si vous vous baUiez ici, en RussiOt on vous arrêterait, on vous cnfcrmei ail quelque part, on vous ferait raille tracasseries. Ce n'est pas comme cliez vous, où la loi défend le duel, et oîi Ton se bat sous les réverbères...
~ Au théâtre, dit Armand.
— Chez nous, la loi ne déiend rien, mais les duels sont sérieusement punis. Youlez-^vous, je vous prie, que nous montions en voiture ?
• Oik allons-nous ?
' ~ Ala frontière. C'est à une grosse lieue. Nousau- Tons fini dans une beure, aller et retour.
Armand monta. L'ofûcier s'assit près de lui^ les épées roulées dans un manteau.
— Vous avez l'iiabitude des témoins, dit-il à Armand» en voidez'vous?
- •-Mais...
~C'e0l qu'a fartdttit (pie fé VB^Ê énmam kmH
ofSciers, cela me géaeraii beaucoup. Y ieûex<*Youâ
I — Nous aurons le cocheri dit AruMuad du mém ykift de eoQttoiii indelMM»
*^ Et les chevaux, alors, troi$ bôte^ paieiUesi ajouta le comte»
ii voiture MifUu
. CéAm% biao k a'y j^us meuirt Armiod toiMsbeit
au dénoûment tant souliaité.
Le comte adressa de sar pliace quelquesmote niaBes
au cocher, qui, sur cet ordre, tout cheval qu'il était,
bmruâ lA V0ituip# la droitei et cbaoge^ de ebe^ min.
— Quelque trahison de ce drâtof pensa Mumàm Etyeomaiett le pensait, il demanda au comte l'expli* cation de ce cbaugemeai d'itmérake^.
•We demandaifau eoolier« dit Wflrgen, e*il ne trou-* Yait pas la trace d'uue vùiiure récemment passée, it fient de tnNi¥«r.oette tiaee; now la anivons*
^ De quelle voilure, monaiewt
— ^ Mais de celle qui vous intéresse, de celle dô roues? »
. — Qu'elle soit déjà partie ? Ce n'est pas difficile I ù^imté fie 4oU éize la prmièr# £«c4MUHiaiidaiioa que TOUS lui aur^z fait faire par le maugik, en lui eovoywi te ptiio p<yU fit vous avez agi w hooQym d^esprit. Soyez traoquilto» €lto €St déjà en sâreté«
ls& dmmx avaASiieiU* Jua louie àtàvmi tout à coup droite comme une flècbe» Amend t|Miçut à QU/^^tt^foktj^ eu Avant uoç voitures «die de listef apparemment. Le comte la lui mcHitra ékm
Cette v^t»e s'afTéta au poite d'4ibeervallra de la
Umite. £lle y fitua séjour de quelque» aÙAuteâii pHÎf traverBa de Tautie côté.
Wurgen arrivé à ce poste sefit reconnaître. J[lp.aâ^ i iMm tour. Immédiatmieot après la frontièref coao^ mençait un grand bois de sapins coupé par la xaute. de la voiture de Galiste s'était .arrêtée dans m bois. Wûrgeu ût arrêter la sienne et descendit avec Af mande
~ J'ai voulu vous bien prouver, dit le comte, ^u^ j'agis tout coDome un autre, quand les occaûons sont
bonnes. Tenez, en face de vous, voilà là-bas, votre amie la prtDc e SBO , libre comme vous le désiriez. Nous pouvons encore nous enlondre. De tout ce que vous
lA*«¥eBditdedur| un seul mot m'ablesséi il s'applH
ipiail à ma sœur, Fimlque créature qui m*niléresse
en ce moiidet moi excepté. 0 lez le mot et quiuous-
lUHJS*
— Impossible» dit Armaud en saluant avec une aorte de respect pour cet h<Hniiie étrange.
WiUgen développa tranquillement les épées. Son eocber le voyait faire bod moios tranquiUemenf. L'esclave dcHit on ménage mal la peau ne prend pas grand souci de la peau de son mettre.
— Nous sommes sur un terrain de sable» le pied sera mauvais, dit Armand.
Balil rompea^vpus? demanda le Russe avec un
sourire.
— Non» mais je me fends, répliqua Armand irrité.
— Allons I allons 1 étes-vous susceptible! dit M. de 4 Wâ^n. Çà, un dernier mot.
Ils 6 étaient placés à Técart convenablement»
— Vous savez que je veux à tout prix partir ce soir pour la Crimée ; ma fortune, mes épaulettes de général en dépendent. Ne vous étonnez pas si je.vous ^ ménage moins que je n'aurais voulu. ^ I
— Merci, monsieur, dit Armand, et ne vous avisez | pas de me ménager du tout» sans quoi vous ne par- j tirez pas enCriméeJe vous en préviens d'avance. Mais,
en vérité, nous^vons Tair de Taille-bras et de Casse- ^ poitrine épouvantés Vun de Tautre. Commençons.
— Oui» dit le comte, car je vois là-bas quelque
ciiose de blanc qui vient sur la roule. El je jurerait
que c'est Novratzin qui envoie quelque fenimô de chambre s'informer de vous»
— Elle n'a point de femmes avec elle, dit Armand liqoiet.
— AIoTs c^est ^U64nème I dépèchon&-nouS| s'écria le comte de Wûigen.
Armand soudain engagea le fer.
Aux premiers froissements de Tépéei à cette ner- Teuse inquiétude de la main qui cherciie sa ligne et tàte son ennemi, Wurgeu sentit qu'il avait devant lui un homme redoutable. II voulut éprouver la vitesse d'Armand en lui faisant une attaque sur laquelle BOtre Parisien riposta si rudement que Wiirgen fut forcé de rompre pour parer.
— Oh I dit-ii, vous tirez bien.
— Très-bien, répliqua Armand; faites de votre mieux.
Une seconde attaque du comte n'eut pas plus de succès. Armand para en se jouant et riposta encore ; sa pointe enleva un chiffon de la chemise du comte.
— - J'ai peur de ne pas aller en Crimée, dit aloQf
h ne plus attaquer. .
~ ViJÊkf tout n*ireB pm^ dit M. de BiaigM* Vous
serez puoi. Votre crime vient de rambilion. CbsI pai eDe que icm toiDbctet« Tenif pemeBneUemeiiW je " commence à vous plaindre, car yout û'êles pas gaa* greué tout à fait. Mais votre samr e«t iud^oe de aA-
séricorde, il me faut la frapper cruellenienl. Ailous, défendez-YOUS bien, car je rais tirer à fond sur vousi et vous ne pourrez point parer. ,
Wiàigen, en effet» sentait se loger l'épée de son ennemi ; il en avait apprécié la vitesse ; son infériorité, à lui, était constante : la première feinte d'Ar* DQaiid Irouvcrail le chemin de son cœur.
Armand ne la ût pas attendre. 11 clioisit le moment où Frédéric se décidait à tirer pour inquiéter un en- ^ nemi trop menaçant, et, tirant lui-même à fond dans | l^épée du comte, il le prévint, passa et le renversa d'un coup terrible dans les côtes.
Wiirgen lâcha son épée, pâlit affreusement, et ayant recommandé à Armand de partir sans perdre ^ une minute :
1- Faites-moi porter au poste autrichien , ajouta^ t>il, si vous n'avez pas Tintention de m'achever.
Armand s'était précipité vers lui, l'avait relevé, le portait dans sa voiture, oU il voulait prendre ptaoe & .
IMfS côtés.
Diable! diable! pas de générosité, dit le corole
en sWaiblissant par degrés. Au poste, moi mort, oa
serait capable die Vous retenir, ne fftt-ce que ponr
faire un peu la cour à notre euipeieur. Et puis, voilà M"* Notratzin qui approche. Adieu... ÉpargneaB-moi de mourir devant elle.
Eq disant ces mots il s'évanouit.
Armand regarda autour de lui. Ce que disait Wurgen était trop vrai. Le cocher avait couru au poste oif '*on voyait ^'agiter les soldats. Sous ses pieds, du sang qui coulait) derrière lui, les cris de la princesse qui, cliercliant à distinguer lus coinbatlants sous les arbres, appelait Armand dans d'borriblea angoisses, avec un rile de désespoir.
11 perdit la téte»
Calisle Tavait aperçu enfin et le saisissait avec la force d'une lionne. ËUe Tentratna, il se laissa faîre# Leur voiture, rapprochée par rinlelligeiU mougi^< était ouverte» Caliste y poussa son défenseur, s'y pré«» cipila elle-même; les chevaux, fouellés avec rage, se plongèrent en liennissant dans la pente qui ga* gnait la vallée.
En peu de minutes le passé fut bien loin« ' Lorsque Armend reprit sa raison, il vit Calisle immobile et pleurant à cliaudes larmes, dans l'angle qu'elle occupait.
11 soupira.
— Cétait moi qu'il fallait tuer, murmura-^t-elle
avec un accent profond, qui fut plus sensible et plus
froid au cœur d'Armand que n'atait été son épée i
la chair de M. de Wurgeu.
Il seaUt qu'il était temps» bien temps de rendre la vie à celte femme. Les yeux abattus, le teint plombé par i'iosomnie et marbré de siUods brûlauts, la maia ardente de Galiste, lai révélaient un état de fièvre à la suite duquel une crise mortelle pouvait terrasser ce corps, jusque-là soutenu par les ordres de Vime.
C'était l'heure du sacrifice, enfin. Adieu aux réves^
adieu à l'amour, adieu au bonbeur. Armand frandiissait la première borne de son devoir. Sa pensée
couiut uue fois encore au-devant de Lucienne, dout l'image toujours présente Tavait animé dans te corn* bat, lui avait donné la vigueur, la victoire. [1 envoya le suprême baiser du souvenir à cette femme aimée» qu'il ne reverrait plus, et alors, frappé lui-meuie, alors, déchiré par la douleur qu'il n'avait pas soupçonnée si. poignante, il leva les yeui au ciel et joignit les mains avec désespoir,
— Ohl s'écria Galiste déchirée de regrets, folle» et se frappant la téte aux parois de la voiture, oh t sois généreux, Armand, Armand, laisse-moi mourir I
Comme Teau glacée jetée sur le front d'un blessé réveille tout à coup en lui la sensibilité, la mémoire» cette exclamation de la malheureuse Caiiste rappela chez Armand le sentiment de Tbonneur, le courage»
et le rendit égal aux exigences de la situation.
Elle l'avait donc deviné encore une fois. Elle lisait dionc dans son âme. £lle mourrait donc s'il ne la per* suadait pas qu'elle était aimée.
— GalistOt ditril ea lui prenant la maio» voilà deux
fois que vous parlez de mourir. Pourquoi?
Elle cacha son yisage entre ses mains et se tordît
dans les étreinles d'une insupportable douleur.
— Vous ne m'aimez donc plus? ajouta-t-il avec sa voix douce et mélancolique,
Caliste l'enveloppa d'ua ineffable coup d'œil de surprise et de tendresse.
•«-Sans doute, continua Armand, il n'y a de réels malbeursen cette vieque lorsqu'on n'aimeplus. Depuis hièr, vous m'avez poussé cent (ois au désespoir en me nuAtrant le fond de votre Ame. Ce regret de votre mari, cette préoccupation de vos infoi lunes, ce^ hoids projets de retraite, cette constante affectation de ne me pas rappeler le passé, d'éteindre pour moi votre avenir, tout cela m'a, comme je vous le dis, prouvé que vous ne m'aimez plus,
— Moi! s'écria-t-eUe en frappant furieusement son cœur.
— Si vous m'aimiez, Caliste, vous m'eussiez souri
hier en remerciant Dieu qui nous rendait l'un à l'autre; vous m'eussiez tendu la main aujourd'hui en le
remerciant de m*avoir conservé à vous.
Armand I
— Vous ne m'aimez plus! reprit-U en baissant la tôle.
~ C'est toi qui ne m'aimes pIuS, et qui m'as iuée
en ne te jetant pas liici Jaiis mes bms. Oh ! ce baiser
eût effacé ioule& mes sûuiÏJCdoces I tsTefit toi qui ne m'aimes plus et qui n'as que de la pitié pour moi i
~Aiûsi« répondu Aruiâucii yous lïàs^ pas même compns ma délicatesse ; vous ne me comprenez plus, Calisle. Paiie-l-on d*araour à la femaie qui vous montre son deuil ? TémoigDe-t*on de la tendresse à qui pe parle que mort, ruine, piété, retraite éternette, à qui vous blesse continuellemènt par le re*proche de ses remords?
—Je l'ai blessé L,. s'écria-t-elle en joigoant les mains. Oli! ion regard ne me l'a pas dit. Armand, s'il m*eût avertie, ce regard, je tombais à tes pieds.
li lui tciiilil les bras.
— * Je vous aime et vous aimerai toute ma vie, Ga-*
liste, dit-il d'une voix IrenibUinte. Car toute ma vie est à vous. Socoura^ez-moi à vous Voiùix en expiartion des maux que je vous ai causés.
— Tu m'oifres«.« ta vie..» murmura la priDcesse, devenue livide ; car l'espoir, après une pareille tempête, peut être aussi funeste que l'extrême douleur.
— ITètes-vous pas ma femme I dit-il.
— Oh I Armand oh t esirce vrai Sa femme...
il dit que je serai sa femmet...
Et Caliste, se roidissaut dans un suprême effort, pour détendre ses bras et atteindre au cou d*Armaud , s'affaissa soudain , pencha k téta êi tomba sans connaissance sur sa poitrine.
nia serra tendrement, la fit revenir sous sea bai* seis, pria Oiett (to lui oontinuer ce courage, et â'pa^
wofut à 2a poum fémiiie i« oon? ietimi qu'tUe était
aioiée. Caliste rouvrit les yeux , el lut ces boimes pensées dans le regaid de son rnsâ*
— Eh bien l Uit-ellei je vivrai, puisque tu rordon- BMf je livrai» puisque tu m'times. Sois tfaaquilie, je ne t'eusse jamais embarrassé, je ae l'embarrasse-^ ni jamais. Mon parti étail bien pris de mourir, de courage ne me manquera pas plus tard| si tu viens à ne plus m'aimer.
Ce fut ainsi que se dénoua le draoïe. Les explica* lions plus ealmes d^Armaad achevèrent de rendre la paix au cœur soupçonneux de la princesse. Ëlie no montra pas une inquiétude, une défiance, une ombre qu'il ne détruisit en elle avec adressa» avec clialeur. Il voulait savoir surtout A cdie avait soupçonné son inlidébté. Le retour si complet d'une femme si ilère tai prouva qu'elle ne savait rien. Il souffrit sans doute beaucoup de mentir ainsi; mais avec CalistOi en présence d'une telle situation, le plus hardi mensonge devenait l'œuvre la plus loyale. Caliste, rendue à elleHnéme, reprenait peu à peu toute sa lucidité, ^ mterprélaiti cUe commentait ^ eUe demaudait
miUe comptes embarrassaais; mais que de silenoes n'oblient-on pas en fermant des lèvres par un baiser?
La pnacesse voulait à toute force gaguei la Frauce^; ce pays vaillant, disait-elle, ce pays adoré, le pays de 600 Armand, sa patrie à elle ; car elle reniait la terre des Wiirgen, des Gorihiany. Armand Tadmira dans sou héroïque apostasie, mais il ne l'encouragea point dans ses projets de voyage à Paris. On ne mène pas promener en Grève le condamnà miraculeusement^ sauvé sur Téchafaud.
— Non, dit Armand, n'allez pas en France; ce n'est point votre place. Laisseis s'achever la guerre ; laissez surtout s'éleiudre les premiers bruits qui vont sourdre autour de votre veuvage. Vous n'êtes qu'une fugitive, ma dière Galiste, une contumace, et la société est impitoyable* Ne reparaissons à Paris que mariés.
— Me quitterés^voiis donci s'écria«tF-eUe. Gar il est
impo^ibie que vous demeuriez dix mois encore loin de votre père«
— Mon père... murmura Armand.
—Je vous comprends. 11 ne m'aime pas.
— Peut-èlre avait-il quelque idée dans laquelle vous ne figuriez pas ; puisque vois n'étiez pas libre n'est-ce pas naturel ?
— Oui, oui, dit Galiste, mais croye^voua qu'il re« irtenne de cefle prévention?
— Gbère femme, interrompit Armand un peu troublé par les nuages que soûle vail ce bouveair orageux,
de Paris, voulez-vous me permettre de diriger momenianément votie existence? J'agirai pour lé mieux» Songez que l'affaire d'Odessa fera un bruit énorme, et que ce bruit arrivera chez M»^ Ghaudray à la première occasion. Songez que raifaire de ce matin ne causera pas moins de scandale, et que ce pauvre coiule de Wurgenest peut-être mort. En conscience, si je ne -suis pas là pour plaider noire double cause avec habileté, nous recevrons un échec qui nous fera succomber dans Tavenir. Mon père lui<-méme aura du mal à me croire. Nos amis seront sévères connue tous les amis« Vous me direz que nous nous passerons du monde, que nous sommes indépendants et riches.
— Je t'ai dit que j'étais ruinée, dit Caliste, et tu te trouves riche? C'est bien, tu es délicat et bon.
EUe lui pressa la main, une larme tomba de ses yeux. Cette politesse gracieuse d'Armand lui fit croire qu'elle était encore un trésor pour lui.
— - Ne t'effraye pas tout à fait, reprit-elle, et ne me crois pas absolument mendiante* Mes diamants valent plus de cent mille francs pour un juif, et j'ai trois cent mille francs dans vos chemins de fer*
— Je ne vous apf^orterai pas cela eu mariage, dit Artnand. Vous voyez bien que vous m'êtes supérieure sous tous les rapports» Oui, nous serons parfailement heureux, si vous êtes de force à vous passer dumondejusqu*à ce qu'il vous rappelle. Laissez, disje, travailler nu^ amis.
. . Mais enfin, vous préviendrez bien votre père.#.
ISt
8ttr*le«cbamp? Noo. U faut que j'adopte dès à
présent uae fable vraisuinblable, el comme la véiilé peut 86 faire jour d'uninslanlà raulre, ii faut que je prépare l'apparilioa de celte vérilé. Je me suisbaliu tur la Iroblière d'Auiriche. Ou le sauta* J'ai lue» ou peu s'en faut, M. de Wiirgen. On l'apprendra. Si je le laiaaia, on s'en étonnerait trop plus tard* Je vais donc écrire h mou père ceci ou à peu près ;
« Cher père, je t*a?a{s bien un peu trompé. Ce n'est
pas précisément pour voir Tambassadeur et pour obtenir son aposiitts que j'étais parti. Certaine vieille af-
faire avec un monsieur russe — cerlaino rancune que je te conterai en te nommant le masquOi Oà'a forcé d'entreprendre ce petit voyage qui lieureuse • ment tourne en voyage d'agrément. J'ai blessé griève* mentnionlioninie Je suis sauf, sans une égrali^nure, comme tu peux t'en convaincre au paraphe triomphant qui va se pavaner au bas de ma lettre. Laisse doucement nos amis répandre cette nouvelle qui leur arriverait peut*étre gfttée par d*aulres que par toi. Pour toi, cher père» envoie-moi unpeud'argentt à... ~Je désignerai' un banquier quelconque. — Envoiemoi surtout deux bonnes poignées de main^ et attends-toi à me voir tomber boulevard de la Madeleine aussitôt que le terrain déblajc me permettra de pas** ser d'Autriche en France. Entre nous, et bien bas, je me c^clie, cor les duels ne ^at pas encouragés icit a
Voilà, bonne Galiste, tout ce que je veux dire d'à*
bord. Approuvez-vous la rédaction? Nous sommes en commuuaulé juainteuaDl, et je dois obéissance à mâ femme.
— Armand, dit la princesse, abaissant avec mêlant* colie ses longs cHs noirs sur ses joues de nacre, n*esl-co pas là un ingénieux moyen de m'annoncer que votre père et nos amis vous défendraient de m^épouser? Vous savez qu'à Paris il y a des messieurs qui pré*» tendent qu^un homme se déshonore en épousant sa maîtresse... J'ai vu jouer une pièce qui disait cela.
*^lTne bonne pièce n'eât pas jugé la question, et celle-là était trop mauvaise, Galiste, pour faire école.
— Alors, vous me eonsetttez d'espérer.
D'espéier, quoi?
Le pardon de votre père.
— Mon père n'a pas vu la pièce dont vous parlez; il ne va jamais qi^à TOpéra-Ciomique, théâtre moral, où Ton s'épouse toujours.
~ Ne riez pas. Parlez frandiement.
— Ne fussiez-vous pas la plus respectable et la meilleure des femmes, princesse, mon père vous accepterait et vous aimerait encore à cause de moi. Mais 41 est ombrageux, comme tous les vieillards. U ne vous a pas choisie; il en avait peut-êlre choisi une autre.
—Voilà deux fois qu'il me reproduit cette pensée, $e dit Galiste.
r- j,)ai laut de là| coatlDuaiV^uiaiiii &imsrema(«
. qœr rinquiuiude d6 sa compagae, il est possible que mon père fronoeun peu le scmicit, sous prétexte què notre réuuioa ne se ferait pas sans quelque scaudale* — Ami!»., ohl... si tous ayez à souffrir j'aimerais
.lûieui...
— Qttoil dit-il avec un clair regard. Quelle est cette
parole? pensez-vous qu'il soit nécessaire de me pousser à la réscdutioû par rarlifice du refus Caliste, je jouc franc jeu, faites de même. N'espérez pas que le publiCj devant qui nous sommes acteurs, pour le moment, n'espérez pas, dis-je, que^ la société, toujours hargneuse avec les gens blessés, va nous dres- . ser des arcs de triomphe, à vous, pour m'avoir écrit des lettres, qui ont fait mourir votre mari, — oh l pas d'illusion, voilà la vérité nue; — à moi, pour vous avoir enlevée sur le corps de M. de Wûigen, car c*est ainsi que toute notre histoire va se raconter. Vous serez une dame très- hardie dans ses goûts, je serai \in don Juan très-fort à l'épée, qui termine en Jiéros de roman son aventure. Bah! Caiisle, quand ie monde vous verra belle, irréprochable, et vous saura libre et riche; quand ce même monde saura que je tue les officiers de cavalerie, on nous évitera bien un peu d'abord, mais pour mieux nous considérer de loin. On nous trouvera Ixmne tournure* On verra dans notre voiture, dans noire logis, près de ?os beaux cheveux» les cheveux blancs de mon père ; on ura sur nos traits la douce s<ilisfar.tion de noire mutuel bonheur. Teu à peu on se rapprodiera } des
asm toès-braves aiuoat commencé à faire la cbalae autour de nous pour verser à seaux sur nos crimes le pardon et Toubli : d'autres, très-généreux aussi» se feront amener. Nous choisirons toujours les bons, les purs : nous chasserons impitoyablement les amis de deuxième qualité, les parasites. Petit & petit, notre escorte grossira. Qu'elle sufûise à défrayer vos soirées de causerie, à tous montrer accompagnée aux yeux de vos domestiques» c'en est assez. Nous voya-* gérons beaucoup, et Dieu fera le reste.
Caliste poussa un profond soupii^ dont profita Armand pour exhaler la bouffée amère qu'une improvisation si brillante, si bruyante surtout, n'avâit.pu dépenser tout entière.
— Si vous ne regrettez rien, dit-elle, que regretterais-je» moi^ qui me considérais comme morte !
— Avec vous, quel regret possible? répondit-il. L'entretien finit là. On arrivait à une ville où les
voyageurs prirent un peu de repos et organisèrent la fin du voyage,
II fut arrêté qu*on resterait dans les possessions de TAutricbe* On gagnerait par les chemins de fer, la Lombardie, où mille séjours adorables s'offrent au choix. Le plus riant et le plus isolé serait le préféré. . Armand avait désigne Tun de ces déliueux endroits qui,d'Arona au lac de Gôme, région peu fréquentée^ dorment dans les vallons creusés autour des lacs de .Quadrigtate, de Lugano» de Yarèse : oasis dépeuplées* ^r lesquelles s'arrête avec délices Tcuil du voyageur
qui passe. Là, pas de curieux ; c'est trop simple pouf attirer la foule. De vieui arbres, des eaux bleues, des masures cachées sous les vignes, pas d'accideuts, pas de cooTulsions volcaniques, peu d'horizons; c^estune perspective qui ne vaut pas Tor qu'on jette si volon* tiers aux lacs grands seigneurs de Suisse ou d'Italie.
Mais Caliste répliqua qu'elle craignait les fièvres^ et qu'elle ne touiait pas mourir à présent que son boulieur étail assuré.^
n restait le. Yerbano, — le Majeur, — splendide | océan bordé des plus beaux pics des Alpes. Mais Galiste prétendit qu'il était trop grand et trop méiancobque : elle voulait un peu de mouvement dans la solitude, elle voulait voir passer du monde, et ne liaissaii pas dans un paysage les élégants uniformes du Croate ou de TAulricbien pur; elle dit à Armand que le lacTMajeur avait deux rives : Tune autrichieûae, l'autre piémontaise ; que ces deux rives-là se faisaient
de trop grosses dénis, connue Belgrade et Scmlia des Orientales. Elle ne voulait voir ni les canons d'Arona et l'affreuse statue de Charles Bon oiuùe des uns, ni les canons et les casernes d'Angera des autres. Pallanza, Intra^ mauvaises bour^ardessans ressources, , lui gâtaient l'Isola-Madre et risoia-Bella. Les cinq ou six An,tj;laisqui habitent Bili^irale lui gâtaient le plus cliarmant rivage du lac Majeur.
— Allons à Como, dit-elle. Le lac est étroit et gai comme le lac d'Engbien. Toujours des maisons sur la colline, toujours des fi;ens qui rient, chantent^ mai)«
gent ou boivent, et fileut eu bateaux comme des amoureux du temps de Boceaoe. £t puû, ce Lario
était adore de Virgile. J'ai des idées sur le lac de Gôme.
— Prenez garde, lui dit Araiand; on prétend qu'il
fait la passion de toutes les femmes veuves ou sépa» rées de leur mari.
— Ou prétendra ce qu'on voudra, dit Galiste* Si c'est vrai pour les autres, en quoi me fâcherais-je que ce soit vrai pour moi? J'étais une femme séparée da mon mari, je suis une veuve. Et puis, j'y pense, Armand» cher Armand, si c'est vrai.aujourd'bui,ce seea faux dans dix mois, puisque, dans dtxmois, je serai une femme mariée.
Il ne Tépoodit qu'en baisant la main qu'dle loi offrait.
Peu de jours après, ils descendaient à Gftme» hAM
de l'Ange.