SCENE V
Faut-il tant se scandaliser Pour un baiser!
Pour un baiser que l’on réclame,
Quel injuste courroux m’enflamme?
De quel droit le brutaliser Pour un baiser!
Hélas! nous commencions pourtant à nous entendre Au lieu de se fâcher, ne pouvait-il attendre?...
Pour un soufflet
Ce tendre amour qui vient d’éclore,
Ce beau feu soudain s’évapore Et s’enfuit comme un feu follet Pour un soufflet !
Pour un soufflet que je lui donne L’ingrat se fâche et m’abandonne 1 Le voilà hors de mon filet
Pour un soufflet! '
Cher Arlequin, faisons la paix ! je te pardonne !
Arlequin!... Arlequin!
(elle sort. — Arlequin traverse le fond du théâtre en se glissant deiriérc
les arbres.
SCÈ-NE y.
ARLEQUIN, senl.
Cours après moi, mignonne !
Tu oc retrouveras mon cœiu - ni mon butin !
Sauvons des mains de la friponne Les restes de notre festin!...
(il ferme la caisse avec soin.)
Cette défroque aussi pourra nous être utile !...
Dépêchons...
(il prend la caisse d’une main et le manteau de l’autre j après avoir tait quelques pas il s’arrête.)
DECCAL10N ET PYRRHA.
C'est égal !... en vain je m’en défends !
Il est fâcheux de mourir sans enfants !...
N’importe ! son soufflet m’a remué la bile !
Le genre humain en pâtira !
Allons ! point de faiblesse, et soyons intrépide !
Partons !...
(Apercevant un livre reitc à terre.)
Ah ! ce bouquin !...
(Ramassant le livre.)
Il nous amusera !...
(Ouvrant le livre et lisant.)
« Les Métamorphoses d’Ovide!... »
Bon! ce doit être gai !... Deuealion... Pyrrha...
Le déluge!... Ah bah ! mon histoire!...
Oui!... comme ce bonhomme au monde je survis ! Remettons-nous un peu l’aventure en mémoire !
Qui sait? j’y trouverai peut-être un bon avis !
(il s'assied sur la caisse et lit.]
« Sur le sommet de la montagne » S’arrête la nacelle où, guidés par les dieux,
» Voguent Deuealion et sa chaste compagne ;
» L’univers reparaît désert, silencieux,
» Désolé!... C’est alors qu’en sa douleur profonde » Deuealion s’écrie : O ma femme ! ô Pyrrha !
» -Le genre humain subsiste en nous !... » et cœtcra ! Son discours, à coup sûr, est le plus beau du monde. Mais on n’en a que faire ici.
Voyons la fin de tout ceci :
« Ils courent vers le temple, implorant un miracle » Pour repeupler la terre. » Ah ah ! nous y voici :
« Thémis eut pitié d’eux et rendit cet oracle :