‹ Deucalion et Pyrrha operacomique en un acteChapitre 4 sur 24 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Un chapeau d’une forme exquise,

Et Dieu sait comme il me coiffait !

Trois jupons sur le bon modèle.

Taillés par la main de l’Amour ;

Six mouchoirs garnis de dentelle.

Et deux paires de bas à jour !...

Ah! ah ! ah!

Ah ! quel voyage !

Ah ! quel voyage !

Tout a péri dans l’orage !

Hommes et chevaux, llobes et chapeaux,

Tout est resté sous les eaux !

Madame pleure son carrosse Et son carlin qu’elle aimait tant !

Son mari se plaint d'une bosse Qu’il s’est faite au front... en sautant.

Quant à moi, ce qui m’autorise A verser des pleurs abondants,

C'est la perte de ma valise Et des objets qui sont dedans!

Ah ! ah ! ah !

Ah ! quel voyage !

Ah ! quel voyage !

Tout a péri dans l’orage !

Hommes et chevaux, llobes et chapeaux.

Tout est resté sous les eaux!

Mais quoi ! mes pleurs sont vains, et cette onde maudite Ne rendra pas un bien pour jamais englouti !

S'il faut, un jour ou l’autre, en prendre mon parti. Autant le prendre tout de suite !

Me voilà consolée, et j’en rirai demain !

Remettons-nous donc en chemin.

Et trouvons, s’il se peut, au plus prochain village Quelque charrette avec son attelage,

DEUCAL10N ET PYRRHA.

Pour emporter monsieur, qui fait vraiment pitié!

Le pauvre homme n'est pas humide, il est noyé ;

C'est un notaire, avec les habits de Neptune!

Je l'ai laissé là-bas, pleurant son infortune.

Et querellé par sa moitié.

Si du moins dans les Ilots il eût perdu madame !

Mais non ! voilà les coups du sort!

Il voit périr sa malle et conserve sa femme !

Est-ce là de quoi rire et pleure-t-il à tort?

Aussi je lui disais : « Mais, monsieur, quelle rage » Vous prend, par ce temps-là,de vous mettre en voyage ! » Croyez-moi, ne vous pressez point !

» La fille de monsieur Cassandre » Est-elle enamourée au point » Que le contrat ne puisse attendre » Un joui- ou deux? — Fi donc!... macharge!. ..mon devoir ! » Ceci! cela!... J’irais fût-ce au bout de la terre!

» On me paye! et je suis notaire ! »

(Ku riant.)

Mon notaire, pour l'heure, est curieux à voir!

Mais j'oublie, à conter notre mésaventure,

Que monsieur Pandolphe m’attend.

Éternuant et grelottant.

Et qu'il n'est pas d’humeur à voir d’un œil content Le spectacle de la nature !

Allons! et que le ciel me conduise!

(Elle fait quelques pas pour s’éloigner.)

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