‹ Deux anciens poèmes inédits sur saint Simon de Crépy publiés avec une introduction, des notes et deux glossairesChapitre 9 sur 15 · UNIVERSITY0F VIRGINIA · texte numérisé non relu

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Deux poèmes inédits sur Simon de Crépy

remanoir, fut. remanrons 226, rester.

remprosne 324, moquerie, insulte.

renvie 44, renvi, somme mise par-dessus V enjeu. j

renvier 132, inviter de nouveau, d’autre part.

repairier 152, soi r. 87, retourner , revenir.

repaistre, imparf. subj. se repëuissent 270, se repaître, se rassasier.

reponre, soi r. 47, se cacher.

retorner, prés. subj. retort 178, rendre.

ri haut 282, scélérat, vagabond. •

rotier 33, voleur de grand chemin; 43, !

consécutifs successif.

saillir 140, sauter. j

saison 296, prospérité. j

sarmon 11, sermon.

sauf, acc. plur. saus 38. i

se . . . non 295, sauf , seulement, j [ne . . .] que.

semblant, par s. 103, à ce qu'on voit.

semondre, part. p. semons 14, engager, \ inviter à. I

seoir 99, 119, être assis.

sergent 83, 89, 92, serviteur , valet.

serreement 233, en rangs serrés , vivement.

si 235, 241, ses (nom. plur. masc.).

soier 283, scier.

sol, acc. plur. saus, 37, sou.

sordre, prés, sort 91, sourdre, s'élever.

soutilment 59, habilement , ingénieusement.

taille 177, impôt. Cf. la note du vers.

tenant 164, tenancier.

tolte 177, imposition. Cf. la note du vers.

tombleau 77, 79, 96, tombeau.

toudre, prés, tost 178, enlevei'.

tourt 112, tort.

tout, dou t. en t 157, complètement.

toutevois 211, toutefois.

traire, soi t. 222, se retirer.

trestout 60, nom. plur. masc. trestuit 56, tout.

trop 41, très.

truant 281, 286, misérable , fainéant.

ver 183, fourrure de diverses couleurs. vil, nom. sing . viex 26.

vilain, adj. 288, 290; subst. 63, paysan.

vivre, prétér. vesquirent 261, 262.

voir 113, 161, vrai.

voire 46, 57, oui, certainement.

voloir, prés, viost 5, 306; prêt, vost 32, 93; imparf. subj. vossist 12.

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(Àvranchea 244, fol. 40 (ano. XXXVin) r° a]

[B. N. douy. acquis, fr. 6835, fol. XXIX r° a]

Comme le füz du conte de Crespl delessa son Heritage pour ce qu'il vit le corps de son pere puant

et deffalt en son cerqueul.

Legierement se part du monde et son cuer de tôt orguil monde qui pense tous jours qu'il mourra, quar ja chose mielx n'escourra B son fol désir a la char vaine que bien penser a ceste paine.

Moult y fait donques bon penser, [Foi. 40 r° b] quar tel pensé nous peut teuser,

vers in- moût félons anemis 10 qui tost nous ont a honte mis, se Dieu grâce ne nous envoie.

Quar chascun des .ni- nous guerroie tant comme nous vivon en terre sans ce qu'il ait ja en lor guerre ib repos ne sëurté ne treves, et sunt lors batailles si grieves qu'a paiue en part sans aver playe quicuuques lor estour essaye.

Ces .ni- anemis sunt sans fable

5 P chair — 8 P peuet — 14 P a lor g.

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E. Walberg

20 la char, le monde et le deable,

qui touz temps contre nous bataillent; mais diversement nous assaillent: le deable d'orgueil nous tempte.

la char les delitz nous présente,

26 le monde, les fausses richesces.

Mais tout ce ne doubte -il- veices qui bien a la mort en mémoire.

Pour ce dit, si comme j'espoire,

Salemon : «Comment qu’il aviegne.

30 beau filz, de ta fin te souviengne en trestout quauque tu feras, et jamès tu ne pécheras».

Moult en fait donc bon souvenir, quant tel proftit eu peut venir 36 comme soi de pechié retraire. Fol. xxix r° b'

Pour ce je ne me vuil plus taire d’un exemple de la mort dire; qu’autre[tant] seuffre de martire la bonne gent, ou plus d'assez,

40 que ceulx qui suut d’orguil bassez.

[Fol. 40 v° a] Pourquoi seuffre donc autel paiue

cil qui de Dieu servir se paiue comme cil qui de rien n'en cure?

Je respon: c'est droit et nature 46 a toutes choses hounourees qu’il soient anciès esprouvees et de toute ordure purgiees qu’en lor droit honnour essaucees.

Maint exemple en pourroie dire,

60 mais assez eu peut un suffire, que mainte faiz vëu avez:

l’or est mis ou feu. ce savez, pour estre purgié de l’escume, et est moult batu sur l'enclume,

65 ainz que la coupe en soit formée

20 P la chair... dvable — 24 P chair — 29 P Salmon — 38 A P qu'autrement — 41 P donc souffre — 47 P toute/ ordures purgeez

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Deux poèmes inédits sur Simon de Crépy

qui e9t devant le roi portée.

Les bonnes gens semblablement pour lor bien et pour purgeraent sunt en cest monde tourmentez,

60 ancièB qu’ilz soient présentez au roy des rois, qui les couronne et pardurable honnour les donne.

Et tout par semblable coustume comme l’en met l’or et escume 66 tout ensemble en une fournese, pour jeter l’escume malvese et l’or affiney retenir, tout aussi voit l’en aveuir en cest monde, si comme semble,

70 que bons et malvès tout ensemble ont paines et dolours semblables; mes les fins en sunt variables.

Quar c'est es bons affinement [Foi. 40 v° b] et es malvès punissement.

76 Quant les bons sunt ci affinez, si sunt ou ciel ensaisinez de tout bien et de toute joie; et les malvè9 s’en vont lor voie en dolour qui sans fin lor dure. [Foi. xxix v° a]

80 Pour Dieu donques prengeut mesure ceulx qui ne sunt amesurez, et vous qui les maulx endurez, prenez confort et esperancel Cil vous fera to9t allégeance

86 qui fait les bas en hault monter.

Cel conte dont je vuil compter fut au monde de grant uoblesce.

Tant com il fu en sa jennesce, maintint moult bien chevalerie;

90 touz temps avoit graut compaignie de bacheliers, de dommoiseaulx, et moult ama chiens et oiseaulx,

91 A dommoiselles, changé en -eaulx

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E. Walberg

quar le déduit si li plaisoit.

Assez en cest monde faisoit 96 grant partie de sou vouloir, quar, qui que s’en dëust douloir, tous jours largement despendi.

Ce ne sce ge s'il entendi au salu de s’ame couquerre 100 si bien com a garder sa terre, dont il vivoit a graut leesce.

Mais mort, qui met en sa destresce aussi le grant comme le meudre, le vint enmy sa glore prendre 106 et du monde hors le jeta.

Assez fu qui le regreta,

[Foi. 4i r° •] quar riches gens trouvent assez,

quant du secle sunt trespassez, qui les regrete et qui les ploure no et qui lors sépulcres honuoure, que que Dieu des aines ordaine.

Et povres gens trouvent a paine, quant il trespassent, qui ait cure ne d’eulx ne de lor sepoulture.

116 Nul ne les pleint ne ne gramoye, mais la court du ciel en fait joie, qui les receit moult liement, pour quoi il ayeut bonnement les dolours du monde souffertes.

i 2 u Telx exeques valeut mielx, certes, que ces plours ne que ces grans pleintes ne que ces riches tumbes peintes, qui rien ne prouffitent a l ame. [Foi. xxix v° b]

Povres homs, pour la doulce dame 126 endure donc ta pestilence un pou de temps a pacienee, en loant Dieu saus murmurer, si conquerras par endurer

93 A qui si, corrigé en si li — 102 P meit — 107 P tiennent — îoe P seiele — 110 P lors sépulcre — 112 P tiennent — 121 P ses grans p. — 122 P ses r. tombez paintez

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Deux poèmes inédits sur Simon de Crépy

le régné ou toute joie habunde.

130 Se tu es en cest chaitif monde despit et foulé, ne te chault.

Cil qui fait le freit et le chault te rendra pour mal trespassable honnour et joie pardurable.

136 Si sachiez des mondains seignours que de tant com ilz suut greignours tant ont ilz plus cures et paines, de plusoure mescheances plaines.

[Foi. 4 i r° bj Et s'il sunt d’orguil entamez,

140 ilz n’aiment ne ne sunt araez

fors que d’un’amour fausse et feinte:

tel fait de lor meschief compleinte qui en son cuer en a grant joie.

Cil tout aussi dont je comptoie 146 fu pleint de telx, a ma creance, qui pour faire a l’ame allégeance ne donnassent pas i- espi.

Dedens l’eglise de Crespi li fu sa sepoulture faite,

150 si noblement peinte et pourtraicte que peintre n’en dot aver blasme.

La gent le corps enoint de basme, si comme l’en fait par usage a grant prince et de hault parage.

166 Quant le corps du conte honouré ot en son sarqueul demouré ne scei quans ans en ceste guise, il aviut après que l’eglise .

de Crespi deut estre sacree.

160 Les bonnes gens de la contrée vindrent le sacre voier faire.

Hor du moustier convint lors traire

136 P saichiez — 138 A plu/s; P plusieurs — 144 A doue — 149 P lui fut sa sépulture f. — 153 P usaige — 156 P du corps honnoré — 161 P veoir — 162 P Hors

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E. Walberg

les corps qui trop apertement jesoient sur le pavement,

186 quar ceulx demourer n'y pouoieut.

Si avint que ceulx qui trayoient le conte de sa sépulture, [Foi. xxx r° *]

virent uncor si grant ordure et si très grant puour sentirent 170 qu’a bien poi que ceulx ne morirent [Foi. 4i t° a] qui furent au sarqueul ouvrir.

Sans la caroigue recouvrir,

de la grant horrour qu’il en orent

saillirent hors au loings qu’il porent,

175 et touz ceulx aussi qui le virent hors de l’eglise s’en fuirent touz engroutez ou cimitire.

Le filz du conte l'oï dire, qui tout esbahi en devint, îso Tantost près de la fosse vint voier qu'il avoit ou sépulcre, qui ne sentoit mirre ne sucre mais une puour trop amere.

La vit le filz le corps son pere 186 eu plusours lieux tout defframé de pourreture et entamé de vers hideux en mainte place ; et li avoit mengié la face hido8ement un boterel.

190 Des les piez si qu’ou hasterel ne paroit fors tiens et ordure, et parrny celle pourfeture vers et serpens se tra\ ; noient, qui a si grant masse y estoient 195 qu'onquez ne fut plus vil ordure.

Quant le filz vit a tel laidure le corps son pere aneenté.

164 P geseent — 166 P traient — 185 .4 plu/* — m AP cimitiere - 185 P plusieurs . . . deffremé — 186 P pourriture — 188 P lui a. — 189 P ung b. — 190 AP que ou -- 192 P pourriture

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Deux poèmes inédits sur Simon de Crépy

moult fu forment espouenté et angoisseux en son corage.

200 De paour soigna son visage et son piz mainte faiz bâti ; par poi que jus ne l’abati [Foi. 41 v° b] la force de la puneisie,

quar tant en bout qu’il ne pot mie 206 sa parole avoir prestement.

Si ploura angoissousement et tout en plourant s’escria:

«Hee Dieu, pere, comme ci a un très horrible mireourl 210 Comment ose le pecheour qui doit a tel vilté venir vers sou presme orguil maintenir 1 C’est merveille que Dieu l’endure, quar bien nous eusaigne nature 216 et au desrain et au premier

que corps d’orame est i- viul femier.

L’oignement qui tant est loé, confit de mirre et d’aloé, n'a riens valu au corp9 mon pere; 220 bien a ci demonstrance clere que pour grant pouair temporel en nulle chose corporel nul n’a devant aultre avantage.

Qui cuidast que corp9 de parage 226 dëust a tel vilté venir?

Las, que pourrai ge devenir?

Doulz pere de miséricorde, par ta pitié ne te recorde du bouban que j’ay demenél 230 En cest secle fu[i] povre ne,

[Foi. 42 r° »] et povre et chaitif m’eu iray.

Jamès, certes, je ne diray

[Fol. XXX r° b]

201 P maintes foys — 90 » P ung... mironr — 2U P vice v. — *12 P proesme — 216 P veil fumier — 226 P deult a cel vice v. — 229 P bomban — 280 AP fu. Apres ce vers il y a, dans A, quatre lignes laissées en blanc.

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E. Walberg

que corps d’oui me soit noble chose:

nul n’est noble, bien dire l’ose,

2 S 6 se n'est par les vertuz de l’ame

que Dieu donne a homme et a famé, et de la vient vroie noblesce.

La nostre charnel gentillesce n’est sans celle prouz ne honneste,

240 qui qu’en face glore ne feste.

La vostre noblesce, beau pere, est ci chaeste en grant misere; moult est quant au corps vil et orde.

Se Dieu par sa miséricorde 245 n’a vostre ame plus hotinouree, elle seroit du tout muee en pardurable deshonour; mais cellui qui met en honour les choses despites au monde 260 par sa pitié ne la confonde, mais ou repos du ciel la posel»

Quant il ot illec une pose a quelque peine demouré triste, pensif et emplouré,

266 en son chastel l’en emmenerent [Foi. xxx v° *]

sa gent, qui forment se penerent de li faire reconforter.

Mais il ne se pot déporter, pour rien que nul li receusast,

260 qu’a la mort tous jours ne pensast.

Ceulx qui conforter le vouloient son grant pouair li reraerabroient,

[Foi. 42 r # b] son grant lignage et sa richesce,

sa grant beauté et sa noblesce.

266 Et le jeune homme lor disoit:

«Certes, il n’i a rien qui soit a mettre en pris ne en chierté, quar la mort est de tel fierté qu’el fait tantost tout ce périr,

240 P faice — 248 P meit — 257 P lui — 260 P n'en p. — 9M P lui

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Deux poèmes inédits sur Simon de Crépy

270 quant i- sol coup y veult férir.

Quel secours doi ge donc attendre ne quel reconfort en ce prendre, qui au grant besoiug me fauldra?

Bien scey, quant la mort m'assauldra,

276 ja ma force ne ma jennesce, mon lignage ne ma richesce vers lié ne me pourroit secourre ne mon las corps de lié escourre.

Quant en sa chartre m'avra mis,

280 hault parage ne grans amis ne peuent la estre garant.

Bien est en mon pere apparent, qui estoit fort, puissant et sage, riche d'avoir et de parage,

286 mais tout ce tost sur li failli ; si tost com la mort l’assailli, tost l’out de hault en bas tourné.

Et encor l’a tel attourné qu’onquez corps de povre truant 2 »o ne fu plus ort ne plus puant ne plus horrible a regarder.

Dieux en vuille l’ame garder, par sa pitié, d’estre dampnee, quar quant au corps moult est muee [Foi. 42 t° »] 296 en grant vilté toute sa gloire ;

et je l’ay si en mon mémoire que jamès ne l’oublieray.

Et quant je voi que je seray

assez tost aussi vil caroigne, [Fol. m v° b]

aoo quel merveille est se j’ay vergoigne de ma fraile condition, qui vient a tel confusion, et si n’y puis mettre deffense?

Apres ceste doulour je pense 806 la destrece du jugement

de Dieu, qui si destroitement

282 P a mon p. — 286 P luy — 297 P l’omblieray

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E. Walberg

toutes nos euvres jugera que rien oublié n’y sera de quanque nous feïsmes uuquez:

aïo se j’ay paour, qu’eu puis ge donquez, qui unquez encor ne voil faire chose qui a Dieu dëust plaire, ainz ay musé toute ma vie en orgueil et eu lecherie?

316 Si scey bien que je periroye, s’en l’estât ou je suy mouroye; et je ne say quant je mourray, non, las, chaistif, se je pourray passer ceste soûle journée.

320 Par aventure est ja donnée la sentence definitive encontre moy que plus ne vive, si ay perdu toute ma joie.

Je ne say donc rien qui me doie 326 de ma dolour assëurer.

Dieu la me vuille amesurer [Foi. 42 t° b] par sa pitié et par sa grâce

et donner moi temps et espace que je puisse amender ma vie,

330 si que m’ame ne soit perie.i

Après se fondoit tout en termes, de quoi il avoit en touz termes les yeulx et la face moillee.

N'y avoit cil de sa mesgniee 336 qui reconforter le pëust, ne nul qui si dur cuer ëust qui tost ne fust piteux et tendre, qui daignast a ses motz entendre.

Quant ceulx qui plus a li parloient 340 en nulle guise nel pouoient a nul esbat du monde attraire, plusours distrent: «Laissez le faire, tant qu’il se soit moult bien lassé;

SU P onequez encore — 338 P faice — 334 P nieegnie

[Fol. XXXI r® a]

— 389 P luv

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Deux poèmes inédits sur Simon de Crépy

son deul serra plus tost passé 346 de ce qu’il le fait a oultrage.»

Mais celli qui portoit l'y mage de la mort peiut en sa pensee, sans faire longue demouree de quanqu’il avoit se demist;

360 tout soûl a la fuite se mist,

en povre attour son pain querant.

N'alloit pas granment enquerant es bonnes gens ou il venoit, mais qui li donuoit il prenoit,

366 en rendant grâces humblement, et passoit oultre visteinent, pour ses pechiez pensiz et triste.

Souvent ot poi pain et mal giste, (Foi 43 r° «1 quar son pain ne sa voit quérir;

360 mais Dieu, qui ne laisse périr nul qui en li ait esperance, li pourvit de sa soustenauce, qu’il vint en ceste guise a Romme.

A un cardinal moult proudomme 366 se confessa dévotement, et li compta comfaictement il avoit sa terre laissiee pour la merveilleuse haschiee qu’il avoit de la mort son pere.

870 Et cil li respondi: tBeau frere, se tant creins la mort et redoubtes que tout orguil hors de toi boutes pour mielx plaire a ton creatour, tel paour est de bon attour,

375 quar qui en orguil se tendra ja en paradis ne vendra.

(Mais] Dieu ne nous commande mie que nous temporel seignourie laisson pour paour de mourir:

346 P cellui — 364 P luy — 361 P en luy — 362 P luy pourvyt — 864 P ung — 366 P luy c. — 870 P luy r. — 377 -4P Quar

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E. Walberg

380 bien peuent en vertuz flourir

ceulx qui les gratis estaz poursuient, se par négligence ne chient en peschié qui les empeescbe.

Saint Pol l'apostre nous preesche 386 que de Dieu vient toute puissance; quar par la divine ordonnance

sunt assis en toutes provinces, [Fol. xxxi r # bl

ce saches bien, prelatz et princes.

C’est grant mestier que il y soient,

390 quar les malvès trop pis feraient Foi. 43 r° b] qu’il ne font, se n’estoit justice,

qui le9 refraint de lor malice pour les bons garder sauvement.

Pour ce te di certainement 396 que vers Dieu de rien ne mesprens se la garde des terres prens qu’il t'a a garder commandées, ainz aras, s'il sunt bien gardées, de la garde moult grant mérité.»

400 «Merci pour Dieu, je le claim quitte», ce li dist cellui sans respit qui le monde avoit en despit et toute s’entente a Dieu mise.

«Bien croi, dist il, qu'en saincte Eglise 406 n'a nul estât que l’en y truisse si périlleux ou l’en ne puisse loialment et selon Dieu vivre.

Mais bas estât est plus delivre pour soy garder d’iniquité 410 que mundaine félicité;

et pour ce me vuil ge tenir en bas estât, sans revenir a la vaine gloire mundaine.»

Le cardinal mist souvent paine 416 a luy donner instruction.

888 P empesche — 384 P preaohe -- 888 P sachez — 401 P lny diat — 406 A se garder — 411 P veut

Deux poèmes inédits sur Simon de Crépy

Vielx ert, plain de compassion, et de sa mort estoit ja près.

Ses heures li disoit après qu'il avoit eu s'enfance aprises.

420 Puis alloit offrant es églises

et es sains lieux, dont moult y a,

Patenostre, Ave Maria,

[Foi. 48 v° »] sa Credo, son Confiteor,

qui rnieulx valent qu’argent ne or;

425 et il n’avoit aultre monnoie.

Après se retournoit sa voie volontiers au moustier saint Pere, priant pour l'ame de son pere et de touz feaulx eusement,

480 et illec moult dévotement

une messe au meins escoutoit. iFoi. xxxi v® a]

Souvent trouvoit qui le boutoit, quar il n'estoit pas bien vestu, mais il ne prisoit i- festu 435 toute mundaine adversité; tant estoit plein de charité que pour nul meschief qu’il ëust ja en ire ne se mëust.

Touz temps de tout Dieu mercioit 44o et envers touz s’umilioit,

quar bien savoit que Dieu sormonte ceulx qui ci se font de bas conte.

En faisant ceste penitance un poi de temps par mendiance 445 soustint moult lassement sa vie.

Mes avis ne li estoit mie qu’en tel guise vivre dëust, tant comme recouvrer pëust par son labour ses ueccessaires ;

460 mes des mestiers ne sot il gaires qui tendissent a gaaing prendre,

418 P luy d. — 419 P aprintez — 4 si P Patrenoetre et — 424 P meulx — 481 P au moins — 446 P luy e. — 450 P de m. — 451 P gaing

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E. Walberg

et trop grief li estoit d’aprendre de nouvel ce qu’il ue savoit.

En ce 8'appensa qu’il avoit [Foi. 43 v° b] 466 en se9 bois vëu charbon faire

le gentil homme débonnaire.

Pour ce que le charbon noir porte remembrance de chose morte, et pour fuir mendicité.

460 se prist lors par humilité

a estre charbonnier a Roinrne.

Ne vendoit pas trop chier sa somme, a pou de gaaing se prenoit.

De cel labour se soustenoit 466 tant com au siecle puis dura.

Merveille est com il endura tant de labour et de mesaise, quar il avoit esté moult aise et moult souef nourri sans doubte;

470 mes qui Dieu aime ensemble et doubte, comme touz faire le devon qui de sa grâce recevon chascun jour nostre soustenance, il n'est si dure penitance

476 qu’il ne puisse bien achever. [Foi. xxxi v° b]

Ce faisoit cil matin lever et tart couchier, tout fust il tendre, jour et nuit a orer entendre, labourer et fuir delitz 480 de vivre, de robe et de litz,

et de tout rendre a Dieu loenges, soient colees ou laidenges.

de cuer loial, sans murmurer.

Quar quanque l’en peut endurer 486 de paine ou secle transitoire, ce ne monte rien a la gloire [Foi. 44 r° *] que Dieu donrra a ses amis.

462 P loy — 468 P de pou de gaing — 4«5 P aecle — 481—2. Les deux mss. intervertissent l'ordre de ces vers.

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Denx poèmes inédits sur Simon de Crépy

Cil gentil homme avoit la mis son cuer et son désir estable,

490 si que la grandour tant notable du guerredon qu’il atteudoit fort et aduré le reudoit pour bien parfaire sa bataille.

Et Dieu le sousteuoit sans faille,

496 a qui il s’estoit tout donné.

Mainte faiz fut aguillonné de sa penitance restraindre par celli qui ne se scet faindre de nous engigner et traïr;

600 mes si comme il sentoit l’aïr de quelconquez temptacion, par la bonne introduction du cardinal se deffendoit, quar cuer et voiz a Dieu rendoit 606 pour orer tantost en la place, si perdoit l'ennemi sa chace.

Quar il n’a ruissel qu'il ne rompe, quant oraison contre li trompe.

Cil vaillant homme tant oura,

610 tant souffrit et tant laboura et tant a tout bien entendi que tous jours bien se deffendi de quanque vers li estrivoit, tant com en cest secle vivoit.

616 Et quant le terme fu venu que de l’estour qu’il out tenu li voult Dieu sa mérité rendre en joie qui tin ne peut prendre,

[Fol. 44 r° b] soubz les degrez du cardinal [Foi. xxxn r° a]

620 li prist son raalage final,

par quoi cest val de plour lessa.

Devant la mort se confessa

491 P guerdon — 496 P Maintes foi* — 496 P celui . . . scoit f. - 499 P engnygner — 607 P que il — 508 P luy — 509 AP ouvra — 513 P v. luy — 617 P luy 520 P lui prist

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E. W al ber g

par plusours faiz moult sagement, et toutes out entièrement 626 les droitures de sainete Eglise.

Unques son sens en nulle guise ne li mua pour le malage, ne son ad vis ne son langage, qu’il avoit doulx et net et tin :

530 de bonne vie bonne fin.

Celli qui bien avoit vesou, mains croisées eu lieu d’escu, en Dieu loant fina sa vie.

Et Jhesu Crist n’oublia mie 635 a li rendre haulte mérité de sa vie, que vous ay dicte; quar en tesmoiug et en memore de son salu et de sa glore touz les sains de Rorarae sonnèrent 610 tout par eulx, quant l ame emportèrent les anges ou ciel liement.

Illec vit pardurablement en si grans biens, en si grant joie que dire ne le vous pourroie 645 ne chose mortel, c’est la voire.

Beneïst soit le roy de gloire et loé pardurablement, qui cestui si très noblement eu cieulx et eu terre hounoura!

660 Bien pert qu'a eeulx grant amour a Foi. il t° * qui pour li le monde delessent,

quar es grans joies qui ne cessent glorieusement les couronne et pnrdurable honnour leur donne.

655 Entre vous folx, qui par l'outrage de vostre desroié corage voz petiz frères diffamez

527 P lui — 531 P CYllui — 534 P n'oniblia — 535 P .le loi r.

P lui

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Deux poèmes inédite sur Simon de Crépy

et villains puans les clamez, gardez ci comme vous flairez,

660 quar a tel flairour repairez

comme fut le corps de cest conte.

Aiez donc de vostre orguil honte,

quar mort fait toute chose égal : [Foi. xxxii r # bj

vous n’arez pas tous jours le gai.

666 Pour ce, s’en haut estes montez, il couvendra qu’a Dieu comptez, ou tost ou tart, je n’en doubt mie, de toute vostre seignourie, et que par ceulx soiez jugiez 670 qu’orendroit en terre jugiez.

Si ne cuidez pas que ce die tant soulement pour la folie es orguilleux de hault lignage, ainz est a ceulx de bas parage,

676 par ma foi, espeeiaument, qui sunt si fiers generaument, quant fortune en hault les esleve, qu’il n’est pestilence si greve ne beste sauvage si fiere 680 qui plus partout sans merci fiere.

Bien le tesmoigue Claudien, un tel avolé badïen

[Fol. 44 v° b] clamera pour villain son frere,

voire, foi que doi Dieu, son pere 686 seult le filz le riche despire.

Et que doit l'en de tel gent dire fors que: Dieu lor orguil confonde, qui en venge li et le monde; quar trop fait mal lor arrogance.

690 Philipe le beau roy de France pour la divine reverence ne souffrist ja en sa presence que l’un l’autre .villain clamast.

Il n’estoit homme, tant l'amast,

564 P n'airez — 570 AP que o. — 573 A parage, corrigé en lignage — 575 P eslieve — 585 P au riche — 588 P lui — 595 P si lui o.

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E. Walberg

696 s’il li oïst par despit dire, qu’il n'en fu9t esmëu a ire et que tantost nel feïst taire.

Quar cil gentil roi débonnaire savoit bien qu'a Dieu fait injure eoo cil qui despit sa créature.

Entre vous donc de hault estage ne faites despit ne oultrage a ceulx sur qui Dieu vous a mis.

Moult grief tourment vous e9t pramis,

606 se par orguil les deffoulez; et se bien garder les voulez

vous en avrez bonne mérité. [Foi. xmi t° »J

Gardez qu’orguil en vous n’abite; de la mort souvent vous souvienge,

6io qu’orguil en ses laz ne vous tienge, dont Dieu touz deffendre nous vuille, qui en paradis nous accuille.

Amen.

696 P ai lui o. — 604 P m. g. comment — «08 AP que o. — 610 AP

que o.

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Notes.

8. tenser € protéger»; v. Romania, XXVI, 281. Cf. haut-engad. [god] tais < tensum (anc. god tasieu) «bois de réserve».

29—32. Je n'ai rien trouvé, dans les livres saints attribués à 8alomon, qui ressemble à la sentence alléguée ici. Ce parait être une traduction de 8yrac, VII, 36: «In omnibus verbis tuis recordare extremorum, et in perpetnum non peccabis.»

38. Pour la correction de autrement en autretant et. plus haut, p. 42.

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