‹ Deux ans au Mexique [microforme] (volume 2)Chapitre 19 sur 31 · TR · texte numérisé non relu

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collectionné des tettigones, inse L | hémiptères, dont les uns avaient la forme d’une EE yole, les autres celle d’une poule, et à Tomoca- M vaca, l’un de mes'amis m'a montré un éch L … —le jacanas — qui avait une griffe fort respecta- ps ble, attachée aux moignons de ses ailes, EE.

Ici, le bon Lafontaine bifferait une de ses plus jolies fables, et la tortue-alligator—le galapago-- Partirait en même temps.que le lièvre, le vain- | 0 crait à la course, et $’endormirait en attendant À son rival au but, pendant qu'au-dessus de sa

lagune voisine.

ombien de fois nos artilleurs ne se sont-ils

pas amusés à toucher du doigt le bombardier— coléo

sur 16 bout du nez d’un membre de la chambre des Lords, à qui—mo

fine civette d’Espagne, D'æutres, enfin —les nécrophores—

moins mondains, plus mélancoliques, plus portés au mysticisme allemand, passent leur temps à

chercher le cadavre d’un petit rongeur ou d’un oisillon quelconque, lui creusent une fosse, et dé- . posent leurs œufs auprès du défunt, pour que la vie, sortant de ce cimetière improvisé, puisse se nourrir aux sources de la mort. A côté de ces lagubres fossoyeurs, les mantes religieuses — genre d’orthoptères—joignent benoîtement leurs premières paires de pattes, et semblent se laisser bercer dans les effluves extatiques du troisième ciel de saint Paul, ce qui ne les empêche pas de quitter soudain leur air pieux et monastique, pour faire le moulinet, et se défendre vigoureusement dès qu’elles sont attaquées. -

Nos mœurs constitutionnelles se sont même &lissées au milieu des forêts vierges de la terre chaude, et tout comme le gentilhomme huissier de la verge noire, qui par trois coups de masse, annonce aux députés de la chambre des com-

munes que Sa Majesté les attend pour leur lire

un discours qui se termine toujours par une saignée de finances, le carpintero—pic charpentier—frappe les trois appels parlementaires sur le tronc de l'arbre’ qu'il s’est donné pour domaine, et accourt de suite happer de l'autre côté, les insectes — il y a des badauds même

parmi les insectes — qui pour mieux se rendre compte de ce bruit insolite, ont eu l’imprudente curiosité de mettre le nez dehors.

Enfin, les vautours ont leurs sinistres ensei- &nements en ce pays. Comme chez les rapaces, Juarez, Lerdo de Tejeda, Escobedo, ont voulu montrer q\'il pouvait y avoir dans la patrie mexicaine, l'aristocratie de la curée. Chacun s’est abattu sur un cadavre de prédilec-

‘ tion, qui sur Maximilien, qui sur Mejia, qui sur Miramon, et ils se sont repus, au bruit des stu-

pides battements d'aites du menu fretin des Zopilotes, qui regardaient leur roi—il ÿenaparmi les zopilotes—-8e gorger, et n'osaient appro-

ue x cher de l’auguste charnier. -

"Si en campagne la vie des champs est ennuyeuse par suite de l'oisiveté et du désœuvrement qu'elle entraîne, en revanche la vie de garnison est agréable, car elle permet de bien employer les heures perdues, suftout s’il existe de bonnes bibliothèques dans la ville où nous

jette le hasard. Celle que j'avais à ma dispo- .

sition n'était pas consi érable, mais choisie, et

pour en faire l'éloge, appartenait au génie . :

français, mot qui renferme à lui seul les adjectifs sérieux et savant.

Mes journées se passaient à feuilleter et. à compulser ces anciens manuscrits, ces précieux Do que la main intelligente de . uelques officiers avait arrachés aux griffes de la bande. noire, et quand je m'étais fatigué à déchiffrer l'écriture jaunie de ces vieux moines, de ces bons françciscains qui, lorsqu'ils n'étaient pas assez riches pour s'acheter dés es les copiajent aborieusement, je n'avais pour medistraire qu’à regarder par la fenêtre entr'ouverte la Plaza

ayor.

Alors j'assistais à un curieux spectacle.

On était en décembre, époque où les oisea de nos climats du nord, ont déserté les forêts canadiennes qui pleurent tristement leurs feuilles perdues sous le souffle de la bise d'automne, et viennent à tire d’aile demander au tropique un peu de verdure et de soleil.

Tous les arbres de la place étaient couverts de ces bandes immigrantes. Pas une branche qui ne ployât sous le poids de ces légers flocons

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de duvet ; pas une feuille qui n'abritat un de ces frileux réfractaires.

Il fallait les entendre se raconter leurs périls et leurs aventures. C'était, surtout au coucher du soleil, un bourdonnement et un caquetage à n'y rien pouvoir comprendre. ' . À les voir faire ce tapage assourdissant pour la possession du bout d’une branche, puis un instant après cesser leurs quefelles pour se

baiser amoureugement de leur petit bec:'et chanter joyeusement un refrain inconnu, avant

. de cacher leur tête espiègle sous le bout de l'aile,

je me demandai si l'oiseau ne partageait pas avec

‘homme l'oubli et l'ingratitude ? Beauconp allaient ne plus se souvenir sous ce ciel balsamique du rude climat de mon pays, et combien peu, parmi toute cette bande de bohémiens, retourneraient, au printemps, réchauffer le nid désert et abandonné qui les avait vus naître. (1)

Le temps s'enfuyait gaiement. Au commencement, nous n'avions pour oublier que les veillées ennuyeuses et beaucoup trop bruyantes

(1) Rien de plus curioux que ces départs et ces arri- :

vées. Mes lecteurs canadiens doivent se rappeler encore l'incroyable migration d’outardes, de canards -et de pleuviers dorés qui, pendant la nuit du dimanche, : 19 octobre 1873, couvrirent les c ons, lès rempart moussus, les toits aigus et les fe bourbenses de Québec. Il pleuvait ce soir-là ; ne forte tempête devait passer le lendemain ainsi que le surlendéinain sur la ville, et les passants attardés étaient abasourdis par les cris plaintifs de ces pauvres échassiers et de ces palmipèdes dévoyés. - /

Quelques heures plus tard, le même /phénomäne

86 répétait à Ottawa. où ces oiseaux passèrent par

licrs,

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du tb. Bientôt nous cessâmes tont à fait de rs fréquenter ces réunions, pout nous assembler RO (0 une dizaine au café de la tante Rose. ; Là, nous -:.

causions à notre aise littérature, histoire, philo- . . sophie, art militaire. : Quelquefois la discussion B.:

.…. S’échauffait, mais toujours la tante Rose arrivait : Ù RTE à temps pour remettre son monde d’acéord.

‘C'était une singulière, femme que la tante EE |

en Bas,

\ Rose, et sa ‘jolie personne vaut bien la-peine ‘ N. . d'une description. | Li :

GE». ‘Nul à la légion étrangère”ne connatssait son D 2 d. .\ âge, pour l'excellente raison que malgré son , | : | visage toujours frais elle comptait aux cadre#” » | à . "| depuis fort longtemps. Quant à son nom, per- LL ME \ Sonne ne s’en occupait ; il suffisait qu'elle fût \la tante de tont le monde. . à -

‘ Sa carrière militaire s'était ouverte par le haut grade d'enfant de. troupe, ce qui voulait dire que son père avait dû être un ancien militaire, et jamais l’on ne put savoir si: c'était pat modestie ou par déception, mais elle avait cons-

; tamment refusé de se marier, et s'était toujours. x . contentée de l’humble position de vivandière no au régiment. Îl ne faut pas conclure de toute cette réserve que ma tante Rose, malgré sa blonde figure qui la faisait ressembler à une ; + anglaise, fût d'un, sang tranquille et. endormi. Au feu, elle tenait un peu’ de la bravoure de Jeanne Hachette, de l'intrépidité de Jeanne d'Arc, du sangfroid de notre brave Canadienne, mademoiselle de Verchères.. Sur les champs de bataille d'Algérie, elle avait versé à boire au ” soldat mourant de soif, sans prendre garde aux balles du .kabyle.| En Crimée, elle gravissait au pas de oburse les pentes escarpées de l’Alma, : . son petit tonneau d’eau-de-vie sur l'épaule, et à à \ CC - .

fait de :.

. " Solferino, l'empéreur ckevauchant au milieu sembler EE “d'un ouragan de mitraille, la trouva pansant à, nous E 0 Pi blessés et consolant les mourants an fort » philo- . +“ - de lé mêlée. Alors il s'était découvert devant heart ON : - connue, et se panchant sur la crinière de son » arriyait n ‘0e Goursier arabe, avait attaché sur cntte loyale rd. ‘.. MR: ‘poitrine la croix de chévalier de la légi : tante CT :: ‘d'honneur. ‘ Aussi, ma tante Rose était Je peine , , . plus chi troupier de toute l'armée française,

| ‘NS orsqu'elte pesait crâänement sur Îeë trottoirs de ait son ON - Puebla, dans son gai costume de Yivandière; ses ré son | 0 Quatre décorations au "æh et portant militaicadres” » © : Tement sa petite main à {n chapeau lorsque les

factionnaires lui présentaient les armes.

m, perlle fût

Parmi ‘les officiers qui assistaient - À nos

D réunions, se trouvait un de ces caractères excenpar le ur + triques qui restent gravés dans la mémoire, une roulait TN . fois qu'on.les a rencontrés. PE. % , mili- D © Comme ma tante Rose, il âppartenait à la. it par A4 . légion étrangère, où il HART eng avant la | CONs- L erre d'Ohient. Soit fata ité, soit ins uciance, ajours. NN. Al n'avait jusqu’à Présent ‘tiré hors de cette ndière loterie où se ge ont indistinctemeht bâtons de toute maréchaux de France et chevrons. 44 Capôraux, , ré sa que la contre-épaulette de lieutenant. D'urie À une rigidité efcessive dans Je service, il éansait ralormi. rement, passait son/temps à lire une- édition al- $ re de lemande de Goëtke, faisait quelquefois des vers eanne , : et surtout-ne riait jamais. | J ; enne, & Au fégiment comme partout ailleurs, quand ps de ss on n’a rien à se dire, ce qui arrive assez souvent, > re au à on invente. MR | AUX Plusieurs histoires extraordinaires roulaient a 1ssait donc sur le compte du lieutenantalsacien, Quant are LES “à moi, bien que je n’aie jamais provoqué ses con- - AL: 4 :

fidences, J'ai toujours été sous l'impression. que ;

ces dehors austères cachaieht une âme de poète, déclassée et jetée d'un seul coup hors de ses gonds, per le réalisme de la vie.

Plus tard, mes doutes furent confirmés jusqu'à un certain point.

. Notre malheurex camarade fut tué dans une escarmouche près-dé San Luis de Potosi, et le soldat qui l’ensevelit trouva dans son scapulaire

“la poussière de quelques fleurs desséchées. .

Comme le colonel Evrard, de Jules Sandeau, “il avait Dot iblenent vu se brisér en un jour, l'espoir de sa jeunesse, s’évanouir à jamais tout un avenir de félicité, et se sentant seul il s'était ds dans l’armée comme on entre à la Trappe.

’armée offre en effet, plus d'un rapport avec le cloître. Elle bride les passions, règle les âmes et ouvre un refuge à bien des douleurs, à bien des mécomptes.”

La fin de l’année 1864 approchait, et l’escorte attendue sous les ordres du chef d’escadron don José de Jesus dé Ximènes, partie le 14 de Mexico, n’arrivait pas encore. |

Déjà nous étions au jour de N bël, et je me rappellerai longtemps cette nuit qu'il nous fallut passer sabres nus, mèches allumées, canons chargés à mitraille, devant la porte de la thédrale,

e commandant supérieur ayant ét prévenu qu'un soulèvement de /eperos se préparait. Enfin le colonel Jeanningros me détacha au convoi que le colonel Doutrelaine devait conduiré au corps expéditionnaire d'Oajaca.

Je ne fus pas long à rejoindre mon poste.

Dans la nuit du 81 décembre, je galopais lestement sur la route d'Amozoc, non sans m'être retourné sur la croupe rebondie de mon ustang mexicain, pour regarder une fois encore Puebla

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ui s’endormait sous les rayons satins de son clair de lune, et crier au revoir à cette joyeuse ville, aux cloches argentines et aux D Hire sérénades,que la main de l’homme a déposée sur le plus haut plateau de la Cordillère avec le même soin ét la même tendresse qu'un fils res-(—{ pectueux dépose un frais bouquet de violettes et * de fleurs des champs aux pieds de sa mère le jour d’un anniversaire heureux.

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