CAMPAGNE ET SIÈGE D'OAJACA
L'état d'Oajaca où nous allions faire la guerre, -est sans contredit le plus riche département de tout le Mexique. Sur son terrain fertile poussent à qui mieux mieux la canne à sucre, le blé, le cacao, la vanille, l'arbre à caoutchouc, l’indigo, le cactus à cochenille, l’acajou, le palmier, le vernis-copal, toutes les plantes aimées du soleil, tous les fruits savoureux du tropique, pendant que nombre de ruines historiques et de grottes Sépulcrales, échappées à grand'peine à l’avidité espagnole, se cachent sous son sol productif, C'était ce lambeau du paradis terrestre—patrie de Juarez—que nous allions délivrer des bandes de guérillas qui l’infestaient, et la campagne promettait d’être chaude, car de part et d'autre on avait contracté l’habitude de ne pas trop se faire quartier, et si d’un côté, nous avions à Iutter contre douze mille hommes et le plus capable des généraux Juaristes, don Porfirio Diaz, aujourd'hui président du Mexique, notre poignée de soldats était commandée par la bravoure personnifiée, le général de divison le vicomte Courtois Roussel d'Hurbal.
= L'expédition avait débuté par la brillante affaire du couvent de San Antonio, où soixante hommes du “e de ligne, sous les ordres de l’héroigue capitaine Noyer, avaient tenu tête une joûrnée entière à deux mille cinq cents hommes commandés par Porfirio Diaz, en personne.
Ce glorieux fait d'armes s'était ainsi passé. Ignorant la présence, de l'ennemi, le capitaine
Noyer venait dedonner permission à ses hommes
d'aller se baigner à la rivière, ne réservant u'une garde de douze soldats autour des armes ormées eu faisceaux, lorsque Diaz déboucha en
colonnes serrées, descendant la sierra au pas de
course, .
À l'aide de caisses de biscuit, un léger retranchement fut aussitôt improvisé sur le parvis de l'église du couvent, et là, le capitaine Noyer à la tête de ses douze hommes, commença une vigoureuse défense, et attendant que le reste desa compagnie pût le rallier.
Bientôt les baigneurs arrivèrent au pas gÿmnastique, qui en pantalon garance, qui en chemise, qui pieds nus, qui....sans rien d ut, et dés lors commença une des luttes les plus héroïques de cette campagne qui en vit tant.
Il faut économiser les cartouches. Noyer commande :
— À la baiïonnette !
Et une trombe terrible passe, en hurlant, à travers les rangs mexicains, qui forts sur le coup de feu, l’embuscade et le {azzo, ont toujours eu une peur horrible de l’arme blanche.
Dix fois ces soixante hommes du “e de ligne reviennent à la charge, et dix foix l’ennemi affolé, recule, hésite et s’éparpille, pour revenir
‘de nouveau en nombreux essaims.
Mais soudain une fanfare retentit dans le lointain ; c'est le capitaine Choppin, du 2e bataillon d'infanterie légère d'Afrique, qui arrive à la rescousse, avec une demi compagnie de zéphirs.
Alors commence une terrible boucherie, et l’ennemi culbuté, s'enfuit laissant trois cent quatrevingt quatre morts sur le terrain, un grand nombre de blessés, quarante prisonniers, deux
cents fusils, des équipages et de nombronses . munitions.
L'action avait duré deux heures et le capitaine Noyér, grièvement frappé au bras droit, n'avait eu que cinq morts et vingt-huit blessés : mais ce combat avait valu aux highlanders im- Provisés du capitaine le surnom de “chemisiers du e de ligne.”
Vers la même heure, à Ayotla, petit village situé à deux lieux de -San ntonio, 1180 Juaristes avec trois pièces de montagne, attaquaient une autre compagnie du même régiment, commandée par le capitaine Nottet. Ce dernier leur planta ses baïonnettes dans les reins, leur tuant cinquante hommes, en blessant cent deux, leur enclouant un canon'et emmenant onze prisonniers.
Les pertes du capitaine N ottet,se montaient à vingt-huit morts et quatre blessés.
Ces échecs avaient rudement ébranlé la van-.
tardise des terribles bandes.
À l'approche du petit corps d'armée du général d’Hurbal, elles s'étaient repliées sur Oajaca. Là, sûrement à l'abri, derrière ses formidables fortifications.elles attendaient patiemment qu’on voulût bien en faire le siège, levant des impôts, pillant les églises et poursuivant de leurs exactions les paisibles habitants de la malheureuse cité, tout cela pour et au nom de la liberté,
Le général d'Hurbal parti de Mexico à la tête de sa colonne expéditionnaire vers le milieu de novembre, était arrivé depuis quelques semaines au petit village d’Etla, à deux lieues de la ville, et après avoir été en reconnaître les environs et s'être persuadé qu’elle ne se rendrait qu'après une vigoureuse défense, cet officier supérieur
reuses
capidroit, BSSÉS ; 8 imisiers
illage
J a aient comleur uant leur ison-
ent à
avait demandé des munitions et des -mortiers de siège au maréchal Bazaine.
était ce convoi, attendu avec tant d’impatience, que nous escortions, et le ler janvier 1865, nous marchions sur Tepeaca, pour de là nous enfoncer à travers les gorges sauvages de la Misteca, haute chaîne de montagnes qui fait du département d'Oajaca, un repaire inexpugnable où bandits, voleurs, guérilleros, mènent joyeuse vie et se livrent à de profondes études sur les lois du communisme.
Bien que devant l'ennemi j'ai contracté l’habitude de tenir un journal où je consigne soi- Msn eut les événements les plus importants
e la journée—suivant en cela le conseil que le “Has de Pimodan donnait à ses officiers—je erai grâce au lecteur de tous ces détails de discipline, de toutes ces répétitions qui ne serviraient qu'à l’ennuyer, et je me contenterai d'en glaner les épisodes les plus intéressants.
La page crayonnée en route, sur le pommeau de la Salle ou sur le fond du képi, ne saurait trouver grâce aux yeux de l’homme ou de la femme habitués à ne lire que d'élégants feuilletons, que des vers musqués et parfumés. Comme leur peu d’indulgence pourrait froisser l'amour paternel que je porte"à ces pauvres enfants encore tout basanés par la poudre et par le soleil mexicains, je préfère les retenir dans l’intérieur de mon cabinet de travail, plutôt que les .exposer aux regards sarcastiques et railleurs de ces esprits forts, de ces fins critiques de salons qui n'ont que l’absinthe au cœur et le sourire du traitre sur les lèvres.
Nous causerons néanmoins, et puisqu'il est admis que nous causons, je vous avouerai que pour nous autres militaires, s’il est un mo-
ment de l’année où l'on se sent plus mélancolique que d'habitude, où l'image si gaie et si tranquille de la famille s'en revient voltiger sous la laine blanche de notre burnous et nous apporter une émanation de nos joyeuses heures d'enfance, c’est un jour de l’an passé en route, : En vain, notre service nous appelle de la tête à la ueue de la colonne, pendant que d’une oreille distraite nous écoutons le rapport du sous-off- -cier de semaine, que nous parcourons la liste des punitions, ou que nous arrêtons l'ordre du jour du lendemain, la grande voix du’ bonheur envolé est là, qui murmure doucement ses naives paroles d'amour et tendresse.
Sous l'influence de cette sainte vision, plus d’un vieux sabreur, plus d’un grognard se prend à comparer, la triste réalité à cette vie qu'insouciant enfant, il n'entrevoyait qu’à travers les yeux aimants, et affectueux de sa mère. Son front hâlé devient tout à coup soucieux et réveur, et si la poudre et le salpêtre n’ont pas pénétré trop avant dans cette Ame rude mais bonne, il s’agenouille encore pour demander une bénédiction à ce souvenir d’une félicité morte pour longtemps.
Cette douce image de la vie de famille que le soldat aime à se retracer pendant ses longues heures de faction, qui réchauffe le cœur de l'officier lorsqu'il se sent ennuyé par la monotonie de son service et de la vie qu’il mène, ne saurait s’effacer, même lorsqu'on a la chance d’avoir pour camarade de route un charmant causeur comme l'était ce jour là le capitaine Trollet du ler Chasseur d'Afrique, ou de trouver ce même soir, comme moi au presbytère de Tepeaca, chez le R. P. José Maria Pélaëz de Leanos, bon gîte, bonne table et franche cordialité.
oreille us-offiliste re du nheur it ses
Ces douloureux retours sur soi-même que souvent nous fait faire l’oisivité de la pensée où nous force de vivre notre métier, ont pourtant le bon côté de s'envoler aussi vite qu'ils s’en sont venus, devant les nombreuses contrariétés qui nous arrivent au moment le plus inattendu. ‘À Tepeaca, une estafette dn maréchal apportait au colonel Doutrelaine l’ordre de rebrousser chemin pour prendre la route de Tepeji.
—Ælle était meilleure, disait-il, pour le passage des lourdes pièces de siège que nous escortions. ;
Quant à moi, d’après l’ordre du colonel, je devais franchir vingt-deux lieues à marche forcée, et me rendre à Tehuacan, pour y joindre une colonne légère formée d’un bataillon de 3° zouave et de deux pièces de montagne, sous les ordres du commandant Delloye.
C'était explicite, mais peu sûr. 5
La bande de Figueroa infestait le chemin, et il me fallait le parcourir seul, en uniforme et sans escorte.
Un ancien sous-officier au 1° zouave, blessé en Crimée, et chevalier de la légion d'honneur, qui s’en allait agir comme fournisseur au corps expéditionnaire, voulut bien se joindre à moi, et. le deux janvier nous quittions Tepeaca, pour aller coucher à treize lieues de là, à Tlacotepec, chez l’alcalde du village.
Le lendemain soir, à quatre heures, nous faisions notre entrée à Tehuacan, sans avoir été molestés le moins du monde. (
Il est .vrai qu’en galopant à travers certains bourgs, en passant par les rues de certains villages, plus d’un regard haineux et féroce nous suiyait au passage. Mais personne n'’osa nous toucher. Tous étaient sous l'impression que.
deux hommes n'auraient jamais la hardiesse de s'aventurer seuls commé cela en pays ennemi, et que nous devions précéder de quelques heures un fort détachement de troupes françaises. |
Notre audace nous sauva.
En arrivant à Tehuacan, le commandant. supérieur, le sous-lieutenant Miquel du 2° bataillon d'infanterie légère d'Afrique, nous fit préve. nir que le 8° zouave que nous devions y :rencontrer, était parti la veille en toute hâte pour aller au secours d’un poste de dix soldats français, cerné, et sur le point d’être enlevé, à Cos- Cotlan, à deux lieues de là, par quatre cent cinquante guérilleros et deux pièces de canon sous les ordres de Figueroa. :
Force nous fut de séjourner dans cette ville : pendant vingt-quatre heures. ‘
La bonne fortune avait voulu que nous fussions logés chez un brave noymand, M. Olivier, millionnaire de l'endroit, qui essaya autant que possible de nous faire “oublier les fatigues et la mauvaise nourriture que nous avions digérées depuis plusieurs jours, en nous comblant de
‘Prévenances et de petits soins.
Cette journée de repos nous permit de visiter cette ville, qui, du temps des aztèques, était un des lieux sacrés de l'empire, . Elle est assez petite, mais ses rues sont fort propres. Comme le vent soufflait à la révolution, Tehuacan était, ce jour là, pivelée de barricades et ne présentait paftout que des ouvrages de fortifications | ’assagères. Par sa position elle est continuelement exposée aux déprédations des nombreuses bandes qui en infestent les alentours, et que l'espoir de grasses rançons prélevées sur ses riches habitants, y attirent sans cesse,
D 4 its es Den T7 .
Le soir, en nous couchant nous nous promettions le luxe d’un long et rafraîchissant sommeil, mais, hélas! nous comptions encore sans
: les ordres supérieurs ; car, à deux heures de la ous nous fûmes éveillés par les trompettes d'un
cadron de lanciers mexicai , Sous les ordres du colonel Carrillo, et bientôt ün courrier de la
subdivision vint nous prévenir que nous de-
‘ions monter à cheval et nous mettre en route,
les zouaves s'étant lancés à poursuite des
Fine qui détalaient devaht eux le plus estement possible. ]
Les lanciers qui nous escortaient avaient une tenue SE LR belle pour des troupes indigènes, et leur commandant était un officier qui n'aurait pas été déplacé dans les rangs françäis: néanmoins, pour un chef de partisans, il avait le défaut de ne pas connaître le pays où il erroyait.
ous n'en eûmes une preuve que trop tôt ; et ce ne fut qu'après avoir marché jusqu’à une heure de la nuit, faisant près de trente et une lieues à cheval, en détours et en Zig-Zags, que le colonel mexicain parvint à opérer sa jonction avec le commandant Dello le, bivouaqué au pied des ruines/noircies de l’église de San Antonio. : : :
Fait ee en 1867, par un régiment juariste, le pauvre colonel Carillo, qui avait été créé préfet politique de Teotitlan, fut pendu
ut et coutt à une branche d’acajou, sans autre forme de procès. |
Zouaves, avec lesquels lé hasard me permettait se faire la campagne, étaient pour la p'upart es mêmes qui, au combat de Palestro, ors de la guerre d'Italie, étaient venus sabrer les artilleurs autrichiens sur leurs pièces. Plus
Cr
LS
‘tard, leur drapeau devait être décoré de la croix de la légion d'honneur, en commémoration de
la prise de deux drapeaux au combat de San :
renzo gagné par le général Bazaine. Comme on se sentait électrisé en voyant 8e déployer et flotter sous les caresses de la brise des montagnes, ce vieux lambeau de soie lacéré par les balles, troué d'éclats d'obus, sale, noirci de poudre et de sang, mais dont chaque déchirure indiquait fiérement-une victoire ou un triomphe éclatant! Plus d’une fois, l'ennemi l'avait vu de prés, ce glorieux chiffon, à côté duquel notre cher drapeau de Carillon eût été intact.
naissait par cœur les fissures de sa ham savait quels étaient les terribles jeux de muscles toutes ces figures basanées, placées par la France pour veiller autour de son aigle, et nous Chassions les Mexicains devant nous, sans qu'ils osässent faire la plus petite résistance, les forçant d'abandonner à tout moment des positions formidables où une poignée d'hommes résolus aurait pu nous écraser jusqu’au dernier.
Il conpe ; il
exaspérées, le village abandonné de donner à la colonne l'occasion un approvisionnement de cochons, de poulets et e bananes. 1 Pendant trois jours, ce fut une bombance à en perdre la tête. 1 était curieux de voir comment nos gaillards de zouaves faisaient le frichti, et se tiraient des vastes problèmes culinaires où les plongeait un gigot de mouton, une poule au riz, ou des pommes de tbrre cuites en robe de chambre.
De ma vie je n'ai fait de meilleurs dîners, et,