DEUX ANS AU MEXIQUE | SUR LE GRAND, CHEMIN
Je me souviens d’avoir } quelque part, dans Sterne je crois, que jamais on ne désire autant le soleil que lorsque le re ps est à la pluie. Je puis bien me permettre de commencer ce Chapitre en empruntant l'idée du caustique ‘Irlandais, et en assurant à mes lecteurs que ‘jamais un touriste ne regrette autant la vieille ‘atmosphère de l'architecture bourgeoise des ipays du Nord, que lorsqu'il tombe parmi les sales rues, et qu'il respire les miasmes fétides ‘une ville espagnole ou créole.
: Du pont du navire qu'il vient de quitier, la (Vere-Oraz lui a semblé assez gentille avec ses “dômes bleus et ses minarets dorés par les jets du soleil levant. Elle a un petit air oriental qui
Plaît. :
Mais tout cela s'évanouit dès qu'on met le | pied sur le quai de la douhe, et lorsqu'échappés ‘aux cargadores qui nous entourent et. aux douaniérs qui nous arrachent nos clefs pour ouvrir uos malles, on se prépare à admirer ce qui nous a charmés de loin, on ne trouve plus que des édifices massifs, humides et lézardés, alignés le long de ruelles tapissées d'herbes et de c pi- &nons, tout comme un jardin de botaniste ; à cette exception près, qu’un amateur de plantes les arrose avec de l’eau claire et limpide, tandis qu'ici tous ces c ptogames poussent à qui Jnieux mieux dans les mares stagnantes et au
tour de l'égoût réglementaire qui traverse
chaque rue mexicaine.
Quant à ses 16,0
guère mieux que ]
si j'en juge d'après
pèsent partout sur
part quelques marchands affairés, ou
ques porteurs d’eau adores
Matiquement leur Ang devant eux, on ne ren-
contre uère nchaînés deux à
beaucoup : puis, des ‘soldats
tenue Magnifique et l'allure
taient avec l’uniforme avorablement
entremélés de diants et
es jambes itué du ro
peuven la curiosité de l'étrange Vaille le zopilote.
\ AT ù C'est un oiseau noir et dégoûtant, gros comme un dindon, appartenant au genre des rapaces, et ui pullule par tout le Mexique, mais particulièrement à la Vera-Cruz, où il remplit les ‘graves fonctions de cureur d'égoût.
e riez pas, s’il vous plaît : ici le zopilote est respecté à l’égal d’un magistrat.
Sa vie est sauvegardée de par la loi, et si saint Hubert vous faisait passer par la tête,la fantaisie d'en qecire un, cela vous coûterait-la modique somuje de vingt piastres : ce qui, répété à-pe-
tites Moses, pourrait bien faire passer vos goûts de nâituraliste.
voir sautillant sur ses longues pattes noirês, enfonçant son bec de vautour partout où : il y/a des immondices ou une saleté quelconque, ge A D avec autant d’insouciance que s’il inäit chez Brillat-Savarin, puis diri t lourd vol vers une église ou une tourelle isolée, poñr y digérer à loisir son copieux, sinon délifestin, on pense involontairement à ces terribles goules dont nos grand’mères nous faisaient si hideux portrait, quand nous étions bamet qui se rendaient au cimetière vers heure de minuit, pour y déguster à leur aise Ï es du cadavre enterré de la
: | ‘Une douzaine de zopilotes trouveront aisément le moyen de déchiqueter et de faire dispa-
-/ raître le corps d’un cheval en vingt-quatre
heures,.et celui d’un homme en trois.
Aussi n'était-ce pas le favori du piou-piou . français. Il en voyait partout: sur Îles armes nationales du Mexique (1), sur le drapeau de
ne (} D'après M. Girard qui a écrit sur le Mexique, un oracle avait annoncé aux Aztèques, qu'ils finiraient
12 Deux ANS av mexique
Maximilien, et même eur le ruban de la médaille Commémorative de l'expédition, frappée par Napoléon IIL, et qu'un loustic baptisa un jour ‘du nom de “ décoration au Zopilote, ” sobriquet ‘qui la désigna bientôt à tout le.corps expéditionnaire. . F Il faut en convenir, cette nisée, qui semble s'identifier ces affreux vautours, n’est rer un homme qui n’est Si, pour oublier cette tue, on veut Ëhercher le mer qui, au moins, sait ca . de son miroir les douleu dévore sans cesse, l'œil des carcasses de bâtim membrées, éparpillées ces navires sont venus les coups de fouet du terrible vent du No y u littoral du Mexique. Du n hôtel—e/ Hotel del Com- PU compter jusqu'à trente-huit nées entre l'île de Sacrificios et le ‘Château de San Juan de Ulloa.
leur long Pèlerinage là où ils sur un nopal,
8Pparu, donnant à ] | enochtitlan — au
saint et tenan aigle n’est pas bien exécuté, ce qui fréquemment, il ressemble à s’y mépren
Comme cela doit être gai, un pays ‘qui s'an-
nonce sous un aspect aussi attrayant !
* : Pour chasser de l'imagination ces longs sque- lettes ensablés qui cient et. gémissent sous la
ression du flot de la baie, on ne trouve que .
‘énorme masse du château, réputé imprenable . jusqu’au jour où il perdit sa renommée, après * quelques heures de canonnade, en 1888, grâce à l'amiral Baudin et au prestige que Dieu, dans sa miséricorde, a longtemps jeté autour des plis frémissants du drapeau de la France. Situé à trois quarts de mille en mer, et bâti sur des récifs sous-marins, San Juan de Ulloa défend l'entrée du port et de la ville, et peut contenir une garnison de mille hommes. Aujourd’hui, ce n'est plus qu'une prison où l’on envoie les: condamnés aux travaux forcés rêver à loisir ue leurs humides cachots au grand mot de:
Le seul bruit du monde qui parvienne jus- :
qu’à eux, c'est le cliquetis de leurs chaînes ; et, pour tuer le temps, ils n’ont que les ennuis du.
résent, ce vague soupir que l'éternité jette à ‘immensité.
Au mois de septembre, le séjour de la ville est encore mortel pour lés étrangers, le vomito y régnant depuis mai jusqu’en octobre, et M. le commandant supérieur du district, le. chef de bataillon Maréchal, pour qui j'avais une lettre de recommandation, me conseilla d’aller remettre immédiatement au consul de France, M.
Jules Doazan, les trois. dépêches que j'avais pour lui, et de quitter la Vera Cruz le soir même.
Cinq mois plus tard, le 25 février 1865, le brave commandant Maréchal se faisait tuer au combat de Tlaliscoyan, en pointant lui-même contre l'ennemi l’anique pièce dont il pouvait
DEUX ANS AU MEXIQUE disposer. Au e canon roula à
‘avaient reconnu, Coups de feu sur le
mmencé à outrager cette n ° un brigadier fut obligé de ;
chef sur la Croupe de son cheval et de le ainsi pendant deu t demie. Bi
e et famille, Je enfoui sous les sables ‘de la P
Sa d'une somme de 265,000 doll e trouvai en M
et po , Qui me forte
pératrice Charlotte ars.
Anique, arrivés moi, avalent succom rible maladi
Une partie du pays que traverse la voie ferrée elle s'étend maintenant depuis la Vera-Oruz
ul
DEUX ANS AU MEXIQUE s 16
jusqu'à Mexico—est marécageusé et couverte de .
lantes particulières aux terrains bourbeux et Éimides C'est de ces cloaques verts et infects
ue s'élèvent chaque année ces miasmes déléres qui font tant de ravages sous le noin de -vomilo, | ;
Le vomito est une maladie fort singulière et fort capricieuse, qui n'a pas encore été parfaite-t ment décrite par les médecins. rue toujours endémique, elle devient quelquefois lorsqu'il y a agglomération d'étrangers et de troupes. Alors ses ravages sont épouvantables, si l'on doit en croire les nombreux cimetières qui enlacent la Vera Cruz dans leurs embrassements funèbres. 3 NL
Un fait singulier, c’est que le vomito ne s’attaque jamais au nègre, tandis que souvent l’Indien du pays y sucçombe, et qu'ennemi juré ‘du choléra-morbus, à son tour il ne touche pas à
ux qui souffrent des fièvres paludéennes.
est-ce pas là un fait curieux de pathogénie ?
Tout affreuses qu'elles soient, les attaques du
… vYomito nè sont pas mortelles, quand on a soin
.de se faire traiter sur les lieux mêmes, et de ne pas sortir de la terre chaude, car il ne faut pas oublier que le Mexique se divise en trois zônes distinctes : la zône torride ou terre chaude, fierra caliente : la terre tempérée, tierra templada, et la zône froide, tierra fria. Mais malheur à celui qui
. 8 pris le germe de la maladie et l'em rte avec .
lui sur les hauts plateaux! La mort l'attend là pour lui souhaiter la bienvenue, et lui offrir une ospitalité qui est loin d'être écossaise. .
À Mexico, j'ai yu mon voisin de chambre, un tout jeune homme de dix-neuf ans, fils d’un millionnaire de Cuba, poète comme on l'est à son âge, agoniser dans mes bras sous les frissons de
pidémique,.…
la terrible fièvre, et mourir uatre jours après avoir quitté la Vera-Cruz, plein d'énergie, de . santé et d'espérances, .
Le train, si l'on peut donner ce nom à la machine poussive qui tire derrière elle sept ou huit Chariots où l'on ne mettrait pas même les bages chez nous, arrive àla Soledad vers quatre eures de l'après-midi.
| La Soledad est un ex dont les maréc à
ues Jours seunt des hostilités, | Ici, en 1864, on quittait, la voix ferrée pour prendre la diligence.
Les diligences mexicaines valent la ine u'on en fasse une description, malgré leur lourdeur proverbiale. à inées ordinairement par neuf mules, elles mirablement fabriquées pour résister aux routes affreuses qu'elles ont à |pendant la saison des pluies. El |tenir jusqu'à douse vo que les chemins sont be | la distance de
Les relais sont établis de trois lieues en trois i et le pauvre vo moulus par les ornières viens de la vieille rout | est endolorie par les fré | distribue au front des
| rière, de droite et de
après le quart-d'heu er, lorsqu'il dé
couvertes de flocons d'écume et les flancs lacérés de coups de fouet. La tête basse, les oreilles tristement baissées, elles regagnent doucement leurs tables, pendant que des camarades viennent à leur tour prendre part au pénible labeur de la journée, et souvent le touriste s6 demande à quoi
‘ peut rêver la mélancolie de leur grand œil noir.
Peut-être disent-elles que toujours gourmandées, mal traitées, mal nourries, fouetiées pour un service comme pour une ruade, elles ont ét6 plus utiles au Mexique que tous ses diplomates et tous ses politiciens pendant trois quarts de siècle de guerres civiles,
Depuis huit heures du soir jusqu'à minuit, je me tins assez coi, dormant tantôt d’un œil, tantôt
:. de l’autre, solidement emboîté entre deux alle-
d En
mands; Mais au relais de la douzième heure, Ÿ me trouvai vaincu, et je profitai avec volupté de notre court instant de repos pour descendre un
ds . moment'\me dégourdir et prendre à la tienda —
petite buvette en bambou, dont le comptoir se tient en plein vent — un verre de fepache, liqueur rafraîchissante composée du jus de l'agave, de l'ananas et de la canne à sucre. | eux soldats français se tenaient dans la pénombre que formait l'angle du toit, et mes deux piou-pious acceptèrent cordialement un bock.
Ils appartenaient à la Légion Etrangère, et
Comme une politesse en attire une autre, l’un
d'eux, beau parleur, se mit à me raconter la tragédie glorieuse qui s'était jouée, il y avait à péine quelques mois, dans ces lieux si tranquilles et si Paisibles cette nuit.
Soixante et deux hommes appartenant à la 8% compagnie du 1° bataillon de la légion étranère, lancés en éclaireurs sur ce petit village —
e Camérone — sous les ordres du brave capi- 2 ”
taine D taient fu
8 otdres du colo an, au moment
où Le venaient de faire halte Pour préparer le
café.
I était se lutté b
capitaine terrain P dans aisait faco à notre buvette.
poignée de braves continua la lutte ue qu'elle avait entreprise. Aux de- Milan leur faisait de so ils ne répondirent des coups de fou et Par deux charges à 1 ‘nette, |
oir.
entôt à ce soleil joindre un ‘ennemi plus terrible encore. Désespéré de cette résistance opiniâtre, Milan avait fait mettre le feu à l’hacienda.
Alors se glorieux de 1
forçant à reculer e cn d sous les déb
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