‹ Deux ans de Campagne contre le Paludisme en MacédoineChapitre 9 sur 26 · NAT · texte numérisé non relu

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isolés et munis de chambres à air qui leur permettent de flotter, aux heures calmes de la matinée, à la surface des eaux tranquilles et de préférence limpides, encombrées de plantes.

Ces œufs, éclos après 2 à 5 jours, donnent naissance à des larves qui respirent à fleur d’eau, sans le siphon respiratoire des culex, à l'abri des roseaux, nénuphars, algues, cresson, joncs, très répandus là où nous nous trouvions, qui brisent la rapidité du courant, les garantissent du vent, arrêtent les vagues et les rides de surface qui les noïent, les abritent de leurs ennemis (têtards, poissons, libellules, larves de coléoptères, dysticides, araignées et punaises d'eau), et les nourrissent bien qu'elles soient aussi carnassières et même cannibales. Deux à trois semaines après, apparaissent les nymphes et 6 à 7 jours après, les anophèles, l'évolution totale ayant demandé un mois.

Les vents leur sont défavorables, les tuant s'ils sont un peu. fort. Ils vivent à de faibles altitudes, pas à plus de 1009 mètres, leur vol ne s’élevant pas en hauteur. La plaire au contraire où la végétation entretient l'humidité et empêche l'évaporation, où les arbres les abritent sous leurs feuilles, les attire. La pluie, multipliant les gîtes, en favorise la pullulation : «Année pluvieuse, année fiévreuse » — le nombre des évacuations en 1916 augmenta après les premières pluies.

L'extermination du moustique, à quelque stade qu'il soit de son développement, doit comprendre : la recherche et la destruction des gîtes à moustiques, des larves, des moustiques adultes. |

Gîtes à moustiques.

La plaine de Florina, où nous nous trouvions, est formée par des dépôts d’alluvions de l’ancien lac Egéen; elle se compose d’un sol fortement argileux imperméable et à 8 ou 10 mètres en dessous d’uné nappe d’eau, qui suit à

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peu près le relief du terrain, ainsi que nous pûmes nous en rendre compte par les puits multiples que le Service des Eaux fora dans nos cantonnements. Elle est traversée par la Greska Rena qui passe à Armenohor où nous nous trouvions, et qui va grossir la Cerna. Cette rivière est alimentée par des torrents multiples et encaissés qui descendent des montagnes et par des ruisseaux temporaires qui creusent de profonds ravins et entretiennent entre Banica, Resna, Hasan- Oba un important marécage que traverse la voie ferrée de Salonique à Monastir. Des tranchées multiples abandonnées et des terrassements de toute sorte des anciennes lignes la sillonnent en tous sens.

Bien que 1917, moins pluvieux, ait été moins propice à la formation de gîtes de moustiques, au cours des recherches que nous entreprenions en puisant dans les eaux dormantes à l’aide d'instruments primitifs, dès mars, nous trouvions des larves sans siphon respiratoire, horizontales à la surface de l’eau. Un peu plus tard, nous capturions, avec de rudimentaires filets, des adultes, qu'à l’aide des lentilles de nos jumelles, nous identifions comme anophèles, et nous entreprenions à Armenohor d'avril à août, à Banica- Station d'août à novembre, l'exécution d’un programme antilarvaire.

La première de toutes les considérations militaires est le choix d’un emplacement salubre pour cantonner (Napoléon). L'idéal eut évidemment été d'établir nos bivouacs et cantonnements loin des indigènes infectés, hors de portée de vol, soit à plus de 1.500 mètres des gîtes reconnus les plus considérables, loin des arbres et de la brousse, sur une hauteur ventilée, ce qui éloigne les moustiques, abaisse la température, chasse les mauvaises odeurs, et loin des points d’eau, quelque nécessaires qu’ils soient.

Tel n’était pas notre cas. À Armenohor, nous étions cantonnés dans le village même, sur les bords de la rivière. A Banica, si nous étions loin des indigènes, par contre, nous campions en plein marais, bien que, plus favorisés

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que les autres formations, nous ayions pu nous établir à 800 mètres de la gare.

Les rivières et ruisseaux, lieux de pélerinage des anophèles, attirèrent tout d’abord notre attention : le village d’Armenohor est traversé par un ruisseau qui se jette dans la rivière près du pont de la route, dont les bords étaient transformés, au milieu du village, en un vaste marais, par les multiples trous de sabots des animaux venant s'y abreuver et les empreintes des villageois le traversant. Dans le reste de son parcours, ses berges étaient dégradées par les riverains et abritaient dans leurs diverticules, anses, sinuosités encombrées d'herbes et d'algues, des essaims de moustiques.

Un plan succinct du village, des cours d’eau, des marais environnants, indiquant les travaux à entreprendre, fut levé par nos soins. Il en fut de même pour le village de Kuckoveni, que notre déplacement nous empêcha d’assainir à son tour.

Forts de l’appui de notre chef de Bataillon, Commandant du territoire, nous nous rendîmes, plusieurs dimanches de suite, à l'Église après l'office; et après avoir expliqué nos projets au maire et au pope, avec toute la persuasion en notre pouvoir, nous fimes des causeries aux indigènes assemblés, essayant de leur faire comprendre l'utilité des terrassements à accomplir. Le maire, sous notre pression, enjoignit à dix de ses administrés de se mettre à notre disposition, et, avec cette équipe, renforcée de nos brancardiers, de 2 hommes de la Mission Anipaludique et de- 4 sapeurs du Génie, spécialistes de ces travaux, nous nous miîmes à l'ouvrage.

Il nous semble qu’en pareil cas, il y aurait là une méthode à généraliser. Avec l'appui des autorités locales helléniques, on aurait pu organiser des. corvées sanitaires indigènes exécutant les travaux, décidés en accord avec une commission municipale, destinés à assurer la propreté de la voirie, des égouts, la surveillance de la prophylaxie

antipaludique, les agents communaux assermentés en surveillant l'application. :

Dans sa traversée du village, et même à plus de un kilomètre en amont, le ruisseau fut approfondi, curé, débarrassé de sa végétation, ses bords furent surélevés, avivés, débroussaillés, taillés à pic, le courant en fut plus rapide, plus régulier, et les larves ne purent plus s’abriter et se nourrir dans les algues. Les passages habituels des villageois furent empierrés, l’'abreuvoir garni de larges pierres plates, le pont rustique jeté sur le cours d’eau dans le village fut rétabli. Des instructions pour la protection du ruisseau, données au maire et à l'instituteur, répétées aux assemblées du village, redites journellement par les infirmiers quininisateurs, chaque Macédonien pris en faute condamné à une journée de travail pour la corvée sanitaire. Des affiches en grec et en macédonien, éditées par les soins de la Mission, résumant les précautions essentielles, placardées à profusion sur les murs. Les riverains enfin furent tenus responsables de l'entretien des rives et chargés d’en réparer les dégradations, sous peine de travail forcé.

La Greska Rena vit, elle aussi, dans la mesure de nos ressources en main-d'œuvre, surélever ses berges en prévision des crues qu'amènent les fortes pluies, régulariser ses rives, écarter deux bras morts, débarrasser son lit, particulièrement près des piles du pont où les détritus divers amoncelés favorisaient deS petites collections d’eau dormante, et se déverser, au moyen de 3 grands fossés que réunissait un système de canaux intermédiaires, un grand marais situé à la sortie du village faucardé aussi de toutes ses herbes. Cependant que plus de 1.000 mètres de canaux étaient creusés, allant de la gare à Ja rivière et drainant toutes les eaux. Les fossés de la route furent régularisés, approfondis, avivés, curés, les buses qui les déversaient dans le ruisseau par dessous la route, engorgées depuis longtemps par les immondices qu'y jetaient les habitants, dégagées complètement et protégées par des treillis métal-

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liques. Des fosses furent creusées pour y jeter les résidus journaliers du village, régulièrement désinfectées par nos

soins, et peu à peu comblées. Dans les jardins particuliers

des habitants, où nous faisions de fréquentes incursions, les puisards, traversant la couche argileuse et rencontrant l'eau nécessaire à l’arrosage étaient fréquemment pétrolés ; nous avions aussi, avec plus de difficulté, essayé de protéger les puits et les citernes; malheureusement, pour irriguer son champ, et la culture n’est pratiquée que dans les environs immédiats du village, ce qui augmente le danger, le paysan donne un coup de pioche à la rive, laisse l’eau couler à sa guise, puis, sans s'inquiéter de l'étanchéité de son barrage, referme la brèche par une pierre ou un peu de terre, et l’eau suinte et forme des mares; ou encore il établit, dans quelles déplorables conditions, un fossé tortueux qui lui amène l’eau, et qu’il bouche, lorsqu'il en a assez, à l'entrée de son champ : ce fossé subsiste, les herbes l’envahissent, et il contribue à former un marécage. Il y aurait intérêt à réglementer cette irrigation, à creuser des canaux réguliers et nets, à établir des vannes en bois ou en tôle, donnant l’eau en quantité voulue, apaisant la soif de la terre sans la noyer et permettant d'assécher par des rigoles de colature, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’éclosion des larves. Les contrevenants fourniraient des journées de travail pour les travaux d'assainissement. Ce n’est en effet que l’eau inutile qui est dangereuse. L’eau qui court et qui travaille n’a pas le temps de dormir et d’abriter les larves à la vie délicate.

L'extension de l'agriculture, réalisée dans une petite mesure par nos potagers militaires, quiremue la terre, diminue d’ailleurs les gîtes à anophèles, nécessite des troupeaux, grands exterminateurs de moustiques, et la plantation de pins, d’eucalyptus, plantes asséchantes, ferait reculer à grands pas le paludisme. C’est cette éducation sanitaire municipale que nous avons esquissée.

Trois grandes mares et de multiples cuvettes sans écoule-

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ment, impossibles à combler ou à drainer efficacement furent faucardées, les petits gites ainsi découverts et le moustique privé de ses âbris, débroussaillées par là pioche, la pelle et par le feu alimenté à l'aide de pétrole et d'alcool, de façon à faciliter l'accès du soleil évaporateur. Tous les amas d'eau, pour lesquels cela fut possible, furent comblés, moyen le plus efficace, ou asséchés par un système de Canaux et de drains, malheureusement d’un caractère trop provisoire; garnis et recouverts de pierres plates, protégés au besoin par des fils de fer barbelés dans les endroits fréquentés.

Les anciennes tranchées abandonnées aux environs et dans le village, ne pouvant être comblées, travail trop considérable, furent munies d’un système d'écoulement des eaux, pétrolées et surveillées régulièrement.

Une surveillance constante et attentive était exercée par nos soins contrôlant la bonne application et le bon entretien de ces travaux.

À Banica, il n’y avait pas à s'occuper des indigènes, et la tâche en devenait plus aisée. Après avoir relevé le plan de la plaine, du marais, des ruisseaux et torrents saisonniers, des divers emplacements des corps de troupes, un système

rationnel d’asséchement et d'écoulement des eaux fut pré-

senté par nous à la Mission Antipaludique qui l'approuva et mit à notre disposition 8 soldats, auxquels nous pûmes adjoindre quelques hommes de nos formations, des prisonniers civils et bulgares.

Le marais avoisinant la voie ferrée, résultat des prélèvements accomplis au hasard, lors de la construction de la ligne, fut asséché par un système de drains aboutissant à deux grands canaux se déversant dans les fossés des routes, et entrecoupés de puisards absorbants soigneusement pétrolés. De chaque côté de la voie un grand canal parallèle recueillait, par des fossés perpéndiculaires, les eaux des bivouacs proches, et aboutissait à un torrent dont le cours fut facilité et rendu plus rapide par le déblaiement de son

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lit. Tous ces fossés, munis d'une pente suffisante, rendant les gites d’inaccessibles faciles à surveiller, étaient curés une fois par semaine pour les désinfecter et empêcher la végétation.

Les fossés des routes furent approfondis; mais il est fort à regretter que le Génie, qui les avait construits, n'ait pas cru devoir installer des buses qui en auraient permis l'écoulement, — ces buses que nous n'avons jamais pu faire établir, ni rehausser la route en contre-bas, sans cesse couverte d'eau. — Un grand barrage, heureusement assez éloigné, avait été créé dans le lit d’un de ces torrents pour servir d’abreuvoir, son écoulement tout à fait insuffisant

rendait son immense surface des plus proprices aux larves.

d'anophèles, comme nous l'avons souvent constaté, mais nous ne pümes en obtenir la destruction. Les suintements, sources et fontaines, près de la gare et dans les camps, furent de notre part l’objet d’une surveillance très attentive, soigneusement empierrés sur une grande épaisseur et pourvus de rigoles d'évacuation sans cesse entretenues.

Le lit de tous ces grands canaux et ruisseaux fut dragué

dans toute sa largeur ou dans un chenal creusé et débarrassé des alluvions, terres, sables, cailloux entravant leurs cours et les faisant déborder rapidement, bien que l’aridité et le déboisement des montagnes SOOUUt ces améliorations temporaires.

Les camps furent établis avec le plus grand soin d'éviter la pullulation des moustiques. Dans les villages, cette lutte est beaucoup plus difficile; il faudrait faire le vide dans un rayon de 200 mètres autour des maisons et surveiller les Jardins, buissons, vignes qui les entourent. Dans les camps, chaque tente ou baraquement fut muni d'un système d’ééoulement des eaux, rigoles à pic, à pente suffisante, curées et pétrolées fréquemment.

Nombreux sont les gîtes à moustiques qu'il faut éviter douilles et boîtes de conserves vides, abreuvoirs mal tenus, non empierrés, lavoirs, seaux, bouteilles cassées, vieux

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