‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 1 sur 115 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

En février 1898, je fus envoyé en Gliine comme aumônier de la colonie française qui venait de s'établir sur les bords du fleuve Min, aune quinzaine de kilomètres au-dessous de FouTchéou, capitale de la province du Fo-Kien.

Cette colonie étaitcomposée d'ingénieurs de nolremarine, de maîtres, contremaîtres, dessinateurs, etc., détachés de nos arsenaux maritimes et prêtés au Gouvernement Chinois pour lui construire des bateaux de guerre. La plupart avaient emmené avec eux leurs femmes et leurs enfants. C'était donc une petite paroisse française que j'allais trouver au Fo-Kien.

Je laissais en France un confrère qui s'intéressait beaucoup à la Chine en général et à l'arsenal de Fou-Tchéou en particulier, car, trente ans auparavant, il y avait fait un séjour prolongé. De 1869 à 1874, il avait rempli les mêmes fonctions d'aumônier auprès d'une première mission fi'ançaise d'ingénieurs dont M. Giquel'était le directeur.

Cet ami me demanda de lui écrire souvent des bords du Min, qu'il avait jadis tant aimés. Jefus puissamment sti-

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mule à acquiescer à ce désir par sa grande bonté à mon égard et les nombreux services qu'il me rendit pendant mon séjour dans l'Empire du Milieu.

Ce sont ces lettres que, sur son avis et son insistance, je publie aujourd'hui. Elles forment, du moins, la plus grande partie de ce volume.

Je ne suis guère demeuré en Chine plus de deux ans, de mars 1898 à juin 1900. Acette dernièredate, des affaires importantes m'appelèrent subitement en Europe. C'était à la veille des graves événements qui ont retenti dans le monde entier et sont encore dans la mémoire de tous. On trouvera donc dans ces récits peu de détails sur les Boxers et leurs massacres.

Pendant que les tragiques événements de l'été 1900 se déroulaient et épouvantaient le monde, je regrettais beaucoup de n'être plus en Chine pour prendre ma part des dangers éventuels ; mais d'autres obligations m'avaient envoyé et me retenaient en Amérique. Du reste, le Fo- Kien a été assez tranquille pendant que le Nord de l'Empire était à feu et à sang. Il y a eu, sans doute, des craintes, des jours d'anxiété, même çà et là des commencements d'émeute, beaucoup de paroles et de bruit ; mais heureusement peu de mal. Cependant, une église et un presbytère de la mission furent incendiés ; les missionnaires, en cet endroit et en quelques autres, n'eurent la vie sauve que grâce à un concours de circonstances providentielles.

Les mœurs et coutumes varient notablement en Chine, suivant les provinces. Les appréciations qu'on lira dans ce

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journal, exactes au Fo-Kien, autant que j'ai pu m'en rendre compte, pourraient l'être moins dans d'autres provinces de l'Empire du Milieu.

Voici quelques détails sur la province du Fo-Kien. Des dix-huit provinces de l'Empire chinois, c'est la quinzième quant à son extension. Elle est située entre les degrés 22' 1/2 et 26' i/2 de latitude boréale et le 12= de longitude orientale. Elle est bornée : au nord, par la province du Tché-Kiang; à l'est et au sud, par la mer; au sud-ouest, par la province de Kouang-Tong, et à l'ouest, par la province du Kiang-vSi. Elle comprend dix fou ou préfec'tures et soixante-deux hien ou sous-préfectures. Toutes ces villes sont ou furent murées, ainsi que deux autres appelées Cheu et trois appelées Ting. On estime à 20 millions d'habitants la population totale du Fo-Kien.

La capitale est la ville de Fou-Tchéou, connue aussi sous le nom de San-Xan, à cause de trois montagnes qui environnent ses murs. Le vice-roi des deux provinces du Tché-Kiang et du Fo-Kien y réside habituellement. C'est l'un des cinq premiers ports ouverts aux étrangers.

Sur les bords de la mer, le climat est à peu près celui du Midi de la France; mais, le pays étant très montagneux, sur les hauteurs il fait naturellement plus frais l'été et plus froid l'hiver.

Le Fo-Kien est riche en cours d'eau qui le sillonnent. Les industrieux habitants en ont su tirer très bon parti pour l'irrigation des rizières, qui produisent partout deux récolles par an et, en certains endroits plus fertiles, une troisième de colza, d'orge ou de froment. On cultive aussi la canne

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à sucre, l'oranger et le li-tchi ' dans les plaines, le Ihé sur les collines. Les Chinois ne cultivent guère la pomme de terre, ils préfèrent la patate douce qui demande moins d'engrais et de soins et vient dans les terrains légers. Ils produisent l'arachide- en grande quantité et en font surtout de l'huile.

Au point de vue religieux, deux préfectures du sud avec l'ile de Formose forment un vicariat apostolique confié aux dominicains. L'évêque réside à Emuj.

Les huit autres préfectures composent le vicariat apostolique de Fo-Kien nord. C'est de celui-ci seulement qu'il sera question dans ce volume. Il est administré par le vénérable évêque dominicain espagnol, M"' Masot, aidé de vingt-cinq Dominicains de sa nationalité et de vingt et quelques prêtres chinois.

Ce clergé est au-dessus de tout éloge; mais il est si pauvre qu'à chaque instant il est entravé dans ses œuvres. La principale raison qui m'engage à publier ces notes, c'est l'espérance que mes lecteurs, après les avoir lues, diront une prière pour cette chère mission. Et, s'ils voulaient aussi lui faire une petite aumône, elle serait certainement bien placée; les missionnaires la leur rendraient avec reconnaissance, en leur faisant part de leurs sacrifices et de leurs mérites devant Dieu.

i. Dimocarpm communis : Yû lio pao Iv Iclic, de la famille des sapindacées. Fort répandu en Cliine, le Dimocarpus Utclie est un fruit délicieux soil frais, soil sec. (Perny, Append. Diction, français-chinois, p. 21, n- 839.)

2. Arachi hypa;/œa. On e.xporlc beaucoup celle huile du Sud de la Chine. Klle cnlre, dil-on, dans la composition du chocolat.

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Un autre motif qui n'a pas été étranger à cette décision, c'est le souvenir des encouragements reçus, il y a bientôt dix ans, à l'occasion de la publication d'un travail analogue sur la mission de Trinidnd, aux Antilles anglaises. Le procureur général de l'Ordre de Saint-Doniiniquc, le

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