I. Vie du P. Atibrij, p
■2. Odes, liv. IV, l.
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Il a ses desseins. Souvonl il se sert de la malice des méchants pour réaliser ses vues. Si les religieux de notre pays sont obligés de s'expatrier, puissent-ils se tourner en grand nombre vers les Missions et surtout vers la plus vaste et l'une de celles qui a de plus grands besoins, la malheureuse Chine !
On me dit que la France fait déjà beaucoup pour les Missions : je réponds qu'elle pourrait, qu'elle devrait faire dix fois plus, afin de faire pencher du coté de la miséricorde la balance de la Justice divine qui pèse ses lourdes iniquités. Il ne manque pas de prudents pour me dire que, notre pa^-s étant devenu à moitié infidèle, il faut d'abord commencer par le convertir, avant d'envoyer nos meilleurs prêtres et notre argent aux Missions étrangères. C'est le raisonnement que voulaient faire les apùtres, même après la Pentecôte. Le Saint-Esprit eut quelque peine à leur faire comprendre qu'ils avaient tort; mais, enfin, ils le comprirent. Assez d'apôtres demeurèrent en Judée pour cueillir les Juifs ayant la bonne volonté de devenir chrétiens. Les autres se partagèrent le monde, ainsi que le leur avait enjoint leur Maître : Ite, docete omnes génies. Fussentils tous restés en Palestine, ils n'eussent pas triomphé de l'obstination de cette masse de Juifs qui n'étaient pas mûrs pour la foi.
Malheureusement, une partie de la France partage l'obstination des Juifs. Elle ne veut pas de Dieu. Tous les prêtres du monde seraient à la prêcher, qu'ils ne feraient que l'irriter et la confirmer dans son entêtement. Il faut laisser au temps et surtout à la grâce de Dieu le soin de
changer ces dispositions. Je suis loin de dire qu'il faut l'abandonner. C'est le devoir de la France chrétienne de prier pour la France infidèle, de l'inviter par tous les moyens à revenir au Christ qui l'aime toujours. Soyez tranquilles, il restera toujours assez de prêtres autour d'elle lorsqu'elle voudra de leur ministère. Les jeunes prêtres de France que l'Esprit-Saint appelle aux Missions peuvent partir sans crainte, assurés d'être plus utiles en Chine ou en Afrique qu'ils ne le seraient à l'ombre du clocher qui les a vus naître, certains qu'il en restera toujours assez pour les besoins de la patrie II ne faut pas craindre de tarir la rivière en y puisant avec une écuelle.
Tout chrétien, et spécialement tout prêtre, auquel Dieu a fait le don inestimable de son amour, souffre invisiblement au milieu du monde, lorsqu'il se trouve en présence de certains spectacles, par exemple en voyant, d'un côté, des millions d!àmes de païens abandonnées, et, de l'autre, un riche disant tous les matins : adveniat regnum tuum, dans sa prière, et ne faisant rien ni personnellement, ni avec l'or qui lui a été prêté pour aider ce règne béni à s'établir sur la terre. J'ai vu de malheureux riches affligés d'un énorme superflu dépenser des centaines de mille francs en divertissements mondains, en voyages, en chasses, etc., et refusant de donner cent sous pour l'œuvre des Missions étrangères. Ah ! c'est au-dessus de la tète de tels riches que résonnent les terribles paroles du Juge : Vœ vobis dhntibus ! En effet, ils détiennent les ressources matérielles dont l'Eglise a besoin et auxquelles elle a droit, atin de faire la guerre à Satan qui
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occupe iinpiuloinmoiil les ti'ois quarts de ce monde.
Et cependant cet; niillions d'àmcs qui appartiennent encore au prince de ce monde, il faut les conquérir à Dieu. Le Père a donné en héritage toutes les nations de la terre à son Fils fait homme. Le Fils est mort pour elles. Il aurait pu, il pourrait les convertir directement, mais, ô mystère ! il respecte leur liberté, et il veut qu'elles lui soient gagnées par ses enfants, qui ont le bonheur de porter en eux et d'apprécier sa vie divine.
Que les pauvres continuent donc à verser leur obole avec leurs prières dans le trésor de la Propagation de la Foi, que ceux qui sont favorisés des biens de ce monde donnent davantage et que les riches fournissent l'or à pleines mains pour payer le voyage des missionnaires et leur donner un morceau de pain à manger pendant qu'ils exposent leur vie pour Dieu ; afin qu'ils puissent nourrir des orphelins et bâtir leurs modestes églises. Voilà le devoir de tous. Bienheureux ceux qui l'accomplissent; car celui, dit l'Esprit-Saint, qui aura contribué au salut d'une ànie aura par là même sauvé la sienne.
Ames chrétiennes qui lirez ces lignes, je vous conjure de bien vous persuader que vous n'avez pas reçu la foi, l'espérance et la charité uniquement pour vous; mais pour en faire part aux malheureux qui en sont privés. Faites donc de généreux efforts pour que la connaissance et l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ s'étendent en fait tous les jours plus avant et plus loin. D'abord dans votre âme et dans votre vie ; puis dans les âmes qui vous sont confiées ou qui vous sont chères ; dans les âmes tièdes, pour leur don-
ner la ferveur; dans les pécheurs, pour les convertir ; dans les infidèles, pour leur procurer la vraie lumière et la vraie vie; dans les moribonds, pour les sauver; dans les âmes du purgatoire, pour les soulager et les délivrer. Que votre prière ardente aille ainsi jusqu'au bout du monde, pour faire descendre partout la lumière, le pardon, la vie. " Que votre amour, disait sainte Angèle k ses enfants spirituels, ne soit pas borné à vous, qu'il embrasse toutes les nations. Je vous le dis, mon âme a plus reçu de Dieu quand j'ai pleuré et souffert pour les péchés d'autrui qu'en pleurant les miens. Le monde rirait, si je disais que j'ai pleuré les péchés des antres plus que les miens, car ce n'est pas naturel. Mais la charité n'est pas née du monde ' » ; non, elle est née du cœur de Jésus.
Vingt siècles après la rédemption, la Chine compte à peine un million de chrétiens. Il n'y en a guère plus de six millions dans tout cet immense continent asiatique où vit plus de la moitié de la race humaine. » N'est-on pas tenté, écrit le P. Monsabré, d'adresser ici à la Providence une douloureuse question : Pourquoi le Christ libérateur a-t-il fait un choix parmi les nations? Pourquoi a-t-il laissé jusqu'ici les peuples dont nous venons d'exposer le triste état courbés sous la domination de Satan? Puisqu'il nous est défendu d'accuser de caprice la Sagesse divine, nous devons croire qu'il y a dans l'histoire de ces peuples quelque lointaine et monstrueuse prévarication qui leur a mérité une sorte de réprobation manifestée par l'abandon de Dieu.