‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 107 sur 115 · S. Paul aux Rom., ch. m · texte numérisé non relu

S. Paul aux Rom., ch. m

H. Oportet illum regnaredonee ponat omna inimicos sub pedibus c/'us. (S. Paul au\ Cor., xv, 2-j.)

pour amener la Cliiiie au christianisme. Sans être prophète, il est permis d'avoir des espérances fondées de la voir en partie notable conquise à Dieu dans un avenir relativement prochain. Pour nous encourager à prier, à travailler dans ce but, la Providence se plaît à donner au monde des signes encourageants.

L'Empire appelé du Milieu est au bout du monde. Son éloignenient du centre de l'Eglise fut dansle passé le principal obstacle à son évangélisalion et à la conservation de la foi ; mais, aujourd'hui, la vapeur et l'électricité ont tellement abrégé les distances que cet obstacle n'existe plus.

La Chine, justement fière d'une civilisation florissante déjà plusieurs milliers d'années avant la naissance des nations actuelles de l'occident, avait une répugnance instinctive à l'échanger pour celle des peuples d'Europe, comme elle croyait qu'on le lui demandait. Mais, mieux éclairée aujourd'hui par les événements, et voyant, par exemple, la supériorité que cette civilisation donne au Japon, elle ne tardera pas, semble-t-il, à l'adopter. Ce sera un grand pas fait vers l'Évangile.

Presque tous les peuples de l'Occident ont actuellement de graves intérêts en Chine. Malgré ses résistances, ils vont la forcer à ouvrir ses mines si riches, à sillonner de chemins de fer son immense territoire, à se laisser pénétrer en \m mut par les hommes de l'ouest. Certes ces étrangers n'apporteront pas que des vertus; ils sèmeront bien des vices; mais l'Evangile passera comme eux. Les mandarins ne pourront plus tant abuser de leur pouvoir pour vexer les chrétiens, et, s'il faut encore s'attendre à

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des rébellions locales, il semble que le temps des grandes persécutions officielles est passé. C'est donc l'aurore de la liberté. Or, quand l'Église a la liberté, elle accomplit de grandes œuvres.

On me fit un jour une objection ou observation piquante, sur le pont d'un bateau revenant d'Extrême-Orient. Un chrétien, ayant quelques notions d'histoire ecclésiastique, me disait : « Pourquoi la Chine se convertit-elle si lentement? Si seulement ses évêques ou ses missionnaires faisaient des miracles, comme saint Patrice en Irlande, saint Boniface en Allemagne, saint Gatien et saint Martin de Tours, saint Pothin et saint Irénée de Lyon et tant d'autres apôtres des Gaules, l'Empire du Milieu serait bientôt à moitié converti. Le témoignage du miracle n'est-il pas aussi nécessaire aux Chinois qu'il l'était aux Celtes, aux Teutons, au peuple de l'empire romain? Puisque Dieu veut le salut de tous les hommes, les Chinois compris sans doute, pourquoi ne donne-t-il plus ces grâces gratuites à ses envoyés? »

Je fis à mon interlocuteur la réponse de saint Grégoire, qui a bien plus de force aujourd'hui qu'au vu" siècle : Quand on plante un arbuste, on l'arrose pendant quelque temps ; mais, lorsque ses racines ont commencé à pénétrer le sol, l'arrosage devient inutile et peut cesser. Pendantles premiers siècles de la prédication évangélique, l'Église était en quelque sorte comme un jeune arbre ayant besoin d'être arrosé par l'eau de la puissance miraculeuse. Mais voici bientôt deux mille ans que cet arbre a été fixé dans le sol du monde ; il y a plongé de puissantes

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racines; il aétenduses branchesjusqu'aux extrémités delà terre. Le témoignage des miracles n'est donc point aussi nécessaire. Du reste, ajoutai-je, ce signe surnaturel n'a pas été complètement refusé à la Chine. En parcourant les lettres des missionnaires dans les Annales de la Propagation (le la Foi, dans les Missions Catholiques e\. autres publications, on recueillerait des faits surnaturels innombrables qui formeraient un gros volume ; alors, au lieu de me faire une objection, vous diriez i)cut-être avec le po^te :

Et <|uel temps fut jamais plus fertile en niirac-les?

Ce sont précisément ces interventions surnaturelles que j'apporte comme une preuve de plus que Dieu veut la conversion de la Chine. Si parmi ses pontifes et ses prêtres on ne peut pas citer de thaumaturges ayant une renommée universelle comme saint Martin, saint Vincent Ferrier et autres, on a vu cependant ces dons gratuits briller chez plusieurs d'entre eux. La plupart de ses missionnaires ont déployé un zèle pour le salut des âmes, une persévérance jusqu'à la mort dans la pratique de toutes les vertus, qui étaient de nature à produire sur l'esprit des païens autant d'elfet peut-être que les miracles des thaumaturges. Combien d'entre eux ont scellé de leur sang la foi qu'ils avaient prêchée! Or le martyre est-il une preuve moins efficace que le miracle?

Une dernière preuve que la conversion du peuple chinois se prépare, c'est le témoignage des ennemis de Dieu, des démons et de leurs suppôts parmi les hommes.

Au chapitre xii de ce livre on a pu voir des exemples prouvant que les démons qui tyrannisent la Chine ont peur del'Ég-lise catholique qui s'avance pour les chasser, comme ils avaient peur autrefois de Jésus-Christ dans les bourgades de la Judée. Ces exemples, on pourrait les citer par milliers.

Les démons ne connaissent pas le futur; mais, pour le prévoir, ils ont une multitude de données qui nous échappent. Pour ce qui est de l'avenir de l'Eglise, de son extension sur la terre, ils savent très bien qu'ils seront chassés, malgré tous leurs efforts, des lieux qu'ils usurpent encore, et que la lumière du Christ brillera où leur influence néfaste fait encore la nuit. Ils ont vu l'aurore de cette lumière s'avancer et ils en ont frémi. N'ayant pas toujours lapermission d'agir directement par eux-mêmes, ils agissent par des hommes pervers, devenus leurs instruments. Il est impossible de ne pas voir leur action dans la dernière insurrection des Boxers, dans les rages haineuses de milliers de lettrés et de mandarins, qu'on eût dit sata?iisês. La secte des Boxers, écrit M^' Favier, est vraiment diabolique : invocations, incantations, obsessions, possessions même : rien n'y manque. Les faits extraordinaires de ses adeptes seront peut-être mis par les savants sur le compte du magnétisme, de l'hypnotisme ; on les appellera hystériques ou convulsionnaires; pour moi, l'action du démon est visible. »

Par ses propres fiirours le Maudit se dévoile, Dans le démon vain(|iicui' on voit l'ang-c proscrit ; L'analhème éternel (pii [loiirsuil son étoile,

Dans ses succès même est écrit. (V. lluco.)

Les démons trouvent des suppôts surplace; ils en ont aussi cherche ailleurs, surtout chez les peuples d'Europe qui envoient des missionnaires en Chine. Quel est le secret de cette persécution acharnée de la Franc -Maçonnerie contre les Ordres religieux, en Italie, en Espagne, en Allemagne et surtout en France? N'est-ce pas la ruse et la colère de Satan faisant de suprêmes efforts pour tarir les sources de l'apostolat? Ces clameurs, ces cris de mort qui montent des abîmes des loges no sont pas humains; ce sont bien les rugissements de l'antique ennemi de l'humanité, qui voit son domaine envahi par l'armée apostolique. Ses attaques féroces sont un bon signe : le règne de Dieu s'avance. Puisse-t-il bientôt s'étendre sur la Chine entière et les autres contrées païennes. Adveniat regnum tuum!

Les ennemis de l'Église n'ont pas reculé devant la plus, odieuse calomnie pour expliquer le soulèvement des Boxers et les tragiques événements qui l'ont suivi.

M. Pichon, notre ministre plénipotentiaire à Pékin, ces années passées, a rendu un témoignage éclatant en faveur des missionnaires, et indiqué en même temps les véritables causes de cette insurrection de la Chine en 1900. On lui a demandé :

— u Est-il possible, est-il équitable d'attribuer aux excès de la propagande religieuse des missionnaires le soulèvement etïrayanl des Sociétés secrètes de la Chine ? Est-ce parce que trop de conversions étaient recherchées et obtenues que tant de prêtres et de chrétiens ont été massacrés, tant de propriétés pillées et détruites, tant de supplices atfreux infligés aux amis des Européens ?

— « Non ! a répondu très nettement M. Pichon (qui n'a cependant jamais passé, que nous sachions, pour un clérical). Non. Ce n'était pas une question de croj^ance qui exaspérait les vieux Chinois; c'était bien autre chose.

« La Chine ouverte: voilà le grand grief. Les Russes à Port-Arthur, les Anglais à Weï-baï-Weï, les Allemands ici, les Français là ; les chemins de fer commençant à sillonner tout l'empire, les ports ouverts au commerce, les grands fleuves sillonnés, non plus seulement par d'antiques jonques et grâce à la main-d'œuvre indigène, mais aussi par les steamers que conduisent des diables étrangers ; la tranquillité séculaire troublée par les mœurs nouvelles, et 400 millions d'hommes, apathiques et sans nerfs, jusqu'alors figés dans la contemplation des vieilles coutumes, qui vovaient tout à coup leurs frontières violées, leur civilisation bousculée, leurs manies dérangées, leurcommerce dépassé '. »

Au moment où s'imprime cet ouvrage, M"-'' Favier écrit une lettre de Pékin qui semble annoncer des temps plus calmes. Puissent ses prévisions se réaliser. Voici un abrégé de cette lettre :

M"' Favier dit qu'il ne croit pas, après la leçon qui a été donnée à la Chine, au retour d'une persécution générale, persécution qui, du reste, ne fui que r(puvre de soldats révoltés, aux ordres de quelques mandarins ambitieux.

M'' Favier assure que l'expfnlition de Chine ne saurait

\. Voir Écho (le Fourc'ères, [Oa.oM \'MM.

faire clii lorl aux missions vis-à-vis des Chinois; mais peutêtre leur a-t-elle recruté de nouveaux adversaires parmi les Européens ; des personnages haut placés n'ont pas craint de dire, en effet, qu'après tout, les missions causaient plus d'ennuis qu'elles ne rapportaient d'avantages.

Cette manière de voir n'est pas partagée par ceux qui ont pu séjourner ici assez de temps pour pouvoir nous juger.

Les ministres qui se sontsuccédé à Pékin n'appartenaient pas au parti clérical, et cependant « je doute, répond M^' Favier, qu'aucun d'eux adopte l'opinion énoncée plus haut ».

La ténacité des nations autres que la France à vouloir, malgré tout, protéger les missions, permet de penser qu'elles croient bien y trouver quelque avantage. Quoi qu'en puissent dire des personnes, recommandables du reste, voire même de bonne foi, les missions ne semblent pas être inutiles à l'influence française en Extrême-Orient.

M*-'"^ Favier énumère les services qu'ont rendus, par exemple, les missions de Pékin à l'expédition française: elles lui ont fourni des interprètes, ont organisé des hôpitaux, etc.

Un nouvel essor va être donné aux œuvres scolaires : le collège franco-chinois préparera bientôt aux grandes écoles de France.

Toutes ces œuvres, déclare M'' Favier, toutes les dépenses qu'elles nécessiteront, ne seront pas faites dans un but de propagande, mais seulement dans l'intérêt de l'influence française et « pour montrer que, si la France nous protège, nous ne voulons pas être des ingrats ».

<i Lorsque tout fut terminé avec les mandarins, ils me prièrent d'adresser un mandement aux chrétiens pour les inviter non seulement à la coiicorde et à la paix, mais encore à Voubli total du passé. Je vous en remets copie. Les mandarins, avec un décret officiel dans le même sens, ont envo3'é ce mandement à tous les préfets et sous-préfets du vicariat et, d'un consentement mutuel, i> aucune accu- « sation de chrétiens contre païens ou vice versa ne sera (( plus acceptée pour les faits passés. »

Voici les principaux extraits du mandement adressé aux chrétiens chinois et dont M"' Favier parle plus haut:

« Vous avez souffert beaucoup pourvotre religion, durant l'année qui vient de s'écouler.

<( Victimes de malfaiteurs rebelles aux ordres impériaux, vous avez été chassés de chez vous, vos biens ont été pillés, vos maisons incendiées, beaucoup devosproches ontperdu la vie.

<( Dépouillés de tout, séparés pour toujours ici-bas de vos parents les plus chers, de vos femmes et de vos enfants, vous avez ressenti (ce qui n'est pas étonnant) de la haine contre les incendiaires et les assassins.

<i Aujourd'hui, je viens vous rappeler un précepte de notre sainte religion : le pardon des injures. Pour vous montrer dignes de l'Église catholique, abandonnez ces sentiments de colère et de haine, étouffez dans vos cœurs tout désir de vengeance.

<i La justice exige une compensation pour tous les dommages qu'on vous a causés. Celte compensation vous sera donnée, les mandarins se sont entendus définitivement avec

nous sur ce point. Ne cherchez plus à obtenir par vousmêmes une indemnité que vous recevrez de ma main dans quelques mois. Oubliez les horreurs d'une injuste persécution. Ne portez plus aucune plainte contre les païens pour les faits passés.

« Souffrez avec patience et résignation. Cette persécution a été comme une terrible tempête après laquelle le vent s'apaise et le calme revient.

« Vos bons exemples feront respecter et apprécier notre sainte religion. Votre patience et votre charité multiplieront de jour en jour les adorateurs du vrai Dieu, car il est écrit : La charité attire tout à elle. »

Peut-on adresser aux persécutés des conseils plus empreints du véritable esprit catholique? Nul doute qu'en les mettant en pratique les chrétiens chinois n'avancent encore le jour si désiré où le nom du Père céleste" sera partout sanctifié, et son règne accepté dans tous les cœurs.

Pater noster, qui es m cœlis, sanctificetui- nomen luum : ndceniat regnurn tuurn.

TABLE DES IILUSTRATIONS

Papes.

Ml^'' Masnt FroDlispico

Vue de mon église c( de mon presbytère vi

Kouang-Su, empereur de Chine xi

Vue de l'arsenal de Fou-Tcliéou 25

Si'minaristes et professeurs de Fou-Tchéou 28

Carte de visite chinoise du P. M.-B. Cothonay 20

Première chapelle de l'arsenal du H. P. Sautel 31

Croupe du personnel europi^en de l'arsenal 35

Le croiseur chinois Kien- Wei 36

Autre vue de l'arsenal il

Fou-Tchéou et ses faubourgs 47

Vue de Fou-Tchéou 55

Trois nouveaux chrétiens de Lien-Kon 67

Le Felis Dominicanorum 71

Pagode impériale aux tuiles jaunes 83

Rochers à pic, au bord de la rivière Yon-Fou 101

Village à l'entrée de la vallée de Yon-Fou 103

Vue d'une pagode dans une grotte de Yon-Fou t07

Vue de la vallée des Dix-Sept Moulins 111

Temple de Ma-tsou sur un îlot 115

Vue de l'église de Fou-ciang 135

Vue d'un jardin d'agrément à Fou-ciang 153

Noria pour l'arrosage d'un champ de riz 157

Vue de l'église de Gou-Sen 159

Boudha champêtre (Gou-Sen) 165

Le P. Dominique Kong, prêtre chinois 167

Une croix de Saint-André en fer 187

Les cinq martyrs de Fou-Tchéou 205

Mon église et mon presbytère 209

Groupe des Sœurs de Saint-Paul de Chartres et de leurs orphelines 247

Types de femmes chinoises de Fou-Tchéou 257

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