I . Hymne de l'oriice de la Dédicace des églises
cheux de 300 mètres carrés a été creusé de 40 centimètres et rempli de terre végétale pour former un jardin, où des rieurs d'Europe s'épanouissent à côté de leurs sœurs chinoises.
Je ne crois pas exagérer en disant que de cette esplanade on peut admirer l'un des plus beaux panoramas qu'il soit donné de contempler à la surface de notre planète. A une centaine de mètres au-dessous, le fleuve Min roule majestueusement ses eaux vers la mer, éloignée de 25 kilomètres. Non loin d'ici, son lit fait un coude et on le perd de vue. Au delà, à gauche, en face, à droite et même derrière, les grandes montagnes dentelées du Fo-Kien,sur lesquelles la lumière se joue de la façon la plus capricieuse et produit desetFets parfois grandioses, souvent gracieux, toujours agréables.
Ces massifs de montagnes sont malheureusement peu boisés ; car depuis longtemps les Chinois ont détruit les forêts et ils n'ont pas la patience de laisser repousser les arbres. Çà et là s'ouvrentde fraîches vallées sillonnées par des ruisseaux descendant des hauteurs et arrosant des rizières, des champs d'orangers, de pamplemoussiers, de litchi, des campagnes cultivées comme des jardins par une population industrieuse.
En face de ma colline, le fleuve est très large. Au milieu une île de 2 ou 3 kilomètres de longueur s'est formée d'alluvions séculaires; elle est d'une fertilité inouïe. Deux fois l'année, elle se couvre d'une riche moisson de riz, et une troisième fois, 'de froment ou de colza. Elle est tour à tour verdoyante comme une prairie et jaunissante
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comme iiiio plains de blé mûr. Les liabitaïUs ont mëiiagd des canaux la sillonnant en tous sens, et à la haute marée elle peut être facilement inondée tout entière.
Voici quelques détails sur la sainte patronne de ma chu pelle.
Sainte Colombe naquit au m" siècle, en Espagne, d'une famille princière. Vers l'àye de seize ans, n'étant encore que catéchumène, elle quitta son pays où sévissait une cruelle persécution et vint dans les Gaules, accompagnée d'une parente, dans l'espérance de pouvoir y servir Dieu en paix.
Arrivées à Vienne en Dauphiné, les voyageuses y séjournèrent quelque temps, et Colombe y reçut le baptême.
Apprenant que le culte de la religion chrétienne tlorissait à Sens plus qu'en aucun autre lieu des Gaules, elle y conduisit sa parente et plusieurs autres personnes, avec lesquelles elle selivra aux veilles, aux prières, aux jeûnes et à la visite des tombeaux des saints.
Mais la vierge Colombe ne devait pas jouir longtemps de cette paix qu'elle était venue chercher si loin. L'empereur Aurélien passant par Sens, on lui dit que la ville était pleine de chrétiens. Transporté de colère, il en fit amener un grand nombre devant son tribunal, parmi lesquels était Colombe. Après avoir en vain essayé de les faire sacrifier aux dieux de l'Empire, il les condamna à mort. Il les fit expirer dans de cruels supplices sous les yeux de Colombe, qu'il épargna. 11 avait remarqué cette vierge florissante de jeunesse et de beauté, et, dans l'espoir qu'elle se rendrait à ses désirs, il l'envoya en prison.
Quelques jours après, il la faisait comparaître devant lui.
Il essaya tour à lourde l'etfrayer et de la séduire, mais la vierge du Christ méprisa également les menaces et les promesses de ce païen. Elle eut à subir de longs interrogatoires dans lesquels elle fit de ces réponses que l'Esprit- Sainl met sur les lèvres des martyrs, comme Noire-Seigneur le leur a promis.
Aurélien, confondu et irrité, la condamna aux supplices les plus barbares, qu'elle endura avec une angélique patience. Finalement, il la condamna à être décapitée; en même temps qu'elle présentait sa tête au fer du bourreau qui allait la frapper, elle imita encore l'exemple du Maître en disant : <> Vous savez. Seigneur, que les désirs que j'éprouvais de vous témoigner mon amour sont aujourd'hui remplis; ne leur imputez pas cette fureur parce qu'ils pèchent contre vous par ignorance. »
Ces dernières paroles résonnaient encore sur ses lèvres quand sa voix fut interrompue par le coup du bourreau dont le glaive lui trancha la tète. El ainsi cette illustre martyre, baignée dans son sang virginal, s'envola joyeuse pour la gloire éternelle. Ce fut le 31 décembre de l'an de grâce 21 A qu'arriva cette mort glorieuse, et c'est en ce jour aussi que la fête principale de sainte Colombe a été constamment célébrée (à moins de circonstances particulières) dans les pays, les monastères et les églises qui la reconnaissent pour patronne.
18 avril 1899. — Je viens de faire un curieux ma riage qui pourra vous donner une idée de la variété des
nationalités qu'on trouve ici. Voyez plutôt. Le jeune homme est un Allemand de Breslau, la fiancée une Portugaise (le Macao. Le prêtre bénissant le mariage est Français, mais il a prêché en anglais; il était délégué par un évoque espagnol. Les acolytes étaient Chinois; les deu.K témoins étaient, l'un le consul de Russie et l'autre un employé belge de la douane. On a chanté en français, et l'acte de mariage a été rédigé en latin.
Il y avait fête, ce matin, dans mon église. Le curé voisin de Tiion-loh avait amené onze catéchumènes adultes que j'ai baptisés en leur donnant des Français et Françaises pour parrains et marraines. Ceux-ci, heureux de remplir c^s fonctions envers les nouveaux chrétiens des environs, les ont comblés de caresses, leur ont donné leurs propres noms et de petits présents. Jamais ces pauvres Chinois ne s'étaient vus à pareille fêle, et l'un d'eux a dit ensuite qu'il cro^'ait avoir passé une heure au ciel.
Après avoir mangé mon riz de bon appétit, ces nouveaux enfants de l'Eglise sont retournés radieux dans leur vallée en publiant partout combien les Français étaient généreux et aimables. Puisse leur exemple en amener beaucoup d'autres à la conversion !
Le dimanche, je dis deux messes, la première pour les Chinois et la seconde pour les Européens. Mon catéchiste préside le Rosaire avant la messe el explique le catéchisme après. J'ai souvent l'occasion de voir de près ces braves chrétiens chinois. Ils aiment venir me visiter; ils m'apportent parfois des fruits en cadeau dans l'espérance d'avoir une médaille ou un chapelet. Je
viens d'être appelé sur un sampan pour administrer un mourant. Le malade était près d'entrer en agonie quand je suis arrivé,' mais avait toute sa connaissance. Il a fait une mort fort édifiante ; sa femme l'excitait à la contrition, lui faisait faire des actes d'amour de Dieu, lui offrait son crucifix à baiser et, au milieu de ses larmes, l'aspergeait d'eau bénite. C'était très louchant de voir ce pauvre chrétien chinois mourir ainsi dans cette misérable bar(|ue, sur le fleuve Min. Pour administrer l'extrème-onction, j'étais obligé d'être presque couché près du moribond, car la toiture du sampan n'a guère plus de 3 pieds au-dessus du plancher et beaucoup moins sur les côtés.
T^ne douzaine de parents et d'amis se tenaient comme ils le pouvaient sur la barque et paraissaient très affectés, suivant avec grande attention et piété les cérémonies du culte catholique, que j'accomplissais.
. Avec un missionnaire de Chine, j'ai fait souvent cette remarque frappante que nos chrétiens, sans être plus beaux, plus distingués ou plus savants que les païens, ont meilleur regard, meilleur sourire, quelque chose de plus affable, déplus délicat, de plus prévenant, de moins rustre et de moins sauvage. On les reconnaît sans peine à je ne sais quoi d'apprivoisé qui les distingue des païens; vous lisez sur leur figure l'honnêteté, la droiture, le reflet de l'àme en paix, le bon sourire de sympathie qui veut dire : la charité divine est entrée ici. Au contraire, le païen, même lettré, poli et s^'mpathique, a un air faux cl glacial; on ne lit pas dans ses yeux, on ne voit pas au fond de son àme ; son visage est sans douceur, son regard farouche.
son sourire sec et incapable de se communiquer, sa parole dure, même si elle veut être aimable. Il faut voir avec quel respect les chrétiens traitent leurs prêtres et comme, devant les païens, ils sont fiers de leurs missionnaires. On sent leur âme intéressée à être prise et adoucie par quelque cliose de supérieur. A leurs yeux nous sommes des ph-c-t plutôt que des maîtres. C'est la civilisation qui germe delà seule manière possible et vraie, par le cœur'.
Pendant l'été de 1898, en dépit de trois typhons, nous avions fini par achever notre chapelle, le presbytère et la maison des Sœurs. Au mois d'août de l'année suivante, tout ce travail fut presque ruiné par un ouragan plus furieux que les précédents. C'était le 5 aoiit. Dès la veille au soir d'énormes nuages noirs s'amoncelaient à l'horizon, roulant en désordre les uns sur les autres dans un ciel gris sombre. L'atmosphère était lourde et accablante ; on étoulFait presque, car la chaleur était intense et l'air manquait aux poumons. L'ensemble avait un aspect sinistre.
Pendant la nuit, le vent augmenta, et, le matin du 5 août, déjà la tempête faisait danser aux nuages noirs, grands comme des montagnes, une sarabande infernale. Plus , de doute, c'était l'horrible typhon. Ce nom, en Extrême- Orient, est synonyme d'épouvante et d'horreur; les animaux eux-mêmes le sentent venir et, après avoir exprimé leur frayeur chacun à sa manière, ils vont se terrer ou se cacher du mieux qu'ils peuvent. Le typhon, disent les Chinois, est la manifestation de la puissance et de la