‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 38 sur 115 · I. Jean-Bapli-te Aubry, p · texte numérisé non relu

I. Jean-Bapli-te Aubry, p

colère du grand dragon. Dans tous les cas, c'est un monsire. De juillet à octobre, il s'échappe des mers du Pacirique, frappe souvent l'archipel des Philippines, Java, Sumatra, le Japon, etc., puis bondit contre le continent asiatique tantôt sur un point, tantôt sur un autre, depuis les côtes d'Annam jusqu'à Vladivostock, contre lequel il vient briser sa rage insensée après quarante-huit heures d'assauts gigantesques, semant après lui la destruction et la morl.

Pour que l'ouragan soit à Taise,

Il n'a pas Irop de l'océan I C'est là qu'il peut ouvrir ses ailes ; là qu'il grontle Sur un abime large et sur une eau profonde ; C'est là qu'il peut bondir, géant capricieux, Et tournoyer...

(Victor IIl(;i).

Le soir du 5 août, je commençai à être sérieusement inquiet en voyant l'ouragan emporter les unes après les autres les tuiles des toitures. Vers huit heures, la tempêle atteignait son maa;»nu»î. Elle démolit alors la galerie fermée qui protégeait mon presbytère, enfonça la porte de l'église et les fenêtres, par lesquelles les rafales s'engouffrèrent en sifflant d'une manière sinistre et en détruisant tout sur leur passage. En même temps, un déluge d'eau pénétrait partout à travers les toitures, veuves de leurs tuiles. Pensant à chaque instant que les murs eux-mêmes allaient céder, et voulant éviter l'eau et les projectiles qui pleuvaient de tous côtés, je me réfugiai dans ma petite cave de 3 mètres carrés, où je passai une nuit impossible à décrire.

De riiorrcur des typlions, délivro/.-nous, Seigneur.

Quand le jour se leva, c'était un spectacle lamentable. Tout était brisé, démoli, haché, gâté, -La violence delà tempête commençait à fléchir; mais l'eau continuait à tomber par torrents. C'était un dimanche. Impossible de songer à dire la messe. Je me souviendrai de ce triste dimanche,. 6 août 1899.

DEVOTION DES CHRETIENS CHINOIS DU FO-KIEN ENVERS L.\ TRÈS S.VINTE VIERGE M.\RIE

Les Pères Dominicains du Fo-Kien ont, de tout temps,, fait leur possible pour inspirer aux chrétiens de leur mission une tendre dévotion envers Marie. Aussi l'amour de la très sainte Vierge s'est profondément enraciné dans leurs cœurs.

Ceux qui viennent à la messe le dimanche chez moi sont tous réunis à la chapelle une bonne demi-heure à l'avance, qu'ils emploient à chanter les dix premières dizaines du rosaire. Ils ajoutent les cinq dizaines des mystères glorieux après la messe, avec les litanies et diverses prières. Ils chantent non seulement les prières du rosaire, maisaussi une courte méditation avant chaque dizaine. Cette petite explication verbale des mystères fait pour eux partie du rosaire.

Bien que vivant au milieu des païens, ils portent généralement leur rosaire au cou; les femmes le suspenden' souvent à un bouton de leur corsage. Ils ont pour lui un véritable respect. Certains s'accusent en confession de

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l'avoir touché avec des mains sales ou de l'avoir laissé tomber par terre.

Le cadeau d'un beau rosaire est l'un de ceux ([ui leur font le plus grand plaisir. T^n dimanche, en distribuant des chapelets à ceux qui n'en avaient pas, je leur dis qu'ils leur étaient envoyés par des chrétiens de France, et je leur demandai de prier pour ces bienfaiteurs. Aussitôt ils allèrent chanter leur chapelet pour eux.

A'P'Gentili, autrefois coadjuteurdu vicaire apostolique, pense avec d'autres que, si la foi s'est conservée dans la Mission malgré les terribles persécutions du passé, c'est e:i grande partie grâce à la dévotion du peuple pour le rosaire. Le zèle des familles, dit-il, est admirable pour enseigner aux petits enfants la récitation de cette prière, pour les faire prier en commun et exciter en eux comme un point d'honneur. le désir de présider eux-mêmes à cette récitation dans la famille ou même à l'église. Des mères, observe l'évêque, me présentaient leurs enfants de sept ou huit ans, et disaient : » Père, il est capable, celui-ci : il sait diriger la récitation du rosaire. » Je félicitais l'enfant et je le comblais de joie en lui donnant un rosaire ou une médaille.

Pour pouvoir exercer cette fonction, il faut savoir par cœur les quinze mystères avec les petites méditations intermédiaires, les litanies et quelques oraisons dites par un seul. C'est merveille de voir ces petits enfants au premier poste, à genoux, avec la gravité des vieillards, entonner le rosaire de leur voix argentine. Aussi bien les Chinois sont d'une telle précocité d'intelligence et de jugement qu'à un âge

OÙ, dans d'aulres pavs, les eiifanis ne songent encore qu'aux jeux, ils sont déjà capables des plus sérieusesoccupations.

Dans cette Mission du Fo-Kien, le plus grand nombredes femmes et beaucoup d'hommes récitent chaque jour le rosaire entier. Il est rare qu'on se contentede cinq dizaines. Quand on veut caractériser une personne relâchée et iiidévote, on dit : u liein-ma-neuf, elle ne récite pas le rosaire. »

Dans leurs épreuves, leurs maladies, les chrétiens chinois ont recours à la trAs sainte Vierge avec une confiance filiale, et, si j'en crois leurs récits etceuxdesmissionnaires la bonne Mère est, comme ailleurs, prodigue de ses faveurs. On m'en a raconté des exemples frappants. En France, beaucoup d'associés du rosaire reçoivent des faveurs de la Reine du ciel, en se servant de roses bénites comme moyen matériel pour recourir à elle. En Chine, les roses étant rares, les missionnaires y ont suppléé en donnant aux chrétiens une louange et une invocation à la Vierge immaculée, imprimées sur une petite feuille de papier. Les malades qui ont des plaies ou des douleurs à quelque membre l'appliquent dessus; mais, comme elle est imprimée, à dessein sans doute, sur un papier très mince, il en est qui la font dissoudre dans de l'eau et la boivent avec dévotion. Voici cette formule:

In conceptione tua, Virgo Maria, immaculata fuisli.

Ora pro nobis l'aircni, cujus Filiiim Jesum de Spiritu peperisti.

O Vierge Marie, vous avez été conçue immaculée. Priez pour nous le Père, dont vous avez enfanté le Fils Jésus par la vertu du Saint-Esprit.

La Mission du Fo-Kien a eu un grand nomiore de viergesconsacrées à Dieu et pratiquant la règle du Tiers-Ordre de Saint-Dominique. Elles ont rendu et rendentencored'inappréciables services aux missionnaires comme catéchistes auprès des femmes. Elles se sont toujours distinguées par leur grande piété envers latrès sainte Vierge. L'une d'elles, la vénérable Sœur Anne Tein, morte en grande vénération, en 1801, était une véritable sainte parle moyen de qui Dieu s'est plu à convertir une quantité d'infidèles et à opérer des miracles. Étant elle-même à l'article de la mort, elle fit dissoudre dans de l'eau un de ces petits papiers sur lequel était imprimée la louange et l'invocation de la Vierge immaculée ; elle la but avec foi et fut aussitôt guérie. A l'aide du seul signe de la croix et grâce à seserventes prières, elle guérit plusieurs femmes affligées de diverses infirmités ; aussi avait-elle coutume de dire :

« L'expérience m'a appris que le remède le plus efficace est de former le signe de la croix sur la partie malade. »

A l'aide de la dévotion du très saint rosaire, elle opéra plusieurs autres miracles. Un jour, il arriva que, pendant qu'elle enseignait dans une grosse bourgade les éléments de la foi, une bête de somme saisie par une maladie épidémique était sur le point de mourir ; Anne, prise de compassion pour le maître de cet animal, se mit à réciter avec une grande ferveur le saint rosaire, et aussitôt la bête de somme fut complètement guérie'.

M'' Raynaud parle de l'admirable ferveur avec laquelle

I. Actes du Chuiiilic du la Province des Phili.ii/Liies (1863).

les callioliques du Tché-Kiang récitent leur rosaire. II cit« une famille fort nombreuse qui s'était convertie tout entiAre à l'exception d'une femme, qui semblait tout à fait obstinée. On priait beaucoup pour elle ; mais, bumainoment parlant, elle paraissait irréductible. Un jour, son mari, gravement malade, lui dit : " Je vais certainement mourir, puisque tu ne veux [>as être cbrélienne. » Elle répondit : « Je serai chrétienne, mais seulement si tu guéris. " C'était un miracle à demander à la religion; car l'état du malade était désespéré. Quelque temps après, ce dernier, ayant eu un songe, lui dit d'aller à telle montagne, chercher telle herbe qui se trouvait à tel endroit : h La sainte Vierge, ajoulat-il, m'a dit que cette herbe me guérirait. » Sa femme lui obéit et l'herbe préparée en infusion eut immédiatement l'efficacité promise. Ravie comme tout le monde et reconnaissante d'un si grand bienfait, la femme du malade guéri tint sa promesse et se prépara au baptême'.

Les faveurs spirituelles ou temporelles que la très sainte Vierge accorde aux pauvres chrétiens de Chine en récompense de leur piété et de leur confiance envers elle sont innombrables, là comme ailleurs. J'en citerai quelques exemples qui sont venus à ma connaissance.

M'' Clémente, après avoir parlé de la fidélité de ses chrétiens à réciter chaque jour le saint rosaire, faisait remarquer que les plus pieux d'entre eux recevaient des grâces toutes spéciales à leurs derniers moments. 11 cite, on particulier, une pauvre vieille Chinoise qui passait réel-

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